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25 novembre 2008

avancer prudemment sur les sentiers de l'amitié amoureuse

pretre_georges.jpg

Je continue avec Saiichi mon voyage sur les terres inconnues de l'amitié amoureuse. Hier soir, il avait pris l'initiative de me proposer une sortie à l'Opéra Bastille. C'était pour un concert symphonique. L'Orchestre de l'Opéra national de Paris était dirigé par Georges Prêtre, vieux maestro de 84 ans, habité par les partitions qu'il dirige. Le programme comportait Brahms, la troisième symphonie en fa majeur (op.90). Puis Moussorgski, les Tableaux d'une exposition.

Brahms est souvent assez caverneux. Enfin, je trouve. On s'y englue dans des thèmes romantiques graves, lourds, tu guettes chez lui les envolées, tu t'y accroches et tu finis toujours par leur trouver - forcément, sur un socle aussi épais - un magnifique relief. J'aime ainsi son Requiem, mais juste pour les deux ou trois passages où il parvient à m'emporter, quand longtemps il m'a ennuyé.

Georges Prêtre, hier soir, a interprété cette Symphonie n° 3 plus qu'il ne l'a dirigée. Et il lui a imprimé un jeu limpide.

Il saccade, il séquence, il temporise, il étire, il change de rythme, il fait exister chaque corps d'instruments, chaque phrase musicale, en les détachant de l'ensemble par l'on ne sait trop quelle magie. Hier soir, il m'a rendu Brahms lumineux.

J'y ai aimé le troisième mouvement, évidemment, le plus connu, ici interprété par Kurt Mazure, dont la mélodie est d'abord donnée par les violoncelles. Les violoncelles. Mon violoncelle. Mon violoncelle aux yeux noisettes... Je ressentais une joie profonde à être assis là, à côté de lui redevenu presque ce qu'il fut, sur son initiative. Une joie triste, aussi, à cause de la si déchirante mélopée, et à cause de ce presque.

4575_PhotoRedukto.jpgAprès l'entracte, les Tableaux d'une exposition nous furent donnés avec cette même profondeur. Je crois que je n'avais jamais entendu Moussorgski joué avec tant de lenteur. Avec tant de place faite aux vibrations profondes de l'oeuvre. On y décelait les traits de pinceau, les hésitations du peintre. On y avançait comme on circule dans un musée, en laissant les émotions parfois monter en vous, ou au contraire vous surgir en pleine figure.

Après le flamboyant final sous la Grande porte de Kiev, une standing ovation, une traversée du 11ème par grand froid, un plat de pâtes dans un Italien encore ouvert, je suis resté passer la nuit chez lui. Sur un matelas par terre. Je n'ai pas ronflé, paraît-il. Lui si, juste un peu, ça le rapprochait de moi.

Plusieurs fois, tout au long de la soirée, j'ai voulu lui dire ceci :

"Je peux te demander quelque chose? J'ai un peu honte, s'il-te-plaît, promets-moi de ne pas te moquer de moi. Tu sais que j'aurais beaucoup aimé être de ce voyage à Londres avec toi, le week-end prochain, assister à ton concert, être ton porteur de violoncelle. Je n'y serai pas, mais une chose me ferait immensément plaisir : si pendant le concert, tu portais sur toi quelque chose de moi. Tu vois ce pendentif, que j'ai ramené de Thailande ? Tu m'as vu souvent le porter ces derniers temps. Je voudrais que tu l'emportes avec toi. Et que tu l'aies sur toi, au moment du concert. J'aurais ainsi le sentiment d'y être, un peu, moi aussi."

Le pendentif est resté à portée de mes doigts, toute la soirée. Toute la nuit sur la tablette, à côté de son ordinateur. J'étais tremblant, et je n'ai pas osé. Ce matin en quittant son appartement, tandis qu'il dormait encore, j'ai repris le pendentif et l'ai remis autour de mon cou. Il ne portera rien de moi ce week-end à Londres.

Excuse-moi, Saiichi, excuse mon amitié d'être ainsi amoureuse... et peut-être imprudente.

Commentaires

Quelle émouvante et superbe petite musique de mots glissés sur la table de nuit vers le désir de l'Autre comme une lumière qui se réverbère et se diffuse. On dirait une scène extraite d'un roman de Sagan qui se demandait également si elle aimait Brahms ;)

Écrit par : BT | 25 novembre 2008

J'aime quand tu parles de musique, tu le fais rarement mais tu le fais très bien. Surtout quand elle signifie quelque chose pour toi...
Ce texte est d'une sensibilité palpable, parfaitement accordé à la musique jointe, je me suis offert plusieurs lectures, toutes douces, toutes tendres.
A mon humble avis, tu as bien fait de garder le pendentif.
A mon humble avis toujours, il n'a pas besoin de ça, ni de quoi que ce soit, pour penser à toi.
J'ai envie de te serrer fort fort fort dans mes bras. Je t'embrasse.

PS : les danses hongroises de Brahms sont légères et lumineuses.

Écrit par : M. | 25 novembre 2008

Les choses les plus importantes sont profondément enfouies et invisibles à l'œil nu, tu aurais voulu, tu n'as pas pu, ce n'est peut être pas plus mal, l'amitié peut être imprudente souvent, car l'amour y est mêlé intimement. Il devait être sublime ce concert et comme M. je trouve que tu en parles très bien.

Écrit par : Bougrenette | 25 novembre 2008

-> Blog-Trotter -> Merci d'ajouter à cette note et à ces états d'âme un surcroît de poésie. Et merci de ta prévenance ;
-> M. -> Finalement, avec ce pendentif, c'est moi qui pense à lui. Encore et encore. J'aimerais avancer sur des chemins mieux balisés, d'un pas de danse, oui, à la hongroise ou à la japonaise, sur du Brahms, sur du Bartok, tout près de lui et pour toujours. Et qu'enfin, il me parle. Je suis déjà si beau à la lecture de ses sourires. Qu'enfin, il me dise, ou qu'il m'écrive ce qu'il entend de mes cris d'amour, et comment il accepte les échos de cette amitié amoureuse ;
-> Bougrenette -> Merci ma Bougre. Je crois que ce qui est enfoui au plus profond a vocation à s'extraire un jour. Oui, je suis imprudent, prudemment imprudent, je ne fais pas mais écris, je ne dis pas mais prends le risque (prends l'espoir) d'être lu. Je prends le risque (prends l'espoir) d'être répondu...

Écrit par : Oh!91 | 25 novembre 2008

Tu prends le risque de l'espoir...
Fais attention à toi.
Je ne veux pas te décourager, tu le sais, mais fais attention à toi...

Écrit par : M. | 25 novembre 2008

-> M. -> ...de l'espoir de réussir cette amitié forte, intense, unique, nourrie d'amour... oui. Être sûr qu'il a envie de la réussir, lui aussi, ça me suffit.

Écrit par : Oh!91 | 25 novembre 2008

En fait, tu es une vraie midinette ! C'est ça, hein ? ;o)
Solidarité !!!

Écrit par : JeandelaXR | 26 novembre 2008

C'eest tellement rare les hommes sensibles qui acceptent de l'être, et de le dire...
Moi aussi j'ai envie de t'embrasser, et de te dire Fais attention à toi...

Écrit par : Fauvette | 26 novembre 2008

C'est beau un homme qui se dévoile à ce point.
Que Saiichi lise (ou pas) qu'il réponde (ou pas) à tes attentes n'est peut être pas l'essentiel. Encore une fois, c'est la verbalisation-ou l'écriture- qui te sert de guide, qui te met dans le droit chemin sous notre regard à tous.
Alors, continue ta route entouré de tes contradictions, de ta sensibilité, de tes pulsions, bref de ce qui fait de toi un homme, un beau, un vrai.
C'est pour cela aussi que je t'aime...

ton ami- amant (virtuel?)

Écrit par : La midinette | 26 novembre 2008

-> JeandelaXR -> Apparemment, on est déjà trois midinettes par ici, ça doit suffire pour créer un club...
-> Fauvette -> Oh! , quel réconfort tu m'apportes là, par tes mots simples. Je t'embrasse aussi, avec une infinie tendresse ;
-> la midinette -> Et toi, tu te laisses démasquer bien facilement, dis donc, un peu comme à dessein ?!?... Tu sais, "bimestriel", c'était juste un constat, pas un souhait... Je te laisse me lancer la prochaine invitation ?

Écrit par : Oh!91 | 26 novembre 2008

La midinette est démasquée, mais le loup laissait voir une grande partie de mon visage; alors tu n'as pas trop de mérite. Non mais!
Je sais bien que les constats sont souvent éloignés de nos souhaits, c'est notre lot quotidien. Cela n'en est pas moins dur, par moments.
Il faut aussi apprendre la frustration et tu es sur le bon chemin...

Écrit par : la midinette démasquée | 26 novembre 2008

Pour moi la réponse est: ça me fait plaisir!
mais malheureusement la question ne m'est pas adressée.

Alors je fais appel à un ami.
ou peut être le vote du public.
je ne peux pas prendre le 50/50
alors, je change la question.

Merci Jean-Pierre.

Écrit par : La réponse est:... | 26 novembre 2008

Moi, ça me fait culpabiliser. Ce genre d'aveu me tétanise.
Car c'est bien un reproche de dire : «Tu n'es pas là et j'en souffre», non ?

http://www.youtube.com/watch?v=8owifmb8n2s

Écrit par : Fabien | 27 novembre 2008

-> La midinette qui a sa réponse -> D'abord, qu'en sais-tu ? Apprendre la frustration, dis-tu. Je me souviens l'histoire du jouet confisqué, j'en avais parlé dans une note, d'ailleurs... Pourtant, j'ai grandi dans la frustration, je me suis construit dans la frustration... J'y reviens aujourd'hui, mais je ne crois pas que ce soir pour un nouvel apprentissage. Plutôt pour me poser la question du dépassement, ce que je ne savais pas aborder, lorsque j'avais vingt ans...
-> Fabien -> parles-tu du billet, ou de ma question en blog-it sur cette phrase toute simple : "tu me manques". Tu sais, j'ai beaucoup d'amis libanais, palestiniens, syriens. Auprès d'eux, j'ai appris à dire "tu me manques" (mishta'lak), c'est une expression de tous les jours chez eux, une deuxième façon de dire bonjour. Elle s'emploie entre amants, mais aussi en famille, entre amis. On me l'a dite souvent, cette phrase, et souvent je l'ai dite moi-même en arabe... Et souvent j'ai envie de la dire en français aussi, parce que l'expression du manque n'est pas l'expression d'un reproche, mais l'expression d'un amour.

Écrit par : Oh!91 | 27 novembre 2008

"terres inconnues de l'amitié amoureuse", bon voyage !

Subtil aussi est ta façon de parler de la musique, comme dit M., c'est vrai que tu le fais rarement, trop.

(tellement subtil que je me mets à parler comme Yoda... grand est le plaisir que j'ai à te lire, etc.)

Écrit par : balmeyer | 29 novembre 2008

-> balmeyer -> Merci, maître. Sage, tâcherai-je de me montrer dans l'avenir et de musique je reparlerai. Tellement j'aime.

Écrit par : Oh!91 | 30 novembre 2008

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