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14 juin 2008

L'Europe, au régime monarchique ?

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Qui peut dire que l'Irlande ne fait pas partie de l'Europe ? De cette Europe dont elle a connu l'histoire, traversé les guerres, les oppressions, les replis nationalistes ? De cette Europe qui lui a apporté la paix, qui lui a tendu la main, qui l'a aidée à se développer ? Qui peut dire qu'elle ne s'y reconnaît pas ? Qu'elle lui tourne le dos ?

Des 27 pays membres, l'Irlande est donc le seul pays qui aura dit "non". Parce qu'elle aura "du", par obligation constitutionnelle, soumettre la ratification du traité de Lisbonne à un référendum. Les 18 autres pays qui ont déjà procédé à la ratification l'ont tous fait par voie parlementaire.

Voilà où nous en sommes avec l'Europe, ça commence à ressembler à un immense gâchis. Les soi-disant bâtisseurs d'Europe se mettent à avoir peur du peuple. Et quand le peuple est consulté, il dit - et c'est tant mieux - "assez!". C'était arrivé en France, et aux Pays-Bas. Ça fait ainsi déjà trois pays où la méfiance a pris le pas sur la dynamique, vu autrement : où la résistance l'emporte sur la soumission. Une Guiness pour "fêter" ça ! Et qu'auraient dit les autres s'il y avait eu consultation ?

Pourtant, ils continuent : ils disent, contre toutes les règles de droit qui prévoient qu'un seul "non" met fin au processus, que les ratifications doivent se poursuivre. Ils adoptent, comme en début de cette semaine, une directive pour faire passer de 48 à 65 heures hebdomadaires la TempsModernes.jpgdurée légale maximum de travail en Europe. Ils adopteront le 18 juin prochain une directive de la honte qui fera passer à 18 mois la durée possible d'enfermement des personnes sans papier. Ils cassent les systèmes de retraite, la gratuité des soins, les solidarités, ils précarisent l'emploi, ils culpabilisent les chômeurs et les sanctionnent. Et ils s'étonnent.

Prennent-ils seulement la mesure des risques qu'ils prennent, ou qu'ils nous font prendre, à s'enfermer ainsi dans le déni de démocratie pour le seul profit de leur projet monétariste et financier ? En voulant le faire passer aux forceps, savent-ils seulement à quels types de réactions cela pourrait conduire ?

Ils font de l'Europe - et en inscrivent profondément cette image dans les consciences citoyennes - l'institution politique et administrative la plus anti-démocratique, la seule qui s'affranchit de la souveraineté des peuples. Déjà qu'elle apparaît loin, la voila désormais dotée de règles autocratiques, auto-proclamées, telles les monarchies de droit divin en leur temps.

Silence dans les rangs !

Que tu rejettes leur vision libérale, et ils t'accusent d'être anti-européen, voire nationaliste. Comme ils te taxent d'être conservateur quand tu défends des acquis sociaux. Leur vision du monde est celle d'êtres humains au service d'une machine économique, et non d'une société au service des humains. Ils s'acharnent à construire le monde à l'envers, à pousser les feux de la croissance quand notre planète suffoque et ses ressources s'épuisent, à proposer la multiplication des hyper-machés et des hard-discounts pour répondre au problème des bas salaires (quelle médiocrité que leurs trouvailles !), à dénaturer nos territoires, à détricoter notre lien social, à nous rendre la vie impossible.

Merde ! Ils sont même prêts à transgresser leur propre État de droit si tu dis "non" alors qu'ils avaient prévu que tu dirais "oui".

Alors, écrivant cela, je n'en suis pas quitte de ce que devrait être l'Europe, de ce qu'elle pourrait être, du travail d'invention. Tu n'en es pas quitte non plus. Il y a du boulot pour la construire. D'Irlande à la Hongrie, on peut s'y mettre dès maintenant. La gauche prend une sacrée responsabilité quand elle retarde, par faiblesse ou crainte, ce chantier-là.

Parce que si une chose est sûre, avec Sarkozy président de l'Europe pour six mois, entiché de, John Major, de Berlusconi, et d'Angela Merkel, on est mal barrés. L'Europe est mal barrée.

Commentaires

Go raibh maith agat (prononcer : go rêve méh agot') ! Merci à nos amis irlandais de montrer qu'en Europe, il reste des HOMMES qui ne veulent pas vivre dans un supermarché, traités en simples consommateurs voire en vulgaires marchandises...
Vive l'Irlande ! Erin go bragh ! Et vive l'Europe quand même...

Écrit par : le photon | 14 juin 2008

-> le photon -> bravo pour ton commentaire ! j'en modifie ma note, et j'ajoute un lien vers ta bonne Guiness, tiens ! Et vive l'Europe quand-même !

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 14 juin 2008

Merci pour cette brillante et juste analyse :)

Écrit par : Olivier Autissier | 14 juin 2008

Pourtant il me semble bien que vers la fin des années 80 ou debut 90, les entreprises de technologie "mauuuuuderne" de l'est de la france, délocalisaient vers l'Irlande car les codes du travail était des moins contraignants..."Pas des feignants hein!" "Des Hommes " comme tu dis...
Oublions l'Europe et tous ces grands organisateurs...
Tout ça n'est pas prévu pour le bien de tous.
Et les grandes democraties n'en sont plus depuis longtemps .
Comme les cheveux sur mon crâne, qui s'envolent et je sais très bien ne repousseront jamais...Un bonnet?Un toupet?

Écrit par : Dom | 14 juin 2008

C'est l'oligarchie des riches qu'ils veulent construire. à nous les peuples de construire NOTRE Europe de la solidarité et de l'humanité.
Moi qui ne boit pas je lève mon verre au peuple d'Irlande et je leur dis "Merci" de leur grand Baroud d'honneur"!

Écrit par : christie | 14 juin 2008

Hé ben, sur ce coup-là, on est pas du tout d'accord ...
Le photon qui dit que les Irlandais refusent de vivre dans un supermarché et d'être traités en simples consommateurs devrait aller faire un tour du côté de Grafton street, un samedi après-midi.
Merci Dom de rappeler que l'Irlande est un des pays européens ou la protection des salariés est quasi-nulle, toute dévouée qu'elle est aux capitaux des entreprises américaines qui s'installent sur son sol.

Écrit par : Fiso | 14 juin 2008

ça ne veut pas dire que le traité européen va arranger les conditions de vie des irlandais. C'est comme en Espagne. par contre dire "Non" au traité est une façon de vouloir faire autrement. Ils obligent à revoir la copie et ils disent globalement qu'ils en ont assez de cette vie. Parce que'ils ne veulent plus de cette vie-là. C'est comme ça que je le comprends.

Écrit par : christie | 14 juin 2008

Superbe note!
Une Guiness, oui volontiers!

Écrit par : Nadaiya | 14 juin 2008

-> Olivier Autissier -> Merci de la partager ;
-> Dom -> Oui, l'Irlande est un modèle de libéralisme à soi tout seul, au plan économique, et un modèle de conservatisme au plan des valeurs. Et le sens qu'ils donnent à leur non est sans doute très loin du sens que j'avais donné au mien en son temps.
Mais je ne veux pas lâcher l'Europe pour autant, ça me donne envie d'essayer d'en faire quelque chose, de leur non ;
-> Christie -> On peut en effet parler de nouvelles oligarchies. Avec leurs nouvelles momenklatures...
-> Fiso -> On est pas obligé de chanter les louanges des Irlandais pour considérer que leur non pourrait ouvrir une porte. Comme dit Christie, la copie doit bien être revue ;
-> Nadaiya -> A la tienne !

Écrit par : Guiness!91 | 15 juin 2008

Les commentaires sont fermés.