08 mars 2008
Ya baharyyeh !
La nuit fit d'abord tinter ses cristaux de lumière
sans souffle
sans saveur
Elle étouffait nos paupières
Mais peu à peu elle devint plus légère
La montée de l'aube accompagnait le chant du coq
Les criquets et les chacals se turent
A l'instant de la poussée irrésistible de l'aurore
Une voix s'éleva à la recherche tatonnante des étoiles
une voix étirée, fébrile, sans rythme apparent
Et la voix devenait plus limpide
Et le jour devenait plus limpide
Dans son élan elle rencontrait nos rêves
les percutait et les rompait
Soudain la place devenait libre pour que s'y installa la vie
Et quelle vie, ya baharyyeh !
Quel amour !
Comme moi, tu les as vus
ces regards pleins de lumière
qui s'accrochent au fil invisible de la complicité
Ya baharyyeh !
Tu as entendu ces claquements de mains intrépides
Ces pieds multicolores qui éprouvent ensemble le besoin de frapper
Et de frapper le sol entre deux pas de danse
Ya baharyyeh !
Ces rires pleins de souffle et de générosité
Tu les as vus, ya baharyyeh !
Ces corps qui se balancent avec l'assurance des gazelles
Ces visages qui ne ressemblent à aucun autre
Et tu as ressenti
Ya baharyyeh !
Comme moi
Leur contact fraternel
La mer et ses berges montagneuses sont leur pays
Vigne et oliviers poussent entre leurs mains
Leurs chants d'eau et de miel irriguent leurs vergers assoiffés
Leurs yeux déroulent d'interminables
vagues de tendresse au dessus de tes épaules fébriles
Et leurs coeurs
Sans cesse
scrutent tes joies et tes peines
C'est là, sur les flancs rocailleux de leur vie que se niche leur âme
leur sincérité et leur fidélité
Six ans
Août quatre-vingt cinq – août quatre vingt onze
Presque deux mille jours
Deux mille longues journées sans venir à votre rencontre
Votre sincérité est indemne pourtant
Et vous, toujours fidèles
Tels quels
Juste quelques rides – Là, comment ne pas les voir
Au coin de votre bouche
Et là, aux extrêmité de vos yeux
A cause du soleil bien sûr
mais aussi
Surtout
A cause de l'orage
Il faut faire la guerre
avait dit le roi de la montagne
Oui il faut la faire
avait répondu l'empereur de la mer
Et tuez-les
Et n'épargnez personne
Dirent mille seigneurs de pacotille en écho
L'appel du sang
quinze ans durant retentit
Sans se taire
Ou quand il se taisait Ariel Sharon reprenait le haut-parleur
Et hurlait plus fort encore
Vous deviez exploser
Il y a deux mille jours Rappelles-toi
Août quatre-vingt cinq
Le déluge
C'est si simple de cacher cent kilos de TNT dans
une voiture
Si simple de tendre un piège à des femmes et des enfants
Si simple d'être aveugle devant un marché de Beyrouth
Déclic pour l'enfer
Déluge
Fer feu sang
assourdissante agonie
Interminable humiliation
Et pourtant simple prélude
Vous deviez exploser
« Où vous cachez-vous Seigneurs de pacotille
Contre qui tirez-vous
Roi de la montagne
Empereur de la mer
Cessez le feu, Brisez l'obscurité
Vous ne gagnerez pas ! »
Ils n'ont pas gagné
Août quatre-vingt onze Vous n'avez pas explosé
Vos mains sont encore belles
Plus belles encore et plus fermes
Tendues en direction de vos frères
Et vos quelques rides vous ont rendu plus beaux
09/91
(ce texte, je l'avais écrit à une époque où je n'écrivais pas, au retour d'une expérience riche de rencontres au Liban, que je raconte là. Je venais de faire la connaissance de Issam. Je ne me rends pas compte de ce qu'il vaut, mais il m'est cher, et ça m'a fait plaisir de le partager avec toi)
08:24 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : poésie, liban, guerre, amitié, paix





Commentaires
Merci pour ce beau cadeau matinal
Ecrit par : lancelot | 08 mars 2008
Je ne connais pas le Liban.
Je connais des libanais,des comme moi,des comme Mme Machin.
Leur accueil dans leur famille,(malgré) le cadre professionnel fût
fait de cordialité,voir d'affection avec les deux plus jeunes,40 et 18 ans quand même!
Le quadragénaire m'a dit "jamais je ne retournerai là bas" je l'ai
consolé ...un peu .
Le meilleur pansement pour lui ,la naissance du petit Louis,je vis en France mes enfants auront des noms français m'a-t-il dit,
merci Raad.
Ecrit par : mume | 08 mars 2008
Un texte n'a pas a valoir quelque chose, enfin je crois, il t'est cher et c'est le plus important car le partager en devient d'autant plus touchant. Je l'ai trouvé très beau et riche de sens.
Ecrit par : bougrenette | 08 mars 2008
P'tin, pour un mec qui n'écrivait pas, comment tu écrivais...
Ecrit par : manu | 08 mars 2008
Magnifique le texte, magnifique la chanson, d'ailleurs, il manque le nom de la belle chanteuse :)
Ecrit par : Fiso | 08 mars 2008
-> lancelot -> Ce qui est bien avec toi, c'est que tu reçois mes bouteiles à la mer en temps réel, et c'est toi qui en fais des cadeaux. Merci ;
-> mume -> la guerre, c'est aussi ça, l'exil. Je me suis ouvert au monde grâce à ces exilés. Merci de ton témoignage ;
-> bougrenette -> donc je me résume, s'il n'a pas à valoir quelque chose, c'est qu'il a à valoir rien, donc il ne vaut rien, et voilà ce que je voulais dire, sauf que je te le donne en partage quand même si toutefois tu le trouves beau, voire riche de sens - ce dont je te remercie du fond du coeur ;
-> manu -> à Toulouse, on dit pas p'tin-con ?
-> Fiso -> La chanson est de Marcel Khalifé (qui ici accompagne au luth), et l'inteprète s'appelle Omayma Khalil. merci de ton compliment.
Ecrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 09 mars 2008
Un frisson, plaisir, émotion.
Merci, une fois encore.
Je t'embrasse
(Manu : 'tain ! Tu l'as dit !)
Ecrit par : M. | 09 mars 2008
Très beau texte, très belle musique. Toujours concernée, même loin du Liban, sur une autre terre de braise.
Et plus que jamais, désir ardent de paix, diversement exprimé. Nous n'avons pas besoin de guerre mais de révolution.
Ecrit par : Bahriyyeh, autrement | 10 mars 2008
-> M. -> tu te contenteras d'un large sourire ?
-> Bahriyyeh, autrement -> Content de ta visite, et heureux de t'avoir touchée. Puissions-nous remplacer les guerres par des révolutions !...
Ecrit par : Oh!91 | 10 mars 2008
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