Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31 mars 2008

mes racines et mes ailes

42035353.jpg

Je n'ai pas de racine, mais j'ai une terre. J'avais cinq ans quand j'ai quitté la cité pour un pavillon (je le racontais là), à treize ans nous avons quitté la région parisienne pour la Provence, j'ai fait ma scolarité à Aix-en-Provence, le début de mes études universitaires à Marseille, puis à vingt-trois ans, je suis remonté à Paris pour vivre dans la banlieue nord, d'abord à Nanterre, puis à Colombes. Entre temps j'ai vécu un an en Syrie pour apprendre l'arabe, et quatre ans en Hongrie pour le travail. Pour finir, je suis rentré en France, ai vécu deux ans à Paris intra-muros avant que l'on achète un pavillon de village en grande couronne... Bref, plus de quarante ans de vie, un peu comme dans une roulotte. Je ne me suis attaché à rien ni à personne, j'ai multiplié les adieux, la vie m'a brinqueballé. Mes bagages se sont alourdis à chaque étape, j'ai laissé peu de choses et peu de gens derrière moi, j'ai balayé beaucoup de terres, mais les racines n'ont jamais pris. Je parle sans accent. Ou plutôt, je déteints de tous les accents, de tous les dialectes en fonction de là où je me trouve. Un peu caméléon, un peu passe-partout. Je ne suis pas si fier d'être ainsi  - insipide.678658211.jpg

J'ai pourtant un repère, un point stable dans ma vie, qui a jalonné tous mes âges : Puybrun.

Puybrun, c'est le village de ma grand-mère, dans le Lot. Les confins nord du Lot, presque en Corrèze, presque dans le Cantal, une région magnifique, une des plus belles, pour ne pas dire la plus belle de France. S'y côtoient le causse 1772062206.jpgrocailleux et aride, jonché de patrimoines rugueux, et une vallée verdoyante où coule la Dordogne, aux abords vallonnés, une campagne patinée de petits champs à dimension humaine, avec des haies, des bosquets, des vaches, des odeurs, des rosées, des clôtures en barbelé, des tas de fumier, des horizons... La devise mise au point par les services de la communication du Conseil général dit "une surprise à chaque tournant". En fait, c'est bête, ça fait un peu marketting, mais c'est vrai, les villages sont tous d'une beauté incroyable, on ne compte pas les châteaux, dont de magistraux, comme celui de Castelnau. Les corps de ferme sont sublimes, avec leurs toits à deux ou trois pentes, la tuile traditionnelle, cette petite tuile plate, couverte d'une petite mousse, donne des 109784592.jpgtoits de toute beauté qu'on ne se lasse pas de regarder. Encore suffisamment enclavée malgré l'autoroute A-20 qui passe à Brives-la-Gaillarde, cette région n'a pas subi le boom touristique, ni la flambée immobilière d'autres régions. Il y fait donc toujours bon vivre.

A la mort de ma grand-mère, lors de la canicule de 2003, ma mère a pu racheter les parts de la maison à son frère et la conserver dans le giron familial. C'est désormais notre maison de famille. Une grande maison, la seule maison que j'ai toujours connue dans ma vie. Tous mes étés d'enfant se passaient là, à m'y faire traiter de parigot, tête de veau, mais à intégrer les doublettes des copains pour les concours de boules. A y apprendre des valses de Chopin sur le piano de la vieille tante, dans la maison voisine. A y vivre mon unique expérience d'enfant de coeur, au 101606592.jpgmariage de ma cousine, à aller voir "les mystères de l'Ouest", certaines après-midi, en cachette de ma grand-mère, chez mon complice Domi, à partir pour d'interminables parties de ricochets sur la Dordogne, à visiter, revisiter, et revisiter encore, en barque, le fameux gouffre de Padirac, ou partir en vélo vers Rocamadour, Collonges-la-Rouge, à nous faire des virées jusqu'aux peintures rupestres des Eyzies de Taillac...

La conserver, l'entretenir, c'est son challenge. Ça lui donne des cauchemars, à ma mère. Mon frère et moi lui versons un petit pécule chaque mois pour faire face aux frais, mais ça ne suffit pas, il lui faut la louer, mais elle n'arrive pas à s'y résoudre. Elle ne supporte pas l'idée que la maison ne soit pas disponible l'été car elle y voit des occasions ratées pour des réunions familiales, ou simplement pour d'éventuels séjours entre amis. Alors elle hésite, cherche des solutions pour la louer hors saison, tergiverse. Ces trois dernières années, elle a dû être louée, quoi, cinq ou six semaines environ, à peine de quoi financer de menus travaux, les peintures notamment. La formule n'est pas encore au point, mais au moins la maison connaît une 1334828771.jpgdeuxième vie. Ou plutôt une troisième, puisqu'au tout début, c'était une grange attenante.

Voilà, Puybrun, c'est mon nid. Le seul endroit où j'ai su replier mes ailes. Le seul endroit où j'oublie que je n'ai pas de racine. Merci de t'y être laissé emmener le temps de ce billet.

 

30 mars 2008

l'orgueil de Lorenzaccio

1569753363.jpg

Je peine à écrire mon texte sur l'amour avec une grand A. Du coup, ma mère étant près de moi depuis avant-hier, je m'occupe à droite à gauche, et je laisse ce blog stagner dans ses basses eaux.

Heureusement, un énergumène vient de me donner un fil à tirer, à son insu. Ce matin à 11h 33, il est parvenu sur mon blog avec ce mot clé : "orgueil de Lorenzaccio". J'avais évoqué d'une courte citation cette tirade de la pièce de Musset, à travers une de mes lettres à Laurent. C'est une tirade qui m'avait captivé dans mes années lycée, que j'avais apprise et dont je me suis toujours souvenu. Je crois que je sais pourquoi, Gérard Philippe n'est pas seul en cause. Tu le comprendras peut-être aussi à travers cette lecture. Et hop ! Encore un blanc de comblé...

_________________________

"LORENZO:

- Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux-tu donc que je m'empoisonne, ou que je saute dans l'Arno ? Veux-tu donc que je sois un spectre, et qu'en frappant sur ce squelette (il frappe sa poitrine) il n'en sorte aucun son ? Si je suis l'ombre de moi-même, veux-tu donc que je rompe le seul fil qui rattache aujourd'hui mon coeur à quelques fibres de mon coeur d'autrefois ? Songes-tu que ce meurtre, c'est tout ce qui me reste de ma vertu ? Songes-tu que je glisse depuis deux ans sur un rocher taillé à pic, et que ce meurtre est le seul brin d'herbe où j'ai pu cramponner mes ongles ? Crois-tu donc que je n'ai plus d'orgueil, parce que je n'ai plus de honte, et veux-tu que je laisse mourir en silence l'énigme de ma vie ? Oui, cela est certain, si je pouvais revenir à la vertu, si mon apprentissage du vice pouvait s'évanouir, j'épargnerais peut-être ce conducteur de boeufs - mais j'aime le vin, le jeu et les filles, comprends-tu cela ? Si tu honores en moi quelque chose, toi qui me parles, c'est mon meurtre que tu honores, peut-être justement parce que tu ne le ferais pas. Voilà assez longtemps, vois-tu, que les républicains me couvrent de boue et d'infamie; voilà assez longtemps que les oreilles me tintent, et que l'exécration des hommes empoisonne le pain que je mâche. J'en ai assez de me voir conspué par des lâches sans nom, qui m'accablent d'injures pour se dispenser de 1073504913.jpgm'assommer, comme ils le devraient. J'en ai assez d'entendre brailler en plein vent le bavardage humain; il faut que monde sache un peu qui je suis, et qui il est. Dieu merci, c'est peut-être demain que je tue Alexandre; dans deux jours j'aurai fini.

Ceux qui tournent autour de moi avec des yeux louches, comme autour d'une curiosité monstrueuse apportée d'Amérique, pourront satisfaire leur gosier, et vider leur sac à paroles. Que les hommes me comprennent ou non, qu'ils agissent ou n'agissent pas, j'aurai dit tout ce que j'ai à dire; je leur ferai tailler leurs plumes, si je ne leur fais pas nettoyer leurs piques, et l'Humanité gardera sur sa joue le soufflet de mon épée marquée en traits de sang. Qu'ils m'appellent comme ils voudront, Brutus ou Erostrate, il ne me plaît pas qu'ils m'oublient. Ma vie entière est au bout de ma dague, et que la Providence retourne ou non la tête en m'entendant frapper, je jette la nature humaine à pile ou face sur la tombe d'Alexandre; dans deux jours, les hommes comparaîtront devant le tribunal de ma volonté."

28 mars 2008

Huit femmes

1754498514.jpg

Je n'ai pas vraiment rendu hommage à Dulcie September dans mon dernier billet, j'ai surtout raconté comment son assassinat - il y a vingt ans demain - m'avait 2126608322.jpgprofondément meurtri. J'aurais dû quand même en dire plus de sa morphologie tribale, de sa démarche improbable, de son regard décalé... Elle avait une apparence étrange, fragile, et c'est peut-être pour ça que sa parole avait une telle force. Je crois me souvenir d'une voix grave, dans les deux sens du terme, une certaine fermeté maternelle dans la bouche, l'oeil toujours brillant. Elle était capable de sourires francs parce qu'elle portait de l'espoir.

Quelle admiration je peux avoir pour les femmes de cette trempe. j'ai envie, d'un coup, de citer sept autres femmes pour qui j'ai une admiration comparable :

163766098.jpgIl y a d'abord Leïla Shahid, la représentante actuelle de l'autorité palestinienne en Europe, au verbe si clair, à l'argument si percutant, si convaincant... Palestinienne des camps du Liban, rescapée de Sabra et Chatila, je me souviens l'avoir entendue sur France-Inter juste après l'accession d'Ariel Sharon au pouvoir. Ce jour-là, peut-être pour la seule fois, je l'ai vu sortir de sa réserve diplomatique. Elle aurait dû dire que malgré tout, malgré les massacres du Liban, elle restait ouverte à un dialogue constructif pour la paix, mais ce jour-là, son histoire personnelle avait pris le pas et elle ne le put pas, ça m'avait ému. Je me souviens d'un tête à tête, dans un restaurant du 15ème arrondissement pour un déjeuner de travail, où son charisme m'avait littéralement décoiffé.

Il y a aussi Souha Bechara. Alors pour Souha, j'ai une affection toute particulière. J'ai accompagné ses premières 297638492.jpgannées de détention dans le camp israélien de Khyam, au Sud du Liban, porté des t-shirts à son effigie, prononcé des discours de solidarité, ici ou là. Elle n'avait pas vingt ans quand elle fut arrêtée. Elle en sortira à trente. Souha, c'est une jeune fille toute fluette, d'une incroyable gentillesse, attentive, attentionnée. En 1988, elle s'était attachée au service du Général Antoine Lahad, qui commandait dans le sud du Liban une petite armée supplétive au service des occupants israéliens. Elle avait patiemment gagné sa confiance, comme jeune fille au pair de ses enfants. Le  moment venu, elle devait le tuer.

Le principe était simple : placer des explosifs sous le lit du général, et quitter la maison, s'enfuir, disparaître avant l'explosion. Seulement elle eut peur. Peur de blesser les enfants, peut-être même de les tuer. Alors, de sa propre initiative, elle a changé les plans. Quand elle a cru le moment opportun, elle a préféré utiliser une arme à feu et tirer à bout portant. Agissant de la sorte, elle savait qu'elle se condamnait elle-même. Elle ne réussit qu'à le blesser gravement, mais elle fût arrêtée. Elle devint un symbole de la résistance. Dans le camp d'al-Khyam, où elle endurait de terribles atrocités, parce que plus que la plupart des autres prisonniers elle avait une conscience politique, c'est elle qui secourait les autres femmes, qui leur remontait le morale, qui faisait leur instruction, aussi. On pourrait croire que passer ses vingt ans au bagne anéantit, mais quelle force, quelle magnificence avait cette femme, toujours jeune et belle, à sa libération ! J'ai eu cette chance inouïe de la côtoyer, de la recevoir chez moi, de lui présenter Igor, de découvrir d'incroyables capacités d'analyse, de distance aussi, l'envie de mordre la vie par le bout de l'amour et par celui des études, à croire que l'être humain est irréductible.

446381633.jpgIl y a aussi Leyla Zana, cette députée, première femme kurde à avoir été élue au Parlement turc, qui fut arrêtée pour simplement avoir parlé le kurde dans l'enceinte parlementaire, et qui séjourna 10 ans en prison, elle aussi, entre 1994 et 2004, sous l'accusation d'appartenance  à une organisation terroriste. Dès 1995, elle reçut pourtant le prix Sakharov du parlement européen, mais elle ne put jamais aller le recevoir. J'ai suivi son histoire à travers une amie, Sylvie, qui lui rendait régulièrement visite en prison, qui organisa l'accueil en France de son fils et son inscription dans une université française.

A ces quatre femmes, pour qui j'ai eu plus que simplement de l'admiration et de l'affection, mais aussi une certaine forme de proximité, je voudrais en ajouter quatre autres, qui me sont plus lointaines, mais que j'imagine à la trempe identique.302687456.jpg

Il y a Aung San Suu Kyi, prix nobel de la paix en 1991, qui s'oppose à l'une des dictatures les plus obscures qui subsiste sur notre planète en Birmanie, et qui est assignée à résidence depuis 2003.

420946859.jpgIl y a Rigoberta Menchú , prix nobel de la paix en 1992, qui porte si magistralement au Guatemala les espoirs des populations autochtones, dans un contexte de grande violence politique.

Il y a bien-sûr Angela Davis, 670525239.jpgmilitante communiste et noire aux Etats-Unis d'Amérique, si belle figure des Black Panters et de la lutte contre la guerre au Vietnam.

Et puis il y a Aminata traoré, ancienne ministre de la culture du Mali, telle qu'on l'a découvre dans le film Bamako : l'infatigable militante altermondialiste, l'incarnation vivante 749215252.jpget confiante de l'alterantive africaine, sans concession, qui décèle et combat tous les relans colonialistes, même les plus imperceptibles.

En voilà huit. Il aurait pu y'en avoir huit cents, huit mille, huit millions. Les femmes ont une efficacité particulière quand elles combattent, loin du papier glacé. Je les aime.

26 mars 2008

Dulcie, I loved you so much

1807248271.jpg

Samedi, ça fera 20 ans, jour pour jour. Le 29 mars 1988, une femme que j’aimais et admirais était assassinée à Paris près de son bureau dans le 18ème arrondissement. Elle s’appelait Dulcie September, elle était la représentante de l’ANC en France. J'ose espérer que tu auras l'occasion d'entendre parler d'elle ces prochains jours.

J’avais appris cette nouvelle d’une cabine téléphonique, gare de Lyon. Je revenais d’un voyage syndical étudiant à Lyon, ou à Saint-Etienne, je ne sais plus, c’était le milieu de l’après-midi, j’appelais un de mes camarades pour prendre des nouvelles et décider si je rentrais chez moi directement ou si je repassais par le bureau.

J’ai pris cette nouvelle en pleine poire. Je me souvenais des rencontres avec Dulcie, son discours apaisé mais construit, son sourire naïf mais son œil ajusté, sa patience et sa passion à parler de l’Apartheid, à convaincre en quoi le boycott, parce que voulu par le peuple, était le seul moyen d’isoler ce régime fasciste inspiré du nazisme. La France, elle, tergiversait, commerçait avec plus ou moins de scrupules, Total vendait le pétrole à l’armée sud-africaine, et la vente d’armes se poursuivait par des canaux détournés.

Bien sûr, Dulcie gênait. Visiblement, pas que le régime sud-africain. Elle se savait menacée, mais la police de Charles Pasqua se refusait à lui 1298133935.gifapporter une protection policière.

Nous nous étions retrouvés plusieurs milliers dès 18 heures, par le seul effet du bouche à oreille, pour manifester et hurler notre colère, la manifestation était si pleine d’émotion qu’à simplement l'évoquer encore en cet instant, je sens tout à la fois mon poing se serrer et des larmes me venir aux joues.

Pendant la manifestation, un bruit, non, un message circulait. Secret. Il fallait se le dire, mais rester aussi discret que possible. Nous n’en resterions pas là. Nous ne pouvions en rester là. Le soir, à la nuit tombée, nous allions nous retrouver, quelques dizaines, quelques centaines, et nous allions agir.

Nous étions trois cents finalement à nous retrouver dans les locaux de la Jeunesse communiste à Bagnolet. Nous formerions trois groupes : l’un attaquerait l’ambassade d’Afrique du sud, l’autre prendrait d’assaut l’Office du tourisme sud-africain, et le troisième s’en prendrait à la résidence de l’Ambassadeur.

Je ne sais pas comment un tel plan de guerre avait pu être échafaudé aussi vite. Peut-être était-il déjà prêt, dans les cartons. Mais tout était prévu, pensé. L’idée était simple : agir dans la fulgurance, chercher à faire le plus de dégâts possibles avant l’arrivée inéluctable de la police. Nous étions jeunes, nombreux, légitimes dans notre colère, nous serions arrêtés, mais forcément relâchés. Il fallait dénoncer jusqu’au bout l’inhumanité totale de ce système. Et dénoncer jusqu’au bout l’inacceptable complicité de notre pays.

458897417.jpgJ’étais dans le groupe qui allait à l’office du tourisme. Nous étions plus de cent, entassés dans une cage d’escalier. On entendait à l’étage des coups de bélier répétés, puis un grand fracas qui nous indiquait que la porte venait de céder. Un mouvement de montée se dessinait en même temps que nous entendions les sirènes de la police s'approcher. Mon cœur battait à 150, il y avait parmi nous de toutes jeunes filles, presque des enfants, l’adrénaline leur faisait monter les larmes. Il nous fallait ralentir au plus la montée de la police pour laisser à "ceux d’en haut" le temps d’œuvrer, mais il nous fallait aussi ne pas résister, ne pas nous exposer. En redescendant, une haie d’honneur de coups de matraques formait un corridor entre l’immeuble et le fourgon de police, des coups gratuits pleuvaient. Autant que je m’en souvienne, je n’en reçut aucun. Mais j'eus peur.

Nous sommes restés au commissariat deux ou trois heures, nos identités furent relevées. "Ceux d’en haut" nous racontaient tout ce qu’ils avaient pu détruire : les ordinateurs jetés par la fenêtre, de la paperasse en pagaille, des meubles. Presque tout avait pu y passer, nous en étions fiers.

A l’Ambassade, seul le mûr extérieur avait pu être peinturluré, mais c’était déjà ça, tout comme à la résidence de l’Ambassadeur.

Les manifestations suivantes rassemblaient des dizaines de milliers de personnes. La jeunesse de France était entrée dans le grand combat contre l’Apartheid. Le 11 juin, j’allais à Wembley assister, avec d’autres militants, au grand concert de soutien à Mandela.

L’Apartheid n’en avait plus que pour quelques années. En rencontrant Walter Sisulu, compagnon de bagne de Nelson Mandela, bien des années plus tard en 1995, à la faveur d'une conférence où nous l'avions invité, c'est à Dulcie que je pensais très fort.

24 mars 2008

merci, Maestro !

658230930.jpg

Que retenir de ce beau week-end en Arles : les prouesses gastronomiques de Boby, chacune de ses petites attentions, sa parole dépolie et intarissable ? Ou le rire enfantin de Fiso devant son - non, ses - toreaux en chocolat ? Ou les opportunes intrusions téléphoniques de notre ami commun, celui à qui l'on devait d'être ainsi réunis et dont nous parlâmes tant, forcément ? Ou les yeux hypnotiques, d'un magistral bleu-roi de ma blogueuse jumelle, la troublante effervescence amoureuse où elle se trouvait, son bonheur visible de nous serrer dans ses bras ? Ou le sourire encore perplexe mais déjà épanoui d'un jeune homme qui sait à peu près de quoi il se libère et à peu près où il va ? Ou les maaloumehs de Pâques d'une restauratrice libanaise récemment installée ?...

Le toreau s'était d'abord présenté à nous sous la forme d'une fabuleuse guardiane aux olives noires, avec Boby en maestro. Je n'avais plus vu de corrida depuis au moins quinze ans. C'est à Nîmes, plutôt que nous avions l'habitude d'aller faire la fête, pour Pentecôte. A l'époque, on ne risquait pas d'entendre du Claude François dans les bodégas, ç'aurait été du dernier des ringards.

Igor n'aime pas la corrida, ne supporte pas l'idée que je puisse aimer ça, alors tout comme j'ai arrêté d'aller au ski depuis que nous sommes ensemble, ou comme je ne vais pratiquement plus au cinéma, j'avais mis en veille mes passions tauromachiques. Je ne sais pas si ça répond à l'interpellation de Patrick sur ce qu'est l'amour avec un grand A...

Pour couper court aux polémiques que j'entends d'ici, disons-le tout de suite : oui, c'est cruel, oui c'est barbare, et pour tout dire, je suis753995834.jpg convaincu que dans une société humanisée, harmonieuse, où les inégalités et les oppressions auront disparu, où les cultures populaires ne seront plus écrasées, éliminées par l'uniformisation et la marchandisation, les corridas pourront rentrer sereinement dans le registre des patrimoines mémoriels.

Mais parce que nous n'en sommes pas là, parce que la diversité culturelle est gravement menacée, et doit être préservée pied à pied, identité par identité, je suis un résistant, et donc un ardent défenseur de la corrida. Doublé d'un aficionado. Imagine Lille sans sa grande braderie, l'Irlande sans la Saint-Patrick...

Il y a autour de la corrida, en fait plus qu'une vague culture populaire, mais toute une érudition populaire - c'est un peu comme avec le vin - qui va bien au delà de l'esprit "jeux du cirque" que lui attribuent souvent ses détracteurs. J'écoutais samedi les gens autour de nous observer les toraux qui entraient dans l'arène, commenter leurs qualités, leurs défaillences, leurs travers, ou la stratégie des matadors, le travail des picadores, la faena de chacun, leurs naturelles à droites, leurs naturelles à gauche, imperceptiblement plus difficiles... Au delà des grandes envolées collectives - il y en eut peu, samedi, notre corrida fut soignée, mais sans plus -  chacun y allait de son petit couplet avec un regard aiguisé, singulier, intraitable, sur la bête comme sur l'homme. et j'aime cette appropriation, ce savoir-là, qui participe de l'intelligence humaine.

Donc voilà, c'est ainsi. Si tout va bien, je me suis définitivement fâché avec la moitié de mes lecteurs. Peut-être aussi la moitié de mes amants. Mais bon, c'est ainsi.

34571198.jpgArles en fête, la ville investie par la foule, les peñas à chaque coin de rue, les fanfaronnades, les odeurs de paellas géantes dans la nuit, les grandes tablées bruyantes... Hmmm ! Que c'était bon de renouer avec ces sensations, de laisser glisser son regard sur de beaux garçons, de tenter d'harponner un regard, de laisser son pied, sa jambe, sa hanche s'animer au rythme de Magnolias.

Sur le chemin du retour vers la maison de Boby, encore chauffée par l'ambiance de la Bodega Juan Bautista (du nom du jeune matador arlésien que nous avions vu dans l'après-midi), Fiso s'est laissée aller à nous montrer un tout petit bout de son vaste répertoire Claude François. Extraits de la foule dans les petites rues retirées, Comme d'habitude nous enchantait.

22 mars 2008

ma part d'usurpation

1888013781.JPG

Je suis un usurpateur.

Je ne suis pas celui que l'on croit. Je n'ai pas les qualités que l'on me prête. Et ça fait vingt cinq ans que ça dure. Je n'ai ni talent, ni courage, ni culture. Je ne suis qu'un illusionniste : piètre corde à mon arc, même si elle m'a conduit loin.

Je joue des rôles, et je deviens les rôles que je joue. Je choisis un habit et je deviens le personnage. Seul moi sais encore qu'il s'agit d'une fiction. Le bon à l'école, pour plaire aux parents. Le bon en maths pour impressionner les copains. L'enfant enjoué, pour amuser la famille, le leader étudiant pour l'illusion du pouvoir, le bon en arabe pour épater la galerie, le praticien des relations internationales pour accéder au toit du monde, le bon en sport pour me glisser dans la grande arène de la république, l'organisateur, le modérateur, le synthétiseur, le manageur... Tous ces rôles, l'un après l'autre, je les ai endossés sans y croire, en m'efforçant d'y entrer au chausse-pied. Comment et pourquoi m'y a-t-on toujours vu à la hauteur ?

Il n'y a qu'un rôle que je n'ai pu jouer jusqu'au bout, parce qu'il m'enfermait trop loin des territoires où je devais aller, c'est celui de l'hétéro. L'homme marié promis à une belle progéniture, c'est la seule usurpation d'où je sois finalement sorti, c'était la plus insupportable, elle m'était trop douloureuse, je n'ai jamais réussi à m'y fondre, l'habit était trop grand, ou trop étroit pour moi.

J'aimais bien être le gendre idéal, une certaine socialisation qui allait avec, mais je me voyais trop comme l'usurpateur que j'étais pour m'y complaire vraiment. Et puis il y avait ce manque, si durement ressenti, si lancinant, la conviction grandissante, que "ça" ne passerait pas, que j'étais condamné à vivre avec, et qu'aucun miroir ne pourrait jamais me rassurer.

Je me suis arc-bouté comme un malade pour ne pas avoir d'enfant, tellement je me serais méprisé de les avoir pris en otage de mon mensonge 1433744660.gifet de ma lâcheté. C'est ce que je regrette le plus : aujourd'hui où je suis tranquille avec moi-même, notamment avec ma sexualité, je m'imagine volontiers élever des mômes, une petite fille, un petit garçon, les deux, même, les voir grandir auprès d'Igor et de moi, auprès de leur mère aussi, comme beaucoup d'enfants de familles recomposées, inventer avec eux des formes d'harmonie qui leur permettent de se construire. Témoigner au jour le jour d'une vie non usurpée, transmettre des valeurs, affronter avec eux les plus dures aspérités de la vie pour leur apprendre à en déjouer les pièges.

Je suis convaincu aujourd'hui que c'était un possible. Un vrai possible. Un beau possible. J'envie ceux pour qui ça en reste un.

L'usurpation, je ne l'ai esquivée que cette fois-là, et putain : c'était juste celle où j'avais tort de le faire.

21 mars 2008

Saiichi, mon havre

1094128489.jpg
Saiichi, c'est mon havre dans le tumulte. Mon aire de repos sur l'autoroute. Il traverse des tourments invraissemblables en ce moment. Toute sa vie, tout ce qu'il aime, tout le sens qu'il a choisi de donner à sa vie est désormais sous la menace d'une expulsion. Il souffre de son dos, de sa terre d'exil, de son patron sans scrupule, il a tout pour exploser et se fracasser en mille morceaux. Le tenir debout au milieu de ça devrait être une tâche redoutable, du genre qui te sollicite, qui t'accapare, qui t'accable toi même, qui t'absorbe dans la révolte et l'impuissance. Et pourtant, au milieu de la connerie humaine qui croise ma route du bureau, et des heures que j'y passe malgré tout par conscience, je m'y apaise comme nulle part ailleurs.

Oh! Bien sûr, il est triste, éprouvé, inquiet. Anxieux, même. Il fait des cauchemars, comme la nuit d'hier. Mais pourtant, au coeur de tout, près de lui, dans l'activité pour lui, je me ressource, je me restaure, je me libère.


L'un et l'autre, côte à côte, dans des contacts toujours rassurants, nous passons d'un mail de son avocate à de longs baisers tendres, d'explications sur les prochaines étapes de son recours à des caresses intimes, du toucher mat de nos peaux aux corrections de traductions hasardeuses, de son ordinateur à nos corps nus étendus l'un contre l'autre, de mains caressées sous la table à mon ordinateur. Rien ne pèse, rien n'est craint quand nous sommes l'un avec l'autre. Nulle impatience. Nulle oppression. La tendresse accompagne tout, comme un bien nécessaire. L'anxiété n'écrase rien.

Son dossier avance, l'avocate a envoyé hier le recours hiérarchique. A l'heure qu'il est, il est sur le bureau de l'affreux Brice Hortefeux. Une liasse, quelques pages qui démontent toute l'absurdité, et toute l'illégalité, de l'annulation de son autorisation de travail pour 50 malheureux petits euros de perte de salaire.

Dimanche, nous avions relu ensemble le document pour relever les erreurs et coquilles qui s'étaient glissées sous la plume de l'avocate. Nous avons fait l'amour divinement. Son dos encore fragile ne lui a pas permis de me pénétrer. Pas encore. Mais nous l'avons simulé. Si fort que j'en ai joui jusqu'à l'oreiller loin au dessus de son crâne rasé. J'ai eu mon premier endormissement près de lui. Une courte sieste, prélude à une première nuit ensemble ? Bientôt ? Moi aussi, j'ai des enfermements et des limites.

Dans le mail à l'avocate, nous avons ajouté des questions. Pour être sûrs qu'elle avait tout compris des ultimes précisions envoyées par Seiji sur son salaire, ou pour comprendre quel rôle pourrait avoir le soutien de ses amis. Pour demander un rendez-vous. Nous restions nus tout l'après-midi dans sa chambre. Des villes basculaient à gauche dans le secret des isoloirs, et dans le secret de son studio, nous nous aimions sans calculer. Dans le secret de sa douche, il jouissait une seconde fois. Dans le secret de notre combat nous nous disions de gentils mots d'amour.

Je l'ai laissé en milieu de soirée pour un rendez-vous important. Je quittais mon havre pour la pleine mer, pour une Méditerranée impétueuse mais familière et chaude.

J'ai d'autres havres. Sur une rive de la Méditerranée notamment. Je m'y arrime autrement, comme dans le port d'attache de mes débuts de journée.

Comment vivre l'amour ?

 

20 mars 2008

quand Total pollue la Loire

1452341973.jpg

Pollution en Loire : vérité et justice

 

A la suite d'une fuite, le dimanche 16 mars, de 400 tonnes de fuel d'un tuyau, de chargement de bateaux, appartenant à la raffinerie Total de Donges, une nouvelle mini catastrophe écologique est possible dans l'estuaire de la Loire, zone fragile classée Natura 2000 et dont les collectivités territoriales demandent l'inscription au patrimoine mondial de l’Unesco (lire ici un article de Loire Océan).

Pour l'association "Les Amis des Collectifs marée noire", qui est partie civile dans le procès de l'Erika, toute la vérité doit être faite sur les causes de cet accident, les mesures qui existaient pour l'éviter et les moyens pris, ainsi que la rapidité de la réaction, pour en réduire et supprimer les conséquences.

Il s'agit du troisième accident, semble t-il, en un peu plus de deux ans à la raffinerie de Donges. Le directeur de la raffinerie dit  "C'est l'équivalent de trois dégazages de bateau" semblant ainsi minimiser l'affaire. Et, Total s'engagerait à financer toutes les opérations de nettoyage.

Mais, la réparation éventuelle des dégâts ne peut exonérer de la justice et du respect des droits de chacun, si des fautes ou imprudences ont été commises.

Aujourd'hui, la jurisprudence et par suite la loi évoluent autour des questions de délinquance environnementale. L'existence d'un préjudice écologique "résultant de l'atteinte portée à l'environnement" commence à être reconnu.

C’est pourquoi l’association "Les Amis des Collectifs marée noire" demande l'ouverture d'une enquête judiciaire sur cette nouvelle catastrophe.

Le Collectif marée noire de Nantes soutient et sera présent à la marche de la colère ce samedi 22 mars à 15 h, rassemblement Esplanade des droits de l'Homme, centre ville de Saint Nazaire.

A noter qu'il en sera fortement question lors d'une conférence à Joinville-le-Pont dans quelques jours, mardi 25 mars prochain. Les informations se trouvent ici.