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05 septembre 2008

Menem, Bachir, Alfadi et les autres

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Les doigts de pied en éventail, ils flottent paisiblement dans cette mer d'huile, dans cette nuit sourde.

Ils sont trois. De curieuses boules jaunes dans le ciel éclairent d'un blâfard troublant quelques immeubles environnants. Deux d'entre eux portent autour du coup une plaque militaire, ils sortent de l'eau avec calme. Nus, minces, jeunes, le regard hagard, leur silhouette se rhabille en contrejour de cet éclairage irréel. Ce sont des soldats israéliens, et tandisque que prend fin leur bain de minuit, à une encablure de là se déroule le massacre de Sabra et Chatila. Ce souvenir est trop ouaté pour être authentique. Dessiné plutôt que filmé, pour mieux marquer cette distance. Dans Valse avec Bachir, Ari Fomman cherche à comprendre cette image irréelle mais construite et répétée à l'infini dans sa tête, qui occulte à présent un vécu qu'il veut redécouvrir. Avec Fiso hier soir, j'ai replongé dans cette histoire tragique. Et par le biais de ce regard israélien, beau et rare, dans la cruauté de la guerre. ce film est à voir absolument.

Il y a comme cela des soirées de conjonctions.

1982, c'était l'année de mon bac. Cet été là, il avait fait chaud en Provence. Je garde le souvenir des journaux télévisés qui nous rapportaient par bribes les événements du Liban. Israël était allé jusqu'à Beyrouth, la ville avait été assiégée, je ne savais pas bien ce que cela voulait dire, sauf que les combats faisaient rage. La ville avait faim, la ville avait soif, mais aguerrie elle ne capitulait pas. Nous suivions cela d'une oreille distraite dans notre torpeur estivale. Et puis vint septembre et il y eut le massacre de Sabra et Chatila. Commis par les milices phalangistes, mais couvertes par Tsahal qui lançait des fusées éclairantes pour faciliter le travail de ce que l'on n'appelait pas encore de l'épuration ethnique. Ariel Sharon avait su et avait laissé faire. 3.000 Palestiniens périrent en 24 heures, principalement des femmes et des enfants, l'équivalent d'un World Trade Center.

C'est l'année d'après, en fac, que je rencontrais mes premiers amis libanais. Ces événements acquirent alors une autre résonance en moi. Menem fut mon passeur vers ce monde nouveau, et avant de devenir l'ami éternel qu'il est aujourd'hui, il fut cet amour fou et secret, grandiose et torturé, dont j'ai tant parlé au début de ce blog.

Conjonctions, dis-je.

Hier matin, j'ai reçu un mail de Menem : Rym, sa femme, vient d'accoucher : leur troisième fille.

Avant de rejoindre Fiso au cinéma, je suis passé leur rendre visite, toute la smala rassemblée, à la maternité, nous ne nous étions pas revus depuis cet automne. De ma faute, surtout, mes nouvelles amitiés bloguesques m'ayant entraîné vers d'autres rivages. C'était beau cette innocence, cette joie de la naissance, vue à travers les yeux et les mains des deux grandes soeurs.

Au moment où j'allais repartir, une visiteuse surprise a surgi, une de mes amies de Damas que je n'avais plus revue, elle, depuis six ou sept ans, Stéphanie. Férue d'arabe, et brillante, bien plus que moi, traductrice littéraire confirmée, elle a fait le choix d'une tengeante plus engagée. Là, elle revenait de deux ans d'enseignement de français à l'Université de Naplouse, en Palestine.

C'est un peu sonné par ces retrouvailles que je m'en allais voir Valse avec Bachir.

Après le film, Fiso m'a invité à dîner chez un petit Libanais juste à côté du cinéma : Alfadi, du prénom de son patron. Alfadi nous a parlé, il venait de rouvrir son restaurant le jour même, après six mois d'absence car il avait été retenu au Liban. Alfadi est Druze, de cette minorité musulmane mal connue, et souvent déconsidérée pour la marginalité de son culte. Il nous a dit les déchirements confessionnels du Liban d'aujourd'hui, il a l'impression qu'entre pro et anti Hezbollah, entre pro et anti Syriens, les tensions confessionnelles ne sont plus très loin de ce qu'elles étaient au moment de la guerre civile. Il était inquiet, il n'a pas voulu nous entendre lui parler du film.

Conjonctions.

Commentaires

Et tout ça autour d'une soirée ciné ?
...
Tu m'épates ;-) tant et tout en quelques mots.

Écrit par : Bougrenette | 05 septembre 2008

Je vais y aller moi aussi le voir ce film, c'est sûr ! Merci pour ce billet.
Va voir Gomorra aussi !

Écrit par : Fauvette | 06 septembre 2008

-> Bougrenette -> C'est pas ma faute, y'a des fois de ces coïncidences ;
-> fauvette -> Gomorra, tiens donc... ! OK, je vais me renseigner, et m'empresser d'aller le voir.

Écrit par : olivier | 07 septembre 2008

Les commentaires sont fermés.