Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04 octobre 2008

parler avec son corps

 

brutos7339_by_HowardRofman.jpg

"Il y a des jours de la sorte. Le corps s'impose. Parle. Dicte. Hurle. Sort de son silence. Il y a des jours comme ça, on l'écoute. Et tout d'un coup, une nouvelle vision des choses s'ouvre".

C'est Chiron qui m'a déposé ce commentaire l'autre jour, en rapport avec mon angine.

Je crois que j'ai longtemps considéré mon corps comme une excroissance inutile. il y avait moi, qui m'en sortais comme je pouvais, jamais brillant, mais jamais à jeter, et puis il y avait cette espèce de machin, là, gourd et creux,  qui m'encombrait, qui me valait des railleries. Du coup, je ne m'en occupais pas - il n'aurait plus manqué que ça, tiens ! C'était mon boulet plus que mon outil. Le passage au garage, c'était exclusivement pour les pannes sérieuses ou pour soigner les bosses, et puis ça repartait. Il n'était pas vraiment un partenaire, mon corps, encore moins un ami, ou un frère. Je ne communiquais pas avec lui. Je lui infligeais. Tout. Mon oisiveté, ou ma suractivité, mon stress, ou ma déprime. C'est comme ça, sans doute un malentendu né dans l'enfance, dans un malaise d'adolescent, dans ma différence, le rejet du sport découlant de tout cela.

J'avais trente ans quand j'ai commencé à m'y intéresser. Quand j'ai pensé qu'il pourrait m'être utile, et que pour ça, il fallait aussi que je lui rende un peu service.

En passant la porte de la piscine, je faisais de lui mon complice, et lui m'ouvrait la voie vers de nouveaux plaisirs. Ceux de la glisse, ceux du dépassement, ceux des rencontres, ceux du sexe.

Dans ce dialogue naissant, on ne s'est pas toujours bien entendu, il y avait parfois des petits dérapages, des impatiences, des alertes que j'ignorais. Il se vengeait, il m'infligrait des tendinites, des séances chez l'ORL, que sais-je encore. Puis peu à peu, je l'ai dompté, je reconnaissais ses premiers signes, je lui offrais les premiers soins réparateurs, je le dorlotais. Lui et moi, on a appris à surmonter beaucoup de choses. Aujourd'hui, je peux dire qu'on s'entend bien en général, peut-être même qu'il est mon plus fidèle amant. Si parfois, submergé par plus fort que moi, par plus fort que lui, il se met en vrille, je prends alors le temps de l'écouter, de le comprendre, et nous dénouons ensemble les abcès.

N'aurait été que moi, je n'aurais pas pensé avoir besoin d'assistance. Seulement voila, au cours de ces derniers mois, le hasard de mes brutos9512.jpgrencontres m'ont conduit auprès d'hommes qui ont pour métier, comment dire, l'inter-médiation - ? - entre le corps et le mental. Un musichothérapeute japonnais, un relaxologue formateur, un chiropacteur andalous, un cosmétologue parisien, un masseur en formation...
Comme si quelqu'un nous avait observé de l'extérieur et avait voulu nous dire : "Hou là là !il est temps que vous passiez à la médiation de couple, vous, je ne donne pas cher de la survie du ménage, sinon."

Bien qu'on avait vraiment acquis un bon feeling, mon corps et moi, c'est avec eux que j'ai perçu qu'il demeurait sans doute des non-dits parfois, comme là, au dedans de l'omoplate gauche. Ou là, au niveau de la gaine abdominale. Ou encore là, où apparaissent quelques stigmates des ans. Ou que parfois, mon corps exprimait aussi des choses de l'âme, qu'il manifestait à ma place ce que je n'exprimais pas moi-même.

C'est ainsi que je me suis retrouvé pour la première fois l'autre jour entre les mains d'un chiropracteur.

En ce moment se tient à Paris le salon zen, consacré au développement personnel et au bien-être. C'est Porte de Champéret jusqu'à dimanche soir. C'est étrange, il y a peu je me serais détourné de ce type d'événement, j'aurais dénigré ces professions, j'aurais en tout cas abordé ce sujet avec défiance, me disant que parmi les 320 exposants annoncés, on doit compter pas mal de commerçants miteux, âpres au gain, qui ont décidé de surfer sur une vague lucrative.

Mais aujourd'hui, quoi, peu importe les charlatans, où n'en trouve-t-on pas ? La réappropriation de son corps, c'est plutôt un beau projet. On est mieux avec les autres quand on est bien avec soi-même. Plus lucide. Plus à l'écoute. Il faudrait que ce soit le début de tout, peut-être.

Commentaires

Vous avez l'intelligence du bon sens ce que beaucoup de personnes n'ont pas !
à corps léger, vie légère ^^
Montaigne disait : ' La maladie la plus grave est le mépris de notre corps ' ...

Écrit par : Céphée | 04 octobre 2008

Le corps il peut jouer de sacrés tours, en y ajoutant un mental mystérieux, cela peut donner quelque chose de détonnant. Je trouve ça vraiment bien que tu puisses ainsi, entouré de personnes à la pointe de certaines techniques, te ré approprier ce corps, et peu importe effectivement.
Des bisous !

Écrit par : Bougrenette | 05 octobre 2008

-> Céphée -> En même temps, chère Céphée, comprenez que je ne l'ai pas toujours eu, cette intelligence du corps...
-< Bougrenette -> et toi, tu t'occupes quand des "sacrés petits tours" de ton corps à toi ?...

Écrit par : Oh!91 | 05 octobre 2008

Salut Oh!91
C'est en écrivant mon deuxième roman, que je me suis posé cette question : Et le corps alors? Et le corps dans tout cela?
Mes personnages vivaient en état de guerre, et je voulais savoir comment le corps devient, comment il vit, comment il touche et comment il fait l'amour lorsque le sang est partout et que les bruits des bombes sont la respiration quotidienne.

Un corps a t-il sa propre mémoire, sa propre vie, une âme distincte ? Ou est-ce justement la chose a éviter ? Fallait-il donc revenir à la maison finalement ?

Écrit par : Chiron | 05 octobre 2008

Bien évidemment mais vous avez su l'acquérir ...
c'est un grand bonheur vous savez !
Après tant d'années, mon corps me fait toujours souffrir [...]
pour répondre à 'Chiron' un célèbre docteur écrivait que 'la peau est un organe émotionnel qui garde, dans chacune de ses cellules, la mémoire des traumatismes !

Écrit par : Céphée | 05 octobre 2008

-> Chiron -> ...et le corps, dans tout ça ? A-t-il sa propre mémoire ? Je rejoins tes questions, et j'ai hâte de lire tes romans...
-> Céphée -> La peau, organe émotionnel... sans doute tout autant que les autres organes, que les autres membranes, les os, les chairs, bien-sûr, mais aussi leurs fines enveloppes, la mémoire est partout....

Écrit par : Oh!91 | 06 octobre 2008

Les commentaires sont fermés.