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20 novembre 2008

ma visite au purgatoire

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Ce serait comment, le purgatoire, si je croyais au Jugement, celui avec un grand J, à l'ultime Adjudication, si ces notions avaient le moindre sens... Quel pourrait bien être mon sort, quand ma dernière heure aura sonné ?

J'imagine un patriarche, dans une longue robe à crinoline, sans âge - je l'imagine grand, avec une belle carrure - me regardant d'un oeil circonspect, toisant mon mètre quatre-vingt, plongeant longuement son regard dans le mien, le rivant au mien, même, l'air sévère, lançant, après quelques minutes, à l'attention du greffier, un gnome à la pommette maligne accroupi à ses côtés : "Mal rasé ! Enfer !"

Ou s'adressant à moi, la robe-entre-ouverte et le sourire entendu, constatant mon allure encore svelte, et refermant la porte derrière lui : "Tu suces ?"

Ou magnanime, la main droite levée au dessus de son épaule, l'index légèrement tendu vers l'avant, énumérant des attendus, la mécréance en tête de chapitre, puis la pédérastie, suivie de près par les infidélités, énonçant syllabe après syllabe : mil-leu-qua-treu-cents-qua-treu-vingt-huit, le nombre témoin des queues passées par ma main ou ma bouche - tiens, j'aurais dit que c'était davantage -, énonçant le numéro de ma carte du parti, rappelant des antécédents familiaux, exhibant quelques traces de sperme relevées sur mon blog, concluant sur des preuves évidentes de narcissisme pervers, de flagrante usurpation et, circonstance aggravante, murmurant mon goût récent mais prononcé pour la bite japonaise. S'apprêtant à rendre son verdict... et là, lâchant dans un grand soupir :"Mais non, Ducon, c'est pour rire, qui voudrait de vous, en enfer ? C'est pas un endroit pour les coincés du cul" Et à son gnome :"Allez, occupe-toi de ça ! Au suivant !"

Ça doit être bizarre, le purgatoire. Ça te tente pas, toi d'aller y faire un tour ?

08 11 16V 042.jpgPour te dire la vérité, j'y ai fait un petit tour discret, le week-end dernier. Grâce à Manu Causse, et à son dernier ouvrage paru (son premier recueil de nouvelles, si je ne me trompe pas).

La nouvelles c'est un genre littéraire un peu particulier. On est à la limite de la fable. La morale à peine moins explicite.

En nouvelles, cette année, j'ai lu Romain Gary, "Les oiseaux vont mourir au Pérou". Parce que Fiso me l'avais prêté. Et Manu Causse : "Visitez le purgatoire (emplacements à louer)" (*), parce qu'il en a fait la promo sur son blog.

Je ne vais pas t'en faire une critique, hein, parce que critique littéraire, ça ne s'improvise pas, c'est un métier. Et il y faut une culture, des références, et je n'en ai pas. (Tu en trouveras une vraie, de critique, )

Par contre, j'ai des impressions de lecture, horriblement déformées par l'immense sympathie que j'ai pour l'auteur, et la fascination que j'ai pour l'écriture fictionnelle. Le recours à la première personne du singulier pour se raconter femme, pédé, illuminé du cerveau, quand on est soi même hétéro, rugbyman, porté sur la franche camaraderie, les souliers bien posés sur le sol... je ne saurais pas faire. Je viens de m'y essayer en début de note, sur deux paragraphes, et tu vois le résultat !...

En plus, c'est ingrat, un peu, la nouvelle. Enfin, je trouve. Tu as peu de pages pour poser un décor, camper des personnages, nouer une intrigue, construire l'affect du lecteur, parsemer le tout de rebonds, et de miroirs, et aller à la chute. C'est peut-être ce qui fait que la nouvelle est un rien à part. Un peu comme le court-métrage au cinéma. Il faut toujours rester près du propos, chaque mot doit y ramener. L'air de rien.

C'est donc plutôt de cet air de rien, que je vais te parler à brûle-pourpoint. Parce qu'il le manie à merveille. Comme sur son blog.

Les personnages de Manu sont comme ça, tous très différents, réels ou carrément improbables : jamais totalement victimes, toujours un peu coupables, à peine atteints par la rugosité de la vie. Ils vont se trouver confrontés à l'idée de la mort plus qu'à la mort elle-même, à sa mémoire, à la fascination de l'entre-deux. C'est peut-être cet entre-deux, justement, qui me parle dans ses récits, ils sont comme le fil de son recueil, des états suspendus.

On y trouve entre autres des homos, des graffitis de drague dans les chiottes d'une ère d'autoroute, un bel homme nu sur une île déserte, rien que pour ça, j'ai été tenu en éveil. Les histoires d'amour finissent ensevelies dans le sable. La quiétude familiale emportée par quelque démon lumineux. Les cauchemars d'enfants perfusés à la psychédélique. Les mâles certitudes devenues fragiles et vacillantes solitudes...

Un beau voyage dans l'angoisse essentielle de l'homme. Un dialogue impossible entre l'immédiat et l'éternel. Entre le toujours et le plus jamais. Vas donc y faire un tour, tu n'en rentreras pas bredouille : à ce qu'il paraît, il reste quelques emplacements à louer...

Un jour, j'ai eu à répondre à cette question : "mais qu'est-ce que tu lui trouves, toi, à ce Manu-là, à son blog ?". J'ai du dire - un peu surpris, tellement ça me paraissait évident - un truc du genre : sa décontraction, sa façon assumée de dire qu'il jalouse la liberté sexuelle des pédés - comme pour se la vivre par procuration - et la manière décalée qu'il a de parler de lui. L'air de rien.

Après avoir lu ses nouvelles, j'ajoute ceci : je crois que j'aime sa façon d'être en écriture.

_________________________

v_book_16.jpg(*) Manu Causse. Visitez le purgatoire (emplacements à louer). Editions D'un Noir Si Bleu. 168 pages. Il se commande ici.

Commentaires

ah bah enfin, tu vas pouvoir me le prêter maintenant :-)

Écrit par : Bougrenette | 20 novembre 2008

-> Bougrenette -> J'aurais voulu te prêter la version remasterisée. Mais y paraît que je vais devoir attendre encore un petit peu... Il viendra sans doute pas sur Paris, Manu, ce week-end... une histoire d'embrouille avec le temps qui passe.

Écrit par : Oh!91 | 21 novembre 2008

Le Dieu (censé être le "sévère", je suppose, dans ta série) qui t'envoie en enfer, il est très looké "tendance", dis donc !
"J'imagine un patriarche, dans une longue robe à crinoline, (...)- je l'imagine grand, avec une belle carrure - me regardant (...), toisant mon mètre quatre-vingt, plongeant longuement son regard dans le mien, le rivant au mien, même"
D'accord, j'ai fait des coupures... mais un homme avec une belle carrure, en crinoline, plongeant longuement son... On se croirait dans le synopsis d'un Cadinot !

Y a pas que Manu, même Dieu jalouse notre liberté sexuelle.... ;-))

Écrit par : Lancelot | 23 novembre 2008

-> Lancelot -> Lol. Et je sais pas si tu l'as vue, mais je suis assez fier de cette image, choisie en illustration, parce que je l'ai dégotée sur un site après avoir écrit ce papier, et finalement, je trouve qu'elle lui fait un bel écho...

Écrit par : Oh!91 | 23 novembre 2008

Sympa ce voyage au purgatoire. Bon je préfèrerais que ce soit la fille du patriarche qui me demande si je suce, mais tous les goûts sont dans les sépultures, et s'il n'y a que ça pour se laver de ses péchés, à Dieu vat.

Écrit par : Dard de Ville | 24 novembre 2008

-> Dard de Ville -> T'es donc près à tout pour accéder au septième ciel ?

Écrit par : Oh!91 | 25 novembre 2008

je vous découvre tous les deux le même jour (et ce grâce à toi) et je crois bien que cette "double rencontre virtuelle " s'ajoutera à mes plaisirs minuscules cueillis ce jour...
ps: tu n'as rien à envier aux critiques littéraires, cette note est plus qu'éloquente et il me tarde de mettre la main sur ce recueil!

Écrit par : Rouge | 21 avril 2009

-> Rouge -> Tu me fais bien plaisir à me dire de telles choses, car je suis heureux qu'on découvre Manu. J'aime sa sensibilité, et il a du talent. Et vive les blogs !

Écrit par : Oh!91 | 21 avril 2009

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