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25 octobre 2008

origines contrôlées et identités partagées

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Tu connais forcément les frères Amokrane, Mustapha et Hakim : ce sont des anciens du groupe Zebda. On leur doit notamment, avec Magyd Cherfi, le fameux Motiver, et Tomber la chemise qui colora l'été 99 de danse et de sueur.

Zebda n'est plus. Pour l'instant. Mais ces deux frères-là sont restés soudés, et continuent à faire leur petit bonhomme de chemin.

Le projet sur lequel ils sont engagés, depuis maintenant un an, s'appelle Origines contrôlées. Avec leur talent et leur énergie, entourés de musiciens-magiciens (notamment Rachid, leur flûtiste-luthiste), ils remettent au goût du jour des chants de l'immigration maghrébine en France. Des chansons écrites tout au long du XXème siècle, qui parlent de la rigueur de l'exil, des espoirs de retour, du racisme, du rejet de l'intégrisme, qui se moquent gentiment des discours intégrationnistes des politiques de chez nous, sur des rythmes et des mélodies arabes, berbères, kabyles, pleines d'entrain.

Jeudi soir, Pantin les accueillait dans le cadre du festival Villes des musiques du monde, organisé par le Département de la Seine-Saint-Denis jusqu'au 23 novembre.

Il y avait Yo, ses yeux coralliens, sa nuque d'ivoire, et ses cheveux en champ de blé. Il y avait son amant d'éternité, au grand sourire-soleil. Il fichier_638.jpgy avait deux ou trois générations rassemblées. Il y avait ces appels à la solidarité pour les sans-papier, "parce qu'on a tous le droit de croire en des jours meilleurs". Il y avait cette ambiance de folie, cette joie des jeunes et des moins jeunes de redécouvrir, adaptés par ceux-là, des airs mille fois entendus dans leur petite enfance, qui accompagnaient les grands voyages en voiture l'été pour aller au bled. Il y avait ce profil de sphinx, solitaire, qui longtemps happa mon regard, la pommette saillante, l'oeil enjoué, campé sur des jambes athlétiques à dévorer, avec cette bouche et ce menton qui reprenaient en choeur tout ce qui se passait sur scène et un front si évidemment kabyle.

Il y avait cette fierté d'entendre ce patrimoine remis à neuf, restitué dans son époque, apte à être transmis encore, à connaître une nouvelle vie parce qu'il parle d'identité mieux que n'importe quel discours sur un malheureux hymne sifflé dans un stade.

J'étais en fin de convalescence, il était tard, mais ce fut une merveilleuse soirée

L'an dernier, les frères Amokrane parlaient de leur projet à l'Humanité. Et moi, je dédie ce billet à mes chers amis lecteurs de Toulouse, parce que je sais qu'ils voient aussi le merveilleux dans la dignité. Et parce que comme tous les projets des frères Amokrane, Origines contrôlées est né à Toulouse. La preuve en six minutes chrono :

Commentaires

J'ai lu en diagonale, en partance pour la ville où on s'est fait une corrida il y a qq mois ;) ... alors bien, Mousse et Hakim, hein ? Bisous à vous 3, non 4, heu 5 ... bref ... :)

Écrit par : Fiso | 25 octobre 2008

Ton texte me touche il rejoint des mots pour Khalil, un jeune homme sans-papier (Le texte est un peu long, mais je ne pouvais faire autrement):

Je m’appelle Khalil et je souhaite rien vous dire à mon sujet. Rien. Que reste clôt les portes closes ! Que j’échappe à vos actualités télévisées de 20 h ! Que je demeure cet inconnu à vos yeux, cet inconnu de vos vies ! Et que lorsque vous me croiserez, par hasard, dans le coin d’une rue, un jour anodin, vous ne saurez rien sur moi, rien, hormis mon regard profondément étranger, tout comme le vôtre d’ailleurs.

Malheureusement, je suis contrains de le faire ! Je dois me dévoiler. Je dois me mettre à nu devant vous. Je dois défaire mes jardins secrets et exhiber ma vie sans pudeur.

Avec désarroi donc, je déclare l’ouverture du cirque de l’humanité ! Parce qu’il s’agit de cela justement, d’une scène sous les projecteurs de la nudité, d’acteurs jouant la transparence de la nudité, et de spectateurs avides de cette nudité qui n’est pas la leur. Me voici sur les planches, nullement innocent, je ne jouerai plus à cache-cache. J’ignore si cela vous intéresse, si mon histoire suscite votre attention. Seulement, comprenez-moi bien, je suis pris dans le présent des choses.

Je m’appelle Khalil, j’ai 22 ans, je suis Tunisien, Arabe, gay, sans papiers et je vis à Montréal depuis deux ans. Loin, très loin d’un passé que je porte en moi, et dont il a accouché d’aujourd’hui.
Il y a un mois, le compte à rebours a commencé. Bientôt, ils décideront de mon sort. Expulsé ou pas. Bientôt, le juge entrera dans la salle d’audience avec sa robe noire, et je serai debout comme tous les autres. La robe noire lui donnera de l’ampleur et me noiera dans des sueurs de petitesse. Il délibérera son jugement final et il n’y aura rien à ajouter. Non, rien.
Et plus tard, tout ce qu’il m’attendra ça sera soit vivre en liberté à Montréal ou enfermé dans une prison à Tunis pendant deux ans. Peut-être moins, peut-être plus. Parce que là-bas c’est simple, les homosexuels n’ont pas de droit.

Voilà, je crois que je vous ai tout dit. Maintenant, vous savez toute l’histoire, tout ce que vous pouvez lire dans les journaux à mon sujet....

Écrit par : Chiron | 26 octobre 2008

-> Fiso -> Mouss et Hakim ? Ils déchirent ! Sur le fond comme sur la forme... sur les formes, enfin, j'en ferai bien mon petit déjeuner, quoi, voilà, c'est dit...
-> Chiron -> Cette histoire pourrait être la tienne, la mienne. Candidat à l'exil, non condamné à l'exil, te voilà de surcroît condamné à la mise à nu. Sans elle, tu n'as pas de légitimité. Pour exister, tu dois t'exhiber. La timidité, ou simplement l'intimité, la discrétion te sont interdites. C'est beau ce que tu dis là, cette mise en spectacle de soi est un aspect des choses que je n'avais pas vraiment perçu. Le droit à l'anodin...

Écrit par : Oh!91 | 26 octobre 2008

Et mi, j'ai vécu à pantin, et c'est aux Lilas que Fiston est né.. Nous aimions bien cet endroit. Aujourd'hui le bâtiment est démoli, la parcelle acheté par Bouygues mais à la place de chez nous, il y a des jeux pour enfants.. on va dire que cela aurait pu être pire...

Écrit par : christie | 26 octobre 2008

"Il y avait Yo, ses yeux coralliens, sa nuque d'ivoire, et ses cheveux en champ de blé. Il y avait son amant d'éternité, au grand sourire-soleil."
p'tain j'ai raté un truc là, c'est sur !

Écrit par : bougrenette | 26 octobre 2008

ps : j'ai retrouvé ma connexion :-)
enfin tu t'en doutes !

Écrit par : bougrenette | 26 octobre 2008

j'aime bien Zebda...
je serais bien allée au concert...enfin, on ne peut pas être partout non plus...

et puis en Italie on commence à se réveiller :-)

Écrit par : céleste | 26 octobre 2008

-> Christie -> pantin-Toulouse, ça se marie bien. C'est drôle, Mustapha a joué avec le public sur sa prononciation du nom "Pantin", avé l'assent, ça a bien fait rire tout le monde ;
-> bougrenette -> bravo pour la connection, autrement aujourd'hui, y'avait pas le soleil, mais en blondeur des blés, tu as eu ton compte, non ?
-> Céleste -> Oui en effet, bravo pour ce que vous faites en Italie, j'espère que chez nous aussi, la gauche et le mouvement social seront bientôt capables de se bouger autant...

Écrit par : Oh!91 | 26 octobre 2008

Toi que j'aime bien (vraiment) il faut que je te dise : "Tomber La Chemise" est le titre qu'exècre le plus les frères Amokrane, et Zebda en général.
Ca les attriste d'être réduits à ça.

C'est un tube, c'est vrai, mais ils voudraient tellement qu'on l'oublie.
Tant ...

Bises.

Écrit par : Josey Wales | 26 octobre 2008

Ils ont fait un beau parcours, sans oublier leur lutte, l'amitié et l'amour. De vrais hommes quoi.

Écrit par : Fauvette | 26 octobre 2008

-> Josey Wales -> En même temps, je ne les réduis pas à ça. Je comprends que le succès d'un "tube" qui écrase tout le reste, ça peut foutre les boules, au point de rejeter l'objet de la trahison. Mais moi, j'assume que j'y ai dansé à en perdre la tête, en son temps. Et que peut-être, j'ai accédé au reste à travers lui... En même temps, c'est pas le titre que j'ai mis en écoute, tu as remarqué ?
Merci de tout cœur de ton passage, de ton emprunte, et de ta marque d'amitié. Je n'en dis rien, évidemment, mais tu sais combien tes écrits et témoignages me touchent en profondeur.
-> Fauvette -> On peut le dire : ils ont tout des hommes !

Écrit par : Oh!91 | 27 octobre 2008

"C'est dans la transmission aux nouvelles générations que se bâtira la France métisse, transmission dans laquelle le métissage de la peau se posera comme une chance, comme une supériorité de la condition humaine, comme une élévation fraternelle et intellectuelle, comme une force à faire de ce monde un espace de droit et d'amitié".
Un court extrait du dernier bouquin de Magyd Cherfi, du pur jus de parolier ! A lire si ce n'est déjà fait ;-)
Pi quand tu en as marre de mes conseils lectures, tu m'dis hein !

Écrit par : feekabossee | 04 novembre 2008

Hou la vache, j'avais pas vu l'heure (03;08)... Mais je n'arrive pas à te suivre, tu écris trop vite ! Ce sera ta faute si je loupe le réveil demain tiens !
T'oublies pas le café à 06;15 steup ! ;-)

Écrit par : feekabossee | 04 novembre 2008

-> feekabossée -> Bah ! je ne sais pas ce qui les a conduits à se séparer, ceux-là, Magyd il est de la même veine, c'est sûr - c'est très beau ce qu'il dit de la transmission. Continue tes conseils de lecture, mais j'irai pas jusqu'à me coucher à 3h 08 ! Putain, comment tu fais pour te lever à 6h 15, quand tu te couches si tard ?!?

Écrit par : Oh!91 | 04 novembre 2008

Je triche. J'avais 3 jours de récup' et sans les nains, alors j'ai voulu rattraper mon retard sur les blogs qui éditent tous les jours, mais t'inquiète à partir de demain, je reprend du retard ha ha ! Et pire... je me relève à 6H15 ! Bouuuuh !
Au fait le bouquin c'est "La Trempe", j'avais juste oublié de citer le titre. Ha mais quelle fille je fais, j'te jure !

Écrit par : feekabossee | 05 novembre 2008

-> feekabossee -> OK, je vois le truc, je comprends ta témérité. Et je te remercie de ta fidélité.

Écrit par : Oh!91 | 06 novembre 2008

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