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30 novembre 2008

le rideau s'est levé sur le Dame de Canton

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Samedi soir, c'était Reggae Roots avec Funde. Je te laisse aller découvrir chez Fiso le compte rendu de cette soirée cool et de qualité, et son cadre, l'ex-Guinguette pirate devenue la Dame de Canton, ainsi que la façon, un poil édulcorée sous sa plume, dont elle s'est laissée outrageusement draguer par un magnifique sportif professionnel, dont j'aurais moi-même volontiers fait mon dessert...

Moi, j'en resterai à des choses plus sentimentales, comme d'hab'. Par exemple à ce sourire généreux de Reivax - le trompettiste-arrangeur de la troupe - qui exprime sous une demi tonne de dreadlocks une insondable gentillesse, et qui m'avait invité. Je me souviens quand en janvier dernier, peu de temps après la mort de sa mère, je l'avais entendu chanter puisque la vie est éphémère. Son oeil ne s'était pas départi d'une petite lumière, et j'avais fixé cette étoile sans pouvoir m'en dégager. Où a-t-il donc chipé cette force de bonheur ?

Soit dit en passant, ce groupe a acquis une vraie maturité, ils s'autorisent de belles divagations, et l'ensemble reste charpenté. Xav et son cuivre n'y sont pas pour rien. Avec eux, on vibre, et ils aiment ça.

J'ai aussi eu ce message, après avoir garé la voiture au sous-sol de la Grande bibliothèque : "le rideau se lève". Il avait donc pensé à moi. A l'heure des premières mesures, au moment de rassembler toute sa concentration sur son jeu, il eut cette incroyable délicatesse de m'envoyer une pensée d'Outre-Manche. Comme s'il avait eu dans sa poche ou autour de son cou le pendentif que j'avais rêvé lui confier en guise de porte-bonheur.

J'ai eu droit au cours de la soirée à quelques oeillades amicales - ou plus, si affinité - et à une complicité avec un jeune homme, survolté peut-être pas seulement sous l'effet de la musique et de l'alcool, plein d'idées sur la transe, la communion et le rôle des artistes, qui a même réussi à me faire bander à force d'approche tactile, le con.

Boby, fier du fiston, et content de m'avoir introduit, en tout début de soirée, dans un bout de son univers parisien, s'est laissé aller - qui l'eût cru - à des plongées dans quelque paire d'yeux. L'incorrigible !

La semaine qui s'ouvre s'annonçant chargée, je suis rentré tôt malgré la déception de Boby qui aurait bien voulu jouer les prolongations autour d'un verre. Mais bien m'en a pris. Une fois arrivé dans ma lointaine banlieue, une neige dense se mettait à tomber.

23:00 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : boby, funde, fiso, reggae, musique

29 novembre 2008

se rassurer à peu de frais

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J'avais besoin de me rassurer. Forcément, après la queue de poisson de ma sortie du sauna jeudi, ce "best friend" reçu en pleine poire le même soir, chargé de promesses et de frontières, de possibles et d'impossibles, d'éternel et de jamais, d'idées mêlées et emmêlées, après le billet d'hier qui découlait logiquement de ces doutes, et la morosité traînée ensuite la journée durant, dans une ambiance professionnelle mortifère...

Mon copain Yves, avec qui je partage le goût des sorties naturistes à la piscine Roger Le Gall m'avait sollicité, d'un courriel lapidaire dont il a le secret, au corps de texte vierge, la question simplement inscrite ainsi en objet : "vendredi ?"

J'avais dit oui, en précisant que j'avais besoin de tendresse, et le matin, au réveil, bien que passablement en retard, je pris le temps de me passer les poils pubiens à la tondeuse et de me raser les couilles.

Suffit-il vraiment de ces choses-là ? Je devais retrouver Yves vers 22h 30 chez lui. J'allais donc hier soir très innocemment à la piscine faire mes longueurs quotidiennes de maintien de forme. Mais à l'heure de la douche, puis au vestiaire, j'ai vu des garçons bander ostensiblement en me regardant. Des beaux garçons. Chercher à s'approcher. Et se palucher gentiment. L'un est même venu rejoindre ma douche voisine, et moyennant quelques jeux aussi discrets qu'érotiques, a lâché un jet puissant contre la paroi en carreaux de céramique.

Je me suis interdit de trop en faire, compte-tenu de mon rencart de la nuit, et me suis simplement étonné qu'un coup de tondeuse ait suffi à réhabiliter en moi un peu de sex-appeal.

A bien y réfléchir, j'ai joui. Mais une heure plus tard, devant un tartare sicilien à tomber par terre. C'était chez Félicie, la brasserie fétiche de Fiso où j'étais allé manger sur le pouce pour attendre 22h 30 pas trop loin de chez Yves. Là-bas, connecté à la wifi gratuite, j'ai appris d'Olivier Autissier une bonne nouvelle concernant mon ami-d'amour. Je ne m'étends pas sur les relations de cause à effet, mais à tort ou à raison, et au risque de perturber sa préparation au concert du week-end, j'ai tenté de le joindre à Londres pour la lui transmettre.

Auprès d'Yves, et de sa légèreté papillonne, j'ai ensuite trouvé ce dont j'avais besoin : de la tendresse, un sexe admirable, une couche hospitalière.

Et il m'a dit des choses des plus agréables sur mon postérieur : il faut bien commencer par une partie de son corps, pour se réconcilier avec soi-même...

28 novembre 2008

le mauvais coup

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Toi qui me connais, qui m'a rencontré au détour d'un Paris-Carnet, au cours d'un dîner, ou de plusieurs, à l'occasion de coups à boire, qui t'es laissé séduire par mon sourire, mon hâle et mon regard en coin, peut-être aussi par mon discours ; et toi, qui ne me connais pas, mais qui te fais des films sur mon intimate power à cause de cette audace que j'exhibe, de l'impudeur que je revendique, et de cette personnalité que je laisse transparaître, je te dois un aveu. Tant pis si ça brise le rêve, je ne veux pas entretenir de vaines illusions : je ne suis pas un bon coup.

J'ai la bite de taille très moyenne, j'ai l'érection instable, trop sensible aux émotions, je supporte mal les préservatifs, ce qui m'a rendu essentiellement passif, c'est encore de ma main que j'atteins le mieux l'orgasme, je débande quand on m'encule, hormis sucer je sais faire peu de choses, je manque cruellement d'imagination, je peux finir un plan sans avoir éjaculé, comme cela m'est arrivé deux fois récemment au sauna. Avec moi, plus c'est rapide et soudain, mieux ça marche. Plus ça dure, moins je performe. Il vaut mieux me prendre sous l'effet de surprise.

J'ai le gland qui s'irrite, rougeoie et s'endolorit. Je ne supporte pas qu'on me pince les tétons.

Si tu veux la vérité, il vaut mieux m'inviter à sa table qu'à son lit.

Parfois, il m'arrive de me dire que là se trouve la véritable raison de la fin de ma dernière belle histoire, tout le reste - les considérations sur le célibat ou le libertinage - ne sont sans doute qu'inconscients prétextes. Ma vocation de best friend sonne à la porte comme à chaque fois, avec à nouveau son florilège de vieux démons.

Je ne te parle même pas de mon système pileux, de ma toison désordonnée, incontrôlable, et désormais blanchissante.

Je ne saurais pas dire si j'ai abandonné plus qu'on m'a abandonné. Mais je sais que parfois le dégoût de moi m'atteint. S'installe. Et que c'est alors que j'ai besoin d'une main sur mon épaule.

27 novembre 2008

Entre deux Eaux : l'instant propice

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Donc, j'y suis allé, hein !... C'était rue de la Folie-Méricourt. A deux pas de chez Saiichi, avec qui j'avais passé la soirée. De toute façon, j'avais promis : non mais un bar gay, naturiste, qui s'appelle Entre deux Eaux, quand même, j'avais pas trop le choix, si ?

Une petite appréhension ? Même pas ! Malgré les réserves d'un lecteur occasionnel de ce blog, chris, et de celles de Saiichi, qui n'en gardait pas un souvenir mémorable, il était 22h 30 environ quand je franchissais ce samedi la porte du numéro 45.

Cette frontière est étrange. Tu passes du dehors au dedans, du froid au chaud, du clair de la nuit à la nuit de la nuit, du monde des conventions à celui de l'inavouable, sans véritable sas. Dès l'entrée, à gauche, alors que tu es presque dans le noir, un homme au corps sublime, et remarquablement outillé soit dit en passant - Laurent, me dira-t-il à l'heure du départ - te tends un sac poubelle noir enroulé. Tu fais remarquer que c'est ta première fois, alors il prend le temps de t'expliquer que c'est 11 euros, que ça comprends deux conso, que tu règles à la fin, que pour commencer, tu dois mettre toutes tes fringues dans ce sac, garder juste tes chaussettes et tes baskets, et qu'il te refilera un numéro en échange. Là, tu ne te poses pas de question, enfin, tu évites, tu as déjà repéré derrière les rideaux que tout le monde était totalement nu, alors tu te jettes à l'eau.

Dans les toutes premières minutes, tu ne sais pas exactement quoi faire. Balancer les bras, agiter tes mains, les laisser le long de ton corps, les glisser derrière ta tête ? Déambuler dans les lieux, pour voir comment c'est aménagé ? T'asseoir sur un tabouret de comptoir, l'air de rien et commander une première bière ? Regarder avec suffisamment de détachement l'enculade en règle que t'offre l'écran plasma au dessus de l'armoire ? Te joindre l'air de rien au groupe en pleine conversation ? Avoir l'air absorbé par un problème ? Te palucher ou te la jouer insouciant ?... J'étais dans ces pensées et ces hésitations quand Jérémy, un professeur de musique - vivant et travaillant dans le quartier - vint me mettre à l'aise, probablement attiré par mon érection non dissimulée. Petit et sec, comme j'aime, glabre, sans doute pas loin de la cinquantaine, mais la gueule d'ange, le sourire de l'habitué heureux de découvrir de la chair fraiche, il s'est offert à mes caresses et m'a offert ma première pipe.

Évidemment, après, c'était plus simple.

21.jpgLe groupe en plein bavardage s'est disloqué, un ou deux se sont rhabillés et sont partis, d'autres sont allés étrenner l'arrière boutique, et deux jeunes gens manifestement habitués, aux corps d'éphèbes - Yvan et Peter, partenaires dans la soirée mais aussi dans la vie : import-export d'ustensiles muséographiques, ça en jette, non ? - sont restés collés au comptoir et l'un à l'autre, offrant de temps en temps leur peau à quelques contacts innocents.

Hummm! ce Peter : un nageur, tiens ! Qui fait de la compète. Ça te fabrique un corps !... Il m'a laissé lui embrasser le pubis.

Il n'y a pas franchement de backroom. Ni de cabine. Tout au plus un ample rideau de fines perles, qui sépare la zone bar de la zone sexe. En toute transparence. Derrière, un canapé et quelques fauteuils te permettent d'attendre l'instant propice, ou de te détendre.

Jérémy était depuis longtemps parti papillonner ailleurs, je suis allé m'approcher d'un couple en pleine action, ma bière à la main. Ils étaient debout, jambes écartées, le sexe tendu sous l'aine de l'autre, comme offerts à de plus collectives caresses. Je m'y suis laissé glisser, ils l'attendaient. L'un était latino, mais grand. Petit sexe. L'autre avait un engin impressionnant. Ils étaient arrimés l'un à l'autre de façon frénétique, ils m'attiraient à eux, cherchaient ma bouche.

Chaque minute, ils se sortaient de la chaussette un flacon de popper, qu'ils respiraient à pleine narine. Je n'ai pas voulu m'y essayer,  toutes les drogues me rebutent. Puis le Latino s'est retourné, s'est fait enculer. Assis devant eux, je le branlais, et il a joui sur moi.

Plus tard, un jeune homme que j'avais repéré à son arrivée mais qui était resté ténébreux au comptoir, la belle gueule d'un bad-boy, mal rasé, s'est présenté dans la zone d'action. Un anneau étrange autour de la bite, qui enserrait en spirale à la fois et séparément la base du pénis et les couilles. Sa verge était magnifique, exactement à ma dimension, et j'eus un grand plaisir à la sucer. Longtemps. Sans lassitude. Enfin, il s'est lassé avant moi.

Ça m'a permis d'aller commander ma deuxième bière (je rappelle qu'il s'agit d'un bar).

Entre temps, une partouze en règle s'est mise en place : à partir de là, c'est participe qui veut. T'as plus qu'à te servir. Et à t'offrir. Tu peux brutos8196.jpgvarier les coups, et les partenaires. A la fin du service, j'ai eu un jet plutôt flatteur, et ils furent deux à me demander de nettoyer les dégats à coup de sopalin.

Il n'était que minuit et demi quand j'en suis reparti, du monde arrivait encore à cette heure. Il me semblait que les consommations avaient été à la hauteur du prix d'entrée. Je mentirais si je disais que l'expérience m'a déplu.

Mais si c'était à refaire, je crois que je préfèrerais y emmener un ami. Juste pour le confort des premières minutes.

25 novembre 2008

avancer prudemment sur les sentiers de l'amitié amoureuse

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Je continue avec Saiichi mon voyage sur les terres inconnues de l'amitié amoureuse. Hier soir, il avait pris l'initiative de me proposer une sortie à l'Opéra Bastille. C'était pour un concert symphonique. L'Orchestre de l'Opéra national de Paris était dirigé par Georges Prêtre, vieux maestro de 84 ans, habité par les partitions qu'il dirige. Le programme comportait Brahms, la troisième symphonie en fa majeur (op.90). Puis Moussorgski, les Tableaux d'une exposition.

Brahms est souvent assez caverneux. Enfin, je trouve. On s'y englue dans des thèmes romantiques graves, lourds, tu guettes chez lui les envolées, tu t'y accroches et tu finis toujours par leur trouver - forcément, sur un socle aussi épais - un magnifique relief. J'aime ainsi son Requiem, mais juste pour les deux ou trois passages où il parvient à m'emporter, quand longtemps il m'a ennuyé.

Georges Prêtre, hier soir, a interprété cette Symphonie n° 3 plus qu'il ne l'a dirigée. Et il lui a imprimé un jeu limpide.

Il saccade, il séquence, il temporise, il étire, il change de rythme, il fait exister chaque corps d'instruments, chaque phrase musicale, en les détachant de l'ensemble par l'on ne sait trop quelle magie. Hier soir, il m'a rendu Brahms lumineux.

J'y ai aimé le troisième mouvement, évidemment, le plus connu, ici interprété par Kurt Mazure, dont la mélodie est d'abord donnée par les violoncelles. Les violoncelles. Mon violoncelle. Mon violoncelle aux yeux noisettes... Je ressentais une joie profonde à être assis là, à côté de lui redevenu presque ce qu'il fut, sur son initiative. Une joie triste, aussi, à cause de la si déchirante mélopée, et à cause de ce presque.

4575_PhotoRedukto.jpgAprès l'entracte, les Tableaux d'une exposition nous furent donnés avec cette même profondeur. Je crois que je n'avais jamais entendu Moussorgski joué avec tant de lenteur. Avec tant de place faite aux vibrations profondes de l'oeuvre. On y décelait les traits de pinceau, les hésitations du peintre. On y avançait comme on circule dans un musée, en laissant les émotions parfois monter en vous, ou au contraire vous surgir en pleine figure.

Après le flamboyant final sous la Grande porte de Kiev, une standing ovation, une traversée du 11ème par grand froid, un plat de pâtes dans un Italien encore ouvert, je suis resté passer la nuit chez lui. Sur un matelas par terre. Je n'ai pas ronflé, paraît-il. Lui si, juste un peu, ça le rapprochait de moi.

Plusieurs fois, tout au long de la soirée, j'ai voulu lui dire ceci :

"Je peux te demander quelque chose? J'ai un peu honte, s'il-te-plaît, promets-moi de ne pas te moquer de moi. Tu sais que j'aurais beaucoup aimé être de ce voyage à Londres avec toi, le week-end prochain, assister à ton concert, être ton porteur de violoncelle. Je n'y serai pas, mais une chose me ferait immensément plaisir : si pendant le concert, tu portais sur toi quelque chose de moi. Tu vois ce pendentif, que j'ai ramené de Thailande ? Tu m'as vu souvent le porter ces derniers temps. Je voudrais que tu l'emportes avec toi. Et que tu l'aies sur toi, au moment du concert. J'aurais ainsi le sentiment d'y être, un peu, moi aussi."

Le pendentif est resté à portée de mes doigts, toute la soirée. Toute la nuit sur la tablette, à côté de son ordinateur. J'étais tremblant, et je n'ai pas osé. Ce matin en quittant son appartement, tandis qu'il dormait encore, j'ai repris le pendentif et l'ai remis autour de mon cou. Il ne portera rien de moi ce week-end à Londres.

Excuse-moi, Saiichi, excuse mon amitié d'être ainsi amoureuse... et peut-être imprudente.

23 novembre 2008

comme un sou neuf

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Avec mon chagrin, fin juin dernier, un autre mal a pris naissance en moi : une douleur aiguë derrière l'omoplate gauche. Je ne savais pas trop à quoi l'attribuer : peut-être un mouvement de contraction-rétraction, un jour où j'avais nagé le papillon, pour éviter de filer une mandale à un nageur arrivant en sens inverse - ça, c'était mon explication rationnelle. Ou peut-être un sentiment non exprimé, resté prisonnier de mon plexus, entravé dans ma poitrine et qui frappait désespérément à la porte de derrière pour essayer de s'échapper - c'était la suggestion de mon meilleur pote.

Pendant nos promenades en vélo dans le Quercy, en août, cette douleur m'empêchait de jeter un coup d'oeil vers l'arrière par la gauche pour m'assurer que la petite troupe tenait le rythme. Comme une aiguille à tricoter qu'on m'aurait enfoncée dans le dos. Un truc pas vraiment handicapant, mais omniprésent, lié à des mouvements précis de mon épaule, de mon bras ou de ma nuque.

En septembre, j'ai donc pris le taureau par les cornes, et suis allé consulter un professionnel du corps. J'ai été orienté vers un chiropracteur - ou chiropratitien, selon la terminologie actuelle - par un lecteur de ce blog, devenu ami occasionnel, lui même exerçant ce métier mais loin de là, dans la sublissime ville de Grenade : il avait à Paris un confrère, ami à lui et sérieux.

Recommandé comme je l'étais, j'ai été plutôt bien reçu. C'était mon tout premier contact avec des soins de ce type.

Il y eut une phase de discussion : je lui ai parlé de ma douleur et de certains aspects pratiques de ma vie. Puis il y eut l'observation, de la colonne, des cervicales, du bassin, apparemment, des irrégularités dans le squelette et la musculature livraient à vue d'oeil de premières indications thérapeutiques.

Puis il y eut le toucher et les manipulations. Sur des tables articulées, avec des encoches et des décoches, des "aaaspireeeez - souuuuffleeeeez" terminés par une chiropractic.jpgforte pression, de tout son poids, le craquement d'os et d'articulations qui ne craquent jamais, ceux du thorax, des hanches et d'où sais-je encore...

Les premières séances étaient espacées de quinze jours. Après chacune, je devais m'abstenir d'aller nager pendant deux jours, laisser le corps tirer parti des manipulations, réagir à son rythme et remettre de lui-même les choses à leur place. Il devait y en avoir trois. Mon angine, et l'épisode de l'hospitalisation, avaient en partie neutralisé l'effet de l'une d'elles, il y en eut donc quatre.

J'ai aimé ces moments, jamais très longs, j'ai apprécié de m'en remettre à ces mains et à ces soins. Je dois être un bon client, parce que je lâche totalement prise. Ce soignant a su immédiatement me mettre en confiance.

La douleur n'a pas tout de suite disparu. Elle est d'abord devenue vagabonde, irrégulière. Elle changeait aussi de nature, d'aiguë elle devenait diffuse, se recentrant sur mes vertèbres, et descendant le long de ma colonne sans plus trop excéder l'intensité des courbatures. Aujourd'hui, elle clignote. Je vais passer deux ou trois jours sans la sentir, et puis un matin elle sera là. J'ai l'impression que mon corps la réveille de lui-même, parce qu'il lui semble manquer quelque chose. Et puis il se rappelle qu'elle n'a plus lieu d'être, alors il se ravise et la laisse disparaître à nouveau.

J'avais vendredi une visite de contrôle, un mois après la dernière de la série. Tous ces phénomènes sont normaux, m'a-t-il dit. L'observation et le toucher lui disent que tout est en ordre. Que les ultimes séquelles partiront d'elles-mêmes. Alors je suis sorti de son cabinet frais et pimpant, comme un sou neuf. Avec une visite de routine programmée pour dans trois mois.

Je n'avais auparavant jamais consulté ni ostéopathe, ni kinésithérapeute, ni somatothérapeute, ni rien, oualou. C'est vrai qu'à 50 euros la séance, on veut être sûr du résultat. Je n'ai pas de regret. Après tout, la révision des 60.000 de ma berline m'a coûté bien plus cher le mois dernier !...

22 novembre 2008

mon tournesol

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Vous la prenez là où vous la trouvez, enfin, elle vous trouvera peut-être la première, vous la cueillez, vous la regardez de temps en temps, vous n'oubliez pas de l'arroser, elle en a besoin quelque fois, vous la voyez s'épanouir, se livrer, vous l'entendez rire, vous la laissez un peu vous guider, conduire à vous ses jeunes pousses, et puis vous l'emmenez avec vous en vacances. Pour quelques jours, au moins. Dans des lieux où ne se trouvent que des gens que vous aimez. Vous n'oubliez pas de lui donner du coucher de soleil. Un par jour, c'est un minimum. Alors vous vous laissez flotter, vous êtes comme en apesanteur, le cœur est léger et reconnaissant. Et vous n'avez plus que des envieux autour de vous. Vous vivez.

Voilà. J'avais écrit ça avant hier sur le blog de Bougrenette, en commentaire de la mosaïque - de mots et d'image - par laquelle elle racontait nos quelques jours de vacance en Provence. Et plutôt que d'en dire à mon tour les plaisirs, d'y rendre à mon tour hommage à ma mère et à nos hôtes, je vais plutôt t'inviter à aller y voir par toi même : tout y est.

20 novembre 2008

ma visite au purgatoire

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Ce serait comment, le purgatoire, si je croyais au Jugement, celui avec un grand J, à l'ultime Adjudication, si ces notions avaient le moindre sens... Quel pourrait bien être mon sort, quand ma dernière heure aura sonné ?

J'imagine un patriarche, dans une longue robe à crinoline, sans âge - je l'imagine grand, avec une belle carrure - me regardant d'un oeil circonspect, toisant mon mètre quatre-vingt, plongeant longuement son regard dans le mien, le rivant au mien, même, l'air sévère, lançant, après quelques minutes, à l'attention du greffier, un gnome à la pommette maligne accroupi à ses côtés : "Mal rasé ! Enfer !"

Ou s'adressant à moi, la robe-entre-ouverte et le sourire entendu, constatant mon allure encore svelte, et refermant la porte derrière lui : "Tu suces ?"

Ou magnanime, la main droite levée au dessus de son épaule, l'index légèrement tendu vers l'avant, énumérant des attendus, la mécréance en tête de chapitre, puis la pédérastie, suivie de près par les infidélités, énonçant syllabe après syllabe : mil-leu-qua-treu-cents-qua-treu-vingt-huit, le nombre témoin des queues passées par ma main ou ma bouche - tiens, j'aurais dit que c'était davantage -, énonçant le numéro de ma carte du parti, rappelant des antécédents familiaux, exhibant quelques traces de sperme relevées sur mon blog, concluant sur des preuves évidentes de narcissisme pervers, de flagrante usurpation et, circonstance aggravante, murmurant mon goût récent mais prononcé pour la bite japonaise. S'apprêtant à rendre son verdict... et là, lâchant dans un grand soupir :"Mais non, Ducon, c'est pour rire, qui voudrait de vous, en enfer ? C'est pas un endroit pour les coincés du cul" Et à son gnome :"Allez, occupe-toi de ça ! Au suivant !"

Ça doit être bizarre, le purgatoire. Ça te tente pas, toi d'aller y faire un tour ?

08 11 16V 042.jpgPour te dire la vérité, j'y ai fait un petit tour discret, le week-end dernier. Grâce à Manu Causse, et à son dernier ouvrage paru (son premier recueil de nouvelles, si je ne me trompe pas).

La nouvelles c'est un genre littéraire un peu particulier. On est à la limite de la fable. La morale à peine moins explicite.

En nouvelles, cette année, j'ai lu Romain Gary, "Les oiseaux vont mourir au Pérou". Parce que Fiso me l'avais prêté. Et Manu Causse : "Visitez le purgatoire (emplacements à louer)" (*), parce qu'il en a fait la promo sur son blog.

Je ne vais pas t'en faire une critique, hein, parce que critique littéraire, ça ne s'improvise pas, c'est un métier. Et il y faut une culture, des références, et je n'en ai pas. (Tu en trouveras une vraie, de critique, )

Par contre, j'ai des impressions de lecture, horriblement déformées par l'immense sympathie que j'ai pour l'auteur, et la fascination que j'ai pour l'écriture fictionnelle. Le recours à la première personne du singulier pour se raconter femme, pédé, illuminé du cerveau, quand on est soi même hétéro, rugbyman, porté sur la franche camaraderie, les souliers bien posés sur le sol... je ne saurais pas faire. Je viens de m'y essayer en début de note, sur deux paragraphes, et tu vois le résultat !...

En plus, c'est ingrat, un peu, la nouvelle. Enfin, je trouve. Tu as peu de pages pour poser un décor, camper des personnages, nouer une intrigue, construire l'affect du lecteur, parsemer le tout de rebonds, et de miroirs, et aller à la chute. C'est peut-être ce qui fait que la nouvelle est un rien à part. Un peu comme le court-métrage au cinéma. Il faut toujours rester près du propos, chaque mot doit y ramener. L'air de rien.

C'est donc plutôt de cet air de rien, que je vais te parler à brûle-pourpoint. Parce qu'il le manie à merveille. Comme sur son blog.

Les personnages de Manu sont comme ça, tous très différents, réels ou carrément improbables : jamais totalement victimes, toujours un peu coupables, à peine atteints par la rugosité de la vie. Ils vont se trouver confrontés à l'idée de la mort plus qu'à la mort elle-même, à sa mémoire, à la fascination de l'entre-deux. C'est peut-être cet entre-deux, justement, qui me parle dans ses récits, ils sont comme le fil de son recueil, des états suspendus.

On y trouve entre autres des homos, des graffitis de drague dans les chiottes d'une ère d'autoroute, un bel homme nu sur une île déserte, rien que pour ça, j'ai été tenu en éveil. Les histoires d'amour finissent ensevelies dans le sable. La quiétude familiale emportée par quelque démon lumineux. Les cauchemars d'enfants perfusés à la psychédélique. Les mâles certitudes devenues fragiles et vacillantes solitudes...

Un beau voyage dans l'angoisse essentielle de l'homme. Un dialogue impossible entre l'immédiat et l'éternel. Entre le toujours et le plus jamais. Vas donc y faire un tour, tu n'en rentreras pas bredouille : à ce qu'il paraît, il reste quelques emplacements à louer...

Un jour, j'ai eu à répondre à cette question : "mais qu'est-ce que tu lui trouves, toi, à ce Manu-là, à son blog ?". J'ai du dire - un peu surpris, tellement ça me paraissait évident - un truc du genre : sa décontraction, sa façon assumée de dire qu'il jalouse la liberté sexuelle des pédés - comme pour se la vivre par procuration - et la manière décalée qu'il a de parler de lui. L'air de rien.

Après avoir lu ses nouvelles, j'ajoute ceci : je crois que j'aime sa façon d'être en écriture.

_________________________

v_book_16.jpg(*) Manu Causse. Visitez le purgatoire (emplacements à louer). Editions D'un Noir Si Bleu. 168 pages. Il se commande ici.