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12 mars 2008

de l'irréel intact dans le réel dévasté

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Neuf mois, presque jour pour jour, entre cette petite graine déposée un jour dans une alcôve aimée, par inadvertance, et l'apparition au jour rêvée et attendue. Pour voir ses yeux ouverts, pour distinguer les mouvements de son corps, pour voir le projet, le concept, le virtuel idéal devenir chair et peau, ce réel imparfait et craint. Pour toucher cette chose étrange avec sans doute toute la délicatesse qui sied à ce premier contact. Le temps d'une gestation difficile, de longueurs en apnée. Je glisse vers cet instant serein, j'essaie de m'y concentrer, ne rien perdre de sa magie, et je puise pour ce faire dans ce que tu m'as donné.

Tu es sensible. je l'ai compris à tes commentaires, et de plus en plus souvent à tes mails, par lesquels tu t'abstrais du regard des autres pour m'en dire plus, pour partager plus, pour te montrer comme moi dans ta transparence, avec tes moyens - parmi lesquels l'emprunt - pour aller plus loin dans le partage.

Tu m'as donné ce poème de René Char, "qui ne devrait pas être trop éloigné de ce que tu ressens, et peut-être de ce que tu es", m'as-tu dit : il m'accompagne dans ce rendez-vous avec ce petit bout de vie :

De quoi souffres tu :

Comme si s'éveillait dans la maison sans bruit l'ascendant d'un visage qu'un aigre miroir semblait avoir figé.

Comme si la haute lampe et son éclat abaissés sur une assiette aveugle, tu soulevais vers ta gorge serrée la table ancienne avec ses fruits.

Comme si tu revivais tes fugues dans la vapeur du matin à la rencontre de la révolte tant chérie elle qui sut, mieux que toute tendresse, te secourir et t'élever.

Comme si tu condamnais, pendant que ton amour dort, le portail souverain et le chemin qui y conduit.

De quoi souffres tu?

De l'irréel intact dans le réel dévasté.

De leurs détours aventureux cerclés d'appels et de sang.

De ce qui fut choisi et ne fut pas touché.

De la rive du bond au rivage gagné.

Du présent irréfléchi qui disparait.

D'une étoile qui s'est, la folle, rapprochée et qui va mourir avant moi

00:55 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : rené char, poésie

Commentaires

Somptueux ce poème. Et cette note intime que je m'approprie le temps d'une lecture, délicieuse, le mystère d'un rendez vous que je te souhaite à la hauteur de cette magie dont tu parles, dans un réel pas si dévasté que ça.

Écrit par : Bougrenette | 12 mars 2008

étranges aveux et troublante complicité entre vous autour de ce "petit bout de vie" Qui a ainsi la chance de t'avoir ému?
Bougrenette a vu juste: note intime, très intime.

Écrit par : le promeneur | 13 mars 2008

-> Bougrenette -> J'ai aimé que tu aimes. Somptueux, c'est bien le mot : riche, épais, plein, et le tout dans une esthétique innommable. Pour la magie : elle a eu lieu, dans une vraie simplicité. Je suis heureux.
-> le promeneur -> Visite masquée et curieuse, quelle délicatesse... sois le bienvenu ! C'est moi qui ai eu la chance de me laisser émouvoir.

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 14 mars 2008

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