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31 janvier 2008

lendemain de grippe

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Lendemain de grippe... C'est pas très bon, ça, comme titre. Enfin, pas très juste. Est-ce qu'une grippe a une fin, d'abord ? D'après le Docteur, oui. D'après le thermomètre, aussi. Sauf que depuis ma sortie-de-grippe théorique, mes jambes, elles, continuent à faire flagada, ma tête diling-diling, et que surtout, surtout, je n'ai pas retrouvé le goût de rien.

Ma grippe s'est déclenchée le mardi de la semaine dernière. Avec, peut-être, si je suis honnête, un arrêt des érections dès le lundi soir (ben oui, c'est un critère !). Eh! bien nous sommes le jeudi de la semaine suivante, et rien, oualou ! Si, dimanche matin, à l'heure du petit réveil, une toute petite, qui m'a fait croire à la guérison. Las, fausse alerte !

Donc depuis lundi, où le docteur m'a autorisé à reprendre mes activités normales, donc le boulot, je continue à me traîner une fatigue désagréable, un manque d'entrain épouvantable, je repousse tout à plus tard. Dès que la pression retombe, je suis gagné par la somnolence. Dès qu'une discussion s'anime, je n'arrive pas à m'affirmer. Mon esprit zappe d'un sujet à l'autre... Bref ! une grippe n'a pas de fin, mais une queue. Et je suis dans la queue. Du coup la mienne est aux abonnés absents. Et l'on ne sait pas où est le bout.

Un collègue ce matin m'a dit : "te laisse pas abattre, va nager !" Il m'a raconté toute une théorie sur la fabrication des globules rouges par le corps, en ajoutant : "y'a que le sport, pour ça."

Je l'ai écouté, je suis allé à la piscine, et je me suis fait un programme modeste, de remise en route. Je l'ai fait sans souffrir. J'ai senti ma somnolence s'estomper, c'est déjà ça. Effet "blogules rouges" (pour reprendre la jolie expression lâchée par ma copine Fiso qui m'a accompagné dans l'efforrt, tout émoustillée par - par quoi, d'ailleurs ? - tu nous diras, hein ?).

En revanche, pas d'effet douche. Il va falloir que mes nouveaux globules tout neufs, rouges ou pas, se fassent dare dare un petit tour du propriétaire et découvrent le chemin de... l'ensemble des cavités spongieuses destinées à les recevoir ! Non mais !

Enfin, tout ceci pour t'expliquer la pauvreté du billet du jour. Je sais. Pardon.

08:00 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : grippe, piscine, natation, Fiso

30 janvier 2008

des barbelés de la honte au mur de la faim

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C'était en février 1988. L'intifada venait de commencer depuis à peine trois mois. La première Intifada, celle des pierres. La répression israélienne faisait rage, et l'opinion mondiale commençait à redécouvrir la réalité de l'occupation, et à s'émouvoir des tirs tendus des soldats de Tsahal sur des enfants qui ne leur opposaient que leurs mains et quelques cailloux.

J'étais dans la bande de Gaza, tout au sud, dans ce camp de réfugiés qu'on appelle Rafah, "la joie", qui longe la frontière avec l'Egypte.

Elle n'était constituée que de deux clôtures de fil de fer barbelés, avec entre les deux un no man's land d'une cinquantaine de mètres de large, et sur toute la longueur, des miradors.

Dans l'après-midi, j'assistais à ce spectacle curieux, de femmes, d'hommes, qui s'approchaient de la muraille de barbelés, d'autres que l'on voyait se rassembler de la même façon de l'autre côté, en Egypte, et de dialogues surréalistes qui se criaient par delà le champ miné.

On m'expliquait que lors de l'occupation du Sinaï par l'armée israélienne, après la guerre des six jours, en 67, cette frontière internationale théorique avait de facto disparu, et pendant une dizaine d'années, jusqu'aux accords de Camp David, le camp de Rafah s'agrandit naturellement sous le poids démographique. Des habitations se construisirent pour les jeunes foyers, des familles s'éclatèrent. A la restitution du Sinaï, on ne fit donc pas dans la dentelle : la frontière fut remise en place sur ses bases internationales, les habitations situées côté palestinien restaient sous régime d'occupation israélien, les habitations situées côté égyptien passaient sous administration égyptienne.

Depuis lors, seules les mères palestiniennes pouvaient obtenir des laissez-passer pour aller rendre visite à leurs c73755446cd229aefb69543efde8b79e.jpgenfants situés du côté égyptien, pour un mois ou deux. Le reste du temps, la seule communication possible, c'était ces dialogues hurlés par dessus l'idiotie de la guerre et de l'occupation.

Cela va faire vingt ans, presque jour pour jour, que j'avais participé à cette mission d'enquête estudiantine internationale, et que je découvrais cette réalité. On ne parlait pas du Hamas, à l'époque. Il régnait dans ces zones occupées une presque vitalité démocratique, laïque, les associations sociales de femmes, d'aide à l'enfance, étaient particulièrement actives. On ne parlait pas encore de processus de paix, mais cet Intifada-là était riche de promesses, et les gens misaient beaucoup d'espoir de ce côté là.

Aujourd'hui, les espoirs de paix ont été anéantis, le Hamas a pris le pouvoir. C'est lui qui y incarne le soutien aux faibles et la solidarité. L'asphyxie économique et alimentaire lui a permis de renforcer encore son emprise. Et c'est un mur qui sépare ces gens de l'Egypte où se trouve toujours une partie de leurs familles. En découvrant ce mur, à la faveur des émeutes de ces derniers jours, quand il fut pris d'assaut, enfoncé en plusieurs points, quand des familles entières s'y engouffrèrent à la recherche d'approvisionnements, j'ai repensé à cette scène surréaliste d'il y a vingt ans.

Sauf que ce n'est plus un grillage de la honte, c'est un mur de la faim qui s'y dresse désormais. Et la honte, c'est chez nous et nos dirigeants qu'elle se trouve. D'impuissance et d'indifférence.

29 janvier 2008

Laurent (3) retour de Calcutta

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Je continue ma série sur Laurent. Laurent, je t'en ai parlé d'abord ici (le récit de notre rencontre, à bord du Transsibérien), je t'ai donné à lire une première lettre, qui datait de nos après-retrouvailles, à un moment où je partais m'installer à Budapest. Puis là, je t'ai expliqué pourquoi j'avais conservé des copies de ces écrits.

Je te livre à présent une seconde lettre. J'y suis encore plein de retenue. Je tente bien de lui dire, je crois lui dire, quelque chose du trouble qui me taraude, mais sans lui donner la possibilité de le comprendre, de simplement le percevoir. Je n'y reste pas sybilin, je suis enfouis à m'étouffer.

Enfin, ce sera l'occasion pour toi de découvrir avec quels yeux alors, j'avais découvert Calcutta. Mon Dieu, quel souvenir ! C'est avec une lettre suivante, trois-quatre mois plus tard, que je m'exposerait vraiment, enfin.

_________________________

Budapest, vendredi 24 novembre 1995

Mon cher Laurent,

Me voilà à nouveau à Budapest. L'univers étranger et hostile du dernier mois a laissé place à un monde familier. Les marques sont prises, le décor est connu. La grande bibliothèque en thèque, répugnante, est toujours vide ; les boutons poisseux de la gazinière sont toujours aussi désagréables à actionner ; les traces d'usure et celles de l'abandon sont bien en place. Je suis presque soulagé de retrouver mon domaine et mon calme.

La parenthèse Budapest devient peu à peu mon sanctuaire. Une fois la journée de travail terminée, pas de contrainte, pas de compte à rendre. A personne. La vie à ma guise, le temps de cultiver mes jardins secrets. De dix heures le soir à neuf heures le matin, le néant est ma liberté. La liberté de rentrer ou de sortir, de cuisiner ou de me faire un resto. La liberté de me construire une hygiène de vie choisie par moi seul (le matin, sept heures à la piscine ; le soir, une heure ou deux de leçon d'anglais). La liberté de t'écrire, celle d'être en colère, la liberté d'être heureux, celle de t'engueuler (où est la lettre que tu m'avais promise ?) La liberté de m'en foutre. La liberté surtout de souffler. Le calme après la tempête comme une vie en sinusoïde, l'anonymat après les sollicitations. Contrastes, ou alternances, le monde entier repose sur des couples. Et si c'était le moteur de la vie ?

ba4cec9a67f74a89b5fd2812e5922615.jpgIci, l'on ne parlera plus d'automne. L'hiver s'est installé, avec tout son arsenal : la neige sur les abords, les rigoles gelées, le givre sur les vitres des voitures, la buée sur celle des magasins. Bonnets, écharpes, doudounes, gants, moufles, fourrures sont sortis. Il n'y a guère que les jeunes, plus soucieux de préserver leur look d'adolescent occidentalisé, qui font l'impasse sur la mode universelle des grands froids. Il ne dégèle plus (le zéro degré est à peine dépassé à deux heures de l'après-midi). Mais au moins, ce pays sait vivre avec, et tout est prévu, partout, pour combattre le froid. Appartements, bureaux, magasins, stations de métro sont surchauffés : les gens s'y empressent comme dans un chalet de montagne après une journée de randonnée à ski. L'instant exquis. Ici, l'on ne souffre pas du froid, les gens ne s'en plaignent pas, du moins rien de tel ne se lit sur leurs visages.98628a9b3acabb001f02f9423051e9f4.jpg

Ni neige, ni froid, ni tranquille indifférence à Calcutta. A la saison chaude a succédé la saison des pluies. Et c'est à présent la plus belle des périodes, celle où vivre dehors est le moins pénible. Celle où la saleté, la misère, la pollution, la promiscuité, et la maladie ne s'additionnent plus à la chaleur moite, asphyxiante et accablante, mais simplement à elles-mêmes. Minimales à 25°, maximales à 32°. On se supporte. Et puis on a le goût de l'eau, de toutes les eaux : celles du Gange, celles des fontaines, celle des canalisations défoncées, les courantes et les stagnantes, celles des champs inondés, celles de simples flaques, celles en tout cas qui apaisent. On s'y lave avec abondance de savon, on s'y frotte, on s'y rince, on y trempe son sari. Propre ou sale n'est pas le problème. C'est le contact de l'eau qui compte. On y est presque nu 87bdcfa4d03116496b42c72d63976138.jpgau milieu du va et vient des passants sur les trottoirs, au coeur de la ville, entre les pousse-pousse, les « cyclo » (comme ceux du Vietnam si tu as vu le film), les vieilles voitures très britanniques maintenues en état de marche par l'on ne sait quel miracle propre au tiers monde. Pas plus de provocation que de fausse pudeur qu'à la piscine de Budapest à l'heure de la douche. Pas moins de sensualité non plus. Bien qu'ici, le sari, largement retroussé le long des jambes, ne quitte jamais le tour de taille.

Cette manie de l'eau : de quoi faut-il vouloir se purifier pour s'inonder ainsi de liquides chargés d'humeurs de toute sorte : de cette poussière qui colle à la peau ? Des sueurs produites par d'interminables heures de travail ? De toute cette crasse ramassée à même le sol ?03ecb61cb46bb4b62c9714ba725161ee.jpg

Le sol. C'est là qu'ils vivent. Parfois sur un simple bout de carton. Recroquevillés, les genoux ramassés jusqu'au visage. Assis sur un coin de trottoir, ils ne tiennent pas plus de place qu'une cocotte en papier. Ils se déploient pour marcher, circuler. Ils se ramassent pour stationner, pour attendre le client qui voudra bien leur payer trois miettes le petit service qu'ils ont pour métier d'accomplir.

5580ea4f81cede06148f1919fa4eb933.jpgLe sol. Le pied nu du pousse-pousse s'y écrase pour prendre son appui. Au petit trot. La femme derrière, sur son siège, tient son enfant bien contre elle. Et lui court toujours. Puis il profite de l'embouteillage pour se mettre à marcher d'un pas plus lent. La femme en vert et jaune, petite lune au milieu du front, se réajuste. Le pied nu s'écrase à nouveau sur le sol. Les mains, auxquelles sont suspendus les deux bras de l'attelle, sont remontées presque jusque sous les épaules. Une position d'équilibre qui réduit l'effort. Mais qui n'efface pas les kilomètres.

Je connaissais le tiers-monde. J'en connaissais même plusieurs visages : celui du Nicaragua, rural et dépouillé ; celui de l'Egypte, grouillant et étouffant... Laurent, jusqu'où peut-on s'enfoncer dans la hiérarchie de la misère ? Ils sont vingt-cinq millions à Calcutta. Vingt-cinq millions dont chacun de nous a déjà croisé le regard au détour d'un reportage. Qui n'a jamais vu ces bains collectifs dans les eaux du Gange ? Mais soudain, parce que tu es là, ces visages s'animent. Tu crois n'en saisir qu'un instantané, mais parce que le temps d'une image dix générations sont rassemblées, du nouveau né au vieillard souffreteux, toute leur humanité t'est projetée à la figure : tu as sous les yeux une vie entière, une seule, mais une vie humaine. 8d9c5ecb4cfbc86baf66b75f65678792.jpgLes dix générations accusent : le monde ne peut pas continuer ainsi ! Qui sait comment le pousse-pousse à la femme en jaune et vert formule sa quête du bonheur ? Sûrement pas comme nous pourrions l'imaginer. Mais c'est à lui qu'il faut répondre.

Le veille de mon retour. Ils étaient un million de jeunes à manifester, rassemblés sur une pelouse immense. Simplement pour marquer la clôture du Congrès de la jeunesse démocratique. Mon pousse-pousse aux pieds nus y était-il ? Ou seulement ses espoirs ? Je ne sais pas. Je ne saurais pas. Mais au moins y a-t-il bien, au côté ou parmi cette Inde misérable une Inde qui résiste et s'exprime. C'est déjà une chance.

Pour finir, je souhaite que tout aille bien de votre côté. J'espère aussi qu'une perspective de nous voir va se dessiner bientôt. Qu'en est-il de ce projet d'un week-end à Budapest ?

(...) Salue bien Sébastien pour moi.

Bises à tous les deux. Amicalement,

O.

 

28 janvier 2008

Vive les Départements

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Je me souviens d'un jeu que nous aimions bien faire en famille, au cours des grands voyages en voiture, lorsque nous allions rejoindre ma grand-mère à la campagne, dans le Lot.

Assis sur la banquette en sky à l'arrière de la vieille Simca, à moirié nauséeux, on s'amusait à reconnaître l'origine des autres voitures à leurs plaques d'immatriculation.

Lorsqu'on voyait passer un 95, ou une 13, selon l'époque et où nous vivions, on s'enflammait, on faisait des grands saluts, quand on voyait un 75, on fustigeait. Pas de doigt, ni de bras d'honneur, parce qu'on avait une éducation, mais une petite turlute des deux mains au bout du nez... Ah non, les Parisiens de l'intérieur, ce n'était pas encore les bobos, mais ils n'avaient déjà pas bonne presse, dans la famille.

Le département a ainsi toujours eu une identité forte à mes yeux. C'est à travers les numéros des départements que j'ai appris la géographie de la France. Je me souviens de cette petite carte de France, en plastique rigide qui nous permettait de dessiner la France sur nos cahiers d'écoliers en en suivant le coutour au crayon, et sur laquelle les 39727699a2e2b2deb00fcefcd9bf67f2.pngDépartements étaient gravés. Et il m'est toujours plaisant, encore aujourd'hui, de savoir à peu près d'où viennent les gens à leur plaque minéralogique. On ne s'est pas encore dit bonjour, mais on se connait déjà un petit peu. A l'étranger - ça ne te l'a jamais fait ? - c'est particulièrement fort...

Alors quand j'entends Nicolas Sarkozy dire qu'il est contre la proposition du rapport Attali de mettre fin aux Départements, ça me réjouit. Mais j'ai du mal à y croire. Je suis con, hein ? Ah ! Chat échaudé...!  N'est-ce pas lui qui a décidé, alors ministre de l'intérieur, d'engager la suppression à venir de ces fameuses plaques d'immatriculation ? (tu pourras lire ici une analyse fort pertinente du rapport Attali par Serge Hallimi)

J'y vois une tentative d'aller vers la proposition Attali, mais de façon moins frontale : on supprime le symbole, on dilue l'identité, ce sera forcément moins voyant après.

Mais il est où, le problème, avec les Départements ? C'est eux qui construisent les collèges, qui y gèrent la cantine des mômes, qui s'occupent de l'aide sociale, qui gèrent l'APA (l'allocation d'autonomie), le RMI, qui s'apprêtent à mettre en place le RMA, on vient de leur transférer les personnels IATOS des collèges, les ex-routes nationales...

Et puis au delà de leurs "compétences légales", il y a les politiques qu'ils mettent en place pour pallier aux carences de l'Etat : des politiques culturelles, de soutien à la lecture, à la création, l'aide à la petite enfance, des politiques d'éducation à l'environnement - et je sais de quoi je parle. Il y en a même qui ont décidé de gérer les eaux pluviales et les eaux usées avec un vrai service public départemental, plutôt qu'à travers des délégations au privé...

A lui seul, un Département comme le Val-de-Marne (un million deux cent mille habitants, dans la petite couronne parisienne) a prévu d'investir en 2008 plus de 400 millions d'euros dans les collèges, les crèches, les transports, les routes, le logement social et l'assainissement. "Est-ce un frein à la croissance, a demandé à juste titre son Président ?"

Je ne crois pas que les Départements soient des chimères, ou des strates administratives trop lourdes. C'est au contraire un bon niveau de compromis, entre proximité et économie d'échelle. Et puis créés il y a plus de trente ans, ils ont acquis cette reconnaissance du public, un tout petit peu nécessaire au bon fonctionnement des institutions, non ?

L'Etat lui-même structure son administration selon des logiques départementales (les agents de santé de la DDASS, les techniciens de la DDE, les inspecteurs du travail de la DDTE... ne te sont-ils pas devenus familiers ?) Et puis, toute la vie associative, sportive, syndicale, politique, s'est organisée aussi selon des logiques départementales. Quelqu'un s'est il amusé à chiffrer ce que coûterait la reconsidération de tout celà ?

On pourrait questionner, par contre, des constructions plus récentes, qui n'ont jamais acquis de légitimité véritable : ces espèces de super-régions électorales créées pour les seuls besoin de l'élection européenne, sans rapport avec des logiques culturelles ou même administratives. Ou encore certaines communautés de communes, consruites par affinités politiques plus que par rationnalité géographique.

Je te demande de m'excuser pour tous ces barbarismes, là. Je te promets, je viendrais pas trop souvent te faire des cours d'instruction civique, je sais que c'est chiant. Mais bon, les Départements, c'est un petit peu ma vie aussi, j'en a1c527b0bf798248a96a00cc4431b38e.jpgporte quasiment un dans mon pseudo, et j'y travaille, alors...

Et puis j'en profite pour te rappeler que les 9 et 16 mars, si on élit nos maires, il ne faut pas oublier qu'on vote aussi pour nos conseillers généraux. Enfin, pour la moitié d'entre eux. Alors renseigne-toi, et n'oublie pas !

27 janvier 2008

endurer en silence, mais jusqu'où ?

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Raconter les mésaventures de Saiichi est en soi une aventure. Son histoire personnelle, ses goûts et ses choix, ses épreuves, les méandres administratifs où il se perd, où je me perds, où je m'en vais te perdre... Tout cela est tellement imbriqué... Alors si tu m'accompagnes, accroches-toi !

Saiichi, c'est d'abord quelqu'un d'immensément gentil (je te le présentais là). Il parle un français posé, doux, au débit contrôlé. Il te regarde d'un oeil sincère. Qui pétille. Il n'exprime jamais de reproche, il prend ce que tu lui donnes. Il fait l'amour avec délicatesse, et un plaisir visible.

C'est aussi quelqu'un de fort. Son arme, sa première arme, c'est la patience, une patience incroyable, qui lui permet d'endurer en silence, d'expliquer sans s'énerver, d'attendre sans rien en attendre.

Saiichi, il a mon âge. Lorsque je l'ai rencontré la première fois, aux bains Rudas de Budapest, avec son crâne rasé et sa peau glabre, je lui avais donné dix ans de moins.

Du Japon, il est venu en France pour suivre son ami d'alors, Alexis, oenologue, parti depuis vivre sa vie en Province.

Saiichi a fait le choix de rester en France, principalement pour une raison : sa liberté sexuelle. L'exil, et tous les renoncements qu'il comporte, c'est le prix qu'il paye pour pouvoir voir, caresser et aimer des hommes.

Parce que j'allais oublier de le signaler, mais c'est quelqu'un de brillant : diplôme de médecine, spécialisé en psychiatrie (s'il-te-plaît), musicien (il joue du piano et, principalement, du violoncelle), et musicologue : il a soutenu une recherche 417deed6fa2888a30a72c6a8ccab1434.jpgen 2000, à Tokyo, sur un compositeur français, Henri Dutilleux (que je ne connaissais pas, qui a composé à partir d'émotions ressenties devant des toiles, Van-Gogh, la Nuit étoilée, notamment ; alors il m'en avait parlé après que j'eus raconté, ici, notre excursion en Arles en compagnie de Boby à Noël dernier).

6d7a2a30221d98fc409f6e5f3f408cf5.jpgPour venir en France, il a du faire un choix, forcément difficile : renoncer à l'exercice de son métier de psychiatre.

A Paris, il a d'abord été étudiant, pour perfectionner son français. Depuis, il travaille principalement pour des magasins de musique. Une première société l'a remercié après qu'il eut, en deux ans, établi tout un réseau avec des partenaires commerciaux japonais : à 1.500 euros par mois, ses compétences étaient devenues superflues, les choses étaient en place, il coûtait trop cher, on lui a préféré moins qualifié.

Depuis septembre, il travaille dans une autre boutique, pour le Smic. Il accepte ça parce que de toutes be99551bf12ceb7550367ad62bbe3a94.jpgses priorités, la carte de séjour vient en première place, et que le chômage est le pire des scénarios. La dernière fois qu'il avait été convoqué pour retirer sa carte de séjour, on ne la lui avait remise que pour trois mois. Il était encore en période d'essai. C'est pour le 15 janvier que lui avait été donné un nouveau rendez-vous à la préfecture, pour la carte suivante. D'un an ?

l'obsession de la fiche de paye

19239e482c9e45efd395651fff39b94c.jpgPendant 3 mois, sa seule obsession, ça a été de ramener à ce rendez-vous trois fiches de paye consécutives, trois fiches de paye intégrales, sans trou, sans arrêt de maladie, sans aucun indice de fragilité d'aucune sorte : juste pouvoir dire : "Voyez, je suis en CDI, et tout marche normalement."

Alors quand ses douleurs au dos l'ont pris, au magasin, pas question de lever le pied. Il a juste serré les dents.
Parfois, quand la douleur était trop vive, il faisait mine d'aller ranger des partitions dans l'arrière boutique, oh! juste une minute ou deux, comme ça, et pas en position assise, pour ne pas être vu, simplement les reins appuyés contre une rangée d'étagères, comme ça, une minute ou deux. Puis il retournait vers la clientèle. Ne pas être vu, souffrir en silence, être irréprochable. Tenir au moins jusqu'au 31 décembre, pour pouvoir produire trois fiches de paye intégrales.

Évidemment, ça se paie cash, des efforts pareils. Tout début janvier quand la gastro le rattrape, il n'y prête pas suffisamment attention, se déshydrate, au point de devoir être évacué par le SAMU. Il sortira de l'hôpital cinq jours plus tard, avec cinq kilos en moins, mais juste à temps pour aller récupérer à la préfecture son récépissé de demande de carte de séjour (un premier sésame !), et une invitation à retirer son titre à partir du 27 février. Sur ce plan au moins, les choses avaient avancé.

Parce que c'est ça, vivre en France pour les étrangers : un premier déplacement pour obtenir un rendez-vous, un rendez-vous pour déposer les papiers demandés, ou simplement en obtenir la liste, une convocation pour apporter des pièces complémentaires, un rendez-vous pour la délivrance d'un récépissé, puis, normalement, le rendez-vous pour retirer la carte de séjour elle-même.

Quand tout va bien, on te remet alors une carte d'un an, sauf que la date d'émission date déjà du mois, ou des deux mois précédents, donc ça en fait une carte de dix mois en fait.

Mais de plus en plus, les préfectures ne délivrent que des cartes de trois mois (donc valables à peine deux), comme pour chercher à te faire basculer dans le vivier des sans-papiers, des expulsables. Les célibataires sans enfant sont une proie en or : au moins on est sûr qu'il n'y a pas d'attaches scolaires qui feront casser les arrêtés administratifs...

porte-à-faux

Je ne parle même pas du certificat de travail qu'il faut, entre temps, aller faire établir par la DDTE. Une première fois, quand tu passes du statut d'étudiant à celui de travailleur, au titre de l'emploi précis que tu occupes. Puis une deuxième fois, pour établir ton statut définitif de salarié. Je ne parle pas des 168 euros que l'entreprise doit débourser pour avoir le droit de t'embaucher parce que tu n'es pas français, des papiers qu'elle doit t'établir pour te permettre d'obtenir ces certificats, et qui font que, forcément, tu te sens redevable. Je ne parle pas des dossiers égarés, des documents demandés par les services de l'immigration à une autre administration mais jamais reçus... Je ne parle pas non plus, pour les préfectures de Bobigny et de Créteil, des files d'attente qui commencent dans le froid, dans la nuit, dans la pluie parfois, dès la veille au soir pour chacune de ces démarches, où l'on se partage des thermos de café pour se tenir chaud. Triste spectacle, qui m'est offert chaque matin quand j'arrive à 8 heure au travail !

Je sais que cette note commence à être longue, mais je dois encore préciser ceci : Saiichi a prévu de rentrer une semaine au 5e8dc5706092c90b393c3f1d63f68d23.jpgJapon à la fin de ce mois. Il n'a pas pris de congés depuis septembre, et il a des journées à récupérer de la période de Noël. Pour lui, ce séjour est important parce qu'il doit lui permettre de participer à une journée obligatoire de formation pour les psychiatres, comme il y en a tous les cinq ans, faute de quoi son diplôme perdrait sa validité. Il a donc décidé d'y aller malgré tout, pour ne pas insulter l'avenir. J'aurais pu aussi parler de sagesse, pour le qualifier.

Sauf qu'avec ces quinze jours d'arrêt maladie, ce départ le met en porte-à-faux vis-à-vis de son patron, exploiteur sans vergogne. Et s'est ajouté à ça (je sais l'imbroglio est terrible) que deux jours après son rendez-vous de la préfecture du 15 janvier, celui où on lui remit le récépissé, il reçut chez lui un courrier pour un nouveau rendez-vous à la préfecture dès le 25 janvier. Pile le jour de sa reprise de travail, histoire d'envenimer un peu plus la relation avec son patron. Lequel, du coup, évoque une possible procédure de licenciement...

Et le pire, c'est que c'était pour lui annoncer que son invitation à retirer la carte de séjour à partir du 27 février était caduque, et qu'on lui écrirait plus tard. Le voilà à nouveau plongé dans le doute et dans le trouble.

Comment fait-il, comment font-ils, ces étrangers, astreints à tant d'humiliation, pour aimer encore notre beau pays ?

_________________________ 

Une anecdote pour finir

Quand il est arrivé aux urgences de l'hôpital, étendu sur un brancard, il fut traité comme tout le monde, c'est à dire qu'il a attendu dans le couloir, dans les courants d'air, tremblant et fébrile, pendant plus de quatre heures.

A un moment, on est venu le chercher, on l'a emmené dans un box, au chaud. Mais ce n'était pas pour le soigner, pas encore. Un homme venait d'être conduit là par la police, menotté, un Japonais, hirsute, en état de démence, qui ne parlait pas le français. La police, et le personnel de l'hôpital lui ont demandé de bien vouloir aider à traduire quelques questions à cet homme. Il avait 40 degré, aucune énergie, il tremblait, mais il s'appliqua à traduire les questions, à traduire les réponses. Avec ses connaissances en psychiatrie, il livra des éléments d'explication sur la nature des troubles de l'énergumène. Ça dura une demi-heure, environ. On lui dit merci - le lui dit-on ? - puis il fut reconduit dans le couloir.

26 janvier 2008

sous la table

Il y a un trait de ma personnalité que peu de gens soupçonnent, parce que je fais très attention à ne plus trop y verser : c'est la susceptibilité.

Quand j'étais petit, j'étais un incorrigible boudeur. J'ai ainsi passé de longue heures sous une table, dans un réduit ou au fond du jardin.

Ce n'est jamais la moquerie qui provoquait ces réactions : ça, ça m'énervait, ça m'agitait, je m'en défendais à petits coups de poings puérils et inoffensifs... Mais l'injustice. Elle me désarmait, et je n'avais d'autres solutions que de me renfermer, aussi ostensiblement que possible, espérant que l'expression de ma peine suffirait à susciter une reconnaissance de torts, ou au moins un petit geste de compassion.

Ainsi, quand mes parents m'interdisaient de faire une chose dont j'avais très envie, ça m'énervait. Mais s'ils m'accusaient de l'avoir faite et que ce n'était pas vrai, alors là ça me vexait, et je boudais.

Bouder, ça a l'air simple, comme ça, mais ça ne l'est pas tant que ça :

1/ D'abord, il faut en user sans en abuser, s'en servir quand le jeu en vaut la chandelle : c'est con, parce que quand t'es mômes, t'as pas forcément le discernement pour ça...

2/ Il faut savoir à partir de quand tu t'enfonces dans le ridicule, ce qui revient au même.

3/ Il faut savoir en sortir, tu y joues un peu ta crédibilité à chaque fois. Y'a un bras de fer, sourd, pour déterminer qui craquera le premier, mais la mesure de rétorsion à l'encontre du boudé est forcément temporaire, elle doit même être plutôt sous-proportionnée. C'est le propre de la bouderie.

4/ Mais surtout, surtout, il faut que le boudeur soit vu en train de bouder, sans avoir à se signaler. Il faut qu'une habitude connue soit rompue, le mieux est même d'être si visible que tu puisses t'offrir le luxe de nier, bêtement : "non, non, je boude pas, c'est juste comme ça, allez, lâche-moi !". Ou d'ignorer, subtilement : "- remis ?", "- de quoi, de ma grippe ? Tout doucement".

Bon, ben en définitive, et c'est ça qui est con, c'est que le message qui passe est toujours assez infantile, finalement, même si au départ l'injustice, patente, violente ou simplement insinuée, est établie.

Alors t'as hâte de sortir de sous la table, et t'attends un signal.

Et heureusement que pour tuer le temps, à l'occasion du 35è festival d'Angoulême, Manu Causse-Plisson, bien au fait de l'actualité éditoriale, et pour cause, nous recommande des bandes dessinées à lire ou acquerrir hors de toute modération. Et parmi celles-ci, Colibri, de son ami Guillaume Trouillard, que les lecteurs de Libé viennent de désigner album de l'année, et dont l'intégralité est consultable sur Internet.

Et là, je t'invite à ne pas bouder ton plaisir.

25 janvier 2008

tirer son coup avant ou après l'effort ?

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Je suis sûr que tu vas pouvoir m'aider sur ce coup-là, surtout que le sport, c'est un peu ton domaine (oui, oui, fais pas semblant, c'est bien à toi que je parle). Voilà donc une question qu'il m'arrive assez souvent de me poser : tirer son coup, c'est mieux avant, ou après une séance de natation ?

Comme tu le sais, parmi les petits vices qui m'accompagnent, et qui ne sont pas très loin de mes plus vieux fantasmes, j'aime à me laisser aller, dans les douches et les vestiaires de la piscine, à des érections partagées, des petites parties de touche-pipi, voire d'avantage quand le contexte le permet. (j'en parlais là)

En général, c'est après avoir fait mes longueurs que je m'y emploie. Mon partenaire, ou mon connivent, d'un clin d'oeil entendu, me dit un truc du genre : "après l'effort, le réconfort". Oh yeah !

Plus rarement, c'est dès mon arrivée, aux premières fringues enlevées, aux premières nudités observées ou éprouvées, que le désir se manifeste.

33613f519083b0033308b4af2b5345f0.jpgL'autre jour, je me suis ainsi retrouvé en arrivant sous la douche juste à côté d'un très beau garçon, brun, cheveux longs noués derrière la tête, abondamment mais élégamment tatoué : toute la cuisse gauche, un peu à la façon des Samoas, le biceps droit, et une délicate paire d'ailes partant de la raie des fesses et se déployant au niveau des reins. Nous nous étions déjà remarqués une fois précédente, mais nous avions été trop loin l'un de l'autre pour nous laisser aller.

Là, en silence, tournés vers le mur pour échapper aux regards, nous nous sommes branlés, les yeux dans les yeux. C'était bien, simple, rapide.

Et puis je suis allé nager.

En général, dans ces cas-là, ma rentrée dans l'eau est différente, totalement 9902455c6d5a2bfd690838d6294b2d65.jpgrelâchée, un peu comme si je n'avais pas besoin de m'échauffer. J'atteints d'emblée un mouvement puissant et propulsif. Par contre, je paye cash cette entrée en matière, et assez vite, je fatigue, ma nage devient poussive, et je dois reconstruire mes sensations pour aller au bout de ma séance.

En sortant de l'eau, cinquante minutes plus tard, par contre, c'est comme si les compteurs de mon désir étaient remis à zéro.

Je redeviens friand. Quel incorrigible je suis ! Avant ou après ? Du point de vue de la libido, du point de vue sportif ? Ma foi, je ne sais pas. Tu sais, toi ?

24 janvier 2008

tu veux une bonne nouvelle ?

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J'ai reçu hier un mail étrange, d'un ami lecteur qui me reprochait, entre autres choses, de trop utiliser mon blog pour peindre en noir ce beau pays qui est le mien.

Je ne crois pas être prosélyte, même quand j'exprime des convictions. Je ne pense pas non plus dépeindre dans ce blog la vie en noir, même si des choses n'en finissent pas de me révolter. Je ne suis plus, certes, l'optimiste que je fûs, convaincu qu'en toutes circonstances l'espèce humaine saurait trouver des réponses à ses fléaux.

Cette vision positiviste du monde, cette croyance inébranlable dans le progrès, et par là dans la science, je les ai perdues. J'ai pris conscience que notre planète avait des limites, indépassables, et qu'il fallait être raisonnables dans l'utilisation des resources. J'en ressens parfois une urgence plus grande encore à vouloir convaincre qu'il faut sortir de ce mode de développement fondé sur la croissance, et le productivisme, parce que non seulement il génère des injustuces terribles, mais il envoie notre monde dans le mûr...

Mais je ne crois pas être dans le noir parce que je m'intéresse à la part de générosité qu'il y a chez les humains, aux sensibilités qui les rapprochent. Et puis je continue de croire à l'action. Et je crois même que la générosité, la sensibilité, et l'action nous donnent le pouvoir de faire bouger le monde.

01e37626aa39a1b9d358a8cd285d28d3.jpgDonc pour lui faire plaisir, j'ai une bonne nouvelle à lui annoncer, et à t'annoncer du même coup. Mohamed et Laeticia, dont je t'avais parlé là, vont pouvoir se marier, puisque lundi dernier, le tribunal administratif a annulé l'arrêté préfectoral de reconduite à la frontière de Mohammed.

Mohamed est désormais libre (attention, ça ne veut pas dire qu'il soit encore régularisé).

En ton nom, le Mouvement des Amoureux au ban public leur a souhaité les voeux les meilleurs.

Mohamed et Laettia te remercient aussi de les avoir soutenus dans l'épreuve qu'ils viennent de traverser en signant la pétition.

Et si j'ai d'autres nouvelles, je te promets, je te tiens au courant.