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05 juin 2008

Excusez-moi !

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Il y avait un beau black mercredi soir dans ma ligne d'eau. Je l'y voyais pour la première fois. Jeune, belle gueule, rigolard, le corps sec et musclé, petit moule-burne serré gris clair, mais avec ça plutôt malhabile dans l'eau... Je l'ai dépassé plusieurs fois, l'effleurant sans intention. A un moment, nous retrouvant côte à côte en bout de ligne, il me dit : "c'est drôle, vous dites tout le temps pardon" ! Et voilà, que c'était reparti, merde, putain ! Je m'en étais même pas rendu compte. "Oui je sais, je lui réponds, on me le reproche bien assez. Mais vaut mieux ça que de donner des coups dans tous les sens sans rien dire à personne, non ?"

Donc c'est comme ça : je suis en trop. Jamais à la bonne place. Jamais au bon moment. Une espèce de bidule encombrant au milieu des jambes, la contrebasse dans un studio d'étudiant, le cheveu sur la soupe, l'éléphant dans un magasin de porcelaine, le chien dans le jeu de quilles, que sais-je ? C'est comme ça, j'arrive pas à me percevoir autrement.

Alors je m'excuse tout le temps. Et forcément, ça énerve. Et pour le coup, je n'ai pas besoin de passer des heures sur un divan pour savoir d'où ça me vient... Ah! sacrée maman, tu nous as peut-être pas si mal réussis, mon frère et moi, mais si tu avais pu te la garder pour toi, cette putain de saloperie de culpabilité à la con, toujours mal placée, cette gêne aussi idiote que permanente, je te jure, on t'en aurait pas voulu tant que ça !

Si je fais un peu de prospection dans mes souvenirs, je me suis toujours vu soit complètement transparent, invisible, un peu comme si ma complexe-males-250x175.jpgprésence quelque part, parmi des amis, ne comptait pour rien, juste une truc comme ça, sans impact d'aucune sorte, dépourvu de sens, incapable de s'installer dans un champ de vision.

Soit totalement encombrant. A m'excuser à tout bout de champ.

L'invisibilité avait un mérite : elle alimentait des rêves érotiques dans mon enfance : je circulais parmi d'autres garçons. Parfois exhibitionniste, j'étais au milieu de tous les autres, mais seul moi me savais nu. D'autres fois en mateur acharné, j'avais la faculté de voir les autres nus grâce à des lunettes magiques. Il y avait surtout des garçons dans ces rêves-là, sauf une grande et mince fille noire, je ne saurais trop dire pourquoi. Mais bon, là n'est pas mon propos.

Encombrant ou invisible, en tout cas, j'ai toujours pensé que où que je fus, le mieux était de ne pas y être. Au pire ça ne changeait rien, au mieux ça soulageait.

Pourquoi suis-je ainsi incapable de me voir comme un élément de la scène, un personnage dont le rôle conditionne celui des autres ? Voire comme simplement quelqu'un qui compte ? Qui n'a pas besoin de s'excuser d'être là, mais juste de vivre là au milieu des autres. J'ai beaucoup compensé ces travers. Avec de l'action publique. Avec du militantisme, des convictions, avec de la prise de responsabilités. Il y a ainsi de nombreux contextes où je dissimule ce travers, où on ne le soupçonne même pas. C'est dans ces cas là que je me vis dans l'usurpation. Mais très régulièrement, il ressurgit. Et un beau black musclé dans une ligne d'eau, sans complexe, peut même s'en étonner ouvertement... Excusez-moi.

Commentaires

Fuck ! Alors là je retrouve la gemellité en plein !
Mes amis me disent tout le temps d'arrêter de m'excuser, parce que je m'excuse de tout, tout le temps, presque de vivre. Je gêne, ne suis pas à ma place, jamais, ou alors invisible, exactement ce que tu décris dans ces lignes. Exactement. Mot pour mot.
Je sais peut-être aussi d'où ça vient, je sais faire semblant, assez bien, la (dis)simulation est une de mes spécialités, mais je ne sais pas comment m'en débarasser.
Bref.
Encore une fois, je suis toi.
Je t'embrasse fort

Écrit par : M. | 06 juin 2008

Sommes-nous donc tous invisibles? ou au contraire trop gênés par notre propre existence? et d'autres encore ne savent même plus quoi en faire, tellement ils se sentent de trop...

Écrit par : L'Elephant | 06 juin 2008

Et pis faut bien le dire, les gens qui ne s'excusent jamais sont souvent des butors inconscients de l'existence des autres - tant, en général, ils sont occupés à s'imaginer la leur.

Perso, je m'excuse souvent, même si j'y fais attention : ça peut être aussi une façon de ne rien faire, et de s'en sortir.

Enfin, rétablissons une vérité historique : ça ne m' énerve pas que tu t'escuses de temps à autres - après tout les gens polis, c'est toujours sympa - j'ai juste dit que c'était loin d'être nécessaire, vu qu'on était très contents de te voir et que tout le reste était secondaire.

Voilà voilà. Sinon, avec le grand black, ça s'est bien fini ? Il s'est excusé de t'avoir posé la question ?

Écrit par : manu | 06 juin 2008

Ouais, avec le boblack, comment ça s'est passé... il voulait peut être juste établir le contact... hehe...
Pour le reste, moi aussi je m'excuse souvent. Et je fais comme M., je me soigne. Et je pense comme Manu, que la politesse est plutôt une vertu qu'un défaut. Ceci dit, il ne faut pas qu'elle empêche de s'imposer et de s'affirmer. Et je ne vois pas d'incompatibilité entre le poli et l'affirmé. Car je ne pense pas que tu t'excuses servilement.

Écrit par : DonDiego | 06 juin 2008

C'est étrange : dans un texte tu fais l'éloge de la force pour tracer ton passage dans la piscine tel un requin, et deux textes plus tard on se rend compte qu'en fait tu ne fais que t'excuser et que c'est un complexe qui te poursuit depuis l'enfance. L'idéal serait d'aboutir à une troisième voie, non ? Ne pas avoir honte d'exister ni de tracer sa voie dans cette grande piscine qu'est la vie (hum hum... désolé pour cette image un peu nulle), mais sans aller jusqu'à cette drôle de tendance à valoriser l'affirmation animale de soi contre les autres à qui on refuse le droit d'être là, sur notre passage, genre les forts contre les faibles... (affirmation qui "sent" un peu le ressentiment, si je puis dire).

Écrit par : xelias | 06 juin 2008

Tu ferais mieux de t'excuser de ne plus être assez là !!
Bises.

Écrit par : Boby | 06 juin 2008

J’ai entendu la remarque de ce jeune. Je voulais t’en reparler, à la sortie, mais on en a pas eu le temps.
Faut dire qu’à l’inverse de toi, discret et courtois, lui était plutôt bruyant.
J’aurais peut-être dû lui demander de m’excuser de l’avoir fusillé du regard quand il a braillé, dans la ligne voisine, « ah la la, ces femmes, elles râlent tout le temps ! ».
Ne te mets pas martel en tête, Oh.
Tu détones parce que tu es d’une courtoisie extrême dans un pays de malpolis, sans gêne et sans savoir-vivre. Moi aussi, je m’excuse quand je rentre dans quelqu’un et je fais un signe de la main quand on me cède le passage. Et j’ai pas l’impression de m’excuser de vivre mais juste d’évoluer au milieu d’êtres humains doués de parole et de sentiments.
Par ailleurs, et te côtoyant … souvent …( !), je ne me suis jamais fait la remarque que tu t’excusais à outrance et mal à propos. Tu sais pourtant que les minauderies m’énervent passablement. Alors, j’entends bien ton questionnement mais je t’assure, je pourrais bien te trouver d’autres défauts, mais pas celui-là.

Écrit par : Fiso | 06 juin 2008

HUM ! J'adore le commentaire de Xelias, frappé au coin du sceau de la finesse et du jugement exact... :
"sans aller jusqu'à cette drôle de tendance à valoriser l'affirmation animale de soi contre les autres à qui on refuse le droit d'être là, sur notre passage, genre les forts contre les faibles... "
Petit Alexis deviendra grand....

Écrit par : lancelot | 06 juin 2008

-> M. -> C'est marrant, mais en cliquant sur "publier maintenant" ce que j'avais écrit là, j'ai exactement pensé ça : c'est du M. dans le texte, ça va pas lui échapper ! Et bingo, premier commentaire, c'est toi, et qui confirme. Comme dirait l'autre, on en mourrira ensemble, ou on s'en sortira ensemble, hein ?!?
-> L'Eléphant -> Je sais pas, franchement, si on l'est tous. Je crois pas, ou alors y'en a qui cachent bien leur jeu. En tout cas, ça m'étonne pas de toi, que tu te mettes dans la catégorie, bienvenue au club !
-> Manu -> Ouais, je sais bien que je t'ai pas poussé à bout, et que tu faisais rien que me rassurer... c'est juste à moi que ça a rappelé que je me traînais ce défaut contre lequel pourtant je me débats sans arrêt... Quant au black, qui n'était pas grand, ai-je dit, mais plutôt beau, ainsi que parfois un peu véhément, comme le souligne Fiso, ça ne s'est pas fini, vu que ça n'a même jamais commencé. Et pour répondre à ta question, il ne s'est excusé ni de m'avoir posé la question, ni de n'avoir rien eu d'autre à me proposer !...
-> DonDiego -> l'epace entre le poli et l'affirmé... C'est intéressant. Il y en a un, vu que je me soigne, justement, en cherchant à m'affirmer - poliment ;
-> xelias -> le paradoxe n'est qu'apparent ! D'abord, l'"animalité" de mon affirmation dans le bassin, je la réserve aux fois où je nage le dos dans un bassin sans ligne tendue. Pas le choix ! Sinon, c'est carambolage à chaque passage. Dans tous les autres cas, si je m'affirme, c'est dans la discrétion. Ensuite, si j'en arrive à écrire, donc à réfléchir, sur ça, c'est que c'est tout sauf une démarche naturelle (tu vois le truc ?). Donc il y a paradoxe, mais parce que je suis dans l'écriture, parce que je sais où j'en suis et que je m'évertue à me dépasser... Bon je m'embrouille, mais je suppose que tu vois ce que je veux dire ;
-> Boby -> J'adore tes messages subliminaux... j'ai été très absorbé, et je le suis encore beaucoup, bien que je pensais pouvoir respirer d'avantage, mais je suis là pour autant, très là. Jamais très loin de mon téléphone, d'ailleurs ;
-> Fiso -> Tiens, si j'avais su qu'il avait lancé "ah la la, ces femmes, elles râlent tout le temps !", j'aurais peut-être été plus entreprenant à son endroit, tiens ! Pour le reste, tu sais bien : t'es pas objective !
-> lancelot -> Il m'a l'air d'avoir déjà bien grandi, ce petit Alexis-là.

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 06 juin 2008

Ça me paraît être plutôt une qualité que de s'excuser, non ? Une qualité de plus :)

Écrit par : Olivier Autissier | 06 juin 2008

...."Ensuite, sous la douche, nous en avons reparlé en échangeant nos savons tendrement, comme un pacte qui semblait dire : promettons-nous de vérifier régulièrement les valves d'arrivée d'eau ensemble. Ce que je fis ce jour là avec plus d'attention que la veille.

Nous sommes tombé d'accord pour conclure, comme tu me l'avais fait remarqué mais à l'époque je ne t'avais pas cru, que finalement, la politesse avait du bon. Elle rendait même plus fluide la mécanique huilée de nos mouvement de masturbation. C'était finalement bien agréable. Force est de le constater.

En éclaboussant sa cuisse d'ébène de mon sperme courtois et abondant, je me suis malgré tout excusé, car je sais à quel point c'est fastidieux à nettoyer".

Écrit par : wajdi, pasticheur de pastiches | 07 juin 2008

Pliée ! Heureusement que la confiture de figues blanches de Boby m'aide à avaler !

Écrit par : Fiso | 07 juin 2008

-> wajdi -> lol. Celle-ci, je l'aurais bien achetée, mais en vrai : tu sais comme j'adore les valves d'arrivée d'eau ;
-> Boby -> Tu vois, j'ai rendu son bien à Fiso. Sans y avoir touché. Pourtant, c'était tentant, j'ai le stock presque achevé... (tu saisis mon message subliminal à moi ?)

Écrit par : Oh!91, sperme courtois | 07 juin 2008

Ancrage quand tu nous tiens...

Écrit par : Nadaiya | 07 juin 2008

-> Nadaiya -> ancrage, ou atavisme... en tout cas, ça nous tient.

Écrit par : Oh!91 | 09 juin 2008

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