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03 avril 2008

Saiichi, la saison des Sakura

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Au Japon, c'est la saison des Sakura (les cerisiers). et Saiichi est devenu un sans papier.

Ordinaire ressortissant étranger quand je t'en ai parlé pour la première fois, Japonais d'origine et de nationalité, il menait une petite vie parisienne paisible, travaillant dans le secteur marchand, en CDI, plus pour justifier d'un emploi et sécuriser son statut de résident que par vocation. Il attendait le moment de rechercher une vraie activité, pleinement connectée à la musique, ou au médical, ses deux vocations et domaines de qualification.

Mais une brusque machine administrative s'est rappelée à lui, lui confisquant en deux mois tout statut : autorisation de travail, carte de séjour, emploi.

Il n'a plus rien.

Dois-je préciser qu'il n'a évidemment commis aucune faute, aucun crime, aucun délit ? Il a juste changé d'emploi, et perdu 50 euros de salaire : aussi incroyable que cela puisse paraître, ça a suffit à un fonctionnaire de la DDTE (Direction départementale du travail et de l'emploi) de Paris pour considérer qu'il avait connu une "modification substantielle de ses conditions d'emploi et de rémunération" justifiant l'annulation de son autorisation de travail. D'où a découlé le non-renouvellement de son titre de séjour et son arrêt d'expulsion.

Où en est-il aujourd'hui ?

Avec son avocate, un recours a été introduit auprès de l'affreux Brice Hortefeux, ministre de l'immigration et de l'identité nationale, contre l'annulation de son autorisation de travail. Puis un autre recours, auprès du tribunal administratif celui-là, contre l'arrêt de la préfecture de Paris qui l'obligeait à quitter le territoire français sous un mois.

Le premier recours n'est pas suspensif, donc il reste sans autorisation de travail jusqu'à l'aboutissement du recours (normalement deux mois 993830486.jpgmaximum). Le second est suspensif, donc il n'est pas expulsable mais reste sans papier. Enfin, une procédure de licenciement a été engagée, il est donc en période de préavis jusqu'au 11 avril, après quoi il n'aura pas droit aux ASSEDIC car en situation irrégulière.

Un sans papier en situation de non droit. Voilà ce qu'ils en ont fait et où il en est...

Bon, il tient le coup malgré tout. Avec des hauts et des bas. Les hauts, il les tient surtout des soutiens qu'il reçoit. Une sénatrice de Paris est intervenue, deux députés, dont le vice-président du groupe d'amitié France-Japon, un maire adjoint de Paris, des contacts ont été activés auprès des directeurs de cabinet de ministres par le biais d'amis ou d'amis d'amis... la filière entre2eaux lui a valu une petite dizaine de courriers (merci de tout ce que tu as déjà fait - même si apparemment quelques lettres se sont perdues, parce que pour couronner le tout il y a de graves problèmes de distribution de courrier avec La Poste dans son quartier), et les amis de son orchestre sont très mobilisés. Les bas, il se réveille souvent avec quand sa situation lui saute à la figure, ou quand il peine à communiquer avec son avocate.

Jusque là, la compréhension des procédures, la préparation des recours, leur relecture, leur correction, la collecte et l'organisation de ces soutiens l'ont beaucoup occupé et l'ont aidé à tenir bon. Il entre maintenant dans une période difficile, où il doit s'inscrire durablement dans la précarité et l'absence de ressources. Il doit attendre le résultat des démarches. Son avocate l'encourage à rechercher dès à présent un nouvel emploi, mais tu imagines, toi, convaincre un employeur de te faire une promesse d'embauche quand tu es sans papier, sans autorisation de travail, en cours de procédure judiciaire ?...

Mardi soir, je passerai la soirée et la nuit avec lui, ma deuxième nuit. J'ai hâte de ce nouveau moment de tendresse, et il a hâte aussi. Parce qu'entre nous, même si tu me gloses, il y a plus que simplement des "jets d'oreiller."

Commentaires

On va se mobiliser, et réactiver les choses. Notamment pour ceux dont les courriers sont tombés dans les limbes. J'en suis. Tu le sais.
C'est bien sûr peu de chose, et il y a le problème de la distance, mais si nous sommes nombreux (et nous le sommes, en partie grâce à toi et à tes appels) on pourra peut-être combler l'éloignement par le nombre.
Et, mardi soir, n'oublie pas de l'embrasser pour moi.

Écrit par : lancelot | 04 avril 2008

Je vais refaire mon courrier (perdu) aussi. Parce qu'on ne peut pas toujours rester les bras croisés.

Écrit par : Olivier Autissier | 04 avril 2008

Il y en a encore des employeurs qui se battent aussi pour des causes justes.
Embrasse le pour moi aussi :-)

Écrit par : Bougrenette | 04 avril 2008

Je souhaite bonne chance à S. il n'a commis qu'un seul crime : celui de naître au mauvais endroit !!
j'espère qu'il trouvera le bon employeur..
encore une fois, je ne peux pas me sentir à l'aise dans cette France-là !!

Écrit par : christie | 04 avril 2008

-> Lancelot -> C'est sympas. Quant à ton message, je crois que je n'ai pas besoin de le lui apsser, il l'a déjà reçu ;
-> Olivier Autissier -> Ben, tu ne m'as trop l'air d'être un garçon aux bras croisés, si ?
-> Bougrenette -> L'embrasser pour toi, ça je veux bien. Et bravo à ces employeurs qui gardent le sens de l'humain !
-> christie -> Je ne sais pas s'il est né au mauvais endroit, je crois que ses racines japonaises, il les porte avec dignité, le problème est surtout que notre société d'exclusion ne sait pas lui faire de place, c'est ça qui est déroutant... Merci en tout cas.

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 04 avril 2008

comme je déteste ces exclusions!

cette France là me fait honte.

Écrit par : céleste | 04 avril 2008

Je suis persuadé qu'il va s'en sortir, passage administratif de merde oblige, bien que le Sarkozisme ajoute plein de barrières...
A propos de barrières, j'ai appris aujourd'hui seulement en passant par un sex shop qu'il était maintenant interdit de se procurer et de vendre du poppers... Je n'aurais plus jamais rien à faire dans un sex shop??? Bon, qui a l'adresse d'un bon monastère??? lol

Écrit par : Patrick | 04 avril 2008

-> céleste -> C'est cette honte-là, et le besoin de s'en laver, qui nous rassemble ;
-> Patrick -> l'alternative au monastère, c'est la petite pillule bleue... y parait que ça cartonne, et en toute légalité !

Écrit par : Oh!91 | 05 avril 2008

Les commentaires sont fermés.