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28 mars 2008

Huit femmes

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Je n'ai pas vraiment rendu hommage à Dulcie September dans mon dernier billet, j'ai surtout raconté comment son assassinat - il y a vingt ans demain - m'avait 2126608322.jpgprofondément meurtri. J'aurais dû quand même en dire plus de sa morphologie tribale, de sa démarche improbable, de son regard décalé... Elle avait une apparence étrange, fragile, et c'est peut-être pour ça que sa parole avait une telle force. Je crois me souvenir d'une voix grave, dans les deux sens du terme, une certaine fermeté maternelle dans la bouche, l'oeil toujours brillant. Elle était capable de sourires francs parce qu'elle portait de l'espoir.

Quelle admiration je peux avoir pour les femmes de cette trempe. j'ai envie, d'un coup, de citer sept autres femmes pour qui j'ai une admiration comparable :

163766098.jpgIl y a d'abord Leïla Shahid, la représentante actuelle de l'autorité palestinienne en Europe, au verbe si clair, à l'argument si percutant, si convaincant... Palestinienne des camps du Liban, rescapée de Sabra et Chatila, je me souviens l'avoir entendue sur France-Inter juste après l'accession d'Ariel Sharon au pouvoir. Ce jour-là, peut-être pour la seule fois, je l'ai vu sortir de sa réserve diplomatique. Elle aurait dû dire que malgré tout, malgré les massacres du Liban, elle restait ouverte à un dialogue constructif pour la paix, mais ce jour-là, son histoire personnelle avait pris le pas et elle ne le put pas, ça m'avait ému. Je me souviens d'un tête à tête, dans un restaurant du 15ème arrondissement pour un déjeuner de travail, où son charisme m'avait littéralement décoiffé.

Il y a aussi Souha Bechara. Alors pour Souha, j'ai une affection toute particulière. J'ai accompagné ses premières 297638492.jpgannées de détention dans le camp israélien de Khyam, au Sud du Liban, porté des t-shirts à son effigie, prononcé des discours de solidarité, ici ou là. Elle n'avait pas vingt ans quand elle fut arrêtée. Elle en sortira à trente. Souha, c'est une jeune fille toute fluette, d'une incroyable gentillesse, attentive, attentionnée. En 1988, elle s'était attachée au service du Général Antoine Lahad, qui commandait dans le sud du Liban une petite armée supplétive au service des occupants israéliens. Elle avait patiemment gagné sa confiance, comme jeune fille au pair de ses enfants. Le  moment venu, elle devait le tuer.

Le principe était simple : placer des explosifs sous le lit du général, et quitter la maison, s'enfuir, disparaître avant l'explosion. Seulement elle eut peur. Peur de blesser les enfants, peut-être même de les tuer. Alors, de sa propre initiative, elle a changé les plans. Quand elle a cru le moment opportun, elle a préféré utiliser une arme à feu et tirer à bout portant. Agissant de la sorte, elle savait qu'elle se condamnait elle-même. Elle ne réussit qu'à le blesser gravement, mais elle fût arrêtée. Elle devint un symbole de la résistance. Dans le camp d'al-Khyam, où elle endurait de terribles atrocités, parce que plus que la plupart des autres prisonniers elle avait une conscience politique, c'est elle qui secourait les autres femmes, qui leur remontait le morale, qui faisait leur instruction, aussi. On pourrait croire que passer ses vingt ans au bagne anéantit, mais quelle force, quelle magnificence avait cette femme, toujours jeune et belle, à sa libération ! J'ai eu cette chance inouïe de la côtoyer, de la recevoir chez moi, de lui présenter Igor, de découvrir d'incroyables capacités d'analyse, de distance aussi, l'envie de mordre la vie par le bout de l'amour et par celui des études, à croire que l'être humain est irréductible.

446381633.jpgIl y a aussi Leyla Zana, cette députée, première femme kurde à avoir été élue au Parlement turc, qui fut arrêtée pour simplement avoir parlé le kurde dans l'enceinte parlementaire, et qui séjourna 10 ans en prison, elle aussi, entre 1994 et 2004, sous l'accusation d'appartenance  à une organisation terroriste. Dès 1995, elle reçut pourtant le prix Sakharov du parlement européen, mais elle ne put jamais aller le recevoir. J'ai suivi son histoire à travers une amie, Sylvie, qui lui rendait régulièrement visite en prison, qui organisa l'accueil en France de son fils et son inscription dans une université française.

A ces quatre femmes, pour qui j'ai eu plus que simplement de l'admiration et de l'affection, mais aussi une certaine forme de proximité, je voudrais en ajouter quatre autres, qui me sont plus lointaines, mais que j'imagine à la trempe identique.302687456.jpg

Il y a Aung San Suu Kyi, prix nobel de la paix en 1991, qui s'oppose à l'une des dictatures les plus obscures qui subsiste sur notre planète en Birmanie, et qui est assignée à résidence depuis 2003.

420946859.jpgIl y a Rigoberta Menchú , prix nobel de la paix en 1992, qui porte si magistralement au Guatemala les espoirs des populations autochtones, dans un contexte de grande violence politique.

Il y a bien-sûr Angela Davis, 670525239.jpgmilitante communiste et noire aux Etats-Unis d'Amérique, si belle figure des Black Panters et de la lutte contre la guerre au Vietnam.

Et puis il y a Aminata traoré, ancienne ministre de la culture du Mali, telle qu'on l'a découvre dans le film Bamako : l'infatigable militante altermondialiste, l'incarnation vivante 749215252.jpget confiante de l'alterantive africaine, sans concession, qui décèle et combat tous les relans colonialistes, même les plus imperceptibles.

En voilà huit. Il aurait pu y'en avoir huit cents, huit mille, huit millions. Les femmes ont une efficacité particulière quand elles combattent, loin du papier glacé. Je les aime.

Commentaires

Ne dit-on pas que la femme est l'avenir de l'Homme ?
J'ai beaucoup d'admiration pour ces femme suis se battent pour leur liberté.
j'ai lu le récit de femmes afgannes.. a me donner la chair de poule..
Mais quelle force de caractère, digne d'un jean Moulin ou d'une "Pasionaria".
Il y a des voies à suivre, aujourd'hui surtout. Nous sommes dans l'apartheid de la pauvreté, de l'apparence sous toutes ses formes (races, cultures, handicap-domaine qui me touche particulièrement- beauté (d'où de nombre croissants d'anorexiques et boulimiques, suicidaires en puissance)......
Je pourrai décliner pendant longtemps, toutes ces rubriques tant il y en a..

Écrit par : christie | 28 mars 2008

Très belles déclarations !

Écrit par : Azulamine | 28 mars 2008

J'ajouterais Benazir Bhutto, Ingrid Betancourt et... Madonna. ça te surprendra peut-être, mais ses prises de positions contre Bush père, puis contre Bush fils, ses concerts avec des nonnes et femmes en Burka portant des porte-jartelles et mini-robes font d'elles une femme politique courageuse et cible potentielle de nombres d'extrémistes.

Écrit par : antoine | 28 mars 2008

Christie a raison : la femme est l'avenir de l'homme. Et ça n'a rien de prétencieux. Tu as lu ce livre d'Amin Maalouf, le premier siècle après Béatrice ? Ou un monde dans lequel la femme deviendrait plus rare encore que l'eau...
Un bien bel hommage, qui ne me surprend pas. Petit coup de coeur pour Rigoberta Menchu et Angela Davis, souvenirs de fac...

Écrit par : M. | 28 mars 2008

-> christie -> J'ai toujours trouvé ce vers d'Aragon, mis en musique par Ferrat, totalement énigmatique. Il prend son sens au fil des années et des rencontres ;
-> Azulamine -> merci ;
-> Antoine -> J'avais hésité à citer ici Bénazir Bhutto et Ingrid bettencourt : femme de pouvoir, ou victime de guerre, elles méritent le même hommage et sont aussi des symboles fort... Mais Madonna ? Remarque, pourquoi pas ;
-> M. -> J'ignorais que t'avais fait la fac avec Rigoberta et Angela... Belle compagnie. J'adore Amine Maalouf, mùais je n'ai jamais lu "le premier siècle après Béâtrice".

Écrit par : Oh!91 | 29 mars 2008

Un souvenir : nous étions 3 nanas , nous glissant sous les fils de fer barbelé d' un incinérateur, pour aller prendre des photos au risque de se faire bouffer par les molosses des vigiles : eh bien , les mecs ont tous trouvé des prétextes pour ne pas entrer !

La fin de l'histoire : photos-preuves de non conformité parues dans la presse , et les vigiles en faute pour non vigilance ont porté plainte contre nous pour "coups et blessures !" ... on ne les avait bien sûr pas rencontrés ! sinon, gnons , c'est nous qui les aurions encaissés...

Écrit par : les RG | 05 avril 2008

-> les RG -> je suppose que la cause en valait la chandelle.

Écrit par : Oh!91 | 05 avril 2008

dire que j'avais raté ce si beau texte!
je partage totalement ton admiration pour ces femmes

merci pour nous, les femmes, les anonymes qui œuvrent en silence pour la solidarité, la paix, la justice
merci pour les humains

Écrit par : céleste | 02 mai 2008

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