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21 août 2008

retour sur une ode

 

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J'avais voulu mettre d'ultimes mots d'amour pour clore une belle histoire. A travers ces mots me mettre une dernière fois à nu et exorciser mon chagrin.

Je crois que j'avais réussi à y dire l'insondable de mon coeur avec des mots jolis.

Et puis je suis sorti de moi. J'ai voulu imaginer ce que j'aurais écris si j'avais eu de la rancoeur. J'ai voulu passer de l'autre côté du miroir flamboyant pour me regarder de côté. J'ai voulu me traîner dans la boue, me montrer dépouillé de toute dignité. Me laisser aller à une fausse haine et me bercer d'y croire. Dire des choses à l'inverse de ce que je suis et du regard que je porte sur les gens et le monde...

Ce faisant, je ne parlais pas de lui, je disais seulement mon dépit et tu as compris en général cet élan décalé, ou tu as encouragé l'amorce d'une thérapie nécessaire. Des amis pourtant m'ont vu me perdre dans une dérive indigne, injurieuse, dans un lynchage public, un règlement de compte. Ils y ont lu du poison, ou des promesses d'inimitié éternelle.

Pourtant, toi qui me lis...

Je l'y traitais de musicien raté, quand je ne vois dans les artistes que les magiciens du monde. L'accusais d'être l'artisan de sa précarité, quand je crois les politiques libérales seules responsables de briser ainsi les quotidiens et le mental des hommes. Dénigrais son corps, que j'ai tant choyé et toujours chanté. Pourfendu son âme, la disant arrogante, vacharde et calculatrice, quand elle n'est qu'humilité et générosité scintillante... Je ne l'insultais pas lui, où en aurais-je pris la force ? Je me jetais moi dans un purin putride.

J'ai peiné à l'écrire, cette ode, choisissant des mots durs, violents, vindicatifs, revanchards, allant aussi loin de moi que possible pour me montrer à toi, dans trois paragraphes insupportables de saleté, couvert d'opprobre. Et par cette profession de foi pourtant si improbable, reconquérir ma dignité. Et la sienne.

Et puis je revenais sur lui, et cette image que je garde au bout du compte et en dépit de tout : son physique et son regard tendres, sa main musicale, ses attentions inattendues et de tout instant, son parcours difficile et courageux, son engagement dans une médecine de l'âme, ses rêves fous mais assumés : "et lui, rassemblant en lui toutes les vertus de la beauté était mon magnifique miroir". Putain oui, qu'est-ce que j'y avais mis des mots beaux !

J'aurais voulu dans cette ode qu'il ne reste que ça. Et j'aurais bien fait l'économie d'une épreuve autour de malentendus douloureux. Mais mon intention m'a dépassée. Pourvu qu'elle ne l'aie pas atteint.

Dans cette note, je demandais : "peut-on écrire une Evangile quand la tête et le coeur se perdent en une syntonie désespérée ?"

Non, on ne le peut pas. J'assume les incompréhensions ou les blessures, et je m'en excuse.

Commentaires

...j'ai lu ton commentaire sur ma douleur... puis je suis venue lire la tienne... et ta noirceur, ta propre douleur m'ont fait pleurer... et ta douceur à nouveau revenue m'a touchée une fois de plus. J'aime le combat de tes maux par tes mots...
j'ai l'impression de me voir comme par reflet...

Écrit par : frida | 21 août 2008

Dire je te déteste comme un je t'aime c'est tellement normal, je considère, personnellement que c'est un passage obligé. Je crois que depuis le début ici tu nous a habitué à de l'intime, poussé au delà de certaines limites, si je suis restée, à te lire, à t'apprécier, à te connaitre, c'est entre autre pour cette raison, tu ne m'as rien imposé. Si tu avais changé ta façon de faire, d'être toi ici, je ne suis pas sure que j'aurais aimé, tu sais déjà ce que je pense des excuses :-) Bon en fait je passais, uniquement pour bisou.

Écrit par : Bougrenette | 22 août 2008

Et moi qui étais en retard de lecture je trouve que tu écris de plus en plus beau ; et qu'en tant que lecteur, je n'ai jamais pensé un instant que c'était Saïichi qui te rendait beau.
C'est d'une évidence rare : tu l'es. Merci à S. de te l'avoir rappelé, et que son chemin soit semé de pétales de rose. Maintenant, tu peux enfin vivre.
Bises viriles de rugbyman

Écrit par : manu | 23 août 2008

-> frida -> courage à toi, Frida. Je comprends bien où tu en es. Oui, les mots m'aident. Et malgré le trouble des malentendus, je ressens comme une paix en train de s'installer en moi. Merci d'être venue dans ce partage.
-> Bougrenette -> J'imagine que si tu le dis, c'est sincère. Et ce retour-là me fait un bien fou. Il me rassure. Je te jure qu'en tout, j'essaie de rester vrai. C'est une valeur plus précieuse que n'importe quelle autre ;
-> manu -> et toi, chaque fois que tu me dis un truc gentil comme ça, sur moi comme sur mon écriture, c'est comme un vent chaud, doux, qui se lève. Il était temps que tu reviennes passer par là, apporter, par dessus le marché, des pétales de roses pour le chemin devant Saiichi. Je me joins à cette attention.

Écrit par : olivier | 26 août 2008

"J'ai voulu me traîner dans la boue, me montrer dépouillé de toute dignité. Me laisser aller à une fausse haine et me bercer d'y croire."
Capable d'être animé par cette chose insupportable : le devoir de dignité est source de souffrance . Je le pense si souvent
Ce que vous écrivez, décrivez, dites est juste , mais bon ... À part espérer non pas l'oubli de la douleur, mais plutot une réflexion : juste se dire quand l'on sera vieux , ridé et mis en pli : que le petit sillon creusé au coin des yeux est la preuve que la vie fut traversée toute crue, sans hypocrisie .
Beau blog!

Écrit par : ellesurlalune | 27 août 2008

-> ellesurlalune -> Merci de votre venue par ici. Votre intérêt pour mon chagrin me touche. J'aime l'idée de la vie traversée toute crue. A bientôt.

Écrit par : olivier | 27 août 2008

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