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07 mars 2008

dans la peau de Laurent (C)

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Dans Laurent, il y a de la poésie aussi. Tu l'as perçue dans mes lettres, et tu m'en as donnée. De la poésie de situation, de la poésie de littérature. De la poésie de vie. Une poésie que j'ai aussi plaisir à trouver et à retrouver dans les pages de ton blog. Ou dans tes mails. Tu m'as déjà offert du Abou Nouas, et maintenant du René Char. Tu m'as donné une matière enracinée dans la vie, sans époque, éternelle. J'en ferai quelque chose dans ces pages, c'est un serment. Comme tu as su en faire, par défi, du Laurent. Du Laurent au masculin ou au féminin, au passé ou au présent, au réel ou au virtuel...

_________________________

Dans la peau de Laurent

proposition N° 3

par M.

O.,

Ta lettre entre les mains il y a une minute encore. Maintenant posée sur la table, près de la feuille blanche que je viens de me décider à sortir. Pourtant, j'ai hésité...

Je l'ai lue et relue, ta lettre. Tiens, je la relis encore...

Si je la lis autant, c'est que je ne sais comment réagir. Ou plutôt faire le choix entre les deux sentiments qu'elle m'inspire. Faire un choix, ce que toi, tu ne fais pas.

Que veux tu, O. ? Me parler franchement de toi, ou joliement du Sahara ? J'ai besoin de le savoir, pour te répondre. Dans le premier cas, je te lirai avec attention, avant de chercher puis peser mes mots, je les voudrai justes, pour soutenir les tiens. Dans le second, je garderai ta lettre précieusement, avec les autres, pour les relire un jour, plus tard, quand j'aurais envie de voyager depuis mon rocking-chair.

O., O., O...

Que te dire ?

Tes lettres me touchent, elles démontrent l'amitié que tu as pour moi, et en même temps elle me frustrent, parce que tu ne me fais pas confiance. Pas assez pour me parler ouvertement. Pour abandonner ces chemins détournés que tu empruntes par... Par quoi, au fait ? Par jeu ? Par peur ? Par...oserais-je le dire? Par lâcheté ?

Oh, je sais que c'est difficile de faire un choix. Mais c'est souvent nécessaire. Et je crois que ça l'est, maintenant, pour toi.

Je t'avoue que jamais je ne t'aurais écrit ainsi sans ta dernière lettre. Je t'ai dit avoir hésité. Oui, j'ai beaucoup hésité. Entre rester silencieux, parce que ce serait bien plus simple pour toi d'oublier cette lettre, ces fausses moitiés d'aveux, et poursuivre sur la voie que tu as choisis, celle de la facilité, ce dont je ne peux te blâmer. Et te répondre, comme je le fais, pas comme tu l'attends mais comme tu as besoin que je le fasses, je le sens, et je crois que tu le sens aussi. Je crois qu'un peu malgré toi tu me pousses à te brusquer. De toutes façons, je ne pouvais te répondre sans te brusquer.
O., je suis toute à toi.

Si tu choisis de me parler, fais le franchement. Je serai là pour t'écouter, et bien sûr te comprendre. Je dis bien sûr, parce que je ne peux que te comprendre, tu le sais bien. Si tu veux faire ce premier pas, vers moi et vers les autres, je te tiendrai la main.

Si, au contraire, tu choisis de te taire, de me parler sans le faire comme tu sembles t'y obstiner, je t'informe dès à présent que je ne te répondrai pas. Parce que je n'ai pas ton goût de l'écriture et des descriptions, je ne saurais te parler de rien sur des pages et des pages, comme tu le fais si bien. Parce que tu le fais bien, c'est indéniable, il est toujours très agréable de te lire. Mais pour moi le fond a toujours plus d'importance que la forme.

Si tu le permets, je vais terminer en te retournant tes propos : "C'est à toi, à présent, de déterminer ton – ou tes – attitude(s). Quant à moi, je me retranche dans le silence et l'attente. L'attente de ton signal, quel qu'il soit. Pour continuer notre amitié. Pour la dépasser. Pour la suspendre. Pour inventer autre chose...?"

A ton choix,

M.


Commentaires

Le plaisir de l'exercice (défi?) que tu nous a proposé est manifeste en lisant la lettre de M.
Si différente de la précédente. le Laurent de M te bouscule, t'interpelle et te prend à ton jeu. Il n'apporte pas de réponse, mais te donne quelques éléments pour que tu apportes toi même TA réponse à TA question. Belle démarche psychanalytique.
Le point commun entre les deux lettres, c'est l'hésitation de Laurent à te répondre et l'amitié qu'il te porte.
Merci M.

Écrit par : JG | 07 mars 2008

Lettre pleine de chaleur et de tendresse , lettre qui secoue , qui interpelle , lettre , belle dans sa forme et sur le fond ... Je pourrai continuer ainsi , tellement , elle m'a touchée par sa sincérité ... Puisse t 'elle atteindre son but pour qu'enfin tu te sentes plus léger , plus serein ... Bises

Écrit par : Manue | 07 mars 2008

C'est drôle, quand j'ai envisagé de particiiper à ce défi, c'est ce genre de réponse que j'aurais faite ...

Écrit par : Fiso | 07 mars 2008

C'est justement vu, un peu de brusquerie peut-être nécessaire :)

Écrit par : Olivier Autissier | 07 mars 2008

Oui mais l'art de la lettre de M. justement c'est que la "brusquerie" reste douce et patiente. Ce Laurent-ci, il a un côté féminin dans son intransigeance, son désir de clarté, mais aussi par sa bienveillance et sa chaleur indéniable qu'il dégage. Après le Laurent de la proposition B, c'est encore un bien beau cadeau que tu reçois.

Écrit par : lancelot | 08 mars 2008

-> à tous -> Je n'ose pas répondre. Est-ce à moi de le faire ? Surcommenter une lettre que j'aurais en effet pu recevoir, même si M. y a mis beaucoup d'elle-même, jusqu'à en enfiler le genre... A sa lecture, je me suis pris une gifle, en fait. j'ai réalisé que je croyais prendre mes responsabilités, et bousculer Laurent en le renvoyant aux siennes, le laisser seul face au choix, et voilà que je me retrouve avec l'évidence de ma lâcheté... j'ai beaucoup pensé après cette lecture. Oui, c'est un beau cadeau, très beau même. Merci M.

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 09 mars 2008

Je suis désolée, pour la gifle je veux dire, je ne voulais pas te heurter. En plus, je suis un peu hors sujet, puisque j'écris au féminin, et je signe de mon nom. Décidément, j'ai tout faux... On est loin du cadeau.
Merci en tous cas de l'indulgence de vos réactions.
Bises Oh.
(Fiso : j'en étais sûre...)

Écrit par : M. | 09 mars 2008

Les commentaires sont fermés.