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25 février 2008

Eddy, Oscar, et Fidel

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Fidel castro vient donc de décider de passer la main. Avant l'arme à gauche. C'est sage. J'ai du respect pour cet homme et son oeuvre, mais je ne le porte pas aux nues. J'ai eu la chance de le rencontrer, et je suis lucide sur ses profondes dérives totalitaires. Je ne méconnais pas, en particulier, la façon dont les homosexuels sont parfois traités (je te recommande la lecture d'Avant la nuit, livre autobiographique de Reinaldo Arenas, et le film qui en a été tiré, dont la bande annonce est visible là).

Mais tout schlérosé qu'il puisse être, ce régime n'a jamais pu empêcher la société d'avancer dans le débat, la parole, que j'ai toujours trouvée étonnamment libérée, et au fond un vif pluralisme de fait.

C'était en 1997, l'été. Mon premier été après ma sortie du placard. Je courais derrière tout ce qui bougeait, je tombais amoureux pour un oui, pour un non. je touchais une bite, et c'était la bite de ma vie. Une bite se refusait, et je perdais l'horizon.

Cet été-là, j'étais ainsi tombé amoureux de Stéphane, un grand copain de Laurent (qui avait à dessein provoqué la rencontre quand nous nous étions réconciliés après notre année de silence). Il m'avait semblé que c'était réciproque. Nous ne nous étions rien dit, portés par de grandes conversations où nous mettions à nu de vastes étendues de connivences. Mais le temps d'un retour chez moi à Budapest, il avait fait une autre rencontre.

Cette nouvelle m'avait chamboulé, je n'entrevoyais pas encore les futilités d'une certaine vie gay, mais je m'en voulais d'avoir une vie qui me rendait au fond assez peu disponible pour construire, et décourageait par avance toutes les promesses ensoleillées.

J'étais en partance pour Cuba où allait se tenir le festival mondial des jeunes et des étudiants, et j'emmenais avec moi au fond de ma gorge cette boule de frustration de n'avoir pas vu, pas pu, pas su le conquérir ou le retenir, ni de n'avoir été libre pour me consacrer à cette relation.

A Cuba, cette fois-là j'y étais resté un peu plus de deux semaines. Une pour régler les derniers détails avant le début du festival, l'autre pour le festival.

Là-bas, je n'ai pas oublié Stéphane. Je lui avais posté une lettre avant de partir, et je lui avais donné les moyens de m'y répondre par "voie rapide". Mais à Cuba, il y a dans l'air quelque chose de spécial, un goût de la vie, une liberté étonnante du verbe et des corps, qui d'un coup t'absorbe et ne laisse pas de place à tes tourments.

Dès la première bouffée de chaleur, à la sortie de l'avion, je crois que mon corps svelte et mâtiné s'était remis à radier, tout comme mon oeil et mon sourire espiègles. J'étais redevenu beau au contact du tarmac, et de tout côté les regards flattaient mes trente-deux ans.

1cdd346ec4d98f55157bf73f2b29d10e.jpgDès le premier soir, je m'en étais allé traîner en plein centre ville du côté du Copellia, le fameux glacier de Fraise et chocolat, parmi une foultitude de jeunes gens qui parlaient, riaient, tous beaux et métissés, attendant de savoir à quelle adresse allait être organisée la grande teuf gay du soir. C'était un rite : en l'absence d'établissement identifié, les soirées s'improvisaient, et l'on se retrouvait toujours au même endroit. Les passants connaissaient ce rendez-vous et le regardaient amusés, connivents. Un soir même, Alicia, notre guide-interprète m'y vit, et comprit sans rien dire.

Ce premier soir, donc, j'ai rencontré Eddy au détour d'une salsa-techno. Un grand garçon blond aux cheveux longs, à la voix rocailleuse. Nous nous sommes beaucoup embrassés, puis nous nous sommes retrouvés plusieurs soirs pour boire un coup, parler, marcher ou retourner danser. J'ai perçu à travers lui le foisonnement de la vie gay de La Havanne. J'ai aussi découvert un autre discours sur l'île et sa politique. Mais il y avait toujours quelque chose qui nous empêchait de conclure, jusqu'au jour où j'ai compris qu'il y avait une histoire d'argent. Pris à froid, j'ai ravalé ma déception et nous nous sommes quittés bons amis.

Au début de la deuxième semaine, alors que les délégués du festival arrivaient par avions entiers, et que toute La 333fa397d5ce7f4248a7048f931091a0.jpgHavanne s'était mise aux couleurs de l'événement, j'ai rencontré Oscar. Avec Oscar, c'était plus simple, plus spontané et plus direct. Il me montrait sa carte des jeunesses communistes et il riait. Il était brun et caverneux, beaucoup moins désinhibé qu'Eddy. Le premier soir, nous nous sommes pelotés, astiqués, sucés, sous un porche non loin du grand hôtel international Havana libre. Il y avait toujours avec nous deux copains à lui, plus jeunes, qui s'amusaient de notre relation, mais restaient à bonne distance, discrets. A deux reprises, Oscar est même venu à l'Hôtel Juventud où je logeais (l'hôtel de la jeunesse communiste), pour passer la nuit avec moi. Son répertoire de jeux était étroit, il finissait vite par me prendre puis nous dormions ensemble, avant d'organiser son évasion discrètement au petit matin.

Stéphane me fit parvenir sa réponse par les moyens que je lui avais indiqués. Elle me confirma que notre histoire était morte dans l'oeuf, mais elle m'apaisa. Ça fait partie du patrimoine épistolaire que je serai amené à te livrer sur ces pages. Comment appelle-t-on, en météorologie, ces tourbillons violents, brefs mais dévastateurs ? Les tornades ?

J'avais assez peu de temps, j'étais très occupé, pas tant par des questions d'organisation prises en charge par d'autres, mais par des discussions politiques, des rencontres diplomatiques et quelques moments de représentation. Vint le fbfc643bea04e762dcc73316e45c227c.jpgmoment où les chefs de délégation furent invités à une réception offerte par le Lider Maximo. Je ne me souviens plus, cette fois-là, s'il y eut un discours ou non. Le seul moment qui me reste en mémoire de cette soirée, c'est lorsqu'il demanda à rencontrer le président de la fédération. Je me suis alors retrouvé face à lui, immense, dans le treillis qu'on lui connaît, il me toisait de haut et d'un regard incroyable de profondeur.

On peut appeler ça comme on veut, mais ce n'était pas du protocole. Nous avons échangé quelques phrases : il était question de l'avenir du mouvement, de valeurs anti-impérialistes... Je savais bien ce qu'il y avait dans chacun de ses mots : durant les deux années d'organisation de ce festival, nous avions eu des conflits avec nos hôtes cubains : tantôt ils se montraient ouverts à des organisations de type mouvementistes, représentatives des combats contemporains, y compris d'organisations anti-sida, de lutte contre les violences faites aux femmes, d'anti-racisme, pour les droits des homosexuels, et tantôt ils se refermaient sur des approches étroites, ne reconnaissant que les organisations politiques au sens strict.

Me clouant son regard dans le mien, Fidel délivrait son message du moment : la lutte anti-impérialiste suppose qu'on rassemble d'abord les mouvements qui se revendiquent de ces valeurs. Vous, les Français, on vous tient à l'oeil, attention à pas trop sortir du rang. Fermez le banc !

J'ai du acquiescer bêtement, et balbutier quelques mots de respect et de reconnaissance. Et je suis reparti avec l'image de ce regard à jamais fixé en moi.

Une fois terminé le festival, j'ai revu Oscar et ses deux copains. Avec ma petite voiture de location, nous nous sommes d9c61b477ee8ee42af10d08dc53fc86c.jpgmême offert une petite virée à la plage, et ils en étaient joyeux.

Avant de repartir, j'ai vidé ma valise avec eux et leur ai laissé quelques uns des vêtements qui me tenaient le plus à coeur et j'en fus heureux.

Avec Oscar, c'est la première fois que je prenais un vrai plaisir à être enculé.

Commentaires

OhOh au pays de Fresa o Chocolate... Avec le lider Maximo, droit dans les yeux. On aimerait y être !

Écrit par : DonDiego | 25 février 2008

Impressionnant, rencontrer Fidel Castro, c'est sur que ça doit faire quelque chose, il dégage quand même un charisme incroyable.
C'est vrai que je ne suis pas et que je n'ai jamais été communiste, peut être est ce pour ça que je ne comprend pas qu'on puisse demander à son peuple de telles concessions au nom d'une idéologie.
Certainement aussi que l'image que j'ai de Cuba est tronquée, cette image étant uniquement faite de ce que la presse veut bien nous en dire et de mes lectures de Zoé Valdes.

Écrit par : sof | 25 février 2008

-> DonDiego -> Et moi, j'aimerais y retourner. Sensations fortes assurées, malgré les ravages de roi dollar ;
-> sof -> Y'a une chose que je n'évoque pas dans mon billet, c'est l'embargo : trente ans qu'il dure, et qu'il n'a pas aidé aux évolutions démocratiques.

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 26 février 2008

Fidel Castro et tes premiers émois homosexuels dans la même note. Et rien ne choque, rien ne détonne. Sais pas comment tu fais ça, mais chapeau !
(si je peux me permettre, un petit Buena Vista en fond musical aurait été juste parfait ;-) )
(mais qu'elle est pénible avec sa musique, celle-là !!!!)

Écrit par : M. | 27 février 2008

-> M. -> Je m'excuse, j'ai manqué de tact, là... Attends, je m'en vais te le remettre pour bientôt.

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 28 février 2008

Plonger son regard dans celui qui fut cloué par Fidel... tu fais naître un fantasme !

Écrit par : estèf | 12 juin 2010

-> estéf -> Cuba ? Fantasme ? Oui, au fond, ce sont deux mots qui vont très bien ensemble...

Écrit par : Oh!91 | 14 juin 2010

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