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27 septembre 2008

zone d'attente pour personnes en instance

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Il y a peu de temps, ma blogpote Fiso demandait à ses lecteurs et lectrices quel était leur musée préféré. Je ne crois pas que ce soit ma préférence, mais mon dernier musée "découvert" est la Cité de l'Immigration, qui se trouve Porte dorée, à Paris. J'y étais ce jeudi.

Au vrai, je ne m'attendais trop à rien. Un musée sur l'immigration, ouvert en pleine période de chasse aux étrangers, sur le site de l' Exposition coloniale de 1931... mais boudé lors de son inauguration par les membres du gouvernement... Politiquement correct, carrément hypocrite, ou plutôt rebèle et à contre-courant, audio-guide sur la tête, j'étais prêt à tout.

Bon évidemment, on sent que la sémantique a fait l'objet d'une attention pointilleuse, surtout si les sujets relevaient d'une actualité un peu brûlante, surtout dans les salles permanentes. Ainsi, quand sont évoqués les centres de rétention pour étrangers, ces camps où s'entassent à proximité des aéroports des sans-papier non-expulsables en raison de la situation de leurs enfants ou de l'imminence d'une décision de justice, ainsi que les déboutés du droit d'asile, on y parle plutôt de "zone d'attente pour personnes en instance" - le terme administratif officiel, je présume...

Mais dans l'ensemble, j'ai trouvé que l'immigration était traitée de façon objective, à la fois dans ce qu'elle représente de richesse culturelle pour un pays, mais aussi à travers la simple humanité de chaque parcours de vie qui la constitue. Elle est dense de témoignages. Il y manque peut-être d'y approfondir les considérations sur le développement du monde, les contextes locaux des pays d'origine et les raisons qui fondent les vagues migratoires.

564ExpoColonialParis.jpgL'exposition temporaire "1931, les étrangers au temps de l'Exposition coloniale" est particulièrement réussie (elle est prolongée jusqu'au 5 octobre). Elle n'aborde pas tellement la question de la représentation de l'indigène dans l'imaginaire de l'époque, ni même l'Exposition coloniale en elle-même, mais plutôt la condition des étrangers vivant en France à cette époque.

On y découvre que si les ouvriers étrangers - les mineurs en particulier - étaient particulièrement prisés en raison de leur docilité et de leur faible coût dans le premier tiers du XXème siècle, ils furent, au déclenchement de la crise économique de 1929, la cible de rudes campagnes qui en appelaient à leur licenciement pour laisser le travail aux Français. On y voit même qu'une loi fut votée en ce sens par les parlementaires de toute couleur politique, à l'exception des communistes... La France tenait déjà ses bouc-émissaire et se dotait de dispositifs règlementaires, tels les "aides au retour" ou les expulsions par "wagons spéciaux" au prétexte de délits insignifiants, qui montrent que Hortefeux et compagnie n'ont décidément rien inventé.

Ainsi, on se pressait dans les allées de l'Exposition, en famille, les week-ends, sur le site qui allait devenir le zoo de Vincennes, où avaient été rassemblés des spécimens de tisserands indochinois, de vanniers sénégalais, de chasseurs amazoniens. On s'ouvrait à l'exotisme du monde, on se glorifiait de la puissance de la France, et en même temps, on chassait l'étranger venu prendre l'emploi des Français. A l'époque, l'étranger n'était ni africain ni maghrébin, mais plutôt polonais ou italien. Huit ans plus tard, la France basculerait dans le fascisme et collaborerait avec l'occupant nazi.

Dans la dernière salle de l'exposition, qui retrace à grands coups de dates un peu toute l'histoire du rapport de notre pays aux étrangers de 1931 à aujourd'hui, au milieu de grandes bâches tendues où sont évoquées y compris l'occupation de l'Eglise Saint-Bernard en 1996, les manifestations anti-Le Pen de 2002 ou la création d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale en 2007, trône... une cocotte minute !

Commentaires

J'ai vu cette expo,la période de 1931 à 1954 me fut racontée par mes parents, toujours en révolution et résistance,versant leur obole dans la corbeille des mineurs en grève ou faisant la boite à lettre pour les réfugiés espagnols.
De 1954 à aujourd'hui mon expérience perso,la guerre d'Algérie,le conflit du Vietnam,"l'indépendance" de l'Afrique.
L'exposition coloniale de 1931 servant d'appui à cette représentation,il me manquait ce que les peuples "des colonies" nous ont APPRIS alors que l'on tartine sur la "civilisation" qui leur fut apportée...
C'est dans les locaux de ce musée que j'expliquais à mes compagnons de "maison de quartier"iraniens ce qu'est le catéchisme...moi l'allergique à toute forme de clergé!
Je me suis sentie vieille et désolée que rien ne change,ne progresse et j'ai su que je mourrai avant que rien ne bouge vraiment....

Écrit par : mume | 27 septembre 2008

-> Mume -> Tes parents étaient dans la solidarité avec les ouvriers immigrés en grève, les miens se sont connus plus tard, dans la lutte pour la décolonisation. Aujourd'hui, à notre tour de remettre le couvert contre la politique du chiffre de sarkozy et hortefeux... Rien n'a peut-etre bougé, mais la solidarité et l'humanisme non plus. Il sont toujours là, utiles et nécessaires pour combattre les replis communautaires.

Écrit par : Oh!91 | 28 septembre 2008

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