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01 mai 2008

l'autre et l'esprit de la fête

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Y a-t-il une façon française de faire la fête ? De se retrouver entre potes ? De brasser des mots, des rires, d'occuper le centre en balançant des blagues potaches ? De se couper la parole allègrement pour ne pas se laisser distancer ? d'être dans le cynisme, dans la vanne à deux balles, à l'encontre toujours de quelqu'exutoire consentant ?

Nous dînions l'autre soir avec Igor et Saiichi, deux étrangers, à l'apprentissage francophone tardif, mais désormais établis en France, tournés vers la France, "intégrés", comme on dit, plutôt bien que mal, dans la société française. Des gens avec qui il est agréable de discuter, qui connaissent bien notre langue, quoiqu'ils la pratiquent avec des degrés de compréhension ou de maîtrise de la syntaxe parfois aléatoires.

Ils me disaient la difficulté qu'ils avaient à être dans un groupe, parce que dès que la conversation ne se déroule plus dans le face-à-face, le débit s'accélère, les phrases ont du mal à se terminer, les mots se mangent, la langue elle-même se familiarise, s'argotise, et rapidement, le rire vient fermer tout ça, et si ce n'est le rire la polémique, la dynamique du groupe dissout l'attention à l'autre, à l'étranger. Celui-ci s'efforce de suivre au début, perd pied peu à peu, se démène seul pour se raccrocher à quelque récif, y parvient une fois, deux fois, mais s'épuise, et finit par se noyer dans l'ennui ou le sommeil.

C'est dur de se laisser couler dans la fête et de ne pas y perdre l'autre. De rechercher jusqu'au bout son bonheur à soi, surtout qu'on le sait éphémère, de se construire dans un rapport au groupe, dans "des" rapports au sein du groupe, sans être dans l'abandon de "l'autre". Ça n'est sans doute pas vrai que pour les problèmes de langues, ni que pour les étrangers, d'ailleurs. Je suppose que quand tu te laisses tarauder par ces histoires de fidélité et d'exclusivité, tu t'y confrontes aussi des fois dans le quotidien de ton propre couple.1097344927.jpg

Sur le chemin vers la maison ce soir-là avec Saiichi, alors que le soleil était à se coucher, nous nous sommes à nouveau laissés envahir par nos désirs et nos caresses. Dans l'habitacle de la voiture, avant d'arriver à la maison sous un ciel d'orage crépusculaire aux ourlets flamboyants, à l'abri d'un acacia à travers lequel perçait la majesté d'un arc-en-ciel souverain qui nous donnait son absolution, au fond du grand parking vidé de la gare-RER, pantalon et boxer ramenés à nos chevilles, nous nous sommes observés et aimés. Il m'a pris en bouche pour la première fois. Je me regardais et me trouvais dans cette pause incroyablement sexy. Dans ma main, son sexe avait cette résonance familière, ce goût de velours et de soie au contact duquel je me perds. Nous avons joui, et jouissant encore le soir avant le coucher, enivrés par de nouveaux attouchements, j'ai su que la lune était entrée dans sa phase croissante. C'était lundi soir.

Commentaires

quand j'étais en Angleterre, je n'ai crié victoire qu'à partir du moment où j'ai pu suivre non pas une conversation mais de multiples conversations en même temps. le partage du langage correspond très intrinsèquement au partage du moment, le partage de la langue, correspond très précisément au partage du langage non verbal. mais n'est ce pas là le langage de la relation humain que je viens de décrire?

Écrit par : l'Elephant | 02 mai 2008

Parfois juste des regards suffisent il n'est pas besoin de parler.Dis donc lundi prochain c'est la pleine lune ça promet.

Écrit par : Christophe | 02 mai 2008

J'aime bien ton analyse des difficultés que l'on peut rencontrer pour s'insérer dans un groupe, quand en + subsiste une barriere linguistique. Je vis un peu (beaucoup) ca avec mon chéri lorsqu'on sort avec mes potes.
Ca se finit en général beaucoup plus mal que ce que tu sembles vivre toi. Doivent manquer l'acacia et l'arc en ciel sur le chemin du retour.

Écrit par : Gtm | 03 mai 2008

-> L'Eléphant -> Dis donc, tu travaillerais pas dans la communication, toi ?
-> Christophe -> T'es sûr, déjà lundi ?
-> Gtm -> Merci de partager ton expérience et de ce témoignage. Et bienvenue sur ce blog.

Écrit par : oh!91 | 03 mai 2008

Les commentaires sont fermés.