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13 mars 2008

dans la peau de Laurent (F)

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Je m'y suis mis aussi. Après tout, n'est-ce pas à moi que ce défi avait été initialement lancé ? J'ai eu un avantage sur toi : je connais Laurent. J'ai de lui des choses que je ne t'ai jamais dite, et qui m'ont nourri. Toi, tu n'as de Laurent que peu de choses, des bribes de son histoire ancienne, Jean-Pierre, quelques fractions de son présent, un Sébastien en sommeil. Mais j'ai eu un désavantage : je suis prisonnier de ma propre attente. Depuis douze ans cette histoire tourne en rond dans ma tête, et m'en défaire est un exercice. Toi, tu as pu me mettre face à mes contradictions et me tendre un miroir.

J'ai écrit cette proposition avant de lire celles que tu m'envoyais, pour ne pas me laisser d'avantage conditionner. Au final, c'est une version qui, du coup, m'arrange bien : de loin, ce n'est pas la plus intéressante, j'en suis conscient, mais elle exprime - dans les limites de ce que je sais de lui - à peu près tout ce qu'il m'apparaît aujourd'hui raisonnable d'avoir pu en espérer à l'époque. Elle ne clôt pas la série. En tout bien, tout honneur, le dernier mot sera donné samedi par notre donneur d'ordre, Manu Causse-Plisson.

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Dans la peau de Laurent

proposition N°6

par Oh!91

Mon cher O.,

On a un beau printemps par chez nous. Avec Seb, on a fait le tri dans nos affaires ce week-end, dans nos papiers, dans nos amis, dans notre vie, on a passé un grand coup de serpillère, et on se sent mieux pour passer l'été.


Que te dire, O. ?

A la radio, j'en ai ras-le-bol du standard, mais je devrais décrocher un poste d'assistant de réalisation pour cet été auprès d'une chroniqueuse que j'apprécie.

Ta lettre m'est arrivée comme un pavé en travers de la gueule. D'abord, que tu le saches, j'en garde tout, je ne saurais pas te regarder à l'avenir avec des faux semblants entre-nous. Mais je ne suis pas bien sûr de tout comprendre. Ou plutôt, si. Tu me places dans une situation délicate, tu m'accuses violemment. J'ai cru pouvoir être simple avec toi, naturel, tu es un de mes rares potes hétéros, et j'ai pensé que je pouvais te parler ouvertement comme je le fais avec mes meilleurs amis homos. Y compris de sexe. Je n'ai pas pris de gant parce que je n'ai pas cru qu'il y en avait besoin. Pour moi, tu es quelqu'un de fort, j'ai parfois envie de m'accrocher à toi pour grandir, pour trouver la confiance qui me manque, tu es le copain qui compte dans ma vie, dont je suis fier et auquel je m'identifie parfois. Je ne voulais pas t'ébranler parce que j'ai besoin de toi tel que tu es, je n'ai jamais cherché à t'entraîner vers d'autres territoires.

La violence de ton propos me chahute comme jamais. Tu sais combien ton amitié m'est précieuse, mais tu viens menacer de la déchirer sous mon nez. Comment répondre à cela ?

On cherche tous à séduire, O. C'est notre lot. A notre corps défendant. Pour moi qui suis si mal dans ma peau, c'est ma bouée de survie. Vis-à-vis de toi, c'est aussi pour entretenir notre amitié.

je crois que tu te trompes, O., que tu te trompes de combat. Tu me prends pour cible, de ta haine ou de ton amour, ce n'est pas très clair, mais c'est contre autre chose que tu te débats. J'ai relu tes lettres depuis que tu es à Budapest. J'y perçois effectivement un certain trouble, peut-être dit-il des choses de toi que tu n'arrives pas encore à formuler clairement, comme une sorte d'enfermement. Je suis prêt à t'accompagner dans ce combat-là, à t'aider à comprendre de quoi tu es prisonnier. Ca me ferait drôle qu'au bout du chemin tu y découvres un goût pour les hommes, parce que parmi les choses que j'ai toujours admiré chez toi, c'est ton amour pour les femmes, ta fidélité, le respect que tu leur témoigne, et à côté de ça ta tolérance. Mais si c'est le cas, autant te le dire, je serais scotché bien sûr, mais tu resteras évidemment mon ami.

Tu veux mettre mes sentiments à nu ? Soit. Je croyais qu'ils l'étaient, alors ne t'attends pas à de grandes révélations... J'aime Sébastien, parce qu'il est jeune et fragile, et qu'il m'apporte une stabilité qui m'a toujours manqué. Si je devais être tout à fait sincère, j'aime surtout la vie que nous sommes en train de nous construire. Mais j'ai aimé plus que lui avant mon motard bourguignon. Au plan sexe, c'était dix fois mieux. Et j'ai aimé jean-pierre avant cela comme un malade, je lui suis redevable de tout ce que je suis devenu. Sans lui, j'aurais pu finir au fond du trou.

Quant à toi, je t'aime comme un ami, je peux même dire comme mon meilleur ami, donc d'une amitié que je n'ai pas envie de jouer à pile ou face. Si par contre tu attends de moi de l'amour, tu fais fausse route. On se connaît trop pour que je puisse envisager avec toi un tel niveau d'intimité. Peut-être qu'au tout début, durant notre voyage sur le transsibérien, j'ai eu une vraie attirance pour toi, elle s'est déplacée vers le secteur calme et apaisé de mes émotions. Mais je ne crois pas que tu m'aimes d'amour non plus. Tu projettes en moi des sentiments et des pulsions que tu refoules par ailleurs, et ce sont celles-ci que je veux bien t'aider à déceler. Si tu es prêt à faire un grand saut et à t'engager sur ce chemin. Ta lettre me laisse penser que tu l'es.

Si tu le souhaites, on en parle à ta prochaine visite.

J'espère que ce mot te rassurera : tu n'as rien brisé d'irréparable.

J'ai hâte de te revoir. J'ai aimé ton évocation du Sahara : t'en as quand même de la chance, mon salaud, de pouvoir te faire tous ces voyages !

Je t'embrasse.

laurent

Commentaires

"On cherche tous à séduire... C'est notre lot. A notre corps défendant. Pour moi qui suis si mal dans ma peau, c'est ma bouée de survie. Vis-à-vis de toi, c'est aussi pour entretenir notre amitié."
Vaste débat... et si, à travers ce 'jeu de survie', on entraînait les autres de par le fond...? Une amitié naît, bien sûr, à travers la séduction mutuelle. C'est inévitable. Mais l'entretenir ainsi ? Un jeu de séduction perpétuel ? C'est peut-être vrai mais que c'est dur....
Un nouveau Laurent, très 'mec', encore différent des autres, celui-là... L'as-tu décrit, écrit, tel qu'il était (car, finalement, tu es le seul de nous tous à le connaître réellement) ? Ou bien tel que tu aurais voulu qu'il soit ?

Écrit par : lancelot | 13 mars 2008

Ça doit être une curieuse sensation que de s'écrire à soi-même, davantage encore de se répondre.
Tu l'as fait avec une grande sagesse, sans doute parce que tu savais aussi que ça ne pouvait être que la seule issue (mais je m'avance peut-être, là).
Ta réponse est rassurante, pour vous deux. Elle me semble raisonnable.
Est-elle le reflet de l'avenir réel de ces courriers ?, à moins que je ne sois trop curieux.

Écrit par : Olivier Autissier | 13 mars 2008

-> lancelot -> C'est bizarre, c'est d'ailleurs ça qui m'a troublé, les sept "lettres de Laurent" auront de fait construit sept Laurent, et ces sept là pouraient tous être le vrai. Le mien se nourrit de détails plus authentiques, mais sa personnalité reste mystèrieuse, d'une certaine façon, et chacune de vos lettres en livre une clé. Je te jure, c'est terriblement étonnant ;
-> Olivier Autisier -> Tu as raison, c'est "raisonnable", ce que j'ai produit, et au fond, ça reflète d'avantage qui je suis que qui il est. C'est bien pour ça que je ne crois pas être plus dans le vrai que vous...

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 14 mars 2008

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