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14 octobre 2008

la visite de Frida

FridaKahloRoots.jpg

Il y a trois roses, deux crème et l'autre coquelicot, un ventilateur, au mur une télé suspendue, inerte, dans un coin un porte-perfusion ambulatoire remisé, quelques tuniques d'hygiène bleu léger oubliées par les infirmières de la veille, un second lit blanc déserté, la fenêtre donne sur le parking, deux étages plus bas, mais de mon lit j'y vois les pelouses qui ornent son orée, et au delà des bâtiments administratifs quelques arbres parés de leurs couleurs d'automne. Chaudes, les couleurs.

Le premier soir, tandis que j'étais encore total foutraque, le feu au cul et au front, je me suis offert Frida. L'autre avantage d'avoir débarqué ici avec l'ordi, c'est que j'ai pu visionner des DVD.

Et dans la blancheur de cette chambre triste, dans sa lumière blême d'une nuit de garde, dans son silence de mort, les couleurs, celles de l'automne, celles des roses, et d'autres plus pétillantes encore ont surgi au fond de mes yeux.

p8.jpgFrida Kahlo. Je l'avais rencontrée deux fois déjà. Une première fois à la sortie du film, je m'étais laissé prendre par la fièvre de Mexico, les soirées chez les radicaux où Rivera et les intellectuels refaisaient le monde entre tequila et tango. Le caractère trempé de ce bout de femme m'avait enveloppé les hanches et emporté dans la danse.

L'autre fois, c'était en mars 2006. En mission à Mexico, j'avais joui d'une journée et demi de loisirs. Un jour, j'allais aux pyramydes de Teotihuacán, et une après-midi ensoleillée à l'haleine transparente, je visitais la maison de Frida, ce grand jardin exotique dans la cour centrale, les murs aux couleurs de brique, les volets entre bleus et mauves, et ces grandes pièces décorées de ses oeuvres. L'émotion alors était vive, subtile. Tout y était : le lit au baldaquin équipé d'un miroir, ce portrait de son père juif hongrois, les ustensiles de la torture médicale qu'on infligea à son squelette chétif... Ce lieu avait une résonance calme, un envoûtement délicat et poétique, ignorant les géants peints de papier marché qui t'avaient accueilli à l'entrée.

C'est donc dans ma chambre d'hôpital que j'ai accueilli Frida pour cette troisième fois. Son corps estropié par la vie, recouvert de plâtre, ce m-La_colonne_bris_e1.jpgpetit papillon où commence son art, sa naïveté transcendée par l'envie, sa poésie de l'âme métamorphosant ses personnages, la transfigurant elle, et ma pauvre chambre devenait sous sa bénédiction, sous son rire et sous ses larmes une salle de bal, un fumoir, un atelier d'artiste et l'antichambre de la révolution.

Les roses, les crème et la coquelicot, ont alors virevolté dans la chambre et dans mes rêves. Au réveil, la fièvre avait disparu.

Commentaires

J'ai adoré ce film. Je suis aussi allé dans la maison bleue à Coyoacan, à un saut de puce de celle de Trotsky.
La force de cette femme (qui devait être soit dit en passant un peu une connasse quand même!) m'a toujours vampé, tout comme son œuvre qui a fait l'objet d'une rétrospective à la Tate Modern de Londres il y a 4 ou 5 ans.

Écrit par : Fab | 14 octobre 2008

Désolée, je n'avais pas captée que tu étais à l'hôpital.
Je te souhaite un très prompt et total rétablissement.
l'hôpital, c'est quelque chose. Il y a les sergents majors ou non, il y a les chefs compétents ou non et il y aussi les petites mains sympas ou non.

Mais c'est toujours une épreuve.
Bon courage à toi.

Écrit par : christie | 14 octobre 2008

je suis repartie avec le film et l'envie de voir et de ressentir cette femme à la hauteur de ce qu'elle a pu te donner. :-)
ps : j'ai le matos, passerais à 13h te déposer l'engin.
Je t'embrasse fort

Écrit par : Bougrenette | 14 octobre 2008

-> Fab -> je crois qu'on n'oublie jamais la visite de Coyoacan. Tu fais bien de rappeler cette proximité qu'ils avaient eu, Frida et Diego Rivera avec Trotsky, c'est un épisode important de leur vie que le film restitue bien ;
-> chrisite -> hôpital et épreuve, ça rime, forcément... qu'il y ait des p'tits cons comme ailleurs, ça n'a rien d'étonnant. Qu'il y subsiste parfois un bel état d'esprit, c'est rassurant. Merci de ton soutien ;

A ce stade, je dois préciser que l'"engin" dont parle la Bougre N'EST PAS UN GODEMICHE (d'abord, ça se prête pas, ces machins là) - c'est juste de quoi faire un peu d'exercice dans ma chambre. Des jambes, les exercices...

-> Bougrenette -> T'es pas un peu timbrée de raconter des trucs pareils, bon, à toute, alors...

Écrit par : Oh!91 | 14 octobre 2008

zut je savais bien que j'oubliais quelque chose ...

Écrit par : Bougrenette | 14 octobre 2008

Les commentaires sont fermés.