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31 décembre 2008

je me souviens que j'étais séropositif

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"Mais je ne veux plus l’être.

Comme l’enfant que je suis resté, je suis et me crois immortel.

Rien ne peut me tuer, me dis-je, rien ne peut m’atteindre, je ne mourrai pas, pas de ça, du Sida, ni d’autre chose d’ailleurs, croix de bois, croix de fer, si j’mens, j’vais rotir en enfer.

Je ne veux plus être séropositif, je veux vivre, m’envoler, m’extraire, m’aérer.

Je veux voir les gens comme avant, je veux les voir innocents, même si c’est pas vrai, m’en fous, je veux les aimer, comme quand j’étais vierge de tout, les serrer dans mes bras, leur montrer la Grande Ourse et la beauté d’une seconde, l’éternité.

Je veux retrouver mes vingt ans et demi, mon insouciance, ce trésor, je ne veux plus de "ça" dans mon sang.

Je veux partir pour d’autres contrées, t’emmener avec moi, dans le cou t’embrasser, ta main caresser, te faire rêver poulette, bord de mer, te conter fleurette, rire aux éclats, même d'obus, danser, virevolter.

Je me dis que voilà, si je décide que, alors tout, tout peut recommencer, je peux être à nouveau cet étrange garçon qui, sous la pluie, trouvait que tout de même, elle était belle, la Vie.

Je veux vivre comme c’est pas possible, tournoyer pour toujours et à jamais.

Je ne veux plus de "ça", de "ça" dans mon sang.

Comme on arrête de fumer, de boire, de trahir ou de se trahir, pour la nouvelle année, je voudrais, s’il vous plait, arrêter d’être.
Séropositif.

Tel l’enfant que j’étais, à nouveau, je voudrais être immortel.
Insubmersible.

Me baigner.

Aimer.

Puis, m’en aller.

Comme je suis venu.

Innocent.
"

Josey Wales

La Misamour, le 23 décembre 2008

"Je suis mort du Sida mais le Sida n'est pas mort avec moi" [Hervé Guibert] ... Mais il mourra avec moi, Hervé, je t'en fais le serment, sinon, croix de bois ....

_________________________

Y'a plusieurs façons de vivre avec, et autant de rêver en être libres : en avoir la phobie castratrice, l'avoir au creux de son lit chaque nuit, tout contre soi, au creux de sa vie - moi, ça fait exactement 11 ans - l'avoir dans le sang, dans le jus, s'astreindre aux médocs, à la traitresse de leurs diarrhées, aux piqures, aux contrôles, marquer la pause... Il est là, de toute façon, il rôde, il t'oblige à être vigilent. Chaque minute vigilent. Que tu l'aies, que tu l'accompagnes, que tu t'en prémunisses.

On la gagnera ensemble, la guerre, ou on la gagnera pas. Bonne année.

30 décembre 2008

pélerinage en eaux tièdes

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L'eau oscille entre jade et turquoise. Au dessus du grand carré bleu strié de lignes bariolées, d'épaisses volutes s'élèvent, denses, lourdes. Tu n'y vois pas à cinq mètres. Tu plonges la tête, regardes vers l'avant et, dans la profondeur tiède, tu distingues mieux les silhouettes éparses en extension. Les sons aussi te sont feutrés. Ton bras s'étire dans le froid pour retrouver loin devant la chaleur rassurante du bain. Il pousse tandis que l'autre bras à son tour affronte le froid pour aller rechercher la tiédeur au devant. En bout de ligne, des stalactites de glace se sont formées sur les poignées en inox des plots de départ. Le froid t'enserre vite la tête, alors tu repars enchaîner une longueur. Rarement l'eau du bassin ne t'aura été si douce, si réconfortante. Dehors, le thermomètre affiche moins six. Des plaques de verglas se sont formées aux alentours du bassin, alors tu n'as pas couru malgré la morsure du froid, tu t'es laissé prendre par le velouté soyeux de l'eau, et tu nages, tu nages avec délectation, tandis que les projecteurs balancent une lumière diffuse qui se perd dans les brumes du bassin. C'est la première fois depuis 1998 que tu reviens à Budapest en hiver, et que tu retrouves, dans le même lieu, dans les mêmes eaux de la piscine Csaszàr Komyàdi, ces sensations qui firent ton quotidien, quatre années durant.

Un peu plus tard, plus au sud, non loin du Danube, l'atmosphère est sombre, la lumière est tamisée, la voûte de pierre protectrice t'enveloppe de haut. Le bassin central de forme octogonale affiche une eau à 38 degrés. Aux quatre coins, quatre autres bassins t'invitent à un parcours relaxant : 28 degrés, 33, puis 36, et 42 si tu en as le courage.

A  42 degrés, tu rentres doucement. Le temps de laisser ta peau s'habituer. D'abord les pieds jusqu'aux chevilles, puis une marche plus bas jusqu'aux genoux. Puis les cuisses, le sexe et les fesses jusqu'au nombril, tu transpires déjà à grosses gouttes quand tu laisses ton torse s'immerger. Tu n'y restes pas plus longtemps que cinq minutes. Après une douche froide, tu t'essayes au sauna, ou aux bains de vapeur. Puis tu recommences, cherchant, chemin faisant, à alpaguer le regard d'un bel homme, parmi tous les corps nus en déambulation autour de toi, le sexe à peine recouvert d'un petit pagne de toile carrée noué autour de la taille. A un moment, tu trouveras celui avec qui tu prendras du plaisir. De loin. Masturbé par son regard.

Je n'étais plus retourné aux bains Rudas de Budapest depuis ma rencontre avec Saiichi, et notre sortie honteuse, en août 2007. Ah! toujours ce fétichisme des lieux, comme pour conjurer la peur de devenir un voyageur sans bagage. J'ai beaucoup pensé à lui, à pourquoi il avait pu être attiré par moi, à nos premiers mots échangés, à nos toutes premières caresses, qui se donnaient sans s'imaginer d'avenir. Elles voyaient loin, nos premières caresses. C'est la suite qui se fourvoierait.

Excuse-moi d'interrompre ainsi ma petite série rétrospective, ma sélection, mon best off de 2008. Pour un oui ou pour un non, il me faut parler d'eau. L'eau ici est ainsi : elle jaillit, elle court, elle se parfume d'histoires, et exhale l'ivresse des corps. Tantôt liquide, tantôt glacée, tantôt gazeuse, en vapeur ou en brume. Toutes les eaux sont là et emplissent tes yeux, s'incrustent sous ta peau, en toutes saisons. Sans jamais concevoir les probables sanglots.

Des eaux de pélerinage, suaves et lustrantes pour les histoires humaines. Elles se partagent, aussi, et je suis heureux, en pensant à ceux qui n'y sont pas, d'y avoir entraîné des amis chers.

29 décembre 2008

le diable par la queue

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"Un commentaire récent posté sur un ancien billet "le larbin des tournages" m'a donné l'idée de vous raconter comment, lorsque je tirais le diable par la queue, je me suis retrouvé chez certaines personnes à faire le ménage nu sous mon tablier. Non, je plaisante ! Ah, le fantasme de la soubrette nue sous son tablier a encore de beaux jours devant lui... car on m'a effectivement demandé de drôles de choses quand je passais des entretiens d'embauche pour le poste très convoité de "technicien de surfaces".

J'ai passé une annonce dans un magazine gay donc, forcément, ça limitait le champ des employeurs à une certaine catégorie. J'avais publié mon numéro de téléphone. Je ne vous raconte pas le nombre de coups de fil licencieux. - Est-ce que vous travaillez dans la tenue d'Adam? - Les 10€ de l'heure comprennent-ils la fellation ou pas? Et j'en passe des vertes et des pas mûres.

N'empêche que du côté du métro Pasteur, à Paris, après trois heures de dur labeur, j'avais droit à un massage sublimissime. Bon, bien sûr, il fallait, pour que le massé soit mieux massé qu'il se déshabille. Jusque-là, rien d'anormal. En revanche, ce qui n'est pas très orthodoxe, c'est quand le masseur ôte lui aussi ses vêtements. Puisque nous en sommes aux aveux, je dois être honnête et vous dire que je n'ai pas longtemps fait le ménage chez cet honorable client. Il ne m'a pas donné mon congé, c'est moi qui ai préféré prendre la poudre d'escampette.

p.s. si vous avez besoin d'un bon repasseur, cliquez ici
"

Laurent

ohlebeaujour, le 6 décembre 2008

_________________________

Ah!, le fantasme de la soubrette, ou du soubreceau, nu(e) sous son tablier. Moi aussi, je l'ai réalisé. Un soir de juin, en réponse à une invitation, un plan naturiste qui commence dans une cuisine. Tout y était, y compris le tablier. Et ça s'est fini en orgie. Une méchante, que j'ai eu le mauvais goût de raconter, le renvoyant, lui, au rôle de vulgaire accessoire. L'erreur. La goutte d'eau en trop. Comment n'avais-je pas perçu qu'en écrivant ça, en lui demandant donc de le lire, je prenais le risque qu'il décide d'accélérer le mûrissement de son projet et de tourner la page, lui servant sur un plateau d'argent, sans tablier ni autre fioriture, toutes les raisons qu'il avait de le faire ?

28 décembre 2008

la flamboyance des miroirs

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"" …je te rends ton amour. "

C’était une dernière fois dans tes bras, je ne compte plus le temps qui passe, j’oublie les dates et ce soir, comme pour attiser le feu de l’absence, je te lis, je relis inlassablement, je regarde les photos, ce nous à jamais figé, je sais que tu n’es plus là et pourtant. Graver dans ma mémoire, sur ma peau, chaque seconde, minute, heure, passées entre tes bras, contre ta tendresse, à me pincer pour dissiper un rêve, qui s’est finalement, évidemment, briser en mille chagrins, de ne pouvoir t’entendre, te voir, te conjuguer au futur, juste t’imaginer heureux.

C’est d’une banalité, à en pleurer, quand je regarde autour de moi, ce ne sont que des histoires comme nous, des âmes perdues qui s’accrochent désespérément aux espoirs de retrouver ailleurs d’autres, et ainsi de suites, sans coeurs ni têtes, sans raison, alors évidemment ça vacille, et ça sombre dans de perverses relations ambiguës de rêves avortés, d’êtres recherchés, et de vagues substituts d’amours qu’on égratigne au passage, l’air de rien, sans y prendre garde, en toutes sincérités.

J’ai le silence qui m’assassine et qui hante mes nuits, je tourne en rond sur mes fantômes de toi face à une réalité qui ne me convient pas, qui me blesse, douloureusement, sans que je comprenne ni pourquoi ni comment. Je voudrais tant pouvoir détruire les traces, mais je n’y arrive pas, reformater les souvenirs et te détester ne serais ce qu’un peu, un tout petit peu, mais je ne peux pas et je reste là, laissant naître les mots qui me parlent de toi, qui te parlent à toi, qui m'aime sans réserves, dans ce rêve sans promesses. Sans réellement réfléchir, et tout semble intacte, comme au premier jour, posé sur ton rire en éclats de bonheurs, tes souvenirs, tes caresses, nos jeux d'enfants, tes erreurs, tes confidences, tes chagrins, tes blagues débiles, ta confiance, ta force vive, notre complicité torturée, tes peurs, ton amour, et l'abandon, inévitable, imparable, normal. Pourtant Tu m’as offert le plus beau des cadeaux, celui de pouvoir, enfin, croire, en tout, surtout en rien, avec une force incroyable. Cruelle évidence.

"
…et c'est pour toujours."

Tu me manques, tant.

Perdue, c'est vers toi, une fois encore, que je me suis tournée, en te parlant de nous, de moi, de toi, et tu m'as répondu, comme toujours.
"

Bougrenette

Voyages de nuit, le 18 août 2008

_________________________

C'était en août, je voulais moi-même passer de l'autre côté du miroir flamboyant quand Bougrenette publiait ce texte, avec ses nuits hantées de silences assassins, l'amour rendu pour toujours, la banalité à pleurer des coups d'oeil vers l'arrière, vers des impossibles... à portée de main pourtant, et pourtant impossibles.

27 décembre 2008

je t'aime, pardon, adieu, à bientôt

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"- Que veux-tu que je te dise ?
- Rien.
- Tu mens.
- Oui.
- Qu'attends-tu de moi ?
- Rien.
- Tu ments encore.
- Non, pas cette fois.
- Bien sûr que si. Tu es là, tu es venu chercher quelque chose.
- Non, je voulais juste te voir.
- Tu aurais pu me voir à travers la fenêtre.
- Je voulais savoir comment tu vas.
- Tu aurais pu demander de mes nouvelles à la voisine.
- Je voulais t'entendre.
- Tu as un enregistrement de ma voix sur ton répondeur.
- ...
- Pas d'autre argument ?
- Je ne crois pas.
- Pourquoi es-tu là ?
- Je ne veux pas que tu m'oublies. Mais je sais que tu le dois.
- Tu me l'as demandé.
- Je sais.
- Tu as changé d'avis ?
- Non. -
- Tu ne m'aimes pas ?
- Pas assez.
- Que veux-tu ?
- Rien.
- Pas même moi ?
- Non.
- Moi je te veux, toi. Tu vois, on ne sera jamais d'accord.
- Non, jamais.


- Regarde, la lune est pleine.
- J'ai vu, elle est belle. Toi aussi.
- Merci. Un homme me l'a dit, ce matin.
- Que tu es belle ?
- Oui.
- Je le déteste.
- Tu es égoïste.
- Je sais.
- Alors ?
- Rien.
- Rien ne change, donc.
- Non, rien.
- Si, moi.
- Toi ?
- Oui, moi.
- Toi.
- Moi, je change.
- Ah ?
- Oui. J'ai appris à ne plus te détester.
- Tu me détestais ?
- Oui. Je t'en ai beaucoup voulu.
- Ah.
- Parce que tu aurais pu m'épargner.
- Quand ?
- Souvent. Toujours.
- C'est vrai.
- Oui, c'est vrai.
- Je suis égoiste.
- C'est trop facile.
- Je n'aime pas les choses difficiles.
- C'est pour ça que tu m'as aimée ?
- Peut-être.
- Tu savais que je t'aimerais fort, n'est ce pas ?
- Je savais que tu le pouvais. Je ne savais pas si tu le ferais.
- Je l'ai fait.
- Oui. C'était bien.
- Tu vois ? Tu en parles au passé, comme si la page était tournée.
- Elle est tournée. Je l'ai tournée en partant.
- Ta page à toi. Pas la mienne. Ni la nôtre.
- C'est vrai. Je suis égoiste.
- Tais toi.
- D'accord.


-Pourquoi m'as tu aimée ?
- Parce que j'avais besoin d'aimer quelqu'un. Et tu es très aimable.
- Pourquoi n'as tu pas pensé à moi ?
- Parce que j'avais besoin de penser à moi, pour une fois.
- Tu as toujours pensé à toi.
- Non.
- Tu ments toujours. Toujours. Comme tu as toujours pensé à toi. A ce toi que tu es pour les autres. Une statue que tu dores et redores et adores chaque jour. Tu as toujours tout fait pour que le monde entier te regarde et t'aime. Bravo, tu as réussi. Tout le monde t'aime, t'adore même. Tout le monde à part toi. Ceux qui t'aiment le moins sont ceux qui te connaissent le mieux.
- Tu es dure.
- Très. Pardon. Mais tu sais que j'ai raison. Et que tu as tort. Parce que les gens aiment ta statue, pas toi. Sauf moi.
- Sauf toi ?
- Oui, sauf moi....
- Tu me trouve toujours aussi dure ?
- Oui.
- Pardon. Je ne veux pas te faire de mal.
- Tu pourrais.
- Je sais, mais je n'en ai pas envie. Je n'ai que de bonnes intentions à ton égard, tu sais que ça m'agace parfois ? Je n'ai même pas envie de creuver les pneus de ta voiture, de taguer ta jolie maison...
- ...
- Et ne souris pas, s'il te plaît.
- D'accord. Pardon.
- Je te pardonne.

- Alors ?
- Alors ?
- Que veux-tu ?
- Je voudrais que tout soit comme avant.
- Avant quoi ?
- Avant nous. Je voudrais t'aimer de loin et presque en silence. Je voudrais t'écrire des mots tendres que je ne t'enverrai pas, je voudrais composer des musiques pour toi sans que tu les entendes, je voudrais te parler, rarement et tard dans la nuit, entendre ta voix pour t'imaginer et rêver de toi.
- Tu voudrais que je ne sois qu'une chimère... ?
-  Un rêve, oui.
- ...
- Et toi ?
- Moi ?
- Que veux tu, toi ?
- Ne me le demandes pas.
- Si.
- Tu vas le regretter.
- Tant pis.
- Moi, je te veux toi. Toi pour moi et moi seule. Je te veux près de moi tous les matins et tous les soirs, je veux que tu me fasses le café et l'amour, je veux te voir lire en souriant, je veux choisir la musique de nos dîners, je veux écrire en te regardant pour que mes mots soient plus beaux.
- Un rêve.
- Une chimère, oui.
- Je ne peux pas t'aimer dans l'ombre, tu le sais bien.
- Oui, je le sais bien.
- Ça me tuerait.
- Et je ne le veux pas.
- Ça tombe bien.
- Tu as d'autres choses à vivre, de belles choses.
- Je l'espère.
- Je déteste cette idée, pourtant je te veux heureuse. Même si c'est sans moi.
- Tu veux que ce soit sans toi.
- C'est vrai, je veux que ce soit sans moi.
- Je ne sais pas si je pourrais aimer encore.
- Bien sûr que tu le pourras.
- Pas comme je t'aime toi.
- Peut-être pas...
- C'est dommage. Je suis sûre que quelqu'un, quelque part, mérite cet amour-là.
- Sûrement.
- Il peut donner des ailes, mon amour, tu sais... ?
- Je sais...

- Alors ?
- Alors je m'en vais.
- Comme toujours.
- A jamais.
- Menteur.
- Oui, je mens. Je ne pourrais jamais t'oublier.
- Moi non plus.
- J'aurai envie de t'écrire.
- Alors écris moi.
- J'aurai envie de t'aimer.
- Alors aime moi.
- Merci.
- Mais je ne sais pas si je pourrais t'aimer en retour. J'espère, j'aimerais, t'aimer sans souffrir, de loin, dans l'ombre, en secret et silence. Mais je ne sais pas si j'y arriverai. Je ne t'oublierai pas, mais peut-être un jour ne t'aimerai-je plus.
- Je sais.
- Alors il sera trop tard.
- Je sais.
- Tu t'en moques ?
- Oui. Je veux juste t'aimer. De toutes façons, il est déjà trop tard, trop tard pour tout.
- Peut-être...
- Adieu.
- Tu ments toujours...
- Toujours.

- A bientôt.
- A demain.
- Non, à bientôt.

- Je t'aime.
- Je t'aime.
"

M.

Les petites choses, le 22 septembre 2008

_________________________

Ce dialogue, je l'ai rêvé, je l'ai craint, je l'ai illustré, je l'ai écrit, je l'ai gommé, je l'ai réécrit, je l'ai joué, je l'ai déjoué, je l'ai rejoué, je l'ai surjoué, il m'a pénétré, et malgré des litres de larmes et de sueur, la fin depuis six mois m'en échape. La fin. Il y a six mois aujourd'hui. Tout juste. Six mois de chagrin avec au milieu l'impossible tentative de construire autre chose, et les idées belles qui malgré tout survivent, inconsistantes et froides. Six mois. C'est avec des violons en larme qu'il me consolait et me disait mon importance. Si dérisoire, comme ces dates symboliques qui soulignent un pitoyable fétichisme. Six mois.

26 décembre 2008

finir en beauté une histoire empêchée

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"Hier tu m'as donné un petit mot écrit en multicolore et plié 12 fois qui peut tenir dans le creux de la main, pour me dire que tu m'aimes. Tu as déchiré une feuille de ton cahier d'anglais, petit format, grand carreaux, marge à 3 cm, celui où la page de garde est bombardée de mon prénom aux différentes calligraphies.

Je crois que mon cœur a connu ses premiers soubresauts. Tu sais, oui tu sais, tu me le diras plus tard, cet espèce de tourbillon qui part de tout en bas pour venir étouffer le crâne bouillonnant.
On est bien quand on est amoureux. C'est ce que tu me dis, c'est ce que je ressens, violemment.
Tu n'insistes même pas quand je te dis qu'on le fera quand j'aurai 18 ans, tu sais que c'est long 7 ans d'attente, mais tu t'en fiches parce que 7 c'est ton chiffre préféré, c'est ce que tu dis.

Tu as tatoué à l'intérieur de ton avant-bras, les deux premières lettres de nos prénoms, je trouve ça magique, et tu es fier.
Tu as même changé la selle de ta mobylette pour pouvoir m'emmener derrière toi. Mon père te déteste, m'interdit de te voir, je fais le mur le soir et te retrouve au lavoir, il fait nuit, mais je ne vois que tes bras qui me serrent. Je rentre par ma fenêtre entre-ouverte à des heures indues, mais comment aurait-il pu remarquer que je n'étais pas là ? Elle s'occupe bien de le garder pour elle. Il ne verra jamais mes épisodes nocturnes vers toi ... Comme il ne comprendra jamais ce qui me pousse là-bas, ou ailleurs d'ailleurs.

C'est le lycée qui nous sépare, toi d'un côté, moi ailleurs, et nos nouveaux copains, tu es parti un jour en me disant :

J'ai rencontré une autre fille, elle est plus âgée, et elle est enceinte.
Je t'ai dit que 17 ans c'était bien trop jeune pour avoir un enfant, surtout avec une inconnue. Viens, on fait nos sacs et on part seuls tous les deux, loin d'ici.
Tu as dit, non, ton père me tuerait, tu resteras l'amour de ma vie, mais je dois assumer mon rôle de père.
Je t'ai dis, faisons l'amour, au moins une fois, maintenant.
Tu as dis, non pas comme ça, mais un jour on se retrouvera, et ce jour là, on fera l'amour.

Tu avais raison.
Il y a 5 ans on s'est retrouvés ...
On a parlé de nos vies, de nos enfants, de nos ratages comme de nos réussites. On s'est parlé de ce premier amour si marquant pour l'un comme pour l'autre. Cet amour qu'aucun adulte ne voulait prendre au sérieux, nous on avait un vrai engagement, on avait même mélangé nos sangs.
Dans ce bistro feutré, ta main a effleuré la mienne et j'avais soudain 11 ans et le corps plus sûr.

J'ai aperçu les premières lettres de nos prénoms toujours là, côte à côte sur ton bras. Alors tu as abaissé la manche de ton pull. J'ai eu un sourire gêné, tu as pris ma main, et tu m'as embrassée.

On a été maladroits comme des adolescents mais nos corps se sont trouvés juste pour se dire au revoir, cet au revoir qu'ils n'avaient pas eu l'occasion de s'offrir vingt ans plus tôt. Tu n'as pas dormi une seconde, tu as observé toute la nuit ce corps blotti contre le tien, tremblant. As-tu juste mesuré à ce moment là, ce que tu avais été pour moi à l'heure du passage à la vie des grands ? Je ne sais pas, j'étais bien, j'avais envie de voir de toi ce qu'il ne m'avait pas été permis de voir 20 ans plus tôt.

La chambre d'hôtel qu'on avait choisie ne portait aucune de nos histoires, mais tant d'autres. Avait-on juste envie, en souvenir de cette histoire de pas encore grandes personnes, ou pour agir contre le désaccord parental laissé dans une chambre d'ado ou simplement pour se découvrir adultes ? Je sais que j'ai mis un point final à mes premiers émois dans cette chambre anonyme.

goodbye !

Simplement finir en beauté cette histoire empêchée, notre première histoire d'amour, notre premier amour.

Mon grand a les yeux qui brillent en ce moment, il monte dans le tram sans ticket, il rêve, il est devenu un msn-addict, il parle d'elle, même dans son sommeil, il oublie qu'à table on est là pour se nourrir, son sourire est tout neuf, c'est un que je ne lui connaissais pas ... Et je pense à ce premier amour qui aura bouleversé ma vie au point de le retrouver vingt ans après pour mieux le quitter.


Il n'y a définitivement pas d'âge pour avoir la tête à l'envers !

Mais je me demande si je dois lui dire, qu'il existe dans nos cœurs, des histoires qu'on ne vivra jamais, des histoires impossibles, inaccessibles, et que ce sont sans doute celles-ci qui nous construisent le plus. Qu'il existe des êtres qu'on croisera longtemps, qui nous feront toujours autant tourner la tête. Des bras qu'on reçoit comme des offrandes, et qu'on laisse s'envoler après l'étreinte.

Je crois que je dois juste le laisser face à lui-même dans la plus la plus belle et la plus douloureuse découverte qu'il est en train de faire.
"

feekabossee,

La brune qui roucoule, le 2 novembre 2008

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J'aime dans ce récit les points de suspension que l'on croyait perdus, qui conduisent invisibles à un aboutissement, la fin qui se donne à une histoire sans fin, ce presque hasard qui résonne à distance. Moi aussi, j'ai deux lettres tatouées sur la peau de mon avant-bras, sous mon aisselle, au coin du pubis, sur le galbe d'un mollet, comme deux dragons qui ne parviennent pas à s'unir, en lettres latines, ou en calligraphies orientales, creusées par le combat, et pour cette raison indélébiles. Personne ne peut les lire, mais moi, chaque fois que j'y passe la main, ces initiales me parlent, et me disent un rêve non éteint, commencé lui aussi par un mot plusieurs fois plié. Par une prière. Un rêve qui n'en finit pas de couver comme de la braise ardente.

25 décembre 2008

tester encore l'adamantin du lien

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Il y a plusieurs façons de marquer la trêve des confiseurs, de s'éloigner de l'écran pour se consacrer à autre chose, de s'immerger dans l'esprit de la fête, d'être tout entiers à ses proches, avec du temps non compté, de s'extraire du monde et de ses hiérarchies suffocantes.

Plutôt que dix jours de jachère, j'ai préféré parsemer, en version préprogrammée, cet écoulement paisible de retours en arrière, revenir avec toi sur des billets qui m'ont touché, les mettre en regard d'émois à moi, parfois déjà lourdement partagés avec toi.

Tu vas donc retrouver ici, jusqu'à l'année prochaine, des choses déjà lues ailleurs, et tant mieux si s'y trouvent aussi pour toi des découvertes.

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"Ensuite, vous abordiez le chapitre des amitiés amoureuses. Sujet scabreux s'il en fut - et pourtant vous saviez devoir tester encore l'adamantin du lien lorsqu'il restait ouvert. Des mains se frôlaient sur la table, sous la table des pieds se heurtaient ; et votre colère équivoque fleurissait sur cette tranche - lier, renouer, effacer, prendre et donner, désirer, croire.

Le jour se leva sur la défaite des obscures raisons."

Manu Causse-Plisson

Dans ton blog, le 10 décembre 2008

L'adamantin du lien. Longtemps j'ai médité cette expression, rencontrée un jour sur le blog de Manu Causse-Plisson. L'adamantin, ce qui, dans le lien, relève donc du diamant, ce qui en a l'éclat, la dureté. Tentant le pari de l'amitié amoureuse, m'aventurant sur ce sentier sans trop savoir où il me menait, j'étais donc parti pour ne garder de l'amour que son diamant brut, sa pureté absolue parce que je l'en aurais dépouillé de tout le reste : la banalité, le quotidien, les habitudes, mais aussi la jalousie, la possessivité, la vanité...

Voilà ce que me disait Manu : avec l'amitié amoureuse, le lien restait ouvert, je n'avais pas d'autre choix que d'en éprouver l'éternité, malgré ses ambiguités douloureuses et ses heurts.

Et depuis j'attends le lever du jour pour que s'y dissipent ces énigmatiques "obscures raisons". J'attends. Sans y croire vraiment.

23 décembre 2008

c'est moi le boss

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Cafouillage, hier midi, à la piscine Roger Le Gall. Comme d'habitude, passé 12h 30, les clubs réquisitionnent les deux lignes de droite.

Mais les surveillants de baignade vacataires, qui assurent l'intérim pendant les fêtes, tardent à mettre en place les lignes d'eau pour le grand-public. Résultat, pendant un bon quart d'heure, nous nous retrouvons tous dans une seule et même ligne, là où il en faut trois en temps normal : celle des "nageurs avec matériel" (entendez palmes, tubas, etc.), celle des nageurs "détente", (entendez le papy et la mamie qui se font la brasse pépère version poids mort), et celle des nageurs "rapides" (entendez crawl, dos crawlé, et surtout, surtout, en temps normal : brasse interdite). Ça fait du monde, et du tangage.

Bon an mal an, je me lance. Dans un cas comme ça, j'opte pour le crawl, c'est la seule façon de se faufiler. Sur une longueur de 50 mètres, ça finit toujours par passer.

A un moment, je réalise que la jeune fille que je suis en train de dépasser est elle même en train de doubler quelqu'un, lequel se trouve également en situation de dépassement. Nous sommes donc quatre de front. Dois-je lâcher prise et me rabattre ? Rapide coup d'oeil vers l'avant, il reste 15 mètres à tout casser avant le mur, personne en sens contraire, c'est décidé, je mets les turbos, accélération maximum. Objectif : toucher le premier pour repartir en tête, et me gagner un horizon dégagé pour quelques coulées.

J'ai déjà vingt-quatre longueurs dans les pattes, des cent mètres ou des deux-cents mètres quatre nages. Mais il n'y a pas vraiment le choix, ou tu t'imposes, ou tu te laisses embourber. Et là, je suis chaud.

Des quatre, je pars avec un léger handicap, quelques mètres tout au plus, mais a priori, je suis le plus rapide, c'est donc jouable, il suffit d'un coup de reins. Je donne le maximum et je touche.

Le challenge relevé, il faut ensuite s'en montrer à la hauteur, ne pas lâcher le rythme. Avoir tout donné dans une accélération improvisée t'a coupé le souffle, mais tu n'as pas le droit à la récupération, sinon tu perds le bénéfice de l'effort, alors il faut tirer, se trouver un mouvement adapté, qui maintient un minimum de vitesse tout en te permettant de reprendre le contrôle du souffle. A la relance, tu n'es pas loin de capituler, les bras semblent ne plus répondre, il faut leur trouver de nouveaux appuis, solliciter d'autres muscles, pousser plus court, essayer de sentir une vague sous toi, te la créer, n'importe quoi, quelque chose qui te porte.

Tu ne vois plus ce qui se passe derrière, mais tu devines la pression qui ne se relâche pas. Et sous la pression, ça marche, tu avances, ton souffle revient, tu glisses, l'eau s'ouvre devant toi, encore, encore une fois tu l'as domptée. Comme ce jour-là. Et sur ce retour, tu t'es vraiment affirmé comme le boss alors que tu étais à deux doigts de basculer dans le ridicule.

Arrivé au bout de la longueur, tu constates les dégats, le creux s'est fait, tu repars d'un mouvement léger, tu n'as plus rien à conquérir. A l'arrière, plus personne ne suit. Tu es en croisière.