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29 février 2008

Diversité artistique et culturelle en danger!

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Aujourd'hui est une journée nationale d'action pour défendre la diversité artistique et culturelle en France. Je ne pourrais pas participer à la manifestation prévue à 15h, place du palais Royal à Paris (voir ici) à l'initiative de plusieurs organisations regroupées au sein de l'Union Fédérale d’Intervention des Structures Culturelles. La seule chose que je peux faire, c'est relayer leur message, si juste, parce que je crois très fort en l'art et en la culture, et que j'ai peur d'une société qui ne soutient pas ses artistes et leur travail de création. D'ailleurs demain soir, je m'en vais écouter en concert le coloc de ma copine, qui joue du trombone avec les Starloozes. Ca devrait déchirer.

_________________________

L’Etat a décidé de réduire le budget qu’il consacre à la culture. Les acteurs culturels commencent l’année 2008 dans la plus complète incertitude concernant leurs financements. Les plus touchées par ce désengagement de l’Etat sont les associations artistiques et culturelles, compagnies, salles de spectacles, lieux d’accompagnement des pratiques amateurs… qui constituent le vivier de la création et de l’innovation, et sont par leur proximité les premières interlocutrices des populations.

Les baisses annoncées touchent au financement de la création et de la diffusion. Mais plus encore, à l’heure où l’éducation artistique et le droit à la culture pour tous sont affirmés comme prioritaires par le Président de la République, ce sont les aides aux actions culturelles en zone rurale, dans les quartiers, les écoles, les hôpitaux, les prisons… qui sont largement diminuées, voire annulées.

L’Etat, en se désengageant, démantèle le maillage artistique et culturel français, renforce les inégalités territoriales, lamine l’action de proximité et confine les populations à l’offre unique et globale des industries du divertissement.

L’Etat refuse de voir l’importance économique, sociale et symbolique des milliers d’équipes qui font la dynamique artistique et culturelle de notre pays, déjà touchées par la crise du régime d’indemnisation chômage des artistes et techniciens. En faisant reposer les baisses de crédits sur des structures qui sont parmi les plus fragiles du champ culturel, et en centralisant ses moyens sur ses propres institutions, l’Etat met en danger la diversité artistique et culturelle en France.

Il n'y a pas de diversité artistique et culturelle sans diversité des initiatives sociales et économiques et sans reconnaissance réelle du droit culturel de tous les citoyens français.

Par cet appel, il est demandé :


- l’arrêt immédiat des baisses annoncées par l’Etat,
- la concrétisation d’une politique ambitieuse, innovante et démocratique, prenant en compte l’ensemble des acteurs, et notamment l’abrogation et de nouvelles négociations sur le protocole réformant l’assurance chômage des artistes et techniciens intermittents,
- la mise en place d’espaces de concertation en régions.

28 février 2008

te souviens-tu de l'île

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Te souviens-tu de l'île

Baignée de froid l'hiver

Dans l'amour et l'argile

Te souviens-tu des terres

Où devient inutile

De cesser de nous taire

Tant notre peau rutile

Sous l'éclat de la mer

 

Ma tendre et juvénile

Abeille Ma chimère

Mon oiseau de Sicile

Aux yeux d'eau fraiche et claire

Te souviens-tu de l'île

Dont les cieux partagèrent

Un des instants fébriles

Où perdu dans ta chaire

Comme au nid le reptile

J'emplis ton sanctuaire

Et le sillon fertile

Par où tu devins mère

 

Aimée tendre et fragile

De vent d'ombre et de verre

Aimée T'arrive-t-il

De songer à la terre

De rêver à notre île

Où jadis se mêlèrent

Nos corps épris d'exil

Où nos ongles creusèrent

Sanglants loin de la ville

Refuge à nos mystères

 

Ma douce aux doigts agiles

Aux blanches mains de glaire

Effilées et graciles

Vois comme mon âme erre

Le regard immobile

Hurlant sans fin dans l'air

La nostalgie des îles

Vois ici le calvaire

Qui m'a rendu sénile

Vois Aimée dans ma chair

Les bris de notre Idylle

 

avril 86

(et hop ! ou comment une petite erreur de jeunesse, me "dispense" d'un billet du jour...)

27 février 2008

en vrac

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Et voilà, à moi de faire un petit en vrac, histoire de lâcher deux ou trois choses que je voulais te dire, et pas du tout à cause d'une panne d'inspiration (je te réserve quelques petits billets avec un petit peu de sens, encore, du moins j'espère, ne t'inquiètes pas).

D'abord, un petit coup de colère contre Haut et Fort, mon hébergeur. Il est en panne de commentaires. J'étais en pleine déception de voir mes billets de dimanche et de lundi restés presque sans suite, comme si le Liban ou Cuba ne t'avaient pas interessé, ou si tu avais eu une lassitude devant l'hyper-fréquence de mes bavardages, comme si j'arrivais au bout de quelque chose avec toi. Bon, il y a peut-être de ça, je ne t'en veux pas. Mais il y a surtout cette satanée mise à jour, dimanche, qui nous a livré une interface moins fonctionnelle et a rendu inacccessible l'enregistrement de la plupart des commentaires. Alors ça me rassure et je m'accroche à cette explication.

Pour combler le tout, c'est Hotmail qui était en drapeau tout hier. Pas moyen de se connecter sur MSN, de prendre des nouvelles de la grande rencontre du jour, ni de lire tes messages, peut-être ta contribution à cet exercice littéraire lancé par mon copain Manu. J'en profite pour te relancer, te signaler que j'ai désormais cinq textes sous le coude, que j'en suis tout chose, vraiment tout chose, tu comprendras pourquoi à leur lecture la semaine prochaine, et te rappeler que si tu voulais y participer, c'est tout simple : le règlement est là, et tu as jusqu'à dimanche minuit.

Ah ! Encore une chose, j'aurais du te signaler l'exposition où mon Igor expose depuis vendredi soir, je manque à tous mes devoirs - pourtant, elle a de la gueule, la biennale d'Art contemporain d'Eragny-sur-Oise. Mais ma copine Fiso, qui nous accompagnait au vernissage vendredi 1384190633.jpgdernier - une vraie pro du cocktail gagnant, soit dit en passant - m'a devancé et a fait ça très bien : ça se passe ici.

Et puis une toute dernière chose, parce que là je pense à lui : mon ami Saiichi traverse des épreuves qui vont lui demander beaucoup de courage : il a à affronter Sarkozy, Hortefeux et tout un arsenal légal qui cherche à lui faire quitter la France à toute force, alors que c'est le pays qu'il aime. Il souffre profondément dans son coeur et dans son âme, à en oublier son dos. Je t'en reparlerai dès qu'il disposera d'une stratégie sûre, conçue avec un avocat, parce qu'il aura peut-être besoin de ton aide. Lundi soir, après l'amour, nous nous sommes caressés de notre sperme, je ne l'avais encore jamais fait ainsi. J'aime chez Saiichi comment, en dépit de tout, il perçoit mes messages les plus subliminaux : pour moi, il s'était rasé les couilles et tondu les poils pubiens.

00:05 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : blog, fiso, saiichi

26 février 2008

hommage à John Maïna

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John Maïna vivait en France. Jeune sportif kenyan, il s'est suicidé samedi à Meudon. Il avait 19 ans, il venait d'apprendre qu'il était définitivement débouté du droit d'asile. Il avait fui le Kenya pour échapper à l'emprise d'une secte dangereuse. Dans cette vidéo, ses amis lui rendent hommage. Moi aussi.

25 février 2008

Eddy, Oscar, et Fidel

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Fidel castro vient donc de décider de passer la main. Avant l'arme à gauche. C'est sage. J'ai du respect pour cet homme et son oeuvre, mais je ne le porte pas aux nues. J'ai eu la chance de le rencontrer, et je suis lucide sur ses profondes dérives totalitaires. Je ne méconnais pas, en particulier, la façon dont les homosexuels sont parfois traités (je te recommande la lecture d'Avant la nuit, livre autobiographique de Reinaldo Arenas, et le film qui en a été tiré, dont la bande annonce est visible là).

Mais tout schlérosé qu'il puisse être, ce régime n'a jamais pu empêcher la société d'avancer dans le débat, la parole, que j'ai toujours trouvée étonnamment libérée, et au fond un vif pluralisme de fait.

C'était en 1997, l'été. Mon premier été après ma sortie du placard. Je courais derrière tout ce qui bougeait, je tombais amoureux pour un oui, pour un non. je touchais une bite, et c'était la bite de ma vie. Une bite se refusait, et je perdais l'horizon.

Cet été-là, j'étais ainsi tombé amoureux de Stéphane, un grand copain de Laurent (qui avait à dessein provoqué la rencontre quand nous nous étions réconciliés après notre année de silence). Il m'avait semblé que c'était réciproque. Nous ne nous étions rien dit, portés par de grandes conversations où nous mettions à nu de vastes étendues de connivences. Mais le temps d'un retour chez moi à Budapest, il avait fait une autre rencontre.

Cette nouvelle m'avait chamboulé, je n'entrevoyais pas encore les futilités d'une certaine vie gay, mais je m'en voulais d'avoir une vie qui me rendait au fond assez peu disponible pour construire, et décourageait par avance toutes les promesses ensoleillées.

J'étais en partance pour Cuba où allait se tenir le festival mondial des jeunes et des étudiants, et j'emmenais avec moi au fond de ma gorge cette boule de frustration de n'avoir pas vu, pas pu, pas su le conquérir ou le retenir, ni de n'avoir été libre pour me consacrer à cette relation.

A Cuba, cette fois-là j'y étais resté un peu plus de deux semaines. Une pour régler les derniers détails avant le début du festival, l'autre pour le festival.

Là-bas, je n'ai pas oublié Stéphane. Je lui avais posté une lettre avant de partir, et je lui avais donné les moyens de m'y répondre par "voie rapide". Mais à Cuba, il y a dans l'air quelque chose de spécial, un goût de la vie, une liberté étonnante du verbe et des corps, qui d'un coup t'absorbe et ne laisse pas de place à tes tourments.

Dès la première bouffée de chaleur, à la sortie de l'avion, je crois que mon corps svelte et mâtiné s'était remis à radier, tout comme mon oeil et mon sourire espiègles. J'étais redevenu beau au contact du tarmac, et de tout côté les regards flattaient mes trente-deux ans.

1cdd346ec4d98f55157bf73f2b29d10e.jpgDès le premier soir, je m'en étais allé traîner en plein centre ville du côté du Copellia, le fameux glacier de Fraise et chocolat, parmi une foultitude de jeunes gens qui parlaient, riaient, tous beaux et métissés, attendant de savoir à quelle adresse allait être organisée la grande teuf gay du soir. C'était un rite : en l'absence d'établissement identifié, les soirées s'improvisaient, et l'on se retrouvait toujours au même endroit. Les passants connaissaient ce rendez-vous et le regardaient amusés, connivents. Un soir même, Alicia, notre guide-interprète m'y vit, et comprit sans rien dire.

Ce premier soir, donc, j'ai rencontré Eddy au détour d'une salsa-techno. Un grand garçon blond aux cheveux longs, à la voix rocailleuse. Nous nous sommes beaucoup embrassés, puis nous nous sommes retrouvés plusieurs soirs pour boire un coup, parler, marcher ou retourner danser. J'ai perçu à travers lui le foisonnement de la vie gay de La Havanne. J'ai aussi découvert un autre discours sur l'île et sa politique. Mais il y avait toujours quelque chose qui nous empêchait de conclure, jusqu'au jour où j'ai compris qu'il y avait une histoire d'argent. Pris à froid, j'ai ravalé ma déception et nous nous sommes quittés bons amis.

Au début de la deuxième semaine, alors que les délégués du festival arrivaient par avions entiers, et que toute La 333fa397d5ce7f4248a7048f931091a0.jpgHavanne s'était mise aux couleurs de l'événement, j'ai rencontré Oscar. Avec Oscar, c'était plus simple, plus spontané et plus direct. Il me montrait sa carte des jeunesses communistes et il riait. Il était brun et caverneux, beaucoup moins désinhibé qu'Eddy. Le premier soir, nous nous sommes pelotés, astiqués, sucés, sous un porche non loin du grand hôtel international Havana libre. Il y avait toujours avec nous deux copains à lui, plus jeunes, qui s'amusaient de notre relation, mais restaient à bonne distance, discrets. A deux reprises, Oscar est même venu à l'Hôtel Juventud où je logeais (l'hôtel de la jeunesse communiste), pour passer la nuit avec moi. Son répertoire de jeux était étroit, il finissait vite par me prendre puis nous dormions ensemble, avant d'organiser son évasion discrètement au petit matin.

Stéphane me fit parvenir sa réponse par les moyens que je lui avais indiqués. Elle me confirma que notre histoire était morte dans l'oeuf, mais elle m'apaisa. Ça fait partie du patrimoine épistolaire que je serai amené à te livrer sur ces pages. Comment appelle-t-on, en météorologie, ces tourbillons violents, brefs mais dévastateurs ? Les tornades ?

J'avais assez peu de temps, j'étais très occupé, pas tant par des questions d'organisation prises en charge par d'autres, mais par des discussions politiques, des rencontres diplomatiques et quelques moments de représentation. Vint le fbfc643bea04e762dcc73316e45c227c.jpgmoment où les chefs de délégation furent invités à une réception offerte par le Lider Maximo. Je ne me souviens plus, cette fois-là, s'il y eut un discours ou non. Le seul moment qui me reste en mémoire de cette soirée, c'est lorsqu'il demanda à rencontrer le président de la fédération. Je me suis alors retrouvé face à lui, immense, dans le treillis qu'on lui connaît, il me toisait de haut et d'un regard incroyable de profondeur.

On peut appeler ça comme on veut, mais ce n'était pas du protocole. Nous avons échangé quelques phrases : il était question de l'avenir du mouvement, de valeurs anti-impérialistes... Je savais bien ce qu'il y avait dans chacun de ses mots : durant les deux années d'organisation de ce festival, nous avions eu des conflits avec nos hôtes cubains : tantôt ils se montraient ouverts à des organisations de type mouvementistes, représentatives des combats contemporains, y compris d'organisations anti-sida, de lutte contre les violences faites aux femmes, d'anti-racisme, pour les droits des homosexuels, et tantôt ils se refermaient sur des approches étroites, ne reconnaissant que les organisations politiques au sens strict.

Me clouant son regard dans le mien, Fidel délivrait son message du moment : la lutte anti-impérialiste suppose qu'on rassemble d'abord les mouvements qui se revendiquent de ces valeurs. Vous, les Français, on vous tient à l'oeil, attention à pas trop sortir du rang. Fermez le banc !

J'ai du acquiescer bêtement, et balbutier quelques mots de respect et de reconnaissance. Et je suis reparti avec l'image de ce regard à jamais fixé en moi.

Une fois terminé le festival, j'ai revu Oscar et ses deux copains. Avec ma petite voiture de location, nous nous sommes d9c61b477ee8ee42af10d08dc53fc86c.jpgmême offert une petite virée à la plage, et ils en étaient joyeux.

Avant de repartir, j'ai vidé ma valise avec eux et leur ai laissé quelques uns des vêtements qui me tenaient le plus à coeur et j'en fus heureux.

Avec Oscar, c'est la première fois que je prenais un vrai plaisir à être enculé.

24 février 2008

quelle connerie la guerre !

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J'ai besoin d'inventer un nouveau mot pour écrire ce qui va suivre. Indélébilité. L'indélébilité de la guerre, c'est ça qui me vient après ma soirée d'hier.

Ce samedi, c'était théâtre et retrouvailles. Ca me rend toujours fier de connaître des artistes, et encore plus d'être leur ami, je crains toujours de n'en être pas digne.

Mon ami Issam Bou Khaled présentait donc au théâtre du Tarmac, dans le Parc de la Villette, une adaptation française de sa pièce Archipel, qui fit un tabac à Beyrouth à sa sortie, il y a dix ans.

Parlons donc d'abord théâtre. Archipel se définit comme une comédie noire futuriste. Les personnages sont des zombies, rescapés ou victimes d'une guerre du Liban. D'une guerre, oui, car nous sommes au 22ème siècle, et les guerres du Liban, on ne les compte plus. A chaque guerre, les destructions d'immeubles permettent de rejeter à la mer de telles quantités d'immondices, de béton, avec au milieu des cadavres, que les remblais sont à une guerre de relier le Liban à Chypre. Et de réaliser le mythe d'un Liban, pont entre l'orient et l'occident. En guise de mythe, les personnages de ce théâtre expérimental et absurde, comme tirés d'une bande dessinée, se vivent comme des déchets de l'histoire et évoluent dans l'univers glauque d'un égout.

L'adaptation française a un peu perdu de l'humour noir et caustique des premières scènes, et je me suis un peu noyé 80ea5da932c00903be548e444e721df3.jpgdans la frénésie du début, puis la poésie et le sens se mettent en place, et c'est un magnifique travail qu'il présente là (jusqu'au 15 mars - relâche dimanche et lundi).

Issam Bou Khaled, je l'ai connu au Liban l'été 1991, juste au sortir de la guerre. C'était à l'occasion d'un camp de vacances organisé entre jeunes communistes français et libanais. Pendant 15 jours, nous avons partagé l'accueil et la convivialité dont sont capables les orientaux, mais surtout connu de tout jeunes gens qui, c'est ainsi, avaient fait la guerre. Avaient grandi dans la guerre. N'avaient connu que la guerre. La plupart avaient porté le fusil, notamment dans la résistance contre l'occupation du Sud.

Cette phase de paix, si nouvelle, était complètement déstabilisante pour eux, leur équilibre se cherchait. Ils devaient faire leur deuil de la guerre. Il devaient faire leur deuil du projet démocratique et laïque qui les avait portés. Il y a ceux qui voulaient continuer comme si rien n'avait changé, parce qu'il restait au Sud cette "bande de sécurité", toujours occupée. Il y a ceux qui réfléchissaient à l'accompagnement dont auraient besoin tous ces ex-miliciens pour se reconvertir dans une vie normale. Ils se posaient mille et une questions sur l'avenir, et nous étions au coeur de leurs débats.

C'est étonnant, mais beaucoup envisageaient des carrières artistiques, comme s'ils ne voyaient que l'art et la création comme moyen de témoigner, de continuer à dire des valeurs, comme pour échapper au côté petit buiseness à qui la paix faisait désormais la part belle. Comme pour ne pas se trahir. Issam, qui était l'amuseur public au sein du groupe, avec un art sans pareil de raconter des histoires, une expressivité exceptionnelle du visage, des mimiques à se tordre, rêvait de commencer des études de théâtre.

Ce séjour avait été particulièrement intense en émotions et en amitiés. Pour moi qui connaissais déjà le Liban et son histoire, notamment à travers mes amitiés avec Menem ou Ali, et pour tous ces jeunes Français qui se prenaient un petit bout du monde en pleine tronche. Il y eut des histoires d'amour fulgurantes et des amitiés qui allaient durer. Issam et moi, on fait partie de celles-là.

Au cours de mes études d'arabe à Damas l'année d'après, j'ai eu la chance de pouvoir revoir régulièrement plusieurs de ces jeunes. Presque chaque mois, pendant un an, je m'échappais de la chape aculturelle syrienne pour passer quelques jours dans la liberté et la joie de vivre libanaises. Et c'est chez Issam et ses parent que j'étais hébergé à chaque fois. Il connut aussi plusieurs de mes copines de Damas, parmi lesquelles Agnes et Faridé, qui prolongèrent quelques années de plus que moi des séjours d'étude ou de travail au Liban ou en Syrie, et qui contribuèrent à entretenir la relation malgré la distance.

Samedi soir, donc, après la représentation, on s'est retrouvé comme autrefois. Et c'est vrai qu'on aurait dit que rien n'avait changé. Sauf qu'il y avait Bernadette, sa femme et premier rôle dans la pièce, et leurs deux enfants. Et que je leur ai présenté Igor. Il y avait également la soeur de Issam, Bouchra, que j'avais plusieurs fois rencontrée chez eux, et avec qui l'on a découvert hier que nous étions nés le même jour, le même mois de la même année. A neuf heures d'intervalle.

J'ai appris que la guerre de 33 jours d'Israël contre le Hezbollah, durant l'été 2006, avait provoqué trois fois plus de destruction que les seize années de la guerre civile.

J'ai découvert un Issam pessimiste, résigné à de nouvelles guerres - parce qu'il pense qu'un exemple libanais démocratique et de coexistence interreligieuse est de toute façon insupportable aux pays voisins, à Israël et aux Américains - et prêt à fuir pour épargner à ses enfants ce qu'il a lui même enduré.

Issam, c'est un chrétien, avec un nom de musulman. Bernadette, c'est une musulmane chiite, avec un prénom chrétien. Leurs enfants ne sont ni l'un ni l'autre, mais la société ne fait plus de place aujourd'hui aux ni l'un ni l'autre. Libanais, tu es sommé de choisir ton camp ! Chrétien ou musulman, pro-syrien ou anti-syrien, pro-Hezbollah ou pro-Israël... Le Liban a souvent été comme ça, sans quoi il n'y aurait sans doute pas eu de guerre, mais au moins existait-il des espaces de respirations, des passerelles, y avait-il aussi un mouvement laïque porteur d'un Liban non-confessionnel. Leur couple et leur famille témoignent à eux seuls de ce rêve. Cet espace n'existe plus et il étouffe.

Et pourtant, son oeil est resté si clair. Et comme j'ai aimé qu'il me parle, et qu'il me parle, pendant des heures, plongeant dans mon regard son accent sans pareil. Quelle connerie la guerre !

23 février 2008

Quelques petites choses sans importance (quoique)

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J’ai été tagué ! Et j'ai tout lieu d'en être fier. D'abord parce que je l'ai été par céleste, dont j'apprécie et le blog et le regard qu'elle porte sur le monde, sans concession mais jamais désespéré.

Parce que je l'ai été sous ce titre-là, me rappelant le plaisir que je prends presque chaque jour à plonger dans l'univers des petites choses de M., toujours battant et sensuel.

Et parce que je l'ai été en compagnie, entre autres, de Fiso et de Fauvette, deux autres femmes qui tiennent des blogs si sensibles et si justes que je m'y réfère souvent pour apprendre à manager le mien.

Tout ceci pour dire que j'ai beau dire et j'ai beau faire : parler de bites, dire mon goût pour la branlette, raconter mes petits délires sous les douches de ma piscine préférée, ou mes grands élans dévastateurs avec des mecs de choix, moi et les femmes c'est quand-même une belle histoire d'amour.

Je m'en vais donc participer, non sans une certaine légèreté, à cette petite chaîne.

Le règlement du jeu stipule qu’il faut :

* Mettre le lien de la personne qui vous tague
* Mettre les règlements sur votre blog
* Mentionner six choses/habitudes/tics non importants sur vous-même
* Taguer six personnes à la fin de votre billet en mettant leurs liens
* Aller avertir directement sur leurs blogs les personnes taguées

Voilà, ça, c'est fait : je me lance sans trop y réfléchir, mais en m'offrant de le faire un peu trash, parce que j'ai toujours peur, à mesure que je te connais mieux, de ne plus oser parler suffisamment de sexe sur ce blog. Alors je me force un peu.

Donc dans la catégorie "mes six petites perversions (ou petits travers) que je ne t'avais pas encore dévoilé(e)s" :414ad089af6c0da873abbeadde988422.jpg

1 - Sous la douche, j'aime bien siffloter le petit air que j'ai dans la tête : j'ai l'impression de me donner du détachement (mais je me donne surtout l'air con - tu as déjà essayé de siffler quand l'eau te coule sur le visage ?). Je commence sage, t'as vu ? ;

2 - Chaque fois que je me tonds les poils pubiens et que je me rase les couilles - cérémonial rare que je ne m'offre qu'avant une sortie au sauna - ça me file une trique d'enfer ;

3 - J'aime bien les plans à plusieurs. En général, ça me remplit pour plusieurs semaines. Mon mec aime bien aussi paraît-il, mais c'est chacun de son côté. Ensemble, ça serait pas possible ;

4 - S'il y a une chose que je n'aime pas, c'est bien de me faire pincer les tétons : le plus souvent les mecs se jettent dessus en croyant bien faire, or c'est chez moi une zone hyper douloureuse et pas du tout érogène ;

5 - Quand je me branle face à un mec, je peux y mettre tellement du mien que j'en chope des crampes aux lobes fessiers... Non mais tu le crois, ça ?

6 - Enfin, pour mes petites parties en solitaire, il y a un site que j'affectionne tout particulièrement, et tu vas tout de suite comprendre pourquoi : c'est le club des branleurs.

Je passe le relais (et hop !, à vous messieurs) à Anydris, L'Eléphant, Monsieur Dimanche, Chrisbi, lancelot et Alex (une façon de te signaler d'autres blogs que j'aime et dont je n'ai pas encore beaucoup parlé ici).

Ouais, je sais, je masculinise le truc, là. Mais compte tenu de ce que j'ai écrit, j'ai pas osé...

 

22 février 2008

les mégalos du désert

 

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La ville de Saragosse, en Espagne (où je me trouvais ces jours-ci), et la province autonôme de l'Aragon, s'apprêtent à accueillir, de juin à septembre prochain, l'Exposition internationale sur le thème de l'eau et du développement durable. On comprend que dans cette Espagne si exangue, assoiffée, au point d'en avoir souvent épuisé ses cours d'eau, et de s'être constuit une culture de l'eau longtemps déraisonnable ("ne laissons pas se perdre une seule goutte d'eau dans l'océan"), cette thématique soit au coeur de leurs préoccupations.

Pour les promotteurs de l'EXPO, on peut penser qu'il s'agit de revenir à une approche plus rationnelle et plus durable du problème, restaurer l'image des fleuves et des rivières comme des écosystèmes qui font partie de l'équilibre de la vie, et non seulement comme des réservoirs à eau. Il s'agit aussi d'interroger les modes de développement, de remettre en cause les stratégies économiques fondées sur le tout-tourisme, ou sur la production agricole intensive.

Zaragoza 2008 fera ainsi écho à des luttes récentes qui ont conduit à l'abandon, par le gouvernement Zapatero, des projets démesurés de grands barrages sur l'Ebre, qui auraient conduit à submerger des villages entiers et tout un patrimoine culturel, ou de transferts massifs des eaux de l'Ebre vers Valence au profit d'une agriculture dévastatrice.

Vers un Las Vegas européen ?

Mais curieusement, je ne sais pas me l'expliquer, si ce n'est par des histoires de gros sous, la politique en Espagne 81f6b3b6d7a344892c219ef627c82cd5.jpgcomme ailleurs porte en elle une schyzophrénie chronique totalement déroutante. Ainsi, le même président socialiste de l'Aragon, qui inaugurera le 14 juin l'Exposition internationale sur l'eau devant les médias du monde entier, vient de signer avec un consortium de promotteurs privés un projet complètement démoniaque, dénommé Gran Scala, le Las vegas européen, au coeur du désert aragonais : 17 milliards d'euros d'investissement, 35 casinos, 70 hôtels, 200 restaurants, 500 commerces, un hippodrome et un terrain de golf, tout cela en plus des 4 parcs à thème...

On connait les délires mégalomaniaques des princes de la péninsule arabique et leurs projets pharaoniques à Dubaï et Abou-Dhabi, qui préparent à leur façon, et en sur-exploitant une main d'oeuvre asiatique dépourvue de tout droit et de toute protection (écouter ici les émissions de Gérard Mermet dans Là-bas si j'y suis), une reconversion touristique et économique pour un après-pétrole inéluctable. Soit.

Mais là, à nos portes, sur un continent plutôt plus conscient que les autres des enjeux environnementaux, au coeur d'une région qui s'est battue pour préserver ses ressources... comment le concevoir ? España, por favor, no los dejas hacerlo ! (merci de ton aide, Tisbea)

Qu'il y ait derrière de puissants groupes, à moitié maffieux (j'écris à moitié pour ne pas me retrouver avec un procès au cul, on ne connaît jamais la longueur exacte des bras de ces gens-là), complètement mégalos, sans aucun scrupule à l'égard de toutes les communautés villageoises qui cherchent, pour vivre, à simplement préserver leur rapport simple et modeste à l'eau, c'est évident.

Mais comment ce président - je le répète, socialiste - de l'Aragon, a pu ainsi s'engager, non seulement à autoriser le projet, mais à accorder des dérogations sur les lois relatives aux jeux, à mettre en place des infrastructures autoroutières, à y installer une gare pour la future liaison TGV, à consentir un volume invraissemblable d'investissements publics ?

Outre ces problèmes écologiques, un habitant sur six de la région aragonaise est qualifié de dépendant au jeu. Par conséquent, la réalisation de ce projet pourrait avoir des conséquences psychologiques et financières catastrophiques sur les habitants voisins du site.

Après la stupeur des premières annonces, un petit noyau de résistance est en train de se former. Ils étaient 600 réunis en assemblée, il y a une dizaine de jours, pour former un comité régional "Gran Scala, No!", ils ont décidé de former dans chaque village des comités du même nom, et dotés de leur bâton de pèlerins d'arpenter les sentiers du pouvoir, de la citoyenneté, et de l'action pour mettre ce projet fou en échec.

Heureusement, ils sont rompus aux causes désepérées qui se gagnent à la fin, il leur a fallu cinq ans de Marche bleue et l'élection de Zapatero pour gagner contre le "programme hydrographique national". Ils savent que la route peut être longue. Il n'est pas exclu, comme du temps de la Marche bleue, que les chemins vers Bruxelles leur fasse traverser notre pays. Si c'est le cas, ce ne sera pas une traversée du désert, j'espère, et ils trouveront du soutien sur leur route.