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20 août 2008

Thierry (1) un amant de canicule

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Aujourd'hui, ça fait tout juste un an. Assis à mon bureau de retour de vacances, mais en paix, épanoui, heureux, bien dans mon corps et dans ma tête, je recevais un mail. Il voulait qu'on se revoie. Il me racontait ses tout derniers jours à Budapest après notre rencontre avortée, son impatience de commencer son nouveau boulot mais aussi son angoisse devant les démarches à venir pour le renouvellement de son titre de séjour.

Je prenais une semaine pour répondre. Poliment, sans impatience, sans attirance. Entretenir un contact dans lequel il y avait de la douceur, sans plus.

Lui ne lâchera pas. Un mail chaque quinze jours. De temps en temps, même après un mois de silence de ma part, une relance. Il réussira à me revoir. En décembre. A dix jours près, quatre mois se seront écoulés depuis notre première rencontre.

Ensuite, je me laisserais glisser dans cet hiver chaleureux, sans d'avantage d'impatience, mais avec plus d'investissement. Le printemps viendra, la folle course contre la décision injuste de la préfecture et l'obligation de quitter le territoire. La suite, tu la connais.

Je repense sans cesse à cet amour né à mon corps défendant et qui a malgré tout acquis le pouvoir de me briser.

J'avais eu en 2003 une autre histoire d'amour, démarrée à l'inverse. Quelques jours avant un festival que j'organisais, Igor était parti en voyage, comme à l'accoutumée pour me libérer d'une certaine pression et me permettre de me consacrer entièrement à mon travail. Il était parti au Mexique, retrouver un ami. Mais je savais que depuis des jours il se perdait sur Internet à la recherche d'un plan, de rencarts, d'autre chose peut-être. J'étais au comble de la colère rentrée contre lui. Alors dès son départ, l'ayant à peine déposé à l'aéroport, je filais dans un sauna. Et là, je fis la rencontre de Thierry.

C'aurait pu n'être qu'un plan cul sans lendemain. Mais Thierry était libre et je l'étais aussi, il était beau et je l'étais aussi. Alors on fila dans un restaurant près de chez lui, et je passais immédiatement une première nuit à ses côtés.

scary_faces_by_jean-luc_tanghe4.jpgThierry était un magnifique danseur. De deux ans plus âgé que moi. La rencontre d'un artiste et d'un organisateur de festival... nous nous sommes immédiatement aimés. Nos contacts étaient charnels. Pas de barrière de la langue avec lui. Nos mails étaient beaux, courts et poétiques. Nous nous jouions de la langue pour nous séduire. En quelques jours, quelques heures, nous nous donnions des repères complices, des petites habitudes de vieux amants.

Je compris assez vite que ce serait Igor ou lui, qu'il me faudrait choisir.

Au retour d'Igor, nous nous parlâmes peu le premier soir, c'était à mettre sur le compte de mon festival qui s'achevait à peine, et sur celui de son voyage et du décalage horaire. Au deuxième jour, c'est Igor qui craqua le premier et fondit en larmes. Il me dit tout de la relation qu'il avait eue là-bas avec un Mexicain qui s'appelait Raymundo. Il était en souffrance, et je ne pus que le consoler. Au troisième jour, il découvrit les mails que nous nous étions échangés avec Thierry, et il prit peur. Ca le mit presque en panique, et Raymundo commençait déjà à s'estomper.

Thierry avait un petit appartement à Paris, sur les bords du Canal de l'Ourq, mais il vivait la moitié du temps à Marseille où était installée sa compagnie. Et puis en pleine saison des festivals, il partait souvent à droite ou à gauche. J'allais le voir, une fois chez lui à Marseille, une autre à Uzès, grand rendez-vous de la chorégraphie contemporaine. Il avait été décidé que l'année suivante, la danse serait le fil rouge artistique de notre festival, et lui m'accompagnait d'une certaine façon dans les premiers préparatifs.

Au début de l'été, Igor et moi avions de longue date un projet de vacances en commun avec nos mamans respectives : une petite quinzaine entre Hongrie et Croatie. Ce projet constituait une parenthèse sèrieuse dans ma relation avec Thierry. Nous concevions donc un autre projet à nous : partir deux semaines en août au Pays Basque. Thierry connaissait une maison d'hôtes charmante à Saint-Jean-Pied-de-Port. Et il avait d'autres amis dans les Pyrennées. Au terme de ce voyage, il me faudrait prendre une décision.

Il faisait beau, chaud. Nous nous arrêtions pique-niquer dans les champs. On apprit la mort de Marie Trintignant à Vilnius et ça nous emut. On entendait à la radio le Docteur Pelloux alerter contre l'état des services d'urgence dans les hôpitaux, et nous en parlions.

Nous étions à Bilbao au musée Guggenheim quand ma mère m'appela pour m'apprendre la mort de ma grand mère.

Cette interruption brutale de nos vacances mit fin à notre histoire. Je décidais de rester avec Igor. J'en fus presque soulagé.

D'un côté mon histoire d'un an, qui ne s'est appelée amour que dans les trois derniers mois, et me laisse meurtri et inconsolable.

De l'autre cette fulgurance qui s'était appelée amour dès la première nuit, où il y eut des pleurs, bien-sûr, mais qui après trois mois ne me laissa qu'une déception passagère.

J'essaie de calquer ces histoires l'une sur l'autre, pour tenter d'en comprendre les ressorts. Il n'en sort rien.

De nos larmes et de cette canicule, les règles se sont clarifiées entre Igor et moi. Il se peut que ce soit depuis cette même époque que nous avons définitivement arrêté de faire l'amour l'un avec l'autre.

Je te reparlerai de Thierry.

Commentaires

C'est drôle, je viens de réaliser que c'est en mai 2003, quelques jours avant ton festival, que j'ai fait un choix, brutal, entre mes 6 années d'amour et ma solitude.

Écrit par : Fiso | 21 août 2008

Les histoires se suivent et ne se ressemblent pas, ou à peine, ou si peu, en sortir quelque chose n'est peut être pas tant une solution qu'une façon de se rassurer, que de se dire qu'on a aimé, beaucoup, très fort, d'une belle façon ou parfois de travers et que même si cela n'a pas duré, on a de quoi, au fond de son cœur, s'appuyer pour faire nos choix, pour suivre les chemins que la vie nous impose ou qu'on s'ouvre envers et contre tout.

Écrit par : Bougrenette | 21 août 2008

-> Fiso -> C'était vraiment l'année de la canicule ;
-> Bougrenette -> Je suis en train de comprendre que la question qui m'est posée n'est pas de tourner la page, parce que si la vie était un simple livre avec un début, une fin, et une bibliothèque où le ranger quand tout est terminé, ça se saurait... Mais d'apprendre à vivre avec. Et ça, c'est un apprentissage un tout petit peu plus compliqué.

Écrit par : olivier | 21 août 2008

2003 fut aussi l'année de la fin pour mon couple homonyme, "les Bruno". Nous avions passé la période de la canicule dans la fraîcheur d'un été pourri au Québec. Ce fut là que je commençai à m'ennuyer, ou peut-être seulement à m'en apercevoir...

Et l'hiver qui suivit, je suis parti. Tout à coup apparemment, alors que ce n'était que le bon moment, la réelle fin.

C'est la vie ! Et c'est la vie qui fait vivre !

Écrit par : Bruno, de erwanébruno | 22 août 2008

-> Bruno -> Ben oui, quoi dire, c'est la vie. La digestion, après, peut être plus ou moins difficile, mais la magie, pour ne pas dire la mayonnaise, qui peut dire comment et pourquoi elle prend, comment et pourquoi elle tombe ? Dès mon retour de vacances, je me mets à la lecture de ton histoire.

Écrit par : olivier | 26 août 2008

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