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09 juin 2008

mon violoncelle couleur lilas

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Il était beau, mon Saiichi, dans ses souliers cirés, son pantalon noir cintré, et son ample chemise lila. C'est la première fois que je voyais un orchestre symphonique tout en couleur. Il y avait des tâches vert clair, des pointes rouges, quelques touches jaunes, de grandes envolées orangées... Et dans le choeur de ce temple protestant du 8ème arrondissement, se déployait ainsi le Rainbow Symphony orchestra, dans une joyeuse proximité avec le public, venu nombreux écouter un répertoire de haut niveau.

Le concert était placé sous le signe du chiffre 5, car il s'agissait de célébrer le 5ème anniversaire de cette formation. La 5ème marche de d'Elgar (Pump and Circumstances), la 5ème symphonie de Beethoven (tu sais, le fameux pom pom pom pom !...), et puis après l'entracte la 5ème Symphonie d'un compositeur du 20ème siècle, plus obscure, le Finlandais Sibelius.

Igor et moi avions retrouvé Yohan en ville quelques minutes avant le début du concert. Fiso, occupée dans l'après midi par quelque programme d'agrément nous rejoint toute ébouriffée à 20h 10, pile poil sur la toute première note d'Elgar. Ouf ! Avant le début, j'arpentais les bancs et les allées à la recherche d'Olivier Autissier et son copain Jean-Michel, que je ne connaissais que de photos, mais qui avaient annoncé leur venue par blog interposé. Nous nous trouvâmes finalement à l'entracte, mais il fallut que je fasse preuve d'un peu d'extravagance dans mes recherches, pour me faire repérer.

Franchement, j'ai été bluffé. C'est un orchestre amateur, mais ils ont assuré. Et puis, pour la musique en général, mais pour le classique en particulier, rien de tel que le live pour vraiment en profiter.

Par exemple, là, je t'ai mis en écoute la 5ème symphonie de Sibelius. Ce n'est pas une partition facile. D'abord, contrairement à Beethoven, ce n'est pas une chose mille fois entendue. Et puis c'est une musique du siècle dernier, les mélodies ne te sont pas données sur un plateau d'argent, elles se mettent en place progressivement, elles se détachent lentement d'une zone trouble, comme d'un brouillard épais, qui se dissipe peu à peu, tu es d'abord comme englué, tu te sens opaque, légèrement instable. D'ailleurs, ce ne sont pas les violons ni les violoncelles qui font la mélodie. Les cordes forment cette espèce de basse vibrante, comme en bruit de fond. Ce sont les cors, puis les flûtes et tous les vents qui en apportent les premiers éléments. Et puis une amplitude se met en place, tu ne t'en rends presque pas compte, mais elise_jb.jpgtu te mets à distinguer des couleurs, des reliefs, ici et là des sonorités cristallines et légères.

Moi personnellement, il me faut plusieurs écoutes pour comprendre, percevoir, et aimer. Mais dans la salle de concert, tu les vois à la manoeuvre, tu observes les archets vibrer, vibrionner de mouvements courts ou larges, tu admets plus vite ce qui se passe, l'intention du compositeur et des interprètes, le sens, et finalement la puissance esthétique de la chose. La gestuelle du chef, la distribution des instruments dans l'espace te sont comme un guide qui t'aide à accéder à cette beauté rude.

A la fin du concert, on leur a fait un triomphe, j'ai comme d'habitude crié quelques "bravo", de ceux qui font toujours honte à mon homme, mais moi j'étais fier de mon Saiichi. Malgré son dos, malgré ses papiers, malgré toutes les épreuves, il est allé au bout de ce projet-là, aussi.

 

Commentaires

Tout est dit. Justement, simplement, exactement.
Une bien belle soirée, une musique fort appréciable, un orchestre d'excellent niveau et de ravissantes rencontres.

Écrit par : Olivier Autissier | 09 juin 2008

Merci beaucoup d’être venu au concert de RSO. Ton analyse sur Sibelius est intéressante. Je trouve que sa musique est liée profondément avec la nature (le vieil arbre géant, le fleuve gelé, le vent de l’ouest, le sol humide, le brouillard épais, la lumière qui perce les nuages…) et l’âme de l’homme si modeste, si inébranlable. J’étais très touché quand je répétais cette partition même s’il y avait des passages techniquement difficiles à jouer. Car je retrouve entre les notes, sur la marge de partition, le visage de Sibelius lui-même. Jouer sa musique et la reproduire (même après sa mort) est véritablement le travail de dialoguer avec lui. Ce processus musical (non seulement de Sibelius mais de tous les compositeurs) est extrêmement précieux pour moi et chaque note, chaque pause notée sur la partition est très chère et touchante. Ce moment musical est sans doute le plaisir suprême d’une interprétation.
La salle était également remplie pour le concert du dimanche. On a partagé le moment convivial avec trois compositeurs et le public chaleureux. Merci encore à Oh!91, à Fiso, à Igor, à Yohan, à Olivier Autissier, à Jean-Michel, à Tomoko et à toutes et tous !

Écrit par : Seiji | 10 juin 2008

-> Olivier Autissier -> Tu en parles formidablement bien sur ton blog aussi. A bientôt ;
-> S. -> Tu es musique...

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 10 juin 2008

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