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30 mars 2008

l'orgueil de Lorenzaccio

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Je peine à écrire mon texte sur l'amour avec une grand A. Du coup, ma mère étant près de moi depuis avant-hier, je m'occupe à droite à gauche, et je laisse ce blog stagner dans ses basses eaux.

Heureusement, un énergumène vient de me donner un fil à tirer, à son insu. Ce matin à 11h 33, il est parvenu sur mon blog avec ce mot clé : "orgueil de Lorenzaccio". J'avais évoqué d'une courte citation cette tirade de la pièce de Musset, à travers une de mes lettres à Laurent. C'est une tirade qui m'avait captivé dans mes années lycée, que j'avais apprise et dont je me suis toujours souvenu. Je crois que je sais pourquoi, Gérard Philippe n'est pas seul en cause. Tu le comprendras peut-être aussi à travers cette lecture. Et hop ! Encore un blanc de comblé...

_________________________

"LORENZO:

- Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux-tu donc que je m'empoisonne, ou que je saute dans l'Arno ? Veux-tu donc que je sois un spectre, et qu'en frappant sur ce squelette (il frappe sa poitrine) il n'en sorte aucun son ? Si je suis l'ombre de moi-même, veux-tu donc que je rompe le seul fil qui rattache aujourd'hui mon coeur à quelques fibres de mon coeur d'autrefois ? Songes-tu que ce meurtre, c'est tout ce qui me reste de ma vertu ? Songes-tu que je glisse depuis deux ans sur un rocher taillé à pic, et que ce meurtre est le seul brin d'herbe où j'ai pu cramponner mes ongles ? Crois-tu donc que je n'ai plus d'orgueil, parce que je n'ai plus de honte, et veux-tu que je laisse mourir en silence l'énigme de ma vie ? Oui, cela est certain, si je pouvais revenir à la vertu, si mon apprentissage du vice pouvait s'évanouir, j'épargnerais peut-être ce conducteur de boeufs - mais j'aime le vin, le jeu et les filles, comprends-tu cela ? Si tu honores en moi quelque chose, toi qui me parles, c'est mon meurtre que tu honores, peut-être justement parce que tu ne le ferais pas. Voilà assez longtemps, vois-tu, que les républicains me couvrent de boue et d'infamie; voilà assez longtemps que les oreilles me tintent, et que l'exécration des hommes empoisonne le pain que je mâche. J'en ai assez de me voir conspué par des lâches sans nom, qui m'accablent d'injures pour se dispenser de 1073504913.jpgm'assommer, comme ils le devraient. J'en ai assez d'entendre brailler en plein vent le bavardage humain; il faut que monde sache un peu qui je suis, et qui il est. Dieu merci, c'est peut-être demain que je tue Alexandre; dans deux jours j'aurai fini.

Ceux qui tournent autour de moi avec des yeux louches, comme autour d'une curiosité monstrueuse apportée d'Amérique, pourront satisfaire leur gosier, et vider leur sac à paroles. Que les hommes me comprennent ou non, qu'ils agissent ou n'agissent pas, j'aurai dit tout ce que j'ai à dire; je leur ferai tailler leurs plumes, si je ne leur fais pas nettoyer leurs piques, et l'Humanité gardera sur sa joue le soufflet de mon épée marquée en traits de sang. Qu'ils m'appellent comme ils voudront, Brutus ou Erostrate, il ne me plaît pas qu'ils m'oublient. Ma vie entière est au bout de ma dague, et que la Providence retourne ou non la tête en m'entendant frapper, je jette la nature humaine à pile ou face sur la tombe d'Alexandre; dans deux jours, les hommes comparaîtront devant le tribunal de ma volonté."

Commentaires

Un blanc, un blanc ... je remercie aussi l'énergumène qui a tirer la bobine. Lecture sublime.

Écrit par : Bougrenette | 30 mars 2008

merci pour ce magnifique texte et cette belle découverte en ce qui me concerne

Écrit par : castor | 30 mars 2008

Magnifique à découvrir ... Un petit bonjour en passant ... Bonne semaine à toi ! bises

Écrit par : Manue | 31 mars 2008

Eh ben moi, j'ai rien compris... Finalement je préfère l'anglais de Fiso...

Écrit par : DonDiego | 31 mars 2008

D'accord avec DonDiego, je suis largué là.Bon on est lundi et c'est dur ce début de semaine.Pas tous les neurones en place.J'aurai bien besoin d'une explication de texte.L'eau est trouble là.

Écrit par : christophe | 31 mars 2008

Beau texte dont je ne me souvenais pas.
Trois extraits me frappent-"crois tu que je n'ai plus d'orgueil parce que je n'ai plus de honte" "Il ne me plait pas qu'ils m'oublient" et enfin "le tribunal de ma volonté"
Ce texte évoque pour moi un passage d'Anouilh dans Antigone "c'est reposant la tragédie parce qu'on sait qu'il n'y a plus d'espoir, le sale espoir; qu'on est pris ...avec tout le ciel sur son dos et qu'on n'a plus qu'à crier-pas à gémir, non pas à se plaindre- à gueuler à pleine voix ce qu'on avait à dire, qu'on n'avait jamais dit et qu'on ne savait peut être même pas encore. Et pour rien: pour se le dire à soi, pour l'apprendre soi. Et il n'y a plus rien à tenter, enfin!"

Ce n'est pas l'Amour avec un grand A, mais cela peut alimenter ton inspiration.

Écrit par : JG | 31 mars 2008

-> Bougrenette -> toi qui aime tant les mots, et leurs jeux, ça ne m'étonne pas que tu aies aimé ;
-> castor -> mais de rien, reviens quand tu veux. Même si ce n'est pas à chaque coup qu'on rencontre de la grande littérature par ici, on s'y dit de belles petites choses quand-même ;
-> Manue -> Ca me fait plaisir que tu passes me voir par là, maintenant que je n'ai plus de chez toi où te visiter, je suis content que t'entretiennes la flamme malgré tout ;
-> DonDiego -> Evidemment, il faut le contexte, pour tout saisir. Pourquoi cette réplique me parlait, sans doute parce qu'il y était question de honte, d'orgueil, de respect, d'humiliation et de dignité, parce qu'il y avait cette force tragique, ce regard de Gérard Philippe, ou celui de Philippe Caubère, Enfin, j'y voyais un destin irréalisable et le transpercement d'apparences trompeuses, je me suis souvent vu en Lorenzaccio, je me suis rêvé l'être ;
-> Christophe -> l'eau est moins trouble, ce soir ?
-> JG -> j'aime bien l'idée du repos de la tragédie. Je crois qu'Anouilh pourra inspirer mon grand A, faut vraiment que je m'y mette...

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 31 mars 2008

Ton Amour avec un grand A serait-il passionnel? Notre ami Wajdi devrait faire gaffe, le plus barjot des deux n´est peut-être pas celui qu´on croit...

Écrit par : zarxas | 01 avril 2008

-> zarxas -> passionnel, pour sûr, et fusionnel, et plein d'autre chose, c'est pour ça qu'il n'est pas simple à écrire : t'as raison, fo que wajdi fasse gaffe...

Écrit par : Oh!91 | 01 avril 2008

Félicitations pour votre travail, grand merci à vous pour ces astuces, et je partage moi aussi entièrement cette positon... Euh tout est dit, oui votre blog est vraiment très bon, je viens d'ailleurs de twitter votre article en espérant que ça vous aide ! Ce blog me donne envie d'en publier un aussi... j'espère que j'y parviendrai !

Écrit par : Vincave | 20 avril 2010

-> vincave -> Est-ce le "j'aime le vin" qui vous a amené jusque-là ? Je ne vous en veux guère de votre spam, vous avez permis de réveiller chez un ami sa fascination pour Gérard Philippe...

Écrit par : Oh!91 | 21 avril 2010

Un vieux souvenir de théâtre s'exhume. Je ne sais plus qui jouait Lorenzo. Quelle force ont du avoir ces mots dans la bouche de Gérard Philipe ! Mesurions nous à 15 ans la puissance dévastatrice du dilemme ? Nombre d'entre nous portaient alors, en leur prénom, l'hommage à ce dieu des planches. Fascination.

Écrit par : estèf | 23 avril 2010

-> estéf -> "la puissance dévastatrice du dilemne", tu viens de me faire découvrir pourquoi ce texte m'a tant fasciné dans mes premières années d'adulte...

Écrit par : Oh!91 | 24 avril 2010

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