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26 mai 2008

j'ai laissé l'eau claire

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Il s'est passé une chose bizarre, presque au début de ce blog. Le Père Davezies, qui avait été un compagnon de prison de mon père en raison de leur engagement commun contre la guerre d'Algérie, venait de mourir. Et je fis un billet pour lui rendre hommage. Celui-ci me valut la visite et des commentaires d'un Musulman, ami de l'abbé, qui me toucha profondément, mais dont je craignis qu'il ne fut choqué par la liberté avec laquelle j'évoquais, en d'autres pages, mon goût pour le sexe.

Pour me rassurer sur la tolérance qui était la sienne, il se référa au poète arabe Abu Nûwas, qui vécut à la fin du 8ème siècle, dont les écrits balancent entre hédonisme et mysticisme, auteur entre autres de "Mieux que fille vaut garçon". Depuis "Abou Nouasse" (c'est l'orthographe qu'il employa) fait partie des mots clés récurrents qui conduisent à mon blog.

Et qui rappellent à mon bon souvenir que je t'avais promis de lui consacrer un billet.

En attendant, et pour te mettre l'eau à la bouche, voici un extrait de l'un de ses poèmes :

_________________________

J'ai quitté les filles pour les garçons
et pour le vin vieux, j'ai laissé l'eau claire.
Loin du droit chemin, j'ai pris sans façon
celui du péché, car je le préfère.
J'ai coupé les rênes et sans remords
j'ai enlevé la bride avec le mors.

Me voilà tombé amoureux d'un faon
coquet, qui massacre la langue arabe.
Brillant comme un clair de lune, son front
chasse les ténèbres de la nuit noire.
Il n'aime porter chemise en coton
ni manteau de poil du nomade arabe.
Il s'habille court sur ses fines hanches,
mais ses vêtements ont de longues manches.
Ses pieds sont chaussés et, sous son manteau,
le riche brocart offert se devine.
Il part en campagne et monte à l'assaut,
décoche ses flèches et ses javelines.
Il cache l'ardeur de la guerre et son
attitude au feu n'est que magnanime.
Je suis ignorant, en comparaison
d'un jeune garçon ou d'une gamine.
Pourtant, comment confondre une chienne qui eut
ses règles chaque mois et mis bas chaque année,
Avec celui que je vois à la dérobée :
Je voudrais tant qu'il vînt me rendre mon salut !
Je lui laisse voir toutes mes pensées,
Sans peur du muezzin et de l'îmam non plus.

poème extrait de Le vin, le vent, la vie...
traduction de Vincent-Mansour Monteil
Éditions Sindbad - Actes Sud

Commentaires

ET bien, s'il fallait une bénédiction pour vivre la vie à pleine dent... Es-tu rassuré à présent?

Écrit par : L'Elephant | 27 mai 2008

Le traducteur est une bête, en tout cas. Y'aurait pas moyen de l'avoir en audio et en V.O, des fois ?
En même temps, s'il faut des expériences bi pour faire de la bonne poésie... je fais quoi, moi ?
Et les filles seront j'imagine ravies de la "chienne qui eut ses règles chaque mois". C'est classe, c'est mignon et tout. Ca me rappelle l'exécration du corps féminin (sauf sous sa forme maternelle, et encore) présent dans le christianisme (ok, dans certaines formes, me faites pas dire quoi j'ai pas dit).
Remarque, c'est vrai que c'est dégueu, une gonzesse, quand on y pense...
Alors on ne pense pas. On goûte, on apprécie et on se tait.

(et oui je raconte n'importe quoi, pas ma faute, en plein sssssevrage).

Écrit par : manu | 27 mai 2008

pour tout dire j'ai trouvé le poème charmant jusqu'à la "chienne"!

je rejoins manu: très classe!

j'espère effectivement qu'il s'agit d'une mauvaise traduction

Écrit par : céleste | 29 mai 2008

-> L'Eléphant -> D'ailleurs, garde Abu Nuwas sous le coude, il pourrait bien te rendre service aussi dans tes activités de coaching ;
-> Manu et céleste -> Pas d'anachronisme ! L'univers arabo-musulman partage avec beaucoup de civilisations une certaine vision schyzophrénique de la femme, où l'on glorifie la pureté de ses yeux de gazelle, la rondeur de ses formes, la blancheur ou la douceur de sa peau, mais où "l'impureté" qu'elle porte en elle est vue comme une menace, un tabou. Quant à la chienne, je crois qu'elle n'a pas la valeur symbolique qu'on peut lui lire ici et aujourd'hui, où ce terme a acquis une valeur d'insulte. Normalement, les traductions de Vincent Monteil font référence ;

Écrit par : Oh!91 | 30 mai 2008

Les commentaires sont fermés.