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27 décembre 2008

je t'aime, pardon, adieu, à bientôt

brutos8473.jpg

"- Que veux-tu que je te dise ?
- Rien.
- Tu mens.
- Oui.
- Qu'attends-tu de moi ?
- Rien.
- Tu ments encore.
- Non, pas cette fois.
- Bien sûr que si. Tu es là, tu es venu chercher quelque chose.
- Non, je voulais juste te voir.
- Tu aurais pu me voir à travers la fenêtre.
- Je voulais savoir comment tu vas.
- Tu aurais pu demander de mes nouvelles à la voisine.
- Je voulais t'entendre.
- Tu as un enregistrement de ma voix sur ton répondeur.
- ...
- Pas d'autre argument ?
- Je ne crois pas.
- Pourquoi es-tu là ?
- Je ne veux pas que tu m'oublies. Mais je sais que tu le dois.
- Tu me l'as demandé.
- Je sais.
- Tu as changé d'avis ?
- Non. -
- Tu ne m'aimes pas ?
- Pas assez.
- Que veux-tu ?
- Rien.
- Pas même moi ?
- Non.
- Moi je te veux, toi. Tu vois, on ne sera jamais d'accord.
- Non, jamais.


- Regarde, la lune est pleine.
- J'ai vu, elle est belle. Toi aussi.
- Merci. Un homme me l'a dit, ce matin.
- Que tu es belle ?
- Oui.
- Je le déteste.
- Tu es égoïste.
- Je sais.
- Alors ?
- Rien.
- Rien ne change, donc.
- Non, rien.
- Si, moi.
- Toi ?
- Oui, moi.
- Toi.
- Moi, je change.
- Ah ?
- Oui. J'ai appris à ne plus te détester.
- Tu me détestais ?
- Oui. Je t'en ai beaucoup voulu.
- Ah.
- Parce que tu aurais pu m'épargner.
- Quand ?
- Souvent. Toujours.
- C'est vrai.
- Oui, c'est vrai.
- Je suis égoiste.
- C'est trop facile.
- Je n'aime pas les choses difficiles.
- C'est pour ça que tu m'as aimée ?
- Peut-être.
- Tu savais que je t'aimerais fort, n'est ce pas ?
- Je savais que tu le pouvais. Je ne savais pas si tu le ferais.
- Je l'ai fait.
- Oui. C'était bien.
- Tu vois ? Tu en parles au passé, comme si la page était tournée.
- Elle est tournée. Je l'ai tournée en partant.
- Ta page à toi. Pas la mienne. Ni la nôtre.
- C'est vrai. Je suis égoiste.
- Tais toi.
- D'accord.


-Pourquoi m'as tu aimée ?
- Parce que j'avais besoin d'aimer quelqu'un. Et tu es très aimable.
- Pourquoi n'as tu pas pensé à moi ?
- Parce que j'avais besoin de penser à moi, pour une fois.
- Tu as toujours pensé à toi.
- Non.
- Tu ments toujours. Toujours. Comme tu as toujours pensé à toi. A ce toi que tu es pour les autres. Une statue que tu dores et redores et adores chaque jour. Tu as toujours tout fait pour que le monde entier te regarde et t'aime. Bravo, tu as réussi. Tout le monde t'aime, t'adore même. Tout le monde à part toi. Ceux qui t'aiment le moins sont ceux qui te connaissent le mieux.
- Tu es dure.
- Très. Pardon. Mais tu sais que j'ai raison. Et que tu as tort. Parce que les gens aiment ta statue, pas toi. Sauf moi.
- Sauf toi ?
- Oui, sauf moi....
- Tu me trouve toujours aussi dure ?
- Oui.
- Pardon. Je ne veux pas te faire de mal.
- Tu pourrais.
- Je sais, mais je n'en ai pas envie. Je n'ai que de bonnes intentions à ton égard, tu sais que ça m'agace parfois ? Je n'ai même pas envie de creuver les pneus de ta voiture, de taguer ta jolie maison...
- ...
- Et ne souris pas, s'il te plaît.
- D'accord. Pardon.
- Je te pardonne.

- Alors ?
- Alors ?
- Que veux-tu ?
- Je voudrais que tout soit comme avant.
- Avant quoi ?
- Avant nous. Je voudrais t'aimer de loin et presque en silence. Je voudrais t'écrire des mots tendres que je ne t'enverrai pas, je voudrais composer des musiques pour toi sans que tu les entendes, je voudrais te parler, rarement et tard dans la nuit, entendre ta voix pour t'imaginer et rêver de toi.
- Tu voudrais que je ne sois qu'une chimère... ?
-  Un rêve, oui.
- ...
- Et toi ?
- Moi ?
- Que veux tu, toi ?
- Ne me le demandes pas.
- Si.
- Tu vas le regretter.
- Tant pis.
- Moi, je te veux toi. Toi pour moi et moi seule. Je te veux près de moi tous les matins et tous les soirs, je veux que tu me fasses le café et l'amour, je veux te voir lire en souriant, je veux choisir la musique de nos dîners, je veux écrire en te regardant pour que mes mots soient plus beaux.
- Un rêve.
- Une chimère, oui.
- Je ne peux pas t'aimer dans l'ombre, tu le sais bien.
- Oui, je le sais bien.
- Ça me tuerait.
- Et je ne le veux pas.
- Ça tombe bien.
- Tu as d'autres choses à vivre, de belles choses.
- Je l'espère.
- Je déteste cette idée, pourtant je te veux heureuse. Même si c'est sans moi.
- Tu veux que ce soit sans toi.
- C'est vrai, je veux que ce soit sans moi.
- Je ne sais pas si je pourrais aimer encore.
- Bien sûr que tu le pourras.
- Pas comme je t'aime toi.
- Peut-être pas...
- C'est dommage. Je suis sûre que quelqu'un, quelque part, mérite cet amour-là.
- Sûrement.
- Il peut donner des ailes, mon amour, tu sais... ?
- Je sais...

- Alors ?
- Alors je m'en vais.
- Comme toujours.
- A jamais.
- Menteur.
- Oui, je mens. Je ne pourrais jamais t'oublier.
- Moi non plus.
- J'aurai envie de t'écrire.
- Alors écris moi.
- J'aurai envie de t'aimer.
- Alors aime moi.
- Merci.
- Mais je ne sais pas si je pourrais t'aimer en retour. J'espère, j'aimerais, t'aimer sans souffrir, de loin, dans l'ombre, en secret et silence. Mais je ne sais pas si j'y arriverai. Je ne t'oublierai pas, mais peut-être un jour ne t'aimerai-je plus.
- Je sais.
- Alors il sera trop tard.
- Je sais.
- Tu t'en moques ?
- Oui. Je veux juste t'aimer. De toutes façons, il est déjà trop tard, trop tard pour tout.
- Peut-être...
- Adieu.
- Tu ments toujours...
- Toujours.

- A bientôt.
- A demain.
- Non, à bientôt.

- Je t'aime.
- Je t'aime.
"

M.

Les petites choses, le 22 septembre 2008

_________________________

Ce dialogue, je l'ai rêvé, je l'ai craint, je l'ai illustré, je l'ai écrit, je l'ai gommé, je l'ai réécrit, je l'ai joué, je l'ai déjoué, je l'ai rejoué, je l'ai surjoué, il m'a pénétré, et malgré des litres de larmes et de sueur, la fin depuis six mois m'en échape. La fin. Il y a six mois aujourd'hui. Tout juste. Six mois de chagrin avec au milieu l'impossible tentative de construire autre chose, et les idées belles qui malgré tout survivent, inconsistantes et froides. Six mois. C'est avec des violons en larme qu'il me consolait et me disait mon importance. Si dérisoire, comme ces dates symboliques qui soulignent un pitoyable fétichisme. Six mois.

Commentaires

oui mais dit-tu vrai ou mens-tu ?


rebises


Manu

Écrit par : manu | 27 décembre 2008

Frustrant et magnifique en même temps. Ces deux voix qui s'entremêlent à ne plus savoir qui dit quoi. Chaque protagoniste pourrait très bien être l'autre. Ils sont dans la même sphère de la révélation non dite.
Merci.

Écrit par : chiron | 27 décembre 2008

Dis, je viens de lire ton blogit jusqu'au bout : c'est ta lettre de dem' que tu as envoyée avant ton départ en vacances ? ou j'ai loupé un épisode ? ce qui est bien possible parce que je suis légèrement décalée en ce moment ... euphémisme ...

Écrit par : Manue | 27 décembre 2008

-> manu -> Je mens-vrai. Parce que le sens ne se donne pas, il se crée ;
-> chiron -> Merci à toi et à ma tendre M., l'auteure de ces lignes. Joyeuses fêtes à vous ;
-> Manue -> C'est ma lettre de démission, oui. La démission amoureuse, l'"arrêt des combats, arrêt des dégats", un retour en zone de paix, une tentative. Une boule dans un jeu de quilles, oui ! Un truc qui fait mal partout, et à tout le monde. Une belle connerie ! Je l'ai pas seulement envoyée, d'ailleurs, je l'ai d'abord dite, de vive voix et en face à face. Une façon d'être moins passif face à la douleur. D'être égoïste, donc. Un truc que je regrette déjà. Mais franchement, comment agir, quand on est perdu ?

Écrit par : Oh!91 | 28 décembre 2008

Ce dialogue est étonnant, comme l'écrit Chiron, a ne plus savoir qui et quoi, c'est cette confusion qui en fait la force, car dans une telle situation c'est l'un et l'autre pour un tout à la fois. J'aime M. ;-)
Je pense que rien n'est réellement impossible et surtout jamais pitoyable.

Écrit par : Bougrenette | 28 décembre 2008

-> Bougrenette -> les choses ne sont pitoyables qu'en fonction du degré d'acceptation de ses propres hontes. J'apprends, ici avec ce blog, depuis plus d'un an, à les accepter et à les revendiquer. Écrire "pitoyable", c'est déjà ne plus l'être, sans doute...

Écrit par : Oh!91 | 30 décembre 2008

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