Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20 juin 2008

parce que l'enfance

Il y a quelques jours, à un billet sur ma rencontre fortuite avec le petit Alexis, Manu Causse-Plisson laissait ce commentaire. Tu l'as peut-être déjà lu, ou peut-être pas. Ce n'est pas un commentaire, d'ailleurs, c'est un récit, et une réflexion, sur l'échec et l'enfance. Et sur comment ces termes peuvent se conjuguer...

_________________________

obin1_850_1_1.jpg"Monstrueux ou pas, les gosses, est-ce vraiment le problème ? Qu'est-ce qui fait dans leur comportement que nous nous mettons, nous les adultes raisonnables, à les plaindre, à les aimer ou à les détester plutôt qu'à les voir comme ils sont - des débuts, des ébauches, et pourtant des êtres complets ?

J'accompagne petit F. à la piscine (il est dans la classe de mon fils). A sept ans, il parle difficilement, semble incapable de s'habiller seul. Aux mots qu'on lui adresse - dépêche-toi, enfile ton pantalon - il répond à côté, parfois même de façon agressive.

Et nous voudrions avoir le temps de l'aider (quitte à se faire accuser de pédophilie ?), nous voudrions qu'il nous comprenne ; mais 15 autres nains en chaussettes mouillées s'agitent sur les bancs du vestiaire, et, à chaque fois, c'est F. qui finit en dernier - ou qui ne finit pas, d'ailleurs, comme quand nous l'avons sorti dans le couloir avec le pantalon aux genoux et les chaussures en bandoulière, parce que oui, cette fois, nous n'en pouvions plus.

F. reste debout, son slip qu'il ne sait pas mettre s'enroule comme un élastique ; comme il pleuvait tout à l'heure, et bien qu'on lui ai dit de faire attention, il a jeté sa veste dans une flaque. Il est trempé.

F. reste debout - non, il ne met pas ses chaussettes ni son T-shirt (systématiquement à l'envers) ; il préfère aller bousculer A., pousser J., dire des choses à voix basses à C.

L'autre parent et moi devenons fous, à force. Et F. n'est qu'un môme - mais un môme si loin, si fermé, si dur, si mal à l'aise, que nous ne pouvons même plus nous laisser attendrir.

F. est mauvais élève, F. redoublera cette année - même si sa maman est contre, elle qui refuse de parler à l'institutrice, elle qui la traite souvent de conne, de méchante.

F. à sept ans est déjà en échec scolaire, social, relationnel. Il ne prendra pas l'avion, évidemment ; mais s'il le prenait, et se trouvait assis à côté d'un gentil monsieur (...), il ne lui faudrait que quelques minutes pour se faire détester.

F. a de grands yeux noirs ; quand il te regarde, tu aimerais l'aimer. Tu aimerais dire que c'est la faute à - à son caractère, à son comportement, à une éducation insuffisante ; à la société, pourquoi pas, qu'elle est pourrie à la base. Et tu sais que, même si c'est vrai, cela ne change pas grand-chose.

Ce jour-là tu te dis que tu en as marre d'accompagner les enfants des autres à l'école, ou d'être prof, ou que la simple empathie soit si difficile."

...

Commentaires

Le sage doit rechercher le point de départ de tout désordre. Où ?
Dans le manque d'amour..
Mo-Tzu.

Écrit par : christie | 21 juin 2008

-> christie -> dis-donc, ça sonnerait pas japonais, cette sagesse-là, des fois ?

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 22 juin 2008

il est déprimant ce constat,je reste impuissant, je culpabilise, je m'amuse sur le net,alors qu'il serait peut etre possible de faire qq chose si les parents l'acceptaient,si la societé s'en donnait les moyens, avant qu'il ne soit trop tard.J'ai l'impression que les societes traditionnelles plus communautaires palient mieux à ce genre probleme ou de carence parentale.Un pere ,une mere ça ne suffit pas toujours. Meme si nos potentiels dès le depart ont leurs limites, les ambitions et les espoirs pour un enfant ne doivent pas en avoir.C'est une question de volonté .

Écrit par : chris | 23 juin 2008

-> chris -> Je ne sais ps si on peut un jour imaginer qu'elle ait un jour le même potentiel qu'un mode de vie communautaire, du point de vue de la prise en charge des défaillances parentales par le collectif, mais l'école de la République, la grande, la fameuse, c'est pas aussi un peu à ça qu'elle est censée servir ?

Écrit par : Oh!91 | 23 juin 2008

Les commentaires sont fermés.