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26 juillet 2008

l'intervalle silencieux (2)

silence.JPG

Ainsi donc me voila confronté au silence. C'est terrible, le silence.

Je ne parle pas du silence de la bouche. Certains peuvent être beaux quand ils sont pleins : pleins de sourires ou de regards, pleins de caresses, pleins simplement de présence. Des gens sont mal à l'aise avec ces silences-là, ont immédiatement besoin de les combler même s'ils n'ont rien à dire. Moi, je les aime bien. Des choses que les mots expriment mal peuvent être dites alors. Nous avons eu des silences merveilleux avec Saiichi.

Mais le silence dont je parle, c'est un autre silence, fait de vide, de fin. Un silence des yeux, un silence des gestes, un silence de l'espace, un silence du temps, de l'existence. Un point d'interrogation sans réponse, un précipice.

la pudeursasa001.jpg, le respect et le mépris

Je me dis que forcément, ce silence a été précédé d'un autre : fait de non-dits, qui a laissé s'installer un décalage, un malentendu, un malaise sans doute et finalement un rejet. Je me dis qu'il y a eu une retenue mal venue, qui a conduit à un noeud.

S'agissait-il alors d'une pudeur, d'un trait culturel ? Je m'y suis frotté pourtant, j'en ai joué, nous l'avons assumé à la fois pour le comprendre et pour le dépasser, pour le transgresser et pour y revenir. Ce trait, il l'a franchi à dessein pour se laisser fasciner, il m'a fasciné moi-même au point de lui avoir voué un véritable culte. Cette capacité à endurer en silence, elle lui donne, au delà de son apparente fragilité, de son évidente naïveté, une force inclassable.

Au cours des mois où notre liaison se construisait, et - le croyais-je - se consolidait, jamais je n'ai laissé un appel sans réponse, jamais un SMS sans SMS, jamais je crois une sollicitation sans disponibilité. Sans doute s'interdisait-il beaucoup, l'expression de son besoin de moi n'était-elle qu'une infime portion de son besoin authentique. Il se faisait discret par souci pour ma situation, et sa discrétion participait à cette légèreté qui peu à peu me rapprochait de lui. Ses silences alors n'étaient que respect, mais je les entendais.

Nous utilisions lui et moi mon blog pour les combler et nous montrer au delà de nos rencontres l'attachement et la curiosité de l'un envers l'autre. Je publiais des pensées qu'il m'adressait, et il m'était gré d'en être ainsi valorisé dans son existence et mon estime. Il en était devenu presque l'âme de ce blog. Et ce n'était déjà plus du silence.

Le vrai silence, ce silence de vide dont je parle, il a une autre figure.

shiharu_shiota_cpa_08.jpgIl peut être passif, c'est celui que tu subis sans l'avoir choisi. Quand la vallée s'estompe et que les parois montagneuses ne te renvoient plus d'écho, ce silence où tu te retrouves à faire du bruit tout seul, en vain, à effrayer les alentours qui à leur tour prennent leur distance.

Il peut être actif, tu t'y astreints avec peine parce que ton harcèlement est d'évidence stérile. Mais finalement il ne rattrape rien. Il ressemble à une capitulation. Et tu portes en toi la blessure et l'humiliation comme un peuple dépouillé de ses terres par une armée conquérante. Tu n'en rumines pas moins, tes pensées n'en sont pas moins tenaillantes.

Et dans le silence qui s'installe alors pour durer, tu ne parviens plus à percevoir que l'écho du mépris.

Tu vois JG, cet instant "suspendu, à la fois calme et tendu" de ma dernière note, cueilli par hasard dans un livre que tu m'as offert et que j'ai emmené en voyage, il n'etait pas pré-programmé. Il ne reflète pas non plus l'état de mon coeur, je suis loin de cette paix dépeinte par Hiroshige et qui m'a sauté à la gorge en la lisant. Mais peut-être ai-je besoin de cultiver cet entre deux pour y voir l'espérance d'une possible fête à venir, la promesse d'une continuation. Quitte à me mouvoir dans un univers silencieux, je préfère croire qu'il ne s'agit que d'un intervalle.

Commentaires

Parfois, il m'arrive de lire vos textes et ce matin, touchée par vos mots et le choix de vos images, je viens vous féliciter humblement pour la justesse de vos phrases qui se déroulent comme un tapis universel
beaux silences à venir

Écrit par : matières premières | 26 juillet 2008

Wouaw !!! Beaucoup d'émotions !! Une note Magnifique a en donner des frissons et des larmes ... Un sentiment ressenti par tellement d'entre nous que tu exprimes içi avec talent , profondeur et justesse . Une détresse si souvent mal vécue ... Bises bien amicales

Écrit par : manue | 26 juillet 2008

Juste apprendre à contempler la gamme des silences
graves, aigus, intenses ...
le silence qui cache l'absence, le vide !
le silence parce qu'on n'ose pas
le silence parce qu'on ne veut rien dire ou qu'on s'en fiche
on ferme les yeux !
mais ça ne ressemble pas à des beaux silences
ne voir que les silences à étoiles
des silences à deux
un silence dense
la danse d'un silence
comme un silence moelleux ... ^^

Écrit par : Céphée | 26 juillet 2008

-> matières premières -> Merci, vos mots me touchent; tout comme votre présence par ici ;
-> manue -> Je sait pas si ça réconforte de percevoir que la désespérence a quelque chose d'universel. Peut-être ça permet de ne pas oublier qu'il y a une vie même derrière le désespoir. Merci encore ;
->Céphée -> je pleure encore mes "silences à deux".

Écrit par : Olivier | 29 juillet 2008

Le silence est riche et il existe mille façons de le vivre, tes mots l'expriment d'une manière touchante, parce que c'est toi, parce que c'est lui, vous pour nous. Je t'embrasse O.

Écrit par : Bougrenette | 29 juillet 2008

-> Bougrenette -> J'ai expérimenté un silence pauvre et destructeur, ne laissant place qu'à mille façons de mourrir. Heureusement j'en ai parlé, et vous touchant j'ai rebondi. J'en suis sorti aujourd'hui de ce silence, j'ai eu raison de vouloir en sortir. Je vais mieux. Merci d'avoir été là.

Écrit par : Olivier | 31 juillet 2008

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