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31 mai 2008

grosse fatigue

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C'est toujours méchant, les lendemains de fête. Je n'aime pas leurs vents contraires.

D'un côté, tu as l'impression qu'une fois la partie dans le dos, tu vas avoir du temps pour reprendre ton souffle, tu vas être à nouveau disponible pour toi et pour les autres, mais tu réalises que tu as tellement repoussé de choses à plus tard, qu'elles se rappellent toutes à toi en même temps, et qu'au milieu des premiers bilans, tu n'as toujours le temps de rien...

D'un autre côté, à la première RTT venue, au premier vrai moment de relâchement, c'est le coup de blues qui s'installe. Pas vraiment de la tristesse, mais plutôt comme une grosse fatigue qui te submerge. Tu ne sais pas vraiment la nommer, tu ne sais pas vraiment quoi en faire, tu t'étais dit "chouette, je retrouve de l'espace pour faire ce que j'aime", mais le temps entre tes mains, tu le laisses s'échapper bêtement, et tu te rends compte que tu restes sec.

Ceci pour te dire que là, je me sens un peu con. Même les quelques bites qui se sont offertes à mon regard et à mes mains, hier, dans les recoins du vestiaires de la piscine, même les caresses d'un homme ou le sourire de l'eau chaude, même une éjaculation prise à la dérobée (tiens, c'est bizarre ce lapsus, j'avais d'abord écrit évacuation...), comme un sevrage qui échoue, m'ont laissé le moral dans les chaussettes.

Et puis il y a Saiichi, devenu mon tendre amant, avec qui nous commencions à prendre l'habitude de nous retrouver chaque soir, et que le retour de mon mec éloigne de mon quotidien.

Bon, je ne voulais pas vraiment me plaindre. Mais trop tard, c'est fait. J'espère qu'au moins tu me pardonneras ce temps mort, et que tu le laisseras filer avec moi, le temps que je revienne vraiment.

28 mai 2008

mahrajân lilma'

Je t'en ai parlé, on célébrait l'eau à Paris et dans le Val-de-Marne ce week-end. Je suis content parce qu'à cet étonnant festival de l'Oh!, qui a rassemblé des foules, notamment dimanche où le soleil a finalement prévalu, j'y ai vu plein de potes, et je sais que d'autres, que je n'ai pas vus y étaient aussi. Eh! bien figure-toi qu'on en parle jusque sur Dubaï-TV. C'est con que tu comprennes pas l'arabe, parce que les commentaires sont justes, et qu'ils ont bien capté l'esprit de cette fête.

Saiichi, de son sôté, me signale deux liens trouvés au détour de ses navigations sur Internet, et c'est pas moins exotique : d'abord, un site qui annonce l'événement, et un blog, qui publie un reportage photographique intéressant, un aperçu de l'escale parisienne.

Autrement, on en parle aussi ici. Et là, ça se passe en français...

 

26 mai 2008

j'ai laissé l'eau claire

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Il s'est passé une chose bizarre, presque au début de ce blog. Le Père Davezies, qui avait été un compagnon de prison de mon père en raison de leur engagement commun contre la guerre d'Algérie, venait de mourir. Et je fis un billet pour lui rendre hommage. Celui-ci me valut la visite et des commentaires d'un Musulman, ami de l'abbé, qui me toucha profondément, mais dont je craignis qu'il ne fut choqué par la liberté avec laquelle j'évoquais, en d'autres pages, mon goût pour le sexe.

Pour me rassurer sur la tolérance qui était la sienne, il se référa au poète arabe Abu Nûwas, qui vécut à la fin du 8ème siècle, dont les écrits balancent entre hédonisme et mysticisme, auteur entre autres de "Mieux que fille vaut garçon". Depuis "Abou Nouasse" (c'est l'orthographe qu'il employa) fait partie des mots clés récurrents qui conduisent à mon blog.

Et qui rappellent à mon bon souvenir que je t'avais promis de lui consacrer un billet.

En attendant, et pour te mettre l'eau à la bouche, voici un extrait de l'un de ses poèmes :

_________________________

J'ai quitté les filles pour les garçons
et pour le vin vieux, j'ai laissé l'eau claire.
Loin du droit chemin, j'ai pris sans façon
celui du péché, car je le préfère.
J'ai coupé les rênes et sans remords
j'ai enlevé la bride avec le mors.

Me voilà tombé amoureux d'un faon
coquet, qui massacre la langue arabe.
Brillant comme un clair de lune, son front
chasse les ténèbres de la nuit noire.
Il n'aime porter chemise en coton
ni manteau de poil du nomade arabe.
Il s'habille court sur ses fines hanches,
mais ses vêtements ont de longues manches.
Ses pieds sont chaussés et, sous son manteau,
le riche brocart offert se devine.
Il part en campagne et monte à l'assaut,
décoche ses flèches et ses javelines.
Il cache l'ardeur de la guerre et son
attitude au feu n'est que magnanime.
Je suis ignorant, en comparaison
d'un jeune garçon ou d'une gamine.
Pourtant, comment confondre une chienne qui eut
ses règles chaque mois et mis bas chaque année,
Avec celui que je vois à la dérobée :
Je voudrais tant qu'il vînt me rendre mon salut !
Je lui laisse voir toutes mes pensées,
Sans peur du muezzin et de l'îmam non plus.

poème extrait de Le vin, le vent, la vie...
traduction de Vincent-Mansour Monteil
Éditions Sindbad - Actes Sud

23 mai 2008

on a gagné !

Bon, pour les retraites, c'est pas encore gagné, mais la mobilisation d'hier aura - j'espère - des suites, c'est de bon augure.

Pour Saiichi, par contre, c'est gagné. La fonctionnaire de la préfecture, qui n'était donc pas en grève, avait hier, dans son dossier, toutes les lettres de soutien qu'il avait reçues, de parlementaires, d'un maire adjoint de Paris, des musiciens de son orchestre, de ses amis blogueurs...

Elle avait aussi une décision favorable du ministère. Ca veut dire que notre mobilisation a payé !

Il s'est vu remettre un récépissé valable trois mois l'autorisant à travailler, et une convocation pour retirer son titre de séjour le 25 juin. Youpi !

Liquide avant-hier soir, Saiichi a retrouvé sa consistance, son sourire. Ses yeux noisette pétillaient hier au cours de notre dîner de fête, avec Fiso et Zarxas.

Sur ce, je me jette à l'eau. Bon week-end.

10:19 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : saiichi, immigration

22 mai 2008

la vie des hommes

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Ce 22 mai n'est pas comme les autres. Ni pour ces centaines de milliers de personnes qui s'apprêtent à défiler pour tenter de défendre le droit à la retraite, c'est à dire une certaine conception de la vie des hommes, ni pour ceux qui ne pourront y participer, comme moi, mais qui espèrent dans ce sursaut de mobilisation, ni pour Saiichi, qui a en fin de matinée un rendez-vous à la préfecture, sans trop savoir ce qui l'attend.

Je l'ai retrouvé hier soir tard fébrile, inquiet, parfois tremblant. Il triait ses papiers. Ne rien oublier. Tout montrer. Toutes ces lettres de soutien. Tous ces témoignages qui disent la réussite de son intégration dans la société française. Tous ces bulletins de paie qui montrent la réalité de sa condition salariée et l'absurdité des décisions administratives prises à son encontre.

Je l'ai longuement serré dans mes bras comme on tient un oisillon au creux de ses mains pour lui transmettre de la chaleur. Et puis nous avons dormi l'un près de l'autre comme nous en avons pris l'habitude ces derniers jours.

Entre une confirmation d'obligation à quitter le territoire (le recours contre cette décision sera traité en audience par le tribunal administratif le 4 juillet) et la remise d'une carte de séjour d'un an, avec la reconnaissance d'une erreur administrative, tout est possible : un récépissé de 15 jours, comme il en a été remis récemment dans l'affaire des travailleurs sans papier, une carte de séjour de trois mois avec obligation de retrouver un emploi d'ici-là... Et toutes les réponses ne se vaudront pas. 

Tout à l'heure dans le bureau de la préfecture, nous entendrons en sourdine les premiers cortèges se former. Et nous aurons le résultat de cette étape dans le combat de Saiichi. C'est drôle comment se joue parfois la vie des  hommes.

21 mai 2008

Oh!91 au Pays de l’Or Noir

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Bon, ben je dois l'admettre, je suis pris à mon propre piège. Il fallait que ça arrive. A force de m'essayer à quelque chose qui serait une sorte d'intégrité d'écriture - et de démarche - à force de vivre une sorte d'inadvertance sexuelle, et d'en parler, je suis rattrapé par ma propre caricature. Balmeyer a lancé la légende, et force est de constater qu'il a réussi à bien faire se marrer tout le monde.

Et voilà que Zarxas reprend le personnage à son compte, dans un récit qui valait plus qu'une simple parution dans un commentaire. Bon, du coup, je suis mal, moi qui avait en préparation un récit plus vrai que nature sur la pleine lune de lundi dernier... En même temps, ça tombe bien, je n'avais pas trop de temps pour le finir là tout de suite, alors en attendant la suite des aventures de Oh!91 chez Balmeyer (c'est pour samedi soir, à minuit), je te propose de découvrir ici le récit de Zarxas :

(Comme quoi je ne suis pas bégueule).

_________________________

112388950.jpgTu te demandes ce que je fais tout seul en plein désert libyen. Je suis venu prospecter du pétrole pour une joint venture socialiste et fraternelle entre le Val-de-Marne et la Jamahiriya Populaire. Mais Fiso a compulsivement taxé mon portable avec GPS pour sa collection et j’erre désorienté sur les dunes, vague après vague.

Que ne suis-je resté entre deux eaux ! Sur ce fait, qu’aperçois-je ? Mais c’est la piscine de Roger Legall, fort à propos délocalisée en plein Sahara, où de jeunes et fournis éphèbes du désert nagent en me faisant signe !

J'accoure, je plonge ! Las, ma gorge, doublement assoiffée à la vue des adolescents bédouins naturistes reste désespérément sèche, mon visage dans le sable. "Relève-toi, étranger, et monte !" ouïe-je, fort surpris d’entendre céans cet arabe marocain populaire mâtiné d’accent parisien banlieusard. Je lève lentement la tête, incrédule. Mais ce n’est pas une vision : ma main tremblante me prouvant la réalité du dromadaire devant moi, monté avec noblesse par un fier homme du désert aux yeux noirs, perçants et pourtant rieurs. A son invitation, je retrouve toute ma vigueur et monte prestement sur sa croupe (du dromadaire). Il m’explique que je serai son hôte dans son camp, proche. Je l’en remercie profusément et me présente ; il me répond se nommer WajDi.

Par Karl et Freiderich ! Mon émotion, à son comble, unie à la perception de son corps fin, dur et souple sous les vêtements amples, et la démarche de l’animal, ressuscite mes sens et mes organes, ce qui semble n’incommoder nullement mon généreux sauveur. Nous nous dirigeons droit vers sa somptueuse tente caïdale, parmi les joyeux cris de bienvenue et les premiers accords des musiciens.

A l’intérieur, un serviteur nous apporte le thé sur un plateau d’argent raffiné puis s’efface, me laissant seul avec mon héros. Il garde son turban et son écharpe : je ne connaîtrai pas encore son mystérieux visage. Ce n’est qu’alors que je remarque, à côté de la théière, les pièces disposées sur la table : "Vous aimez les échecs ?", m’exclame-je. "Certes", me répond-il, "désirez-vous jouer avec moi ?" "Oh, oui !" Alors que débute notre face à face silencieux, j’observe, au-delà de l’échiquier, que les vêtements lâches de mon hôte se tendent en leur partie centrale avec plus de force que sa tente caïdale. "Sidi WajDi, vous disposez là d’une fort belle pièce maîtresse", lui dis-je. "Vous de même, noble étranger", me répond-il, "Jouons donc une partie plus intime". Nous procédons à nous branler, au rythme des darboukas dont les échos nous parviennent feutrés, et dont l’accélération conduit notre transe sexuelle à son paroxysme : nous jouissons, de longs jets puissants, fournis.

Dans l’air du désert, nos spermes libérés se dessèchent en deux jets de sable dont les volutes s’entremêlent en de folles arabesques, tels deux serpents charmés par le son de la ney. C’est charmant, mais c’est fastidieux à nettoyer.

19 mai 2008

qu'est mon anonymat devenu ?

(Six mois de subversion, suite)

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Quand j'ouvrais ce blog, le 16 novembre dernier, de toutes les personnes que je connaissais de visu, seules deux furent mises dans la confidence, Fiso et Yohan : et encore, je me dois de dire que c'étaient des connaissances récentes, devenues vite de vrais amis, que j'avais commencé à côtoyer, et avec qui nous avions accroché, à travers précisément ce que j'écrivais depuis l'été - ce que nous écrivions - sur un autre blog, celui de WajDi.

Aucun de mes amis, aucune de mes relations, hormis ces deux-là toutes nouvelles, n'a su que j'ouvrais un blog, et a fortiori, aucun n'a eu l'occasion de le lire.

J'ai donc écrit dans le confort douillet de l'anonymat le plus total. Le miroir que tu me tendais étais un miroir aux alouettes. Je me mis à écrire mes coups de coeur et mes coups de gueule comme j'écrivais sur mes rencontres et sur des émotions, parfois sexuelles. Je livrais des petits secrets, du genre inavouables, sur quand, comment et avec quoi je me branlais, je livrais des détails anodins mais intimes. L'usage que j'avais de mon prépuce, mon rapport complexe à mon trou de balle. Je recevais en retour des commentaires qui me permettaient de me raccrocher à une certaine normalité, de me comparer, de m'identifier. C'était facile, nous ne nous connaissions pas.

Et puis, écriture, échange, questions, réponses, récurrence des échanges, coups de blues perceptibles, nous sommes entrés en contact. Tu m'as sollicité, je t'ai sollicité, je t'ai parlé, nous nous sommes vus. Puis revus. Tu es devenu(e) un(e) ami(e). Tu as pris, dans ce qui constitue ma vie sociale, une place centrale, vitale, parfois obsédante. J'ai redynamisé cette vie sociale, non pas au détriment de l'autre, de celle d'avant, mais de ma part d'apathie. A tort ou à raison, j'ai l'impression d'y avoir gagné une vivacité intellectuelle nouvelle. Tu m'as stimulé.

La monnaie de cette pièce, c'est que quand j'écris aujourd'hui, je sais que tu me lis. Toi, devenu(e) mon ami(e).

Qu'est donc mon anonymat devenu ?

Ce blog n'avait pas été conçu pour dialoguer avec des amis, j'avais voulu qu'il soit un espace où livrer une totalité cachée de moi. Et aujourd'hui ses lecteurs sont des amis. Oh!91 est même devenu personnage de légende... Un rapport s'est inversé. Aurais-je la force de ne pas me laisser influencer quant à ma façon d'écrire ? Voire dans ma façon d'être ? Aurais-je l'humilité de garder à ce blog ce côté expérimental de l'intime qui me permet de gagner tant de confiance en moi ? Ou vais-je succomber aux reflets vaguement trompeurs d'une notoriété de pacotille ? Ne cois pas, comme tu l'as écris, que je mets de la rhétorique dans ces questions. Elles me taraudent au fond de moi.

18 mai 2008

six mois, le faux rythme

955525102.jpgSix mois, donc.

Rassure-toi, je ne vais pas te bassiner avec ça encore pendant des semaines. Mais, ça fait quoi au juste, six mois ?

Ça fait les premiers "ahreu" des marmousets, soit. Ça fait la moitié d'une année, DONC le dixième de la durée d'un mandat présidentiel. Putain, à peine le dixième ! C'est donc rien du tout, en fait. Un peu comme le premier deux-cents mètres d'une séance de natation, celui où tu t'élances sans fatigue, donc sans précaution, et au terme duquel tu as l'impression que non, c'est vraiment pas ton jour, avant finalement de trouver ton rythme. Six mois, le moment trompeur.

Six mois, c'est aussi l'heure de vérité. C'est quand Sarko faisait encore illusion, mais déjà plus trop parce qu'on commençait à attendre des résultats. Quand il ne pouvait déjà plus endormir complètement les uns en tapant sur les autres. Quand a commencé à se percevoir qu'on était peut-être tous dans la même galère, et que ce n'était ni en cassant les 35 heures, ni en reculant l'âge de la retraite, ni en supprimant des dizaines de milliers de postes dans la fonction publique, ni en expulsant à tout va des étrangers sans-papier, ou en faisant basculer sans raison les migrants dans l'illégalité, ni en faisant payer leurs soins aux malades... que la vie de qui que ce soit s'améliorait, ou que l'avenir s'éclaircissait, hors mis pour ceux qui sont déjà tout en haut de la pyramide.

Il lui aura fallu six mois de plus pour nous dire que la solution aux problèmes de pouvoir d'achat, c'était de laisser se construire encore plus librement les hyper-marchés alors qu'on en crève ! C'était de permettre aux vieux de cumuler leur retraite et un emploi ! Quelle sera la gueule de notre société, au terme de ses cinq ans ? Combien de temps, et de luttes, il va nous falloir pour recommencer à croire en ce que tout le monde s'évertue à nous dire impossible. Et à le réclamer. Et à le construire, alors que nos acquis d'hier ne seront que champ de ruine.

Et la gauche, aura-t-elle, a-t-elle le courage de seulement se prononcer pour porter des utopies nouvelles, pour oser revendiquer - et fort, encore - le droit au temps libre et à l'épanouissement humain, la nécessité d'une sortie du productivisme, y compris s'il le faut par la décroissance, le développement des services publics ?... Combien de fois six mois, il va lui falloir, à la gauche, pour ne plus être à la traîne du mouvement social, mais pour porter des espoirs audacieux, pour s'attaquer vraiment au pouvoir de l'argent et des marchés, pour nous faire rêver de solidarité et d'humanité ?

Je ne serai peut-être pas dans la rue, ce 22 mai, question d'échéances, mais j'espère qu'il y aura du monde. Et de l'espoir en fête.

Ceci pour dire que ce blog a quelque chose de fondamentalement dérisoire. Je devrais peut-être y faire plus de politique, y écrire plus mes convictions. Mais de la politique, j'en ai trop fait pour refuser coûte que coûte de l'enfermer dans une bulle.

Ah ! autrement, six mois, j'ai calculé, ça doit faire aussi près de 20 cl de sperme. Ça, c'est pour la légende !