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30 juin 2008

l'autre Europe

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Il y a une autre Europe. Rassemblée, comme la première, plus largement encore que la première puisqu'y siègent 47 États membres dont la Russie et la Turquie, mais dépourvue de pouvoirs légaux, donc libre d'exprimer une éthique, des références, et des valeurs. L'institution qui la représente, c'est le Conseil de l'Europe. Il vient mercredi dernier d'adopter des recommandations qui prennent le contre-pied de la Directive sur l'immigration, dite Directive Retour.

Il y a deux choses étonnantes dans cette information.

D'abord, les promoteurs de cette Directive de la honte se prévalaient justement d'avoir intégré les normes recommandées par le Conseil de l'Europe. Ça fait toujours bien de se réclamer du Conseil de l'Europe, ça fait consensuel, c'est dire le poids moral de cette institution... C'était pour eux la meilleure preuve que la Directive respectait pleinement les droits humains. L'alibi tombe à l'eau : les deux recommandations adoptées par le Conseil de l'Europe visent, l'une à "faciliter, autant que faire se peut, la régularisation et le droit au travail des immigrés", l'autre à "reconnaître le droit de vote comme un levier pour l'intégration". Durant les débats, la Directive européenne fut qualifiée par certains parlementaires, y compris par un membre portugais du parti populaire européen, d'"abominable et irresponsable", et "visant à promouvoir l'idée d'une forteresse européenne destinée à nous protéger des crève-la-faim".

La deuxième, c'est que cette information que l'on trouvait dès vendredi dans la presse espagnole, n'était encore dimanche disponible sur le site d'aucun média français...

29 juin 2008

pic, poc, splash !

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Imagine une pierre qui tombe à la surface de l'eau. Vois là toucher l'eau au ralenti, en hyper rallenti. Tu la vois pénétrer tout doucement, disparaître, laisser à la surface un creux dépressionnaire, et une petite vague s'éloigner en cercle autour du point de contact, et puis tu vois une autre vague revenir combler le creux vers le centre. En se condensant, une goutte énorme, difforme, une gerbe s'élève au dessus de la surface. Ralentis encore, la gerbe se soulève, lentement, et rompt avec la surface de l'eau. Et là arrête tout, arrête le temps, comme si tu appuyais sur "pause". Garde cette gerbe telle qu'elle est là, avec des excroissances dans tous les sens, des gouttelettes satellites qu'elle projette tout autour d'elle.

Et maintenant, agrandis-la pour bien la voir, pour la comprendre. Agrandis-la encore. Passe en troisième dimension pour lui tourner autour. eau1.jpgN'aies pas peur de bien l'élargir, donne-lui de la démesure, offre-toi de lui voir les méandres, les renflements, de sentir les vibrations et les tensions qui la traversent.

Tu la vois bien, là, cette éclaboussure stoppée net ?

Eh ! bien à Saragosse, à l'Exposition internationale, dont le thème de l'eau, ils lui ont dédié une tour. Une vraie tour, un immeuble de bureaux, le siège d'une multinationale, tout un bâtiment, 23 étages à la gloire de ce splash !

torredelaguaadsiiiuq7.pngTu lui tournes autour en spirale, longeant une rampe en colimaçon, ample et lumineuse, tu commences par le voir d'en bas, puis de côté, enfin de tout en haut. Un splash géant, suspendu en l'air avec toutes ses gouttelettes fragmentées, figé, éclairé par de grands bassins de vidéos placés en dessous de lui.

L'oeuvre en elle-même est surprenante, mais plus que l'oeuvre, ce seul concept, avoir bâti toute une structure de béton et de verre, à l'identique d'un grand siège social, mais pour la seule contemplation d'une oeuvre... ça, rien que ça des fois je te jure, ça te réconcilie avec le monde.

Les toilettes sont au 22ème étage, juste sous la cafétéria installée là pour te permettre de récupérer. J'y ai fait une courte halte et y ai croisé brutos5538.jpgmon image (qui a l'idée de mettre de grands mûrs en miroir sur le côté des urinoirs ? En bermuda, débardeur et sac à dos, casquette vissée sur la tête, bite à l'air, surpris de trouver mon profil si sexy et mon bras si musculeux, j'en ai bandé et me suis offert mon propre splash. Pic, poc, comme ça, sans préméditation, au sommet de la tour de l'eau (après tout, le sperme n'est-il pas constitué d'eau à 85 % ?)... Le Colosse était quasi vengé !

28 juin 2008

le colosse change de main


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Voilà un tableau connu, attribué depuis toujours à Goya parce qu'on lui trouvait des accointances avec les oeuvres de sa période sombre. Les autorités muséales du Prado ont, face à l'apparition de doutes sur la paternité de la toile, procédé à des investigations poussées pour authentifier cette attribution. Les conclusions des experts sont sans ambiguité : le célèbre peintre aragonais n'est pas l'auteur du Colosse, mais plutôt l'un de ses disciples. Une désillusion pour la conservation en chef du Prado, qui a toutefois eu le courage de rendre publiques les conclusions des ses recherches, et de porter cette déclassification à la connaissance des visiteurs du musée.

Restent aux éditeurs, aux boutiques du musée et à tout le petit commerce de l'art d'en faire autant. Quant à toi, brûle tes livres d'art !

En tout cas, on a beau lui deviner des fesses à croquer derrière les brumes ibériques, à notre colosse, changer de main au milieu de l'affaire, c'est pas top pour atteindre l'extase.

27 juin 2008

les violons aussi savent pleurer

Ceci n'est pas une dédicace de plus à Saiichii. C'est un peu le contraire, un message d'amour que lui m'envoie, une offrande. J'ai pleuré en entendant les premières envolées, il sait pourquoi. J'aime la rugosité du violon de Suwanai. C'est une virtuose admirable. Ce qu'elle interprète ici, c'est un peu mon concerto fétiche. J'ai l'impression que Tchaïkovsky m'a toujours accompagné avec cette composition au romantisme charnel.

Les deux premières vidéos forment le premier mouvement de ce concerto pour violon en ré :

L'orchestre (le philharmonique de Moscou je crois) ne livre pas là la meilleure interprétation que je connaisse, mais les solos de violons de Suwanai sont saisissants :

Et c'est surtout dans ce deuxième mouvement, sur un registre tout en émotion (malheureusement ici un peu tronqué)....

...puis dans le troisième, avec une vélocité qui embrasse les octaves, que le violon se met à nu..

.

... et laisse paraître son âme.

26 juin 2008

le héros et le maître chanteur

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Bon, ben Saiichi, c'est fait : il a sa carte de séjour. Un an ! Quel sésame !

Ça c'est fait au prix d'une longue et belle bataille : ton soutien, ta présence, l'engagement de son orchestre, des interventions de parlementaires... tout cela était dans le dossier des fonctionnaires qui ont traité son affaire. Quand il a été convoqué le 22 mai pour se voir remettre son récépissé de régularisation, c'était au "bureau des affaires réservées". Tu savais que ça existait, toi ?

Et hier, même bureau, enfin la carte, et la fin des ultimes doutes. Respiration...

Mais ça ne s'est pas fait sans une manoeuvre de dernière minute : il a fallu qu'il signe une attestation d'abandon de recours. Parce qu'il avait engagé une procédure contre la décision de la préfecture devant le tribunal administratif. Avec une audience programmée début juillet. Son dossier ayant été réexaminé, sur le fond, il était légitime de lever la plainte. Sauf que l'audience devait aussi examiner la demande de dommages et intérêt pour préjudice subi.

Eh! bien, non : la perte d'emploi, la suspension des l'allocations logement (alors qu'il paye TVA, impôts sur le revenu et taxe d'habitation comme tout le monde), le non versement des indemnités ASSEDIC (alors qu'il y a côtisé des années), les nuits sans sommeil et les coups de déprime... toute une année d'angoisse : en pertes et profits, la question ne pourra pas être posée.

Ça tombe bien, il avait l'intention de la lever, la plainte, préférant s'en tenir à sa régularisation. Mais y être obligé au terme d'un ultime chantage, ça le dégoûte, et ça me dégoûte !

Mais bon, disons qu'aujourd'hui, l'essentiel n'est pas là. Champagne pour le héro !

25 juin 2008

l'hypnose

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Là où je suis, je traverse ces jours-ci des paysages étranges : étrangement verts, d'abord, alors qu'ils devraient en ce début d'été être déjà brûlés à vif. Étrangement tachetés de rouge ensuite, peuplés de coquelicots étonnamment résistants, ou plutôt revenus pour un deuxième printemps. Et surtout traversés d'une population étrange, de grandes tours métalliques blanches et étroites, surmontées chacune de trois longues pales de fer. Si Don-Quichotte de la Mancha voyait ça...! Tous ces ces moulins modernes, organisés en vastes forêts trans-paysages. Il y aurait de quoi lui faire tourner la tête quelques milliers de fois.

D'autant que, et c'est cela qui est étrange, moi je trouve ces paysages - pour le moins pourtant dénaturés - tout simplement beaux. Comme une vigne sur un vallon, comme la clairière à la lisière d'un bois... L'intervention humaine n'enlaidit pas toujours l'environnement, elle peut aussi parfois le sublimer. Et ces champs d'éoliennes sont incontestablement beaux. Ils sont, je vais te dire, carrément hypnotiques. Je me suis surpris, passager d'un véhicule qui traversait leur étendue, à ne pas pouvoir les quitter des yeux. Elles tournaient toutes en même temps, toutes au même rythme lent et entêtant. Simplement belles, envoûtantes.

En France aussi, il faudra bien que l'on s'y mette, que l'on choisisse des sites, qu'en accepte de les transformer, il va bien falloir qu'on paye le prix de politiques alternatives qui préserveront l'essentiel. Ici ou là, ça nous fera des horizons transformés, forcément. Mais je t'assure, ce ne sera pas laid.

23 juin 2008

L'orgie

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Ceci est ma 200ème note (en fait, c'était la précédente, mais pour une 200ème, il vaut mieux un feu d'artifice qu'un règlement de compte, non ?)

J'ai vécu récemment une nouvelle expérience, étonnante et délicieuse. J'aime autant te prévenir tout de suite, c'est un peu hard, et du coup pas simple à raconter. Par défi, je vais m'y essayer malgré tout. En toute (im)pudeur.

Un ami, ou plutôt une fréquentation, de celles qu'il m'arrive de contracter aux nocturnes de Roger legall, m'avait proposé le principe d'un dîner "en cercle resserré" histoire de faire plus ample connaissance. J'en avais accepté l'augure, mais fus néanmoins surpris, recevant l'invitation par courriel, de découvrir qu'il s'agirait d'un dîner "fesses à l'air". Était-ce une boutade ? Une provo ? Un vrai projet ?

Espérant pouvoir associer Saiichi à cette invitation, je demandais à cet ami quoi emmener, glissant entre la suggestion d'une boisson ou d'un dessert celle de mon amant. Il me pria d'emmener du vin, je n'imposai donc point mon Saiichi. En tout cas pas cette fois-ci.

Y., notre hôte, était effectivement tout nu derrière un tablier de cuisine en recevant ses invités les uns après les autres. Cadre au sein d'une structure qui oeuvre à la promotion de la culture française à l'étranger, je découvrai que j'avais le même jour - drôle de hasard - adressé un courrier à son propre patron, pour des besoins professionnels.

T., arrivé avant moi quoique toujours vêtu, préparait les caipirinhas avec de la glace pilée. Il s'avère qu'il travaillait dans le même siège social que ma copine Fiso. Les coïncidences s'arrêtent là.

Puis arrivèrent Fl., d'origine québécoise - d'où son discret accent et quelques expressions fleuries -, scénariste d'une série française qui fait un tabac depuis des années sur une chaîne du service public, et son ami Fr., fatigué d'expériences dans l'informatique et le marketting, qui s'exerce depuis peu à la maçonnerie sur le dos d'une ancienne maison normande.

Enfin, B. est arrivé, péruvien, ultime touche exotique à notre soirée, en partance trois jours plus tard pour Lima où il devait effectuer son stage de fin de master en sciences politiques.

La politique, justement, il en fut assez peu question. Peut-être valait-il mieux. Durant l'apéritif, on parla surtout de nos jobs respectifs (respectives en québécois, question de genre).

C'est au moment de passer à table que Fl. et Fr. donnèrent le signal, s'éclipsèrent en coup de vent dans la chambre à coucher et revinrent dans la tenue d'Adam. Caipirinha aidant, j'embrayai, suivi de T.,  puis de B., le plus hésitant, visiblement persuadé d'être le seul pour qui l'expérience était nouvelle.

Dans les premières minutes, on put observer chez chacun une érection légère et passagère, comme sous l'effet du premier trouble.

Pendant le repas, la conversation prit la tournure d'une galerie de portraits, chacun décrivant à tour de rôle des personnages fantasques de son entourage. On rit beaucoup sur la pasta aux coquilles saint-jacques.

Y., notre hôte, était assis à ma droite. Au fil du repas, nos contacts furent de plus en plus explicites, tout comme ceux de Fl. et Fr., ou ceuxbrutos6386.jpg plus tardifs de T. et de B., au dessert nous commençâmes à nous embrasser.

Ce fut le coup de sifflet.

Je suis absolument incapable de décrire ce qui suivit. Et comme les tours de tailles ou les longueurs de bite n'ont pas grande importance non plus, je vais me contenter de dire que ce fut une orgie, comme tirée de fantasmes fous, avec quelque chose d'antique dans cette capacité sublime à l'oubli.

C'est autour d'Y. et moi que les choses s'organisèrent d'abord, puis le centre de gravité se déporta sur l'érection magistrale de Fr. Il s'était écoulé sans doute pas mal de temps déjà quand on entendit une porte claquer : T. nous quittait se sentant délaissé. "Un courant d'air", dit Y. avec détachement.

B. se tenait souvent à l'écart, toujours gêné, attendant d'être invité d'un regard ou d'un mouvement de la main pour se joindre au groupe. Fl. me jetait des regards continuellement souriants.

brutos5154.jpgNotre corps à corps dura bien trois ou quatre heures, sans grandes respirations. Sur le parquet de bois. Sur les tapis du salon. Couché, debout, accroupi, tu n'avais rien à faire, les bites venaient à toi, en toi, et toi, des bouches ouvertes et langoureuses venaient te couvrir d'attentions et te prodiguer mille attentions.

Après avoir joui respectivement une et deux fois, Fl. et Fr. nous quittèrent au milieu de la nuit non sans m'avoir l'un et l'autre, l'un puis l'autre, et dans l'autre sens, accordé de putains de bons baisers... d'amour ? d'adieu ?

Le jour pointait déjà. B. resta dormir dans le salon tandis que Y. m'ouvrit son lit pour m'offrir près de lui quelques courts instants de repos. A l'heure du réveil, c'est quand je fus en lui qu'il jouit, et j'en fus heureux parce que je dois dire qu'il a une queue agréable au toucher, au peser, au goûter, et que depuis qu'elle m'était passée en main j'avais eu en plusieurs NICKEVANS1.jpgcirconstances l'occasion d'en nourrir mon imaginaire pour parvenir moi même à jouir.

En route vers le boulot, les yeux en gelée et le corps en charpie, je n'eus pas une seconde de culpabilité, je ne me sentais pas sale, je ne me traînais aucune impression malveillante du doute. J'étais juste épanoui, plein d'images dans la tête et de sensations sur la peau, de goûts en bouche, souvenirs qui ont vocation, sans doute, à durer longtemps avant que l'on songe à remettre le couvert.

22 juin 2008

le niais et le cynique

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Il parait qu'on y passe tous. Un jour ou l'autre, un peu de gentillesse aidant, tu finis par te faire cartonner. Comme ça, sans crier gare, sur un blog inconnu, que tu répugnerais de toute façon à fréquenter, tu découvres qu'une hyenne s'est acharnée sur une proie inerte, que la proie c'était toi et que la hyenne y avait fait venir sa meute.

Donc un mec de droite, un vrai, c'est-à-dire un cynique, un aigri, pétri de relents fascistes, conteste ma pensée parce qu'elle est de gauche, et mon style parce qu'il est moderne (lire ici quelques guillemets), c'est dans l'ordre des choses. Ca s'est passé  (mais t'es pas obligè d'y aller, ça pue), à propos de ce billet-là.

Moi même, au fond, je n'ai aucun scrupule à dénoncer l'esprit collaborationniste des démissionnaires de l'humanisme. Quand on se résoud à la misère, qu'on applaudit à la répression et qu'on fustige comme compassionnel tout soutien aux faibles, fusse d'un langage qui se cherche entre courtoisie facile et fausse sophistication, ou pour simplement faire du bruit avec sa bouche et dissimuler une navrante vacuité, on est un combattant de la médiocrité. Et sans le savoir un serveur de soupe aux machiavels pétainistes.

Je préfère encore être niais.

Mais pour autant, je réserve mes coups aux grands. Pour contester leur puissance. Les petits, je ne leur pardonne rien, mais je leur trouve des circonstances atténuantes... même consternantes.