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22 janvier 2008

son papa musical

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J'étais vendredi après-midi avec mon ami Saiichi (Saiichi, je t'en parlais ici). Nous avons beaucoup parlé, et nous avons fait l'amour. Sur les suites de Bach par Glenn Gould.

Je te raconterai un de ces jours le calvaire qu'il vient de traverser avec ce lumbago, dont il craint tant que le privant de travail il ne le prive de papiers, l'état de stress et de fragilité où ça le met, au point qu'il a été hospitalisé d'urgence pour une gastro traitée trop tard, et les tracas administratifs insupportables qui le poursuivent, malgré les scrupules qu'il met à se conformer aux demandes des bureaucrates de la préfecture. Je te raconterai aussi sa rencontre avec son Zoltan à lui, le même été que moi, à Budapest.

Mais il vient de m'envoyer ce texte, sur un sujet qui lui tient à coeur. Sur une musique qui le tient au corps. Sur un musicien qu'il considère comme son père musical, lui qui joue du piano et du violoncelle. Il ne me l'a pas demandé comme ça, mais je sais qu'il sera heureux que je le publie. Et tu vas voir que tu vas y retrouver de ce que tu aimes dans ce blog, et prolonger autrement ce même voyage à Budapest que je te propose de temps en temps.

Je suis heureux de te faire ce cadeau, et de le lui faire.

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Le vendredi 16 décembre 2005, à 11 heures et demie, j'étais là, tout près de lui... Enfin !

C'est lui qui m'avais emmené dans l'univers profond de la musique. C'est lui qui m'avais appris la puissance de la musique. C'est lui qui m'avais complètement libéré de toutes les contraintes musicales. Brtok Bela, mon papa musical, le seul et l'unique.

Quand j'ai pris le tram à Moszkva tér, il commençait à neiger et quand je suis arrivé à Farkasréti temetö, tout était couvert de neige. J'ai acheté un bouquet de fleurs à l'entrée du cimetière.

J'ai beaucoup réfléchi ; pas somptueux, pas léger, mais des fleurs qui ont de la puissance, qui ont de la volonté ferme, qui sont honnêtes et sincères comme sa musique. J'ai abordé un gardien et lui ai dit juste un seul mot : "BA-R-TO-K". Il a regardé mon bouquet de fleurs et il a tout compris. Il m'a désigné le chemin.

La neige à gros flocons tombait sans cesse et absorbait tous les bruits. Il n'y avait que le bruit doux de mon pas sur la neige. C'était étrange. Le chemin vers un compositeur qui a marqué son nom dans l'histoire de la musique du 20ème siècle, qui nous a laissé la musique si féconde avec sa sonorité, son rythme, sa mélodie, était dans le silence complet.

dd06ef1fbdf95aac575197bb130b62c4.jpgJ'ai découvert la musique de Bartok quand j'étais étudiant à l'école de médecine.

Ma prof de violoncelle a joué son troisième quatuor à cordes au cours d'un concert. Sa musique était très choquante pour moi : une sonorité moderne, un accord dissonant, un rythme complexe, parfois violent...

Cela m'a ouvert un monde sonore inconnu (notamment pour la musique moderne) ainsi que la porte pour toutes sortes de musique sans prévention. Je me suis absorbé dans sa musique et j'ai écouté soigneusement toutes ses oeuvres en lisant ses partitions. Mais je crois qu'à cette époque (j'avais 20ans) j'étais fasciné plutôt par l'aspect technique de sa musique que par l'intérieur du coeur de ce compositeur.

J'analyse que mon attachement d'alors à sa technique musicale si avant-gardiste se liait un peu avec mon esprit d'adolescent, rebelle à toute autorité... C'est un peu plus tard que j'ai commencé à sentir "Bartok lui-même" dans sa musique. Un jour, quand j'ai écouté le deuxième mouvement du troisième concerto pour piano et orchestre, le mouvement intitulé "Adagio religioso" m'a énormément touché.

La pureté de mélodie des cordes, la beauté indescriptible des premiers accords de piano solo.7a15aec084278f6fd4bb842eed506982.jpg
C'est la musique de sa prière pour la paix. C'est un lac silencieux de la musique. Il n'y a même pas de rides sur l'eau. Le troisième mouvement qui suit est par contre rempli de la joie de la musique, plein d'énergie. Le coeur du compositeur y explose. Il a composé ce concerto en 1945 (sa dernière année) aux Etats-Unis dans la misère et la maladie grave. Après s'être réfugié, ses dernières années là-bas ont été tragiques.

J'ai senti petit à petit ce qui existe derrière sa musique, derrière ses notes : son amour profond pour la nature, son attachement à la Hongrie, sa colère contre la guerre, sa confiance totale pour la puissance de la musique. L'explosion de joie du troisième mouvement est son hommage et un triomphe pour la Hongrie depuis New York, si loin de Budapest.

Son tombeau était déjà légèrement couvert de neige. Il n'y avait personne dans ce cimetière. Toujours le silence complet. J'ai déposé les fleurs et une partition de poche que j'avais apportée depuis Paris. Ce n'est pas un sentimentalisme. Je ne le ferai jamais pour d'autres compositeurs.

C'était juste pour retrouver mon papa musical...

Commentaires

Merci, Oh ! Et merci S.

Dans tes mots (je m'adresse ici à S., Oh fera passer, ou non) j'ai retrouvé mes émotions musicales. Elles n'ont pas forcément la même source, mais je vois la musique, tout comme toi. Et j'ai aussi une famille musicale, que je visite, encore une fois tout comme toi, dès que cela m'est possible.

Merci Oh, pour ce partage, tu sais combien il me touche.

Écrit par : M. | 22 janvier 2008

Merci M pour ton commentaire. Oui, chacun a son univers musical dans son cœur. Cela me semble parfois comme un arbre et parfois comme la mer.

Merci Oh pour cette présentation inattendue malgré ma maladresse et mes fautes du français. Justement je suis un fanatique de Kronos Quartet depuis 20 ans !!! Pourquoi tu le savais ?

Écrit par : Seiji | 22 janvier 2008

Je le regrette parfois mais je n'ai aucun univers musical, alors je m'accroche aux découvertes, aux partages que l'on peut m'offrir et celui ci est somptueux, les mots et la musique. Comme M. Merci à vous deux.

Écrit par : Bougrenette | 22 janvier 2008

-> M. -> Merci de t'être laissée embarquer jusque dans cet univers-là. Comme tu vois, je n'ai rien à faire suivre. C'est S. qui chaque jour, chaque soir, nous rejoint ici et nous suit de loin, osant de temps en temps, avec fébrilité et timidité, une intrusion, une inclusion, une petite touche de civilisation (excuses ce mot récemment galvaudé !). J'espère que peu à peu, il se sentira ici complètement chez lui, et se cachera moins ;
-> S. -> Je ne connaissais pas kronos Quartet, le net m'y a conduit, ce n'est paut-être pas qu'un hasard... Où et comment s'apprend donc une telle patience ?
-> Bougrenette -> je suis comme toi, je ne sais pas définir mon univers musical... en ai-je un pourtant ? Possible, parce toutes les musiques ne me touchent pas de la même façon, certaines m'atteignent directement au coeur, et d'autres me glissent dessus... une part d'éducation, une part de réminiscences de l'enfance, une part d'engagement forcené à l'époque où l'on se construit... Il faudrait que j'arrive à prendre parti, j'ai promis à M. de m'essayer à la toucher !

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 22 janvier 2008

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