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16 juillet 2008

il n'y a que Saiichi

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Une semaine déjà. La Thailande me glisse dessus comme l'eau sur la peau hydrophobique des dauphins.

Nous avons une piscine dans notre hôtel de Chiang Mai. Enfin, un petit bassin d'une quinzaine de mètres de long. En rentrant d'excursion en fin d'après midi hier, je m'y suis jeté avec rage, j'ai enchaîné les longueurs, multipliant les virages. J'étais un lion en cage condamné à tourner en rond, à se contorsionner, j'y mettais toute ma haine, et me heurtant chaque fois trop tôt à l'extrémité, j'enrageais d'avantage encore. J'avais Saiichi en point de mire.

Du reste, il n'y a que Saiichi dans mes pensées, dans mes temps morts, dans mes temps vivants, dans mes absences, dans mes soubresauts. En bon chef de troupe, j'occupe systématiquement dans les voitures qui nous conduisent la place du passager. Personne ainsi ne peut voir mon regard perdu dans le vague. Je donne le change, j'anime les conversations, je fais parler les filles de leurs impressions, mais qu'un blanc s'instille et Saiichi revient en force. Il est comme ma deuxième peau, ma raison de vivre. Je repasse en revue les souvenirs, ceux que j'ai oubliés dans ce billet, mais qui font tout autant partie du tourbillon : nos tours nocturnes dans son quartier pour trouver une place de parking ; ses sandwichs aux nouilles froides ; le grain de beauté au dessus de sa lèvre ; son petit nez nippon écrasé à s'enivrer contre mon boxer blanc ; ces pictogrammes du soleil et du livre, qui accolés l'un à l'autre veulent dire Japon, et que je croise par là dans quelque boutique ou restaurant parce qu'il m'a appris à les reconnaitre...

Nous avons visité hier des manufactures d'articles artisanaux. Chacun y a fait ses emplettes, y a acheté un souvenir pour celui-ci, ou pour celle-la, et moi j'ai réalisé que les objets ne m'inspiraient rien, si ce n'est à l'aune du cadeau que je pouvais en faire à Saiichi : une chemisette, un tapis de table tissé, un porte-bougies, une gourmette, une casquette, un petit sac en cuir rouge avec des dessins de Mikey... Trop sophistiqué, trop basique, trop cheap, trop extravagant, trop trop... les objets me glissaient des mains, j'étais sans prise sur la posture, sur les attentes, je ne savais plus si je cherchais à lui faire plaisir, à le provoquer, à l'impressionner, mais je sais que j'étais incapable de chercher pour qui que ce soit d'autre.

Il m'a écrit hier, un mail froid et cassant, puis nous nous sommes parlé au téléphone, huit petites minutes et demi. Il a été d'une dureté que je ne lui ai jamais connue mais qui ne dit pas qu'il ne m'aime plus. Je me dis qu'il y a une explication, que bientôt je comprendrai, qu'il y a encore de la place, qu'il provoque peut-être d'intention cet état ou je me trouve pour lui me conquérir entièrement. Il était mon ami, mon amant, mon objet de lutte, mon havre, cet "ami très spécial, nul et embêtant", mon chagrin d'amour, mon espoir dévasté, ma tragédie, il devient peu à peu un mythe. Loin de lui dans ce trouble foudroyant, je lui donne à présent des proportions qui le dépassent, j'en fais un idéal que l'on ne saura plus assumer ni lui ni moi, quoi qu'il arrive. Je sais que je marche sur ces lignes de feu sans savoir jusqu'à quel point le champ est miné. Je sais aussi que je lui fais mal. Mais s'il n'avait pas mal, à quoi pourrais-je me raccrocher, dès lors que j'ai besoin de garder l'espoir ?

Je crois qu'il a aimé en moi ce qu'à présent il fuit, de peur d'en souffrir : cet homme fort, libre, assumé, sexuellement capable de légèreté, d'aventure et fondamentalement d'infidélité - attributs sans lesquels nous ne nous serions d'ailleurs jamais rencontrés ni aimés - parce que lui se veut ou se croit incapable de tout cela. Mais il me découvre aujourd'hui sous un jour qu'il n'a jamais eu à aimer : l'homme faible et dépourvu de dignité.

Ai-je seulement une chance, sous ce masque-la, de retrouver son chemin ?

Commentaires

L'amour entraîne-t-il automatiquement perte de sa dignité ... ou bien y a t-til là quelque chose que tu n'as pas compris, ou pas voulu comprendre ...
S., si tu passes par là, lis tout, les commentaires aussi, STP

Écrit par : Manue | 16 juillet 2008

-> Manue -> Hélas, S. n'y passe plus, depuis longtemps, bien que je n'y parle qu'à lui, et beaucoup de vos coms aussi. Y a-t-il plus désespérant ?

Écrit par : Olivier | 29 juillet 2008

Les commentaires sont fermés.