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05 mars 2008

dans la peau de Laurent (B)

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Laurent, c'est un jeu. Il existe, évidemment, mais le défi qu'il est devenu, de toi à moi, c'est un jeu. Tu l'as bien senti, un jeu avec mon imaginaire, avec le tien, un jeu qui les fait dialoguer, s'approcher, et pourquoi pas, s'aimer.

Ce jeu, on peut le regarder parce qu'on n'a pas compris comment y trouver sa place. On peut s'en éloigner, pour ne pas s'y perdre. On peut s'y essayer et rebrousser. On peut hésiter et y revenir. On peut s'y engloutir et le regretter. On peut s'en foutre parce qu'on a mieux à faire, ou trouver que ce n'est pas le meilleur de ce blog. On peut tout, et je n'attends rien de toi. Je ne verrai jamais moins d'amour dans ta pudeur ou ta retenue que dans ta parole, sois-en sûr. Il n'y aura d'ailleurs pas de juge, pas de jury, ce n'est pas le truc de la maison, encore moins celui du juré pressenti. On ne compare pas des lettres d'amour. On ne les toise pas non plus. Les commentaires seront ouverts.

J'ai employé lundi le mot pardon, et je sais qu'il a pu te faire peur. Je croyais désacraliser, te libérer d'une pression, excuse-moi si tu l'as ressenti à l'inverse.

J'ai peur parfois de faire peur, comme j'ai en son temps pu faire peur à Laurent. Merci de me rappeler à de la douceur.

_________________________

Dans la peau de Laurent

proposition N° 2

par JG

Mon cher Olivier,

J’ai mis du temps à répondre à tes différents courriers.

Depuis plus de deux mois, je cherche à repousser le moment où je vais m’installer pour t’écrire et je saisis la moindre occasion qui m’est offerte pour décaler ce moment que je crains. Combien je préfère les paroles échangées lors de nos rencontres, y compris à Budapest, à cette lettre que je ne sais par quel bout prendre !

J’ai trop de choses à te dire, trop d’évènements bouleversent ma vie et je ne sais pas si je dois les partager avec toi.

Je n’arrive pas à saisir notre relation lorsque j’essaie d’y intégrer d’autres personnes. En face de toi, ou lorsque je pense à toi seul, tout me semble clair, heureux et facile. Mais nous ne sommes pas seuls et tu est loin…

Je reprends cette lettre après une nuit de sommeil qui m’a permis de clarifier un peu mes idées.

J’envie tes talents d’écriture. Tu sais que ce n’est pas mon cas. Tes descriptions de tes voyages et de ta vie me donnent l’impression d’y "être" et en visitant Budapest j’ai eu l’impression d’y revenir.

Tu as retracé notre relation : de ce voyage en train à nos promenades parisiennes.

Tu me vois avec beaucoup trop de complaisance : je n’ai pas l’impression de pouvoir t’apporter grand chose et je passe beaucoup de temps à essayer de me débattre avec moi même et les autres.

Je me suis demandé si tu ne me voyais pas comme le frère aîné que tu n’as pas eu. Celui que l’on envie. Mais aussi je te l’avoue, je me suis demandé si tu ne me voyais pas comme un amant.

Tu connais un peu mon histoire. Tu as rencontré longuement Jean Pierre et puis Sébastien. Comme tu l’as noté dans une de tes lettres, ma vie te parait facile et t’"émoustille".

Tu as raison de te demander si cela est aussi facile qu’il y paraît.

Plus j’ai vécu avec des garçons, plus je me suis senti attiré par mon contraire, par la découverte de rivages éloignés… Bref par une relation féminine.

Toute ma vie depuis mes 16 ans est guidée par la facilité, et je m’en veux. Depuis mon départ des Ardennes, j’ai saisi les mains que me tendaient des personnes attirées par ma jeunesse. J’ai succombé par facilité à ces relations qui me permettaient d’exister dans leurs yeux, alors que mon enfance a manqué d’amour.

Pourquoi te dire cela ?

Je veux être honnête avec toi. Je ne suis plus de taille à accepter une relation basée sur le désir avec un homme. Ma vie avec Sébastien est terminée et je vis avec une fille, Armelle (Par coïncidence, il me semble que c’était aussi le prénom de ton amie).

Elle m’apporte ce que je recherche. La tendresse, la douceur dont j’ai besoin et elle m’ouvre de nouveaux horizons.

Je suis comme un grand convalescent dont on doit prendre soin pour qu’il ne rechute pas.

Tu cherches en moi le garçon, souvenir de notre voyage en train.

Je cherche la compagne dont j’ai souvent rêvé.

Nos chemins ne peuvent se croiser, au moins pour l’instant.

Notre amitié sera peut être détruite par cet aveu ; mais je préfère la clarté à l’ambiguïté dont je souffre avec toi depuis quelques mois.

Je t’envoie ce soir cette lettre qui te dira de manière sans doute maladroite mais sincère l’amitié que je te porte.

Commentaires

Joli !
Je manifeste mon enthousiasme par une poignée de violettes toulousaines. Non, allez, tiens, deux poignées. C'est comme ça qu'on félicitait les poètes, les écrivains et les troubadours. Un ton, une histoire, des sentiments... tout ce qu'on aime. Encore plein des comme ça.

Écrit par : manu | 05 mars 2008

C'est plus que joli, c'est très très beau...
Une lettre grave, digne et douce, comme Laurent aurait pu (devait ?) l'être.
Un passage est particulèrement "vibrant", je trouve : "En face de toi, ou lorsque je pense à toi seul, tout me semble clair, heureux et facile. Mais nous ne sommes pas seuls et tu es loin…"
Bravo JG !

Écrit par : lancelot | 05 mars 2008

Ben merde alors ! M'attendais pas à ça...
Point de vue intéressant, pour le moins surprenant, je comprends, Oh, que ces lettres t'aient troublé.
Et oui, bravo JG.

Écrit par : M. | 05 mars 2008

C'est dur et c'est fort à la fois. Enfin, j'imagine qu'il t'aurait été dur de recevoir cette réponse. Peut-être que je me trompe.
Et c'est fort, de vérité, d'honnêteté et d'imagination.

Écrit par : Olivier Autissier | 05 mars 2008

-> à tou(te)s -> Un miroir peut parfois être violent. Je crois en effet que cette lettre m'aurait profondément chamboulé. L'histoire de ce coming out à l'envers aurait été - comme il l'est là - une vraie déroute, au sens éthimologique. Il aurait conditionné mon regard encore embryonnaire sur l'homosexualité, il aurait pu le pervertir, peut-être, ou il m'aurait au contraire donné la certitude qu'il me fallait avancer seul. Mais il m'aurait aussi ouvert la porte à une amitié renouvelé à Laurent, avec des tabous tombés, des opportunités nouvelles d'échange et d'intimité. Il m'aurait secouru en même temps que j'aurais eu à le secourir aussi dans la traversée qu'il connaissait lui-même.
Cette lettre est magnifique en tout cas, merci JG. Je t'en suis très, très reconnaissant. Et moi aussi je reprends cet extait où je le reconnais : "En face de toi, ou lorsque je pense à toi seul, tout me semble clair, heureux et facile. Mais nous ne sommes pas seuls et tu es loin…"

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 06 mars 2008

Les commentaires sont fermés.