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21 décembre 2008

Nelson Mandela (2) ne jamais désespérer du monde

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Bien avant cette évocation symbolique et musicale de l'autre soir, il y eut les autres rencontres. Les vraies.

La première fois, c'est quand François Mitterrand avait invité Nelson Mandela en France, peu de temps après sa libération, en 1989.

On oubliait l'hypocrisie de la situation, le fait qu'il avait fallu attendre si loin, si tard, pour que la France entende l'appel de l'ANC, relayé par l'ONU depuis longtemps pourtant, que Total avait collaboré avec l'armée de l'Apartheid, contrevenant à toutes les consignes de boycott. On oubliait qu'il avait fallu manifester, dénoncer ces collaborations, qu'il avait fallu envahir l'ambassade d'Afrique-du-Sud honteusement restée ouverte à Paris, saccager l'office de tourisme sud-africain lors de l'assassinat de Dulcie September (je parlais ici de cet épisode), manifester encore et encore pour être enfin entendus des autorités françaises. On oubliait tout ça, tous les rouages d'une real politique gravement fourvoyée, pour célébrer une victoire du droit et de l'honneur.

Mandela libre, reçu par les autorités de la France, et sur le parvis des droits de l'homme au Trocadéro, ça ne manquait pas de gueule : j'avais été invité à rejoindre un carré de VIP - reconnaissance tardive du rôle des mouvements anti-apartheid - et avais assisté à une mise en scène un peu surfaite mais bouleversante : Mandela et Mitterrand marchant l'un vers l'autre, le long d'une diagonale, pour se rejoindre au centre du parvis et s'étreindre. Mitterrand avait le sens de l'image, et Mandela a toujours été plus clairvoyant que vengeur. C'est ce qui fait sa force.

La seconde fois, c'était en septembre 1995. Mandela venait d'être élu premier président de l'Afrique du Sud libre et démocratique, selon le principe "un homme, une voix". Au terme d'une campagne admirable où les espoirs étaient immenses.

Il se trouve que je prenais mes fonctions à la tête d'une organisation internationale de jeunesse, dont le Conseil exécutif tenait sa réunion annuelle à Johannesburg. Je présidais les échanges, dans un anglais approximatif, et ceux de mes collègues qui comprenaient le moins cette langue trouvaient qu'avec un air de ne pas y toucher, je faisais bonne figure pour des débuts. Ils étaient braves avec moi.

En fait, je présidais, mais je ne comprenais rien à ce qui se passait. Je faisais "passer le parquet" : "I give the floor to our colleague from Nepal !..." C'est à peu près la seule chose que je savais dire. A un moment donné, mon camarade soudanais me signala l'arrivée de Walter Sisulu (photo ci-dessous), célèbre dirigeant de l'ANC et ancien compagnon de bagne de Mandela, qui venait saluer notre réunion. Entre mon niveau 0506-04.jpgd'anglais, ma fébrilité de débutant et son accent soudanais imbitable, je ne comprenais rien de ce qui m'était annoncé, et fus pris de court à son entrée dans la salle. J'ai bafouillé trois mots et en garde encore une grosse honte rétrospective, même si personne n'y accorda d'importance, car l'événement, c'était lui, et pas mes dérapages.

Un soir, au cours de notre séjour, avec un de mes collègues, nous fûmes invités au Palais présidentiel de Prétoria pour participer à un dîner donné à l'occasion de la visite du président du Zimbabwe.

Je ne saurais plus dire qui étais à ma table, je m'en contre-fichais, ni la teneur du discours des uns et des autres, je n'avais d'yeux que pour Nelson Mandela, il rayonnait, il incarnait plus que jamais la victoire et l'espoir, une sorte de dignité humaine. En le voyant en chair et en os dans ses habits de président, j'ai compris qu'il ne fallait jamais désepérer du monde.

Quittant l'assistance avant la fin du dîner, il fit le tour de quelques tables et vint nous serrer la main.

Le vieil homme a cessé d'être président, mais porte encore plusieurs magnifiques étendards, dont celui de la lutte contre le Sida. Son impressionnant charisme a pu faire vaciller des tabous tenaces dans son pays, sur ce sujet comme sur celui de la liberté.

(une suite est à lire là)

Commentaires

Une rencontre dont on ne doit pouvoir se défaire, un tel homme, un tel combat. Et comme toujours ton talent de narrateur, pouvoir un peu le revivre avec toi ainsi est une grande chance, merci Oh!

Écrit par : Bougrenette | 21 décembre 2008

Il est des rencontres qui peuvent changer un homme et une vie. Je n'ai qu'un mot insignifiant: whaou!

Écrit par : Med'celine | 21 décembre 2008

-> Bougrenette -> C'est vrai que cette grande salle de bal aménagée, les grandes tables rondes où nous étions installés, la tribune où étaient installés les présidents, le protocole... les images sont encore lumineuses dans ma tête ;
-> Med'celine -> les rencontres humaines sont les rencontres de la vie. Du haut de mes, quoi, 31 ans alors ?, j'étais extrêmement impressionné, je me sentais privilégié d'être là, comme récompensé de je ne sais pas quoi, ça doit faire partie des choses qui font que j'ai tendance dans la vie à me sentir redevable...

Écrit par : Oh!91 | 21 décembre 2008

C'est un tel privilège de l'avoir rencontré, c'est vraiment inoubliable, je te comprends.
Merci pour ces trois billets, merci beaucoup.

Je ne sais pas si tu suis toujours ce qui se passe en Afrique du Sud du point de vue politique intérieure et société, l'ANC et ses dissidents qui forment un nouveau parti. Les héritiers de Mandela n'ont pas sa force et sa volonté.

Écrit par : Fauvette | 22 décembre 2008

-> Fauvette -> Je suis toujours, d'un peu plus loin, mais je suis, j'ai vu exploser les affaires de corruption, il n'est pas très étonnant qu'une génération plus loin, quelques jeunes loups de la politique en soient arrivés à perdre le sens de l'engagement et aient vu dans l'ANC un marche-pied. Mais je crois que cet héritage lui survivra quand, même, au père Mandela.

Écrit par : Oh!91 | 23 décembre 2008

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