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28 janvier 2008

Vive les Départements

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Je me souviens d'un jeu que nous aimions bien faire en famille, au cours des grands voyages en voiture, lorsque nous allions rejoindre ma grand-mère à la campagne, dans le Lot.

Assis sur la banquette en sky à l'arrière de la vieille Simca, à moirié nauséeux, on s'amusait à reconnaître l'origine des autres voitures à leurs plaques d'immatriculation.

Lorsqu'on voyait passer un 95, ou une 13, selon l'époque et où nous vivions, on s'enflammait, on faisait des grands saluts, quand on voyait un 75, on fustigeait. Pas de doigt, ni de bras d'honneur, parce qu'on avait une éducation, mais une petite turlute des deux mains au bout du nez... Ah non, les Parisiens de l'intérieur, ce n'était pas encore les bobos, mais ils n'avaient déjà pas bonne presse, dans la famille.

Le département a ainsi toujours eu une identité forte à mes yeux. C'est à travers les numéros des départements que j'ai appris la géographie de la France. Je me souviens de cette petite carte de France, en plastique rigide qui nous permettait de dessiner la France sur nos cahiers d'écoliers en en suivant le coutour au crayon, et sur laquelle les 39727699a2e2b2deb00fcefcd9bf67f2.pngDépartements étaient gravés. Et il m'est toujours plaisant, encore aujourd'hui, de savoir à peu près d'où viennent les gens à leur plaque minéralogique. On ne s'est pas encore dit bonjour, mais on se connait déjà un petit peu. A l'étranger - ça ne te l'a jamais fait ? - c'est particulièrement fort...

Alors quand j'entends Nicolas Sarkozy dire qu'il est contre la proposition du rapport Attali de mettre fin aux Départements, ça me réjouit. Mais j'ai du mal à y croire. Je suis con, hein ? Ah ! Chat échaudé...!  N'est-ce pas lui qui a décidé, alors ministre de l'intérieur, d'engager la suppression à venir de ces fameuses plaques d'immatriculation ? (tu pourras lire ici une analyse fort pertinente du rapport Attali par Serge Hallimi)

J'y vois une tentative d'aller vers la proposition Attali, mais de façon moins frontale : on supprime le symbole, on dilue l'identité, ce sera forcément moins voyant après.

Mais il est où, le problème, avec les Départements ? C'est eux qui construisent les collèges, qui y gèrent la cantine des mômes, qui s'occupent de l'aide sociale, qui gèrent l'APA (l'allocation d'autonomie), le RMI, qui s'apprêtent à mettre en place le RMA, on vient de leur transférer les personnels IATOS des collèges, les ex-routes nationales...

Et puis au delà de leurs "compétences légales", il y a les politiques qu'ils mettent en place pour pallier aux carences de l'Etat : des politiques culturelles, de soutien à la lecture, à la création, l'aide à la petite enfance, des politiques d'éducation à l'environnement - et je sais de quoi je parle. Il y en a même qui ont décidé de gérer les eaux pluviales et les eaux usées avec un vrai service public départemental, plutôt qu'à travers des délégations au privé...

A lui seul, un Département comme le Val-de-Marne (un million deux cent mille habitants, dans la petite couronne parisienne) a prévu d'investir en 2008 plus de 400 millions d'euros dans les collèges, les crèches, les transports, les routes, le logement social et l'assainissement. "Est-ce un frein à la croissance, a demandé à juste titre son Président ?"

Je ne crois pas que les Départements soient des chimères, ou des strates administratives trop lourdes. C'est au contraire un bon niveau de compromis, entre proximité et économie d'échelle. Et puis créés il y a plus de trente ans, ils ont acquis cette reconnaissance du public, un tout petit peu nécessaire au bon fonctionnement des institutions, non ?

L'Etat lui-même structure son administration selon des logiques départementales (les agents de santé de la DDASS, les techniciens de la DDE, les inspecteurs du travail de la DDTE... ne te sont-ils pas devenus familiers ?) Et puis, toute la vie associative, sportive, syndicale, politique, s'est organisée aussi selon des logiques départementales. Quelqu'un s'est il amusé à chiffrer ce que coûterait la reconsidération de tout celà ?

On pourrait questionner, par contre, des constructions plus récentes, qui n'ont jamais acquis de légitimité véritable : ces espèces de super-régions électorales créées pour les seuls besoin de l'élection européenne, sans rapport avec des logiques culturelles ou même administratives. Ou encore certaines communautés de communes, consruites par affinités politiques plus que par rationnalité géographique.

Je te demande de m'excuser pour tous ces barbarismes, là. Je te promets, je viendrais pas trop souvent te faire des cours d'instruction civique, je sais que c'est chiant. Mais bon, les Départements, c'est un petit peu ma vie aussi, j'en a1c527b0bf798248a96a00cc4431b38e.jpgporte quasiment un dans mon pseudo, et j'y travaille, alors...

Et puis j'en profite pour te rappeler que les 9 et 16 mars, si on élit nos maires, il ne faut pas oublier qu'on vote aussi pour nos conseillers généraux. Enfin, pour la moitié d'entre eux. Alors renseigne-toi, et n'oublie pas !

Commentaires

Vive les départements !

Écrit par : Nicolas J | 28 janvier 2008

d'accord avec toi sur l'importance des départements. euh, par contre, je ne suis pas certain du fait qu'ils n'aient été créés que il y a trente ans... voyons voir, je me replonge dans mes cours de droit public et dans mes souvenirs d'histoire géo et il me semble bien que le département est la plus vieille entité administrative française, après l'Etat. Ah oui, voilà, c'est bien ce qu'il me semblait: le département a été créé en 1799 en tant que circonscription administative de droit commun. C'est la Région en tant qu'entité administrative autonome qui fut créée il y a trente ans environ, pour pallier à l'incapacité des départements de prendre en charge les infrastructures de plus en plus lourdes et importantes nécessaires au désenclavement de la province, et pour d'autres raisons un peu plus politiques.
En fait, l'histoire des départements recoupe très largement l'histoire des identités locales qui se sont développées en prenant le relais des identités de villages ou de vallées. Le département en a vu d'autres au cours de son histoire et comme toi, je ne suis pas certain qu'on puisse le faire disparaître aussi facilement. Enfin, j'espère. A un moment où la proximité devient un besoin viscéral pour chacun, éloigner un peu plus le centre du pouvoir ne me paraît pas être la meilleure option.

Écrit par : L'Elephant | 28 janvier 2008

Oui, mais c'est il y a une trentaine d'années (avec les premières lois de décentralisation), que les départements ont pris réellement de l'importance. Auparavant, ils n'existaient qu'en temps que préfecture : simple subdivision administrative de l'état.

Je reviens sur un des points du billet. Je suis bien contre la présence du numéro de département dans les plaques d'immatriculation. Ca force un espèce de nationalisme débile. Par exemple, quand je rentre en Bretagne en voiture, je passe pour un type qui vient de "région Parisienne", un plouc banlieusard qui vient faire chier les Bretons chez eux, ...

Le contraire est également vrai dans l'autre sens. Ma précédente voiture était immatriculée dans le 22 et, en Région Parisienne, je passais pour un tourriste abruti...

Écrit par : Nicolas J | 28 janvier 2008

Je rejoins Nicolas sur sur la supréssion des numéraux départementaux sur les plaques. Nous, nous avons tellement bougé parfois changé nos plaques et, finalement quel que soit le numéro , on se fait bousculer pour une raison ou une autre. C'est toujours l'esprit de clocher.
Par contre on ne peut pas comme tu dis, déléguer aux départements tant de responsabilités et leur demander de tout assumer . ça n'est pas possible!
J'ai vécu et travaillé dans le 91, Un beau département.

Écrit par : christie | 28 janvier 2008

-> Nicolas et Christie -> ben c'est ça, qui est drôle, non, ce petit chauvinisme à deux francs cinquante, qui te fait bien te marrer quand t'es môme. Bon ce n'est qu'un symbole, mais je crois à la force des symboles en politique, et je ne suis pas le seul, hélas ! La suppression du numéro sur les plaques pourrait bien précéder d'autres suppressions plus hards ;
-> L'Eléphant -> merci de ces précisions. Pour nous qui appartenons à la Région parisienne, le redécoupage du Département de la Seine a quarante ans (presque qurante et un, maintenant), et nos Départements franciliens ont bien été créés à ce moment là... mais tu as raison, ce petit parisianisme est totalement déplacé.

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 28 janvier 2008

Je suis favorable à la suppression des numéros sur les plaques. Déjà, pour les raisons invoquées par Nicolas et Christie (et en tant que parigote pas du tout parigote, en fait, ça m'a toujours gonflé de me faire insulter).
Un numéro de plaque ne dit pas d'où l'on vient, mais où on vit.
Et puis surtout parce que chaque déménagement entraîne des démarches adimnistratives chiantes et coûteuses (20 € en moyenne).

Écrit par : Fiso | 28 janvier 2008

-> Fiso -> Depuis quand il est immatriculé, ton vélo ?

Écrit par : Oh!91 | 28 janvier 2008

Ha ha ha !
C'est pas demain la veille, sinon je me mangerais de ces prunes !

Écrit par : Fiso | 28 janvier 2008

Ca s'immatricule un vélo sans selle ?

Écrit par : Nicolas J | 28 janvier 2008

Ouaip... là, franchement, je ne sais pas. Parce que si on remonte avant les départements, on tombe sur les provinces, les évêchés les comtés, et les machins comme ça. Certains avaient aussi leur unité - ne serait-ce que celle de la langue. Par chez nous, on disait oc pour oui, et ça faisait un petit monde qui ne se préocuppait pas assez du centre de pouvoir étatique pour qu'on le laisse peinard.
La révolution a créé les départements, avec en tête l'idée que chaque citoyen soit à même d'aller de chez lui au chef-lieu et d'en revenir, à cheval, en un jour. Pas mal, comme idée - même si mon département de coeur, le 12 (voyez la vidéo qui circule sur Internet) correspondait moyennement à cette définition - trop grand - ou qu'un de ses voisins, le 82, ait été formé a posteriori de bric et de broc pour faire plaisir à je ne sais plus qui.
Pas mal, mais la notion de "distance à cheval" a ces derniers temps pris un peu de plomb dans l'aile. Et pour avoir eu quelques aperçus des tractations micro-politiques, je sais que les rapports entre régions, départements, communes et communautés de communes et "pays" (le dernier truc en date) sont l'occasion d'un joyeux bordel - amusez-vous à visiter votre hôtel de ville, hôtel de région, conseil général, et vous risquez de vous demander s'il n'y aurait pas un peu de fric claqué pour le simple goût du luxe des élus... Bref, et même si comme tout le monde j'aime bien rire de mon 31 collé au cul, des paysans du 09 ('alut, les gars, non, vous pas taper... c'est bien que vous ayez appris à lire, quand même) et de me méfier systématiquement des voitures immatriculées 33 (bonjour mesdames), j'ai quand même l'impression que c'est davantage un automatisme un peu chauvin hérité de temps anciens.
Pouf, pouf, je disais quoi, moi ? Ah oui : bin, là, je ne sais pas. Comme sur le rapport Attali, tiens. Ce que j'en ai lu sur Libé me laisse indécis. Ca me fait penser à l'Angleterre ou à la Hollande, pays que j'adore, même si certains mots du texte font peur. Ceci dit, ça ressemble avant tout à une opération de comm', vu qu'Attali parle de "tout ou rien" et que Sarkozy a déjà commencé à mégoter.
Bref, pour les départements, je ne sais pas, pour le rapport Attali, je n'ai pas d'idée... ça valait le coup que j'en fasse une telle tartine ?

Le Provincial.

Écrit par : manu | 28 janvier 2008

Les automobilistes grincheux vont devoir faire preuve d'un peu de recherche pour leur vocabulaire... Quoi que...
Imagines le coup, fini les "Vas donc hé Parigot!", fini aussi les "putains de Marseillais", les "Ho le Nissarte", les "Avances le Vosgien!"... et j'en passe...
Le pire, c'est que tout risque de se remplacer par un seul et unique "Vas donc hé PD!"
Moi, je crois que je vais bien me marrer...
Bise Olivier

Écrit par : Patrick | 28 janvier 2008

-> Fiso, manu, Nicolas J, Patrick, enfin, tout le monde, quoi !... ->
Ce soir, en quittant mon boulot, y'avait une voiture 27 devant moi. C'est drôle, hein ? Pourquoi drôle ? Non rien, juste comme ça, c'était un numéro, et il m'a dit quelque chose de la personne qui roulait devant moi. Il habitait l'Eure. Ou il y travaillait. En tout cas, il y avait des attaches. Voilà, sa voiture était insignifiante, il était insignifiant, mais d'un coup, il était normand, ou il y avait quelque chose de normand en lui. Et alors ? Ben rien, j'ai rien contre, rien pour, mais ça m'a parlé de lui. Et j'ai aimé, comme j'ai toujours aimé ça. C'aurait été 36, ben merde, j'aurais pas su, ça m'aurait interloqué, j'aurai fait déflier les numéros des Départements devant moi, je n'aurai pas trouvé ; ç'aurait été 18, ah! oui, j'aurais situé, ça, le 18, tu parles ! C'est comme ça ces numéros, un coin dans l'anonymat. J'aime ça, j'assume et l'automatisme un peu chauvin, et les temps anciens...
Pour le reste, manu, toutes les constructions institutionnelles peuvent être interrogées. Je crois quand même que le Département tient une place à part, et que le seul refus des strates, s'il est légitime, ne peut pas donner que cette réponse. Enfin, ce n'est que mon avis... Euh ! vraiment que le mien ?

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 28 janvier 2008

Je rejoins Oh dans le fait que la suppression du n° sur les plaques est peut être un avant gout de la suppression du département. Quant à l'utilité de l'échelon départemental, certes on ne circule plus beaucoup à cheval comme au temps de la création des départements, mais n'empeche c bien pratik de ne pas se taper 150km pour aller au tribunal (tiens oui ça me rappelle la réforme de la carte judiciaire) ou faire des démarches administratives en général. Un service public de qualité c'est déjà un service de proximité!

Écrit par : Yohan | 28 janvier 2008

Par contre , j'ai beaucoup voyagé avec mes parents quand j'étais petite , et c'est vrai que nous apprenions la géographie rien qu'avec les plaques. Et puis les coups de klakson lorsque nous croisions au fin fond de la Turquie, une voiture immatriculée française et en plus si c'était un bled ami (on ouvrait les fenêtres, nous les gamines, et on faisaient de grands coucou , les bras dehors!)
Et c'atait le bon temps (voilà que je cause comme les vieux!) mais aujourd'hui , on ne se connait plus entre français sauf pour s'entendre dire que chez nous en France, c'est beaucoup mieux!
Ce qui n'est vrai que dans notre imagination. Avec le temps j'ai fini par n'utiliser que l'anglais ou l'espagnol aujourd'hui.
Bien que mon accent français soit repérable par le plus abruti d'entre nous je me dis espagnole lorsque je sens que ça "cloche "trop ! J'appartiens à la terre et tous les terriens se valent.
Il y a les gens bien et les autres. le reste n'est qu'aparence !

Écrit par : christie | 29 janvier 2008

Moi aussi je me demandais où est le réel problème avec les départements, qu'est-ce que cela cache ?

Pour les plaques d'immatriculation, je suis comme toi, je me raconte des histoires, sur la vie des gens à l'intérieur de la voiture, et tout le tralala.

Écrit par : Fauvette | 29 janvier 2008

oh!91,

Oui, les plaques ont un côté sympathique. Quand je vois un un 12 ou un 48, je ne peux m'empêcher de l'envier et de me demander ce qu'il fait là.

Mais c'est aussi très con. Quand je vois un 22 traverser le Bicêtre, je me dis "tiens ! un compatriote". Or je suis 94.

Fauvette,

Dans les départements, il y a plusieurs trucs qui n'ont plus lieu d'être ou qui font double emploi avec d'autres échelons. Ces trucs là, on peut les supprimer. Par exemple, c'est crétin d'avoir à faire à une préfecture pour les cartes grises : ça n'est plus justifié (la fonction est nationale et le "besoin de service" est de proximité, donc municipal). On peut donc supprimer le service des cartes grises (je prends un exemple au hasard).

Par contre, Oh!91 a raison de rappeler dans son billet qu'un département n'est pas qu'un bazar administrif mais d'une structure de taille cohérente pour s'occuper d'un certain nombre de dossiers.

Écrit par : Nicolas J | 29 janvier 2008

-> Yohan -> Bien d'accord : s'agissant de service public, la proximité devrait être le premier critère de qualité. Merci de voler à mon secours ;
-> Fauvette -> Merci à toi aussi. Je me disais bien, je peux pas être le seul , qui aime jouer avec ça ;
-> Christie -> y'a deux façons de s'intéresser aux gens et à leur identité : pour rejeter les étrangers et les gens différents, en se repliant sur nos petits chauvinismes, ou bien pour manifester de la curiosité, valoriser la culture de l'autre, la part d'exotisme que chacun porte en soi. A part ça, je crois comme toi qu'on est tous des terriens ;
-> Nicolas J -> Tout ce qui est con n'est pas à jeter, si ça a une utilité culturelle : c'est comme les soldes ou une finale de coupe du monde ! T'en parles quand, dis, des élections cantonales dans ton blog... je te signale que dans ton Département, elle est fragile, la majorité de gauche !

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 29 janvier 2008

oh!91,
Je n'ai pas qu'il fallait jeter tous les trucs cons... ni qu'il y avait une majorité de trucs cons.
Je parle des candidats aux cantonales tous les jours dans mon blog.
Je voulais faire un billet aujourd'hui (il y a un bon dossier dans le Parisien), mais ça nécessite du boulot mais j'avais déjà deux billet dans la tête (sans compter mon coup de gueule sur la santé et l'hôpital).
Enfin, j'ai mis ton billet en lien dans mon billet sur les blogs de gauche et le rapport Attali... ce qui devrait faire un nouveau billet pour ce soir...

Écrit par : Nicolas J | 29 janvier 2008

Nicolas,
Fais pas gaffe, Oh!91 ne lit que tes âneries ... pas étonnant qu'il aie raté les infos sur les cantonales.
D'ailleurs, tiens, c'est quand que tu viens pencher à gauche à la Comète, Oh!91 ?

Écrit par : Fiso | 29 janvier 2008

Fiso,
Et toi ?

Écrit par : Nicolas J | 29 janvier 2008

Il est assez paradoxal de lire un peu partout, voire dans certains des commentaires qui précèdent, que les Français sont attachés à leurs départements au nom de la préservation de leur identité, de leurs racines, ou que sais-je encore, alors même que ces entités, vieilles de guère plus de deux cents ans, ont été conçues à l'origine non seulement pour rationaliser l'organisation administrative du territoire, en faisant table rase de l'incroyable enchevêtrement de réglementations, de coutumes et de droits divers d'Ancien Régime, mais encore pour détruire les particularismes locaux, avec la nette volonté de supprimer l'identification aux « petite patries » au profit du développement du sentiment national. Autrement dit, il n'était surtout pas question, à l'origine, que les départements, contrairement aux anciennes provinces, aient la moindre identité, ce n'étaient que les pièces uniformes d'un puzzle, ayant chacune à leur tête un préfet aux ordres d'un pouvoir hyper-centralisé. C'est d'ailleurs le même processus qui a conduit à vouloir extirper les langues et dialectes régionaux, qualifiés un peu vite du terme méprisant de « patois » (lequel n'a d'ailleurs guère d'équivalent dans les autres pays européens, à cet égard bien plus démocratiques que le nôtre).

L'homogénéité de la France s'en est trouvée renforcée, de même que l'égalité des citoyens et, plus généralement, la rupture avec le régime monarchique, ce qui a sans l'ombre d'un doute représenté un progrès considérable. Le revers de la médaille, cependant, est que nous avons hérité de départements totalement artificiels, aux noms tous plus ridicules les uns que les autres. En effet, alors que le nom des anciennes provinces était le plus souvent tiré des noms des peuples gaulois (ainsi, Poitou et Poitiers viennent des Pictons, Berry et Bourges des Bituriges, Touraine et Tours des Turons, etc.) et pouvait se décliner en noms d'habitants (Poitevins, Berrichons, Tourangeaux...) nous avons, depuis la Révolution (hormis, bizarrement, pour la Corse), des noms purement géographiques, le plus souvent de fleuves, de rivières ou de montagnes, ce qui ne va d'ailleurs pas sans créer des quiproquos (ainsi, lorsque quelqu'un me dit qu'il est né dans la Vienne, dans la Manche ou dans le Rhône, je lui demande toujours s'il avait sa bouée avec lui). Car c'est rien de dire, en vérité, que nous avons l'air fin avec nos Eure-et-Loir, Lot-et-Garonne ou Bouches-du-Rhône (de même, du reste, qu'avec nos régions Midi-Pyrénées, Centre ou Rhône-Alpes) quand nous nous trouvons face à un Européen qui nous parle de sa Toscane, de son Algarve ou de sa Thuringe.

Comme le soulignait Onésime Reclus, l'autre géographe de l'incroyable fratrie des Reclus (dont le plus célèbre, je le rappelle, est le grand géographe et l'un des principaux théoriciens français de l'anarchisme, Élisée Reclus), « les noms des provinces sont bien plus vrais ; ils sortent du fond de l'histoire, de la vie de la France pendant mille ans [...]. Officiellement, ces provinces sont mortes depuis cent ans passés ; mais elles vivent toujours dans la mémoire de la nation. Nous disons encore : je reste en Touraine, je vais en Bourgogne, je viens du Limousin. Suivant notre pays d'origine, nous nous traitons de Normands, de Bretons, de Béarnais, etc. La plupart de nos départements ont des noms tels, qu'on n'en peut tirer que des dérivés ridicules : Seine-et-Marnois ! Côtes-du-Nordiens ! ».

Or cela n'empêche pas nombre de nos compatriotes de se proclamer loir-et-chériens, deux-sévriens ou haut-marnais... (ou, pourrais-je ajouter, gardois, charentais ou vendéens, tout aussi ridicules ; ou, pis encore, « du 30 », « du 16 » ou « du 85 », l'identification à un numéro ajoutant encore à la désincarnation des territoires). Certains Savoyards qui voudraient se faire appeler Savoisiens ne mesurent pas leur bonheur, en tout cas, d'avoir échappé, du fait de leur incorporation tardive au pays, à la dénomination qu'on leur donnerait sans doute aujourd'hui (Mont-Blanchois ou une autre débilité de ce genre, comme certains l'ont déjà proposé, sous prétexte que ce serait, paraît-il, « plus républicain » ; personnellement, je ne vois vraiment pas en quoi mais bon, c'est bien connu, qui n'est pas jacobin n'est pas véritablement républicain...).

Ce n'est d'ailleurs pas le moindre des paradoxes que de voir les départements et, plus encore, les régions, tout aussi artificielles, essayer de récupérer les noms des anciennes provinces alors qu'ils n'en ont jamais tout à fait les limites. Ainsi, chez moi, l'affreux logo du conseil général d'Indre-et-Loire est souvent accompagné du nom de la Touraine, alors que ces deux notions ne correspondent pas exactement l'une avec l'autre. La raison est simple : c'est nettement plus beau (et donc, plus touristique...) que le nom jacobin, bêtement technocratique avant l'heure. Et puis, indre-et-loirien, c'est pas terrible-terrible...

Sinon, je suis entièrement d'accord avec le commentaire de Yohan sur l'avantage d'une démocratie de proximité (cette vieille rengaine raffarinienne, cependant, a sacrément du plomb dans l'aile ces temps-ci puisque, après les agences de la Poste et du Trésor dans les petites communes, c'est au tour de nombre de tribunaux de disparaître des chefs-lieux d'arrondissement, avant la disparition, à terme, des sous-préfectures). Cependant, j'approuve tout autant Manu sur la gabegie que représentent ce trop grand nombre d'échelons territoriaux et la constitution, aux débuts de la décentralisation, de fiefs aux mains de roitelets saisis par la folie des grandeurs (mais c'est une époque révolue, paraît-il). Quant au chauvinisme local, je renvoie chacun, comme d'autres l'ont fait avant moi sur ce même sujet, à la Ballade des gens qui sont nés quelque part, de Brassens.

Écrit par : Chieuvrou-le-fédéraliste | 01 février 2008

-> Chieuvrou-le-fédéraliste -> Dis-donc, quand tu visites un blog, toi, ce n'est pas pour y faire de la figuration. Merci de ce commentaire très instructif, et au vrai très juste.
C'est vrai que j'aime plus parler du Quercy que du Lot, quand j'évoque les vacances de mon enfance, et que les Départements sont des créations artificielles. C'est vrai aussi que le niveau départemental n'est souvent que le terrain d'expression politique de quelques potentats locaux.
Mais réfléchissons bien aux conséquences qu'auraient AUJOURD'HUI le démantellement d'entités qui se sont vu transférer autant le plus de compétences ces dernières années, parfois - il est vrai - au détriment de vraies politiques nationales ambitieuses, qui jouent un rôle dans la proximité des citoyens, dans l'action sociale, dans les infrastructures et les paysages...
Merci encore de nous avoir fait réfléchir.

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 01 février 2008

Ah, je savais bien que j'avais laissé ce commentaire quelque part, lequel était en fait une resucée, juste un peu gonflée et adaptée à la discussion en cours, de ce que j'avais posté quelques jours plus tôt sur le blogue de France Culture (n'est-ce pas que ça fait chic ?).

Merci de ton remerciement, en tout cas. Sache, par ailleurs, que je n'ai pas d'opinion arrêtée sur le bien-fondé de la persistance des départements en tant qu'échelon administratif, c'est juste leur dénomination grotesque et leurs limites faisant fi de tout arrière-fond historique que je déplore, de même, du reste, que le ravalement des noms millénaires des anciennes provinces à des appellations à vocation touristique ou, dans le meilleur des cas, culinaire (et tout en précisant que, même si je ne tiens pas spécialement à oublier d'où je viens, je n'ai pas non plus la religion des racines).

De toute manière, les propositions du rapport Attali à ce sujet ont fondu comme neige au soleil quand notre hyperprésident a vu qu'elles étaient impopulaires dans l'opinion. Laquelle, lorsqu'elle défend ses départements jacobins, construction artificielle et centralisatrice si l'en est (mais, je te rassure, je ne vais pas me relancer dans mon laïus), le fait au nom de son identité prétendument menacée par l'Europe... et ignore, bien souvent, que la conception technocratique du découpage territorial français (diviser pour mieux régner, disait Louis XI, en uniformisant à outrance et en tuant les identités, auraient pu ajouter les Jacobins) a abouti à créer des identités régionales bien moins grandes que dans nombre de pays d'Europe ayant une population pourtant plus homogène que le nôtre.

Oui, exit la grande proposition de l'ex-gourou de Tonton sur les départements. Le débat ne porte plus désormais que sur la sauvegarde de leurs numéros sur la plaque des bagnoles, près du pot d'échappement...

Écrit par : Chieuvrou | 23 avril 2008

-> Chieuvrou -> Eh ! bé ! Venir voir les effets de ton commentaire sur un blog presque trois mois après, t'es un cas, toi ! Bon, si je comprends bien, grâce à toi, ce blog est quasi référencé chez France-culture... lol. Pour en revenir au fond, la proposition Attali est morte, sauf peut-être pour les trois départements de la petite couronne. Parce qu'on ne sait pas trop ce qu'ils nous réservent avec leur projet de Grand Paris. On te revoit dans trois mois ?

Écrit par : Oh!91 | 27 avril 2008

Argh ! J'ai écrit « si l'en est » au lieu de « s'il en est » ! Je suis à tout jamais déshonoré...

Je ne sais donc si je vais oser revenir en ces lieux, où je suis du reste repassé non pour voir les réactions à mon précédent laïus, comme tu as pu à bon droit le penser (à propos, faudrait savoir, on se dit « tu » ou on se dit « vous » ?), mais pour remettre la main sur cette dernière version en date dudit texte. Pour tout dire, je comptais initialement à nouveau le recycler, sur le blogue, cette fois, du « grand quotidien régional » que la France entière nous envie (du moins quand elle en connaît l'existence), puisque le débat sur les départements y a été à nouveau relancé à propos de la grande affaire, dont l'importance n'aura échappé à personne, de la disparition annoncée de leurs numéros sur les plaques de nos chères polluantes.

Concernant le Grossparis, je n'ai pas, là non plus, de position bien arrêtée, hormis sur le fait qu'il faudrait sans doute profiter de l'extension envisagée de la capitale pour dynamiter l'affreux périph', ou, si l'on tient tant que ça à lui, pour l'enfouir définitivement sous terre.

Allez, Delanoë, un beau geste.

Écrit par : Chieuvrou | 28 avril 2008

-> Chieuvrou -> disons nous "tu", va !

Écrit par : Oh!91 | 28 avril 2008

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