Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24 février 2008

quelle connerie la guerre !

bd817cd1a5953e5f3cb8bb260c2fc66b.jpg

J'ai besoin d'inventer un nouveau mot pour écrire ce qui va suivre. Indélébilité. L'indélébilité de la guerre, c'est ça qui me vient après ma soirée d'hier.

Ce samedi, c'était théâtre et retrouvailles. Ca me rend toujours fier de connaître des artistes, et encore plus d'être leur ami, je crains toujours de n'en être pas digne.

Mon ami Issam Bou Khaled présentait donc au théâtre du Tarmac, dans le Parc de la Villette, une adaptation française de sa pièce Archipel, qui fit un tabac à Beyrouth à sa sortie, il y a dix ans.

Parlons donc d'abord théâtre. Archipel se définit comme une comédie noire futuriste. Les personnages sont des zombies, rescapés ou victimes d'une guerre du Liban. D'une guerre, oui, car nous sommes au 22ème siècle, et les guerres du Liban, on ne les compte plus. A chaque guerre, les destructions d'immeubles permettent de rejeter à la mer de telles quantités d'immondices, de béton, avec au milieu des cadavres, que les remblais sont à une guerre de relier le Liban à Chypre. Et de réaliser le mythe d'un Liban, pont entre l'orient et l'occident. En guise de mythe, les personnages de ce théâtre expérimental et absurde, comme tirés d'une bande dessinée, se vivent comme des déchets de l'histoire et évoluent dans l'univers glauque d'un égout.

L'adaptation française a un peu perdu de l'humour noir et caustique des premières scènes, et je me suis un peu noyé 80ea5da932c00903be548e444e721df3.jpgdans la frénésie du début, puis la poésie et le sens se mettent en place, et c'est un magnifique travail qu'il présente là (jusqu'au 15 mars - relâche dimanche et lundi).

Issam Bou Khaled, je l'ai connu au Liban l'été 1991, juste au sortir de la guerre. C'était à l'occasion d'un camp de vacances organisé entre jeunes communistes français et libanais. Pendant 15 jours, nous avons partagé l'accueil et la convivialité dont sont capables les orientaux, mais surtout connu de tout jeunes gens qui, c'est ainsi, avaient fait la guerre. Avaient grandi dans la guerre. N'avaient connu que la guerre. La plupart avaient porté le fusil, notamment dans la résistance contre l'occupation du Sud.

Cette phase de paix, si nouvelle, était complètement déstabilisante pour eux, leur équilibre se cherchait. Ils devaient faire leur deuil de la guerre. Il devaient faire leur deuil du projet démocratique et laïque qui les avait portés. Il y a ceux qui voulaient continuer comme si rien n'avait changé, parce qu'il restait au Sud cette "bande de sécurité", toujours occupée. Il y a ceux qui réfléchissaient à l'accompagnement dont auraient besoin tous ces ex-miliciens pour se reconvertir dans une vie normale. Ils se posaient mille et une questions sur l'avenir, et nous étions au coeur de leurs débats.

C'est étonnant, mais beaucoup envisageaient des carrières artistiques, comme s'ils ne voyaient que l'art et la création comme moyen de témoigner, de continuer à dire des valeurs, comme pour échapper au côté petit buiseness à qui la paix faisait désormais la part belle. Comme pour ne pas se trahir. Issam, qui était l'amuseur public au sein du groupe, avec un art sans pareil de raconter des histoires, une expressivité exceptionnelle du visage, des mimiques à se tordre, rêvait de commencer des études de théâtre.

Ce séjour avait été particulièrement intense en émotions et en amitiés. Pour moi qui connaissais déjà le Liban et son histoire, notamment à travers mes amitiés avec Menem ou Ali, et pour tous ces jeunes Français qui se prenaient un petit bout du monde en pleine tronche. Il y eut des histoires d'amour fulgurantes et des amitiés qui allaient durer. Issam et moi, on fait partie de celles-là.

Au cours de mes études d'arabe à Damas l'année d'après, j'ai eu la chance de pouvoir revoir régulièrement plusieurs de ces jeunes. Presque chaque mois, pendant un an, je m'échappais de la chape aculturelle syrienne pour passer quelques jours dans la liberté et la joie de vivre libanaises. Et c'est chez Issam et ses parent que j'étais hébergé à chaque fois. Il connut aussi plusieurs de mes copines de Damas, parmi lesquelles Agnes et Faridé, qui prolongèrent quelques années de plus que moi des séjours d'étude ou de travail au Liban ou en Syrie, et qui contribuèrent à entretenir la relation malgré la distance.

Samedi soir, donc, après la représentation, on s'est retrouvé comme autrefois. Et c'est vrai qu'on aurait dit que rien n'avait changé. Sauf qu'il y avait Bernadette, sa femme et premier rôle dans la pièce, et leurs deux enfants. Et que je leur ai présenté Igor. Il y avait également la soeur de Issam, Bouchra, que j'avais plusieurs fois rencontrée chez eux, et avec qui l'on a découvert hier que nous étions nés le même jour, le même mois de la même année. A neuf heures d'intervalle.

J'ai appris que la guerre de 33 jours d'Israël contre le Hezbollah, durant l'été 2006, avait provoqué trois fois plus de destruction que les seize années de la guerre civile.

J'ai découvert un Issam pessimiste, résigné à de nouvelles guerres - parce qu'il pense qu'un exemple libanais démocratique et de coexistence interreligieuse est de toute façon insupportable aux pays voisins, à Israël et aux Américains - et prêt à fuir pour épargner à ses enfants ce qu'il a lui même enduré.

Issam, c'est un chrétien, avec un nom de musulman. Bernadette, c'est une musulmane chiite, avec un prénom chrétien. Leurs enfants ne sont ni l'un ni l'autre, mais la société ne fait plus de place aujourd'hui aux ni l'un ni l'autre. Libanais, tu es sommé de choisir ton camp ! Chrétien ou musulman, pro-syrien ou anti-syrien, pro-Hezbollah ou pro-Israël... Le Liban a souvent été comme ça, sans quoi il n'y aurait sans doute pas eu de guerre, mais au moins existait-il des espaces de respirations, des passerelles, y avait-il aussi un mouvement laïque porteur d'un Liban non-confessionnel. Leur couple et leur famille témoignent à eux seuls de ce rêve. Cet espace n'existe plus et il étouffe.

Et pourtant, son oeil est resté si clair. Et comme j'ai aimé qu'il me parle, et qu'il me parle, pendant des heures, plongeant dans mon regard son accent sans pareil. Quelle connerie la guerre !

Commentaires

Et dire que chez nous il y a un petit homme (dans tous les sens du terme ) qui prône la religion ,quelle qu'elle soit comme "arme" de paix........

Écrit par : jelaipa | 24 février 2008

-> Jelaipa -> Et je me demande si des fois, à manier un discours belliqueux hors de propos, comme il le fait avec l'Iran, aidé en celà par Bernard Kouchner, s'il ne veut pas nous préparer à l'idée de la participation française à une guerre...

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 25 février 2008

Entre autre surement : il a tellement besoin d'être au centre de tout qu'il ferait n'importe quoi pour qu'on le voit....

Écrit par : jelaipa | 25 février 2008

Les commentaires sont fermés.