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10 septembre 2008

histoire d'une passion

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Quel été !

C'était au premier jour. J'avais depuis plus de six mois cette liaison, qui était devenue une histoire d'amour. La fête de la musique nous permit d'en jouir, peut-être un peu plus que d'habitude, mais ce n'était qu'une journée ordinaire. Juste belle.

Il se trouve que ce fut la dernière. Il n'y avait pas de raison à cela, ou plutôt il y en avait trop. Mais moi, je n'y étais pas prêt. Plus tard, un ami me dira que c'est comme si l'on m'avait confisqué un jouet, comme si j'avais éprouvé pour la première fois une frustration véridique.

Il y a peut-être de ça. En tout cas, de là j'ai commencé à glisser. Puis à m'enfoncer. Puis à m'enfermer. Une bulle obsessionnelle s'est construite autour de moi, et je n'avais plus les clés pour comprendre ce qui se passait. Il n'y avait plus de sortie.

Je ne vais pas revenir sur l'histoire. Tu la connais.

Maintenant que j'ai le recul, c'est sur le processus d'enfermement que j'ai besoin de réfléchir. Pour essayer de comprendre comment des fonctionnements destructeurs ont pu s'installer. Et aussi essayer de percer comment j'en suis sorti, de façon aussi soudaine qu'inattendue. Il y a tout juste trois semaines.

Je parle d'un été étrange, parce que tout ce que j'ai éprouvé n'était qu'intérieur. J'avais des projets pour l'été, qui me conféraient des responsabilités, et il n'était pas question de les remettre en cause. Donc je passais des vacances - comment pourrais-je dire - à tout le moins confortables. Près de trois semaines en Thailande, une semaine dans une propriété familiale du Lot, puis des petites prolongations avec des amis dans d'autres coins de France. Durant ces jours d'été, peu de choses ont paru de ma détresse, sauf pour ceux de mes amis qui étaient dans la confidence. J'éclatais le soir en sanglot sur l'épaule d'Igor, me libérant de l'énergie refoulée en journée.

Car à l'intérieur de moi, il y avait cette incessante ébullition.

Comment les choses s'étaient-elles passées ? Au tout début, j'avais cru pouvoir accepter la rupture : n'était-elle pas l'apanage de notre relation ? Puis quand elle m'apparut illogique, ou irrationnelle, ou reposant sur un malentendu, j'ai voulu entrer en reconquête. Mais j'étais loin, je m'agitais, je me voyais m'enfoncer, je désespérais, les prises se dérobaient, et une souffrance pointue s'installa en moi. Et de l'amertume. Et je me défigurais. Et je fis peur. Jusqu'à mes propres amis. Et je pris peur.
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Je parlais, je pensais, je parlais encore, et je pleurais. Le monde glissait sur moi, plus rien n'avait de sens. Ni d'arôme. Je m'enfonçais. Quand je tentais de passer à autre chose, les parois de mon obsession m'enserraient, j'étais ligoté. Ma camisole se resserrait à chaque mouvement, à chaque pensée.

Heureusement, je parlais. Il y eut toujours de bienveillantes oreilles pour m'écouter. Pour orienter ma lecture. Pour accoler des mots aux épreuves, pour remplir de mots les silences, pour traduire en mots les douleurs. Pour tenter de me montrer aussi mon histoire, de son début à sa fin, depuis l'autre côté.

Ce fut assez pour que je réussisse à écrire. Verbaliser mon drame était salutaire. L'air de rien, à travers cet exorcisme, je posais des jalons, distinguant la part du réel et de l'illusoire, la part du vrai et du rêvé, la part de la perte et celle de la dette, la part de mon narcissisme et celle de notre égoïsme, la part de mon confort et celle de son avenir. Je crois que je construisais les chemins de ma survie. Même si je ne m'en rendais pas encore compte. Car au bout du compte, je pleurais encore.

Au fil du temps, mes obsessions dévoraient tout. Encore et malgré tout. Je rencontrais ici et là, sur d'autres blogs d'autres chagrins d'amour, Cécile, Frida, je découvris parmi mes ami(e)s d'autres rêves brisés, d'autres douleurs enfouies. Je vis qu'il n'y avais pas de fin à se laisser détruire. Je comprenais, ce n'était que théorique, qu'on ne tournait pas la page, mais qu'on apprenait le "vivre avec". Je n'étais pas encore prêt pour ces nouveaux apprentissages, mais au moins en avais-je formulé le principe.

Un jour, croyant écrire un ultime chant d'amour, j'écrivis des choses blessantes.

Pendant huit jours, il ne se produisit rien. Avant que des regards amis se défièrent plus qu'à l'accoutumée. En en prenant conscience, j'en ressentis un profond trouble. Je fus blessé, je me défendis, à raison, je crois, car mon amour n'avait jamais souffert d'insincérité. Pendant près de vingt-quatre heures, ce n'est plus dans ma tête, dans mes pensées ou mes souvenirs, que se jouait l'histoire, mais dans mes entrailles. Mon coeur battait à 150. J'avais besoin de me défendre, de me faire comprendre, j'y puisais une énergie étrange. J'étais comme dans un bassin olympique m'épuisant derrière un défi inaccessible.

Lorsque je fus apaisé de ce trouble, tout était devenu calme. Je regardais autour de moi, il n'y avait plus de houle. J'observais où voguaient mes pensées, elles ne me ramenaient plus à lui. J'allais sur Internet, et je n'attendais plus furieusement un mail de lui. Je partis en week-end prolongé avec des amis, et c'est bien avec mes amis que je fus, sans trouble, sans manque. Le noeud s'était défait. Sans même que je m'en rendisse compte. Après deux mois de bourrasque totale.

J'imagine que c'est ainsi que les habitants de la Nouvelle Orleans s'en retournèrent chez eux une fois l'ouragan Katrina éteint. Sous le soleil, à juste constater l'étendue de la dévastation, mais les tempes froides, sans plus d'appréhension.

Avais-je voulu, par ce billet, provoquer ce quelque chose qui me libèrerait ? En tout cas, cet autre noeud, cette petite querelle, permit à mon étranglement de se relâcher.

Comme si un masseur détectant une contracture s'était attelé à me masser ailleurs pour me faire lâcher prise.

Ma tristesse n'est plus triste à présent. Seule sa précarité à lui me préoccupe parce qu'elle le fait souffrir.

Mais putain que c'est bon de ne plus être étouffé. Ma blogueuse jumelle écrivait un jour sous son avatar : time is a good worker. A vrai dire, je ne l'aurais pas cru. Il faut juste l'aider un peu, le temps, construire même sans y croire. Repérer les chemins. Parce que quand est venu le moment, on peut alors dénouer les fils.

Commentaires

Sorry mais c'était "time is a good worker" et pas work is a good worker, sinon ça veut rien dire, pour quoi tu me fais passer, hein ?! ;-)))

Après la tempête, j'adorais aller m'asseoir sur le sable mouillé et regarder la mer enfin calmée. Elle avait le parfum des vagues, mais plus leur tumulte. C'était beau...
Et c'est un peu ce que j'ai vu, derrière tes lignes.

Écrit par : M. | 10 septembre 2008

-> M. -> Oh! la bourde ! Évidemment, heureusement que t'as été la première à passer : c'est corrigé, le sens est retrouvé, et ton honneur est sauf ! Le parfum des vagues, mais sans leur tumulte... oui, c'est peu là que j'en suis. Je t'embrasse fort.

Écrit par : olivier | 10 septembre 2008

Bon retour à toi même Olivier.

Écrit par : Fauvette | 10 septembre 2008

Je viens de lire ton comm....ce que j'aime bien avec toi c'est qu'à chaque fois j'ai l'impression que tu me comprends...bref je sais pas trop pour mon blog, je suis pas sur d'interesser grd monde, à la limite je pense que la seule personne capable de m'aider serait un psy mais bon...lol
Allez bonne soirée à toi

Écrit par : ... | 10 septembre 2008

Tu vois bien que ton bateau à toi repart, lui aussi.

Jusqu'à devenir un point à l'horizon.

Assis, pieds nus sur le sable, une autre ombre du passé regarde le point s'éloigner, et te sourit.

La plage est blanche. Si blanche...

Écrit par : Lancelot | 10 septembre 2008

-> Fauvette -> Merci Fauvette. Ton expression est belle et juste. Je vais peut-être pas tarder à redonner vie à Oh!91, du coup ;
-> ... -> Pour ton blog, surtout au début, te pose pas la question "d'intéresser du monde". Tu t'en fous, du monde... écris comme si c'était que pour toi. Les retours, si y'en a, c'est que du bonus. Dépeints-toi en héros, dépeints-toi en minable, embellis-toi, enlaidis-toi, tout est permis. Ce que tu diras ne sera jamais tout toi, ne sera jamais que toi. Mais ce sera toi. Alors, fais-toi juste du bien...
-> Lancelot -> C'est joliment dit. Oui, c'est ça, je crois qu'un vent a redonné ses joues à mes voiles. J'ai pas encore vraiment de cap, mais au moins, ça bouge, ça tangue, et la plage n'est pas loin.

Écrit par : olivier | 10 septembre 2008

On est nombreux à avoir connu ça, effectivement, mais chaque douleur est unique. C'est marrant, parce que depuis quelques temps, je me dis la même chose. Les ruptures me font moins peur car je sais que le temps, inexorablement presque, effacera les douleurs cuisantes et étouffantes d'une rupture. Et puis je sais pas si c'est pareil pour toi, mais perso, j'apprécie le relativisme que ça apporte et la nouvelle manière de voir la vie que cela t'a conférée.

Écrit par : Azulamine | 11 septembre 2008

on dit aussi que le temps est assassin...
j'ai passé le cap du manque de Lui.
Pas moyen en revanche d'imaginer un demain sans pluie.(et vivre en bretagne, le pays où il ne pleut qu'entre deux averses n'aide pas (petit sourire))
merci pour tes mots, ton ecoute aussi.

Écrit par : Cécile | 11 septembre 2008

Ca fait plaisir de te lire.
Tu soulignes les vertus de la parole : Félicitations à toi d'avoir su exprimer ta peine et d'être resté entouré de tes amis . Tout cela, ton texte, le morceau, les comm', en particulier celui de Lancelot, est très émouvant.

Gat

Écrit par : Gat | 11 septembre 2008

-> Azulamine -> Ça doit être ça, ce "relativisme", qu'on appelle mûrir. En même temps, j'ai beau en avoir vécu, des chagrins, j'ai eu beau me croire prémuni, j'ai été rattrapé quand même ;
-> Cécile -> Bon, t'as passé le cap du manque, te reste à reconquérir la confiance. Ça aussi, c'est possible. Je t'invite à y croire : regarde moi : j'ai jamais connu la Bretagne sans soleil non plus...
-> Gat -> Tu sais, mes amis, à un moment donné, c'est ce que j'ai eu le plus peur de perdre dans cette épreuve. Tous ont pas eu la même capacité à m'aider, mais je suis content d'avoir su les garder tous. Merci de ton commentaire, il me touche vraiment.

Écrit par : olivier | 11 septembre 2008

Les commentaires sont fermés.