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21 février 2008

ma dette

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Un jour, avec WajDi, on a discuté d'autre chose que de la taille respective de notre teub.

Il m'a aidé à comprendre comment et pourquoi je m'étais épris, il y a quelques temps de ça, d'un jeune rebeu sorti de sa cité à la force des ses poignets et d'une belle intelligence affûtée par la vie. Avant que cette relation ne se termine radicalement, et tristement, du jour au lendemain.

Pourquoi, c'était pas dur : il était beau, jeune mais relativement mûr, son parcours forçait le respect. S'il était irritant, parce que parfois fuyant, toujours insaisissable, souvent capricieux, voire égoïste, il s'était plusieurs fois ouvert à moi de façon étonnante sur sa sexualité, les liens qu'il avait avec le reste de sa famille, son rapport amusé et assuré avec l'autre monde, celui qui ne connaît pas les cités. Il avait de belles idées.

Comment, c'était étrange : d'un amour moitié filial, moitié fraternel, d'un amour tout court qui ne se disait pas.
Nous nous sommes beaucoup côtoyés, il faisait attention à ne pas laisser trop de prise à mes élans. Mais il y eut une période, pendant quelques mois, où l'on se voyait souvent. Je suivais ses peines de coeur, les prises de conscience douloureuses de ses faiblesses, ou au contraire la découverte de ses capacités à les accepter, ses problèmes d'argent, le poids de la vie de famille...

Il avait trop d'orgueil pour que je lui propose de l'aider. Face à ses problèmes d'argent, je lui avais même dit un jour en  riant, que je ne pouvais pas grand chose parce que ç'aurait été complètement déplacé de lui en proposer. On discutait, c'est tout. Mais WajDi m'a un peu poussé à en dire plus, sur le comment de cet amour, et je me suis mis à formuler des choses que j'avais rassemblées et enfouies dans un coin de ma tête, comme une perspective illusoire, mais que je gardais de côté à la façon d'une botte secrète.

En fait, je m'étais pris à rêver que d'une façon ou d'une autre, j'aurais l'occasion de lui apporter une aide, pas sonnante et trébuchante, mais quelque chose qui aurait participé d'un soulagement. Aider son frère, musicien, à faire des heures à la régie technique du festival où je travaillais, lui confier, pour quelques jours de vacances avec sa petite famille, les clés du pied-à-terre qu'Igor et moi avions conservé à Budapest, ou simplement de notre maison de famille du Quercy, dans cette si belle région où mon frère, ma mère et moi avons toujours plaisir à nous retrouver et à recevoir, que sais-je encore ?... Lui apporter quelque chose qui l'aurait changé d'air, et que nous aurions eu en partage.

Et puis notre relation s'est terminée, sans que jamais ne se fut présentée (l'aurait-elle jamais pu ?) l'occasion de lui dire ces idées qui me trottaient, diffuses, dans la tête. Eternel ado que je suis !

Après m'avoir écouté raconter cette relation, WajDi a donné un nom à la tristesse que j'avais ressenti lorsqu'elle s'était terminée, une tristesse qui m'avait submergé de façon très irrationnelle : la dette. Mon pote était parti, et j'étais resté avec cette dette de cadeaux jamais faits, sans n'avoir plus à qui m'en acquitter.

Wajdi m'a alors interrogé sur mon origine sociale : mes parents étaient modestes, mais la cité, je l'avais quittée à l'âge de 7 ans, c'est donc eux qui en étaient sortis, pas moi.

WajDi me fit aussi remarquer la chose suivante : et s'il n'avait pas été ce beau jeune homme, s'il avait été obèse, un peu con, et dépourvu de charisme, n'en aurait-il pas mérité les mêmes faveurs ? Je dois bien admettre qu'il y a quelque chose de dérangeant, mais que c'est ainsi : on ne prête qu'aux riches, même quand on a des valeurs. C'est la différence avec le secours populaire.

Pendant tout le temps que dura notre relation, que son intelligence et ses capacités m'impressionnaient, je ne supportais pas l'idée d'avoir tout eu au départ quand il n'avait rien eu, d'avoir mieux aujourd'hui sans le mériter, et me projettant en lui, c'est toute ma jeunesse facile que j'avais besoin d'exorciser.

Ma dette. Cette autre facette de l'héritage parental, avec laquelle je vis, et qui n'est pas toujours simple à porter. Je crois que j'y reviendrai. Merci, WajDi, d'y avoir mis un nom.

Commentaires

Comme quoi, on apprend autre chose dès qu'on parle pas de la longueur de sa queue ! On apprend que le monde est injuste, et qu'en plus on y participe malgré nos idéaux.... Aïe.

Écrit par : Azulamine | 21 février 2008

Peut-être a t'il fini par te voir comme quelqu'un qui veut justement rembourser sa dette, alors qu'il n'a jamais envisagé d'être ton créancier... Si tu penses avoir une dette, tu peux peut être faire autre chose pour les gens des cités que de sortir avec leurs petits mecs qui t'excitent ?

Écrit par : DonDiego | 21 février 2008

Très beau billet, je commence à m'y habituer...

Dis, petite question technique : comment fais-tu pour que le début de ton article apparaisse dans blog it ?

Écrit par : Zoridae | 21 février 2008

-> Azulamine -> J'irai pas jusqu'à dire que l'on participe aux injustices, mais malgré nous, on reproduit des schémas. C'est peut-être pour ça que la société, càd l'Etat, doivent gérer des dispositifs républicains de solidarité, pour échapper à ces reproductions non-intentionnelles ;
-> DonDiego -> Je crois surtout que lui n'aurait pas supporté d'être lui-même en situation d'être redevable. Avec et pour les mecs des cités, je t'en parlerai bientôt, j'en ai fait bien des choses. Quant à lui, je ne suis jamais "sorti avec", je n'ai fait que m'y investir emotionnellement, parfois sans même m'en rendre compte, porté par un élan fraternel exceptionnel...
-> Zoridae -> C'est hyper facile : tu fais un copié-collé de ton billet (ou de la partie que tu souhaites publier - qui ne doit pas être trop longue), puis dans la colonne de gauche de ton blog-it , catégorie "carnet de bord", tu sélectionnes "rédigez un nouveau message". Et tu publies... fais simplement attention avec les apostrophes et autres caractères spéciaux qui se trouvent parfois trnansformés en codes bizaroïdes. Si c'est le cas, tu ré-édites ton message en utilisant la fonction "modifiez vos anciens messages", et hop !

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 21 février 2008

Oui mais en fait ton Blog It n'apparait pas sur ton Blog... Moi si, ça ferait bizarre d'avoir un doublon...

Merci pour la réponse :)

Écrit par : Zoridae | 21 février 2008

D'où vient donc cette idée de dette, si tu as tant fait avec et pour les gens (pas les mecs) des cités ?

Écrit par : DonDiego | 21 février 2008

Wajdi par ci, Wajdi par là... Tu vas bientôt m'devoir des sous Oh ! J'vais t'la régler ta dette moi, tu vas voir.

Écrit par : wajdi, banquier ! | 21 février 2008

-> Zirodae -> A toi de voir ;
-> DonDiego -> J'en ai fait bien des choses, j'ai dit, pas tant, j'ai fait d'ailleurs plus ou moins bien, en fonction des outils que j'avais... mais sois pas impatient, j'ai dit que j'en parlerai.
-> WajDi, spéculateur -> J'attends l'addition et je suis curieux du montant. Mais je crois que tu m'es aussi redevable.

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 21 février 2008

Pour le peu d'échange que j'ai eu avec Wajdi , on peut dire que j'ai ressenti chez lui beaucoup d'humanité et de " j'te dis sans langue de bois " . Il a beaucoup de claire voyance !!
Tu n'as pas pu donner mais le souhaît y était et c'est bien là l'essenciel !

Écrit par : Manue | 21 février 2008

Quand on fait un cadeau, faut aussi accepter que l'autre puisse refuser.. Même si ça fait mal à l'égo !

Écrit par : Azulamine | 21 février 2008

-> Manue -> Beaucoup de claire voyance, j'aime bien comme tu écris ce mot, c'est vrai, il m'a aidé à y voir clair ;
-> Azulamine -> En l'occurence, mon pote n'a rien eu à refuser, je ne lui ai jamais rien proposé : j'essayais juste d'analyser pourquoi je m'étais retrouvé désemparé à son départ, et j'ai compris qu'entre autres choses, il y avait un poids sur ma poitrine qui s'appelait une dette. Là, elle a pris la forme de cadeaux non accomplis. J'ai compris aussi que ce poids-là, il existait avant dans mon coeur, ce pote l'a juste cristalisé, lui a donné un visage, mais la dette est plus profonde, c'est pour ça que je veux essayer de l'analyser plus avant dans un prochain post.

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 21 février 2008

Je crois que je comprends ça. Toujours une histoire de mérite. De pourquoi moi et pas lui. Moi, c'est les mal-aimés que j'aime, comme pour compenser, ou redistribuer les maldonnes.
Payer sa dette, oui, c'est bien dit.

Écrit par : M. | 21 février 2008

M.,
Alors oui, décidément, tu vas aimer Sophie ...

Écrit par : Fiso | 21 février 2008

FiZo ;-)
je n'en ai jamais douté

Écrit par : M. | 21 février 2008

un peu de futilité ne faisant jamais de mal, je t'ai tagué..
c'est chez moi...

Écrit par : céleste | 21 février 2008

-> M. -> Redistribuer les maldonnes, c'est beau cette expression, ça sonne comme une madonne. Et ça nous ressemble malgré nous ;
-> céleste -> j'ai continué la chaîne, j'ai softement ajouté un peu de trash à la futilité.

Écrit par : Oh!91 | 23 février 2008

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