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04 janvier 2008
Un abbé qui croyait à l'Histoire des Hommes

Mais c'est une autre nouvelle qui m'a affectée, en pages intérieures. L'annonce du décès et des obsèques de l'abbé Robert Davezies.
Robert Davezies avait fondé, avec Francis Jeanson, des réseaux de soutien aux combattants du FLN pendant la guerre d'Algérie. Il faisait partie de ceux que jean-Paul sartre avait joliement appelé les "porteurs de valises". Après la vague d'arrestation de plusieurs militants du réseau Jeanson en 1960, il avait continué son combat sous la houlette de Henri Curiel, Juif égyptien et militant communiste auquel Gilles Perrault a consacré un magnifique ouvrage (Un homme à part), jusqu'à son arrestation en 1961.
Il représentait cette fraction du clergé catholique, tombée en disgrâce, qui s'engagea dans les combats anticolonialistes.

Mon père, arrêté dans la première vague, l'avait connu à Fresnes durant leurs dernières années de détention. A sa mort, ma mère avait renoué des relations avec Robert Davezies. Chaque fois qu'elle montait nous voir en région parisienne, elle s'organisait pour passer une journée avec cet homme simple et attachant. Dernièrement, elle avait été frappée par sa condition misérable. Il vivait dans une simple chambre du 19è arrondissement. Il avait beaucoup perdu de sa mobilité. Lors de sa dernière visite, fin septembre, elle était allée lui faire quelques courses au Monoprix du Boulevard Jean Jaures. Sa perte progressive d'autonomie avait rendu obligatoire qu'il rentre en maison de retraite, et il était profondément affecté par cette perspective. Il s'était refusé à rejoindre un établissement pour anciens curés car il n'était pas près à affronter le regard de ses pairs sur lui et son parcours. C'est sans doute cette dernière étape qui lui aura été fatale. Peu de journaux ont annoncé sa disparition : un journal algérien d'Oran, un web-journal chrétien (où tu pourras d'ailleurs en lire plus sur l'oeuvre humaniste de ce curé engagé), et l'Humanité. On n'y trouve pas de détail sur les circonstances de sa mort.
Au moment de son procès, Louis Aragon avait tenu à lui témoigner son soutien avec ces mots : "Veuillez, je vous prie, transmettre à M. l'Abbé Davezies, que je n'ai pas l'honneur de connaître, l'expression de ma reconnaissance pour ce qu'il a fait, pour ce qu'il est, et qui s'inscrit à l'actif de notre patrie, et risque un jour de faire oublier qu'il y eut des tortionnaires qui se dirent français."
Après que les accords d'Evian furent signés, signifiant la fin de la guerre et l'indépendance de l'Algérie, Robert Davezies dira : "ce jour-là, j'ai compris que les hommes avaient le pouvoir de faire leur histoire."
06:00 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : guerre d'Algérie, porteurs de valise, FLN, prêtres ouvriers



Commentaires
Je ne connaissais pas, je découvre ici et je vais prendre le temps de le faire plus encore, tu as trouvé des mots justes et simples pour décrire un grand homme ça j'en suis convaincue. Recois Oh l'expression de ma reconnaissance ...
Bisous de fin de semaine.
Ecrit par : Bougrenette | 04 janvier 2008
C'est drôle (enfin, non, pas vraiment) mais j'avais une conversation sur le sujet avec un ami, il y a peu. Pas sur l'abbé, mais sur la guerre d'Algérie. Mon grand-père y était. Et s'il me parle volontiers de son enfance difficile, de son passage traumatisant chez les Jésuites, quand on aborde le sujet de la guerre d'Algérie il répond : "ça, je ne peux pas. Je ne peux pas en parler. Non, je peux ne pas en parler." Le père de mon ami, présent en Algérie également, a la même attitude.
Au lycée, on passe 3 mois sur 39-45, une heure à peine sur l'Algérie...
L'abbé a raison : les hommes ont le pouvoir de faire leur histoire. Merci de nous le rappeler
Ecrit par : M. | 04 janvier 2008
Je ne connaissais pas non plus cet abbé.
Merci donc de rendre hommage à un homme qui visiblement, a été quelques peu oublié.
(ça me fout toujours en l'air que le clergé aie pu soutenir la colonisation !)
Etait-il toujours catholique à la fin de sa vie ?
Ecrit par : Fiso | 04 janvier 2008
-> Bougrenentte -> je ne l'ai moi-même jamais rencontré, je crois. Ou alors quand j'étais jeune enfant, et je ne m'en souviens pas. Son nom revenait souvent dans les conversations qu'avait papa, et maman a toujours gardé cette affection pour lui. Il devait l'aider aussi, je pense, à exorciser l'éducation religieuse qu'elle avait reçu, un peu comme un alibi progressiste ;
-> M. -> C'est vrai que la guerre d'Algérie reste un tabou terrible, surtout chez ceux qui l'ont faite ; un peu comme une maladie honteuse qu'on se traîne. Et le refus de l'Etat de faire acte de mémoire collective, de reconnaître les méfaits de la colonisation, et d'assumer sa part du drame comme Etat, ne doit pas aider les anciens soldats à se déculpabiliser ;
-> Fiso -> Oui, il était toujours catholique. par fidélité, et parce qu'il y mettait des valeurs dont il n'avait pas à rougir.
Ecrit par : entre2eaux | 04 janvier 2008
tu as beaucoup de chance d'avoir pu rencontrer une personne aussi honorable. par contre j'ai lu aussi l'article par hasard et c'est vrai que ce sont souvents les hommes les plus bon que l'on oublie le plus facilement. Paix à son âme.
Ecrit par : yanis01 | 04 janvier 2008
-> yanis01 -> Je ne l'ai pas connu personnellement, il était juste présnet dans les pensées de ma famille, et ma mère me racontrait chacune de ses rencontres avec lui. Merci de ton passage
Ecrit par : entre2eaux | 05 janvier 2008
Merci de cet hommage à l'abbé.
En contrepoint je voudrais rendre aussi hommage à tous ceux de ma génération qui sont morts en Algérie et en particulier tous ceux que j'ai connu et qui comme moi n'ont pas eu la chance d'en revenir. Eux je les pleure encore. Je ne sais pas quel est le rôle précis de l'abbé auprès du FLN mais peut-être mes copains en sont les victimes.
Nous étions en service commandé et aucun de nous ne souhaitait partir en Algérie. Je n'ai pas aimé faire ce service mais je n'avais pas d'alternative. Le gouvernement de gauche à l'époque, qui initia le conflit, ne nous a pas donné le choix.
Quant aux tortionnaires je ne les ai jamais vu à l'oeuvre mais je sais qu'ils existaient. J'ai aussi vu le résultat des tortionnaires de l'autre bord sur les prisonniers français. Pas beau non plus, crois moi!
Un jour de onze novembre je te recommande d'aller lire les inscriptions les plus fraiches sur les monuments aux morts. Celles tout en bas à droite. Il y en a beaucoup. Ces soldats méritent aussi la compassion.
Quel âge avais tu au moment des accords d'Evian ? Je sais, tu as lu , moi j'ai vécu et vu !
Pourquoi Oh! ne sommes nous jamais d'accord sur les sujets politiques ?
Je suis désolé d'assombrir ce début d'année avec ces réminiscences. Ta relation n'était pas complète.
Bonne année.
Ecrit par : Dan-Oméga | 05 janvier 2008
-> Dan ->
1/ D'abord merci de passer et d'écrire ici, ça me touche ;
2/ As-tu le regret de l'Algérie française, du "temps heureux des colonies" ? Je pense que non, j'espère, et de toute façon l'histoire a tranché cette question ;
3/ Je ne manque pas de respect pour ceux qui sont partis là-bas par obligation, et qui y sont restés, ils font partie des victimes malheureuse d'une guerre inutile. Mais j'en suis désolé, c'est ceux qui ont eu avant les autres conscience de ce que cette guerre était injuste, qui ont fait le choix de déserter et/ou d'apporter leur solidarité aux Algériens, d'une façon ou d'une autre - car il n'y eut pas que les "porteurs de valise" - qui étaient dans le vrai. Eussent-ils été écoutés plus tôt, combien de vies, française et algériennes, auraient-elles été épargnées ?
4/ Mon père avait 24 ans quand il fut appelé. Pauvre, déscolarisé tôt, ses seules valeurs il les tenait de prêtres ouvriers agissant dans la région de Toulouse. Ca lui a suffit, en 59, pour décider de déserter lorsqu'il fut appelé, de fuire, puis de rejoindre des réseaux d'aide au FLN. Je n'étais pas né, certes, mais lui a été condamné à 10 ans de prison pour ça, en a effectué 4, ma mère porte encore en elle le vécu douloureux et courageux de cette époque où non seulement elle fut privée de son amour, mais où elle dut affronter, puis accompagner toute sa famille dans l'acceptation de ces choix. Alors permets-moi de considérer que ça fait partie de mon histoire.
Ecrit par : entre2eaux | 06 janvier 2008
Il ne t'a pas échappé que je pensais aux victimes lorsque j'ai écrit ma réponse. Ton père en a fait partie. Ton père à eu ce courage de resister que moi je n'ai pas eu. Fort heureusement cette guerre tirait sur sa fin et il a pu bénéficier d'un élargissement en 63 après ces fameux accords d'Evian.
Quant aux colonies j'ai approuvé des deux mains lorsque de Gaulle leur à donné l'indépendance. C'était ce qu'il fallait faire. Pourtant je n'arrive pas à avoir mauvaise conscience au sujet de l'empire colonial français. Je me dis que si la France n'avait pas constitué cet empire, les Anglais, les Italiens, les Américains, les Allemands auraient rempli ce vide. Cela aurait-il changé quelque chose ? Les pieds noirs, les colonialites auraient été anglais, italien.......
Tu as rendu un hommage à l'abbé et indirectement à ton père. Il te fallait être équitable et en faire autant pour les autres victimes. Toutes les autres, y compris les victimes algériennes et les harkis de France et surtout d'Algérie pour lesquels la France n'a pas été juste. Sinon une vision partielle et partiale affaibli ton message.
Je t'embrasse.
Ecrit par : Dan-Oméga | 06 janvier 2008
PS : Ma réponse au petit 2 est non.
Ecrit par : Dan-Oméga | 06 janvier 2008
-> Dan -> Non, je ne rendrai pas hommage aux Harkis ni aux soldats de l'armée française en Algérie. Il y a des choses, des gens, et même des victimes que l'on ne peut renvoyer dos à dos (sinon alors, tout est égal, les bienfaits et les méfaits du colonialisme...). Mais j'ai de la compassion pour eux, une vraie compassion, je tiens sans doute ça de la vieille culture chrétienne que mes parents ont toujours porté avec eux, même après que ces événements les eurent rendus athées et communistes.
Après, se transformer en tortionnaire répressif, parce que sinon, c'est les autres qui le seront à votre place, brrrrr! ça fait froid dans le dos : il faut conquérir le marché de l'eau en Europe centrale, sinon c'est les Allemands qui vont le faire, le marché de l'énergie en Afrique, sinon c'est les Chinois, le marché.... Savoir renoncer à rivaliser avec les puissances pour contribuer à construire d'autres équilibres pour le monde, ce pourrait être aussi un rôle que l'on se donne, non ?
Ecrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 06 janvier 2008
Prêtre catholique du diocèse de Paris, ayant eu la grâce de rencontrer le père Davezies à la fin de sa vie, je témoigne qu'il est mort entouré du soutien et de l'admiration de ses pairs, et qu'il était en liaison étroite avec la hiérarchie qui, je le rapelle, ne l'a jamais condamné. Il tenait à le souligner avec force.
C'est bien un prêtre qui est mort, comme c'est un prêtre qui avait porté les valises.
Certains le haïssent d'être resté prêtre, d'autres de l'avoir été un jour, certains sont fiers de l'être avec lui, mais c'est ainsi.
Ecrit par : Villemot Matthieu | 06 janvier 2008
-> Villemot Matthieu -> Merci de ce témoignage et de vos précisions. Je suis heureux de savoir qu'il est mort entouré, soutenu et admiré, ma mère le sera aussi. Je comprends et partage votre fierté.
Ecrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 06 janvier 2008
Ok Oh!
Il faut vivre avec son temps et dans son temps.
Je ne veux pas polimiquer parce que je ne pense pas jamais te convaincre. Mais l'utopie est à combattre. Le monde n'aurait pas d'histoire si tous les hommes étaient parfaits. N'est-ce pas de la confrontation des idées que peut naitre l'histoire ? Quelle qu'elle soit c'est l'histoire des hommes avec des creux et des bosses.
Il ne suffit pas d'avoir de très belles pensées il faut aussi les mettre en pratique avec les moyens humains et matériels du moment.
L'heure des grands projets généreux a sonnée mais ils devront encore être confrontés aux égoïsmes qui prévalent toujours. Qu'en ressortira-t-il ?
Ce n'est pas demain qu'un beau et juste projet rassemblera les hommes simplement parce qu'il est juste et beau.
L'utopie et l'idéologie sont les ennemies de ces beaux projets.
La politique est encore devant le coeur et c'est très dommage.
Mais je t'embrasse quand même parce que tu es un pur et que j'ai de l'affection pour toi.
Bisous.
Ecrit par : Dan-Oméga | 06 janvier 2008
-> Dan Oméga -> et moi, même si je crie "Utopistes debout !", ça ne m'empêche pas d'avoir la même affection. Je te suis reconnaissant de prendre la peine de développer tes points de vue et de participer au débat.
Ecrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 06 janvier 2008
C’est aujourd’hui que je découvre ce que triste veut dire en apprenant ta mort Ô Robert. Moi dans mon exil et toi en Paix loin de ce tumulte incessant et de tant de traitrise. J’ai vu la presse et le peu qu’elle t’a consacrés. Cela t’aurait plu aussi, travailleur du silence. On aurait dit que c’est bien toi là aussi, Ô ami, partir sans vouloir déranger. Toujours discret, simple, au sourire permanent, pauvre parmi les pauvres. Je ne savais pas que tu avais rendez-vous et je n’ai cessé de t’appeler. Ça sonnait et personne ne répondrait, plus personne dans ton studio, caché parmi les gens simples, épris de liberté et de dignité. Je me rappelle de nos dîners avenue du Maine, tu mangeais peu, mais tu roulais cigarette sur cigarette, ton képi couleur de firmament sur le coin de table.
Je ne savais pas que tu étais déjà partis, et je t’appelais encore et toujours pour te dire bonne année santé et longue vie pour les gens qui t’aiment et t’apprécient, mais voilà, tu es partis sans dire au revoir, sans vouloir déranger. Roi de cœur pour les oubliés, abeille au service de la liberté, je n’ai jamais cessé de penser à toi, et je t’aime comme un frère, plus qu’un ami, comme un fils ou un père, et aujourd’hui je sais ce que tristesse veut dire.
Ecrit par : Mustapha | 15 janvier 2008
Je voudrais entre e contact avec celui qui a écrit l’article sur Robert car je le connais très bien, mais je l’ai perdu de vue suite à mon départ de France en 1999. Nous avions quelques contacts téléphoniques, mais il n’osait rien me dire pour ne pas m’alarmer traversant moi-même quelques périodes fort difficiles.
Je me rappelle qu’autrefois, jeune et osant inventer ou copier des concepts en les adaptant, en discutant avec Robert, je parlais de « l’orbite existentielle » et sa relation étroite à la mort. Je disais que nous mourrons tous un peu plus chaque jour à la mort d’un être aimé, car c’est un peu de nous même, de notre orbite existentielle qui s’en va un peu plus chaque jour, il y a un peu de nous même qui disparaît avec le départ de l’être aimé. Je voyais dans la mort des êtres aimés une autre preuve de l’égoïsme de l’homme car il ne pleure que soi-même, ses désirs et besoins qu’il satisfaisait consciemment ou inconsciemment à travers la présence d’autrui. Pleurer l’être aimé c’est se pleurer. Les vraies larmes qu’on doit à l’être aimé se doivent d’être de son vivant par diverses actions d’aide et de réconfort… Un soir assis autour d’un couscous, je discutais avec Robert de tout cela en lui expliquant mon point de vue sur la mort de l’être aimé. En fait il était venu me réconforter suite au décès de ma sœur, morte d’un cancer. Respectueux, il ne tarissait pas d’éloge sur le concept, il accepta l’idée d’’Orbite existentielle’ mais rectifia que ce n’est pas tant l’être en soi qui doit être au centre de cette orbite mais l’idée ou le concept, ce que l’être en question matérialise et incarne pour nous. Nous méditions ensemble sur cela en roulant cigarette sur l’autre, devant le couscous qui refroidissait doucement. Il est vrai que Robert ne mangeait point assez et se contentait par moment d’une tomate au déjeuner. Comme il se lève toujours tôt, et avait toujours quelque chose à faire le lendemain, il devait s’endormir assez tôt et prend congé très vite. Nous nous sommes séparés, me semble t-il, comme d’habitude, malgré les temps difficiles, avec le sourire. Je me rappelle encore de lui vêtu de son manteau bleu et de sa casquette basque bleue nuit, sa serviette sous le bras. Il m’avait offert et dédicacé son dernier ouvrage que j’ai parcouru en sa présence et nous avions discuté quelques uns de ses textes rapidement car, modeste et discret, il voulait surtout voir les mes textes et ne tarissait pas d’éloges en me recommandant de les relire et de les envoyer aux éditeurs. Il devait être vingt deux heures environ lorsqu’il prit congé et m’a salué d’un large geste de la lmain, je ne savais pas que c’était pour la dernière fois, et qu’en fait ce dîner des plus ordinaire était un adieu à cet homme de cœur. Je l’ai accompagné en bas de l’immeuble, dans l’avenue du Maine où il a prit un taxi. Depuis, j’ai quitté Paris et la France, je l’ai eu quelques fois au téléphone, toujours pareil à lui-même, positif, souriant même au téléphone, fatigué de tant d’injustice mais ne désespérant jamais. Il me semble l’entendre me dire ‘Cela ne s’arrêtera pas et nous aussi’. Maintenant que je sais ne plus jamais le revoir, à jamais, il me semble que la vie est loin d‘être un ensemble d’orbites existentielles pour l’individu, que la vie est comme le pensait Robert un monde qui a besoin d’être toujours refait, un monde en lutte permanente pour ceux qui souffrent, ceux désarmés. Je regrette de ne pas avoir fait mon maximum en lui rendant visite aussi souvent que possible malgré la distance et le manque de moyens.
Je sais qu’il y a des vies qui n’en sont point et des morts qui n’en sont point aussi, la mort de Robert Davezies n’en est point une car il restera avec nous, dans nos cœur aussi longtemps que nous vivrons car lui aussi il a niché dans son cœur des peuples entier et leurs soucis, et n’avait jamais pris le temps pour lui-même. Robert, on t’aime et on pense à toi. Tu nous as laissé bien triste, et soudainement, ici, le monde sans toi, se dévoile moins grand, presque un nain et les soucies des hommes ne dépassent guère l’instinct de l’immédiat.
Ecrit par : Mustapha | 15 janvier 2008
pardon mon email est: mustapha@maienfo.com
Merci infiniment
Mustapha
Ecrit par : Mustapha | 15 janvier 2008
-> Mustapha -> Comment te remercier d'avoir apporter ce témoignage. Tu nous remets Robert dans une situation de vie, d'engagement, de réflexion. C'est moi qui ait écrit ce billet, mais je ne l'ai pas connu personnellement. Je le connaissais à travers mon père qui a vécu avec lui en prison pendant près de deux ans, puis par ma mère qui avait gardé avec lui une relation régulière. Tu peux prendre contact avec moi, ça me fera plaisir (oh94@hotmail.fr)
Ecrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 15 janvier 2008
Je tiens d’abord à te remercier pour ton article sur Robert. On lui doit bien ça même s’il n’a absolument jamais rien demandé pour lui. Comme ton article n’est pas signé, je ne sais pas à quel nom m’adresser, et quel nom épousera les mots qui découlent du deuil de Robert, cet ami qui a fait de sa vie un chemin pour le bonheur des opprimés. L’Algérie et les pays qui souffrent étaient toute sa vie et sa religion. Bien souvent il se révélait connaître l’Algérie mieux que les algériens eux-mêmes et suivait le moindre changement politique ou sociale avec le respect le plus grand pour son peuple qui doit prendre sa décision de façon autonome et juste. Je n’ai jamais, de ma vie d’homme, vu quelqu’un qui consacrait autant de temps aux autres, c’est-à-dire tout son temps. Du matin au soir, il était entrain de courir dans les meetings, réunions, manifestations, rencontres et autres mouvements de soutiens aux pays émergeants. Il était l’avocat des causes perdues. On se voyait souvent chez moi, dans le 14eme arrondissement de Paris, toujours le soir. Des fois autours d’un tajine, ou d’un couscous, précédé d’un thé à la menthe sans sucre, il aimait discuter et en savoir toujours plus sur le monde arabo-musulman. Il mangeait très peu, et buvait aussi très peu. Je dois dire qu’il savait plus sur notre Histoire que la plupart des dits intellectuels arabes.
Il arrivait normalement dans les environs de 19h, toujours avec des fleurs dans la main pour mon ex épouse qu’il s’empressait de complimenter sur tout. Il voulait tout savoir : la santé des mes parents au Maroc, de ses parents en Normandie, des voisins, combien de frères et sœurs j’ai, ce qu’ils font dans la vie, leurs enfants, … puis au fur et à mesure de la soirée, la discussion presque imperceptiblement s’oriente vers la cause du peuple, des gens qui vivent dans la rue en période de froid, des immigrés et des nouvelles lois, des rencontres et des manifestations qui sont encours de préparation. Comme je préparais un doctorat à l’époque, Il m’appelait ‘docteur’ et je l’appelais ‘maitre Davezies’, c’était pour rire. Mais dès qu’on parle de littérature, cela devenait sérieux. Ainsi, il m’a raconté le procès de Sartre et son amitié avec lui. Il m’a raconté la période où il soutenait le FLN à la frontière marocaine et la cachette d’arme qui était à Oujda (à Lazaret je crois). Il m’a parlé de H. Boumediene, de C. Benjdide, de Boudiafe, de Benbella et de bien d’autres que je ne connaissais pas ou dont j’ai oublié le nom. Il n’a jamais dit du mal d’aucun d’eux, et lorsqu’il n’aimait pas la politique d’un pays ou d’un dirigeant comme les USA, Israël et leurs alliés, il se contentait de le dire avec des mots simples sans attaques personnelles ou dénigrantes, sans insultes et sans haine. Il se contentait de dire qu’il faut continuer la lutte. Avec sa casquette basque bleue nuit et son manteau de même couleur, avec son militantisme pour les classes défavorisées, avec son soutien permanent et inconditionnel aux étrangers et aux immigrés avec ou sans papiers, je le voyais plus comme un militant communiste que comme un prêtre. Il respectait toutes les religions, et aimait l’Islam qu’il comprenait bien. La question palestinienne n’avait pas de secret pour lui. Il défendait cette cause bien plus que bien des arabes et osait le dire haut et fort, attaquant Israël et sa politique de meurtre organisé et d’appauvrissement et d’exclusion de la population arabe. De mon côté je lui racontais la vie de certains poète arabes du jahilite Antar Ibn Abi Chaddad, passant par Imro Al Kaysse, jusqu’à la vague romantique du 19eme siècle avec Jabrane Khalile Jabrane, Abu Al Kacem Achabbi…Je lui récitais des poèmes en arabe et en faisait la traduction en français aussitôt. Il trouvait le texte arabe magnifique et fort.
En littérature Robert était un homme parfait. Beaucoup lui ignorent cette qualité. Je suis sure que s’il avait plus de temps pour l’écriture, il aurait révolutionné la poésie et le récit. Il maniait les mots comme personne et avait une sensibilité à fleur de peau qu’il ne voulait point laisser transparaitre. Je me rappelle d’un hiver où nous nous sommes tous retrouvés chez mes beaux parents en Normandie pour passer ensemble Noël. Sa maman y était aussi. Elle était âgée d’environ 101 ou 102 ans, et est décédée à 104 ans. Je disais à Robert, bien souvent, qu’il vivra centenaire comme sa maman, mais rétorqua que la génération précédente n’est point comme la sienne et la sienne n’est point comme la mienne : il a raison encore une foi. Sa père est décédé il y a bien longtemps, et souvent il descendait à Tarbes dans la maison familiale passer quelques jours avec sa maman qu’il aimait beaucoup. Sa maman, ou ‘tantine’ comme on l’appelait respirait la joie de vivre à plus d’un siècle ! Elle aimait beaucoup regarder à la télé les émissions de musiques et les variétés. On la voyait souvent, regardant des variétés à la télé, assise sur sa chaise, en tapant du pied, suivant le rythme. Assise, elle avait toujours la tête haute et le dos droit. Elle avait un port de tête que les jeunes n’ont point de nos jours, dénotant d’une fierté qu’elle a certainement transmise à Robert. Je me rappelle que pendant les fêtes de cette Noël, je suis resté très tard en compagnie de tantine à regarder la télé, alors que tout le monde dormait, y compris les jeunes et Robert. Robert se levait toujours très tôt, et travaillait quelques textes de poésie ou autres. Ce fût une période heureuse où j’ai beaucoup appris, mais comme d’habitude, ma mémoire me fait encore défaut pour restituer à quel point cet homme était simple et grandiose. Il me semble avec le temps et le recul, que Robert Davezies, était un monument vivant, une sorte d’incarnation des ces intellectuels exceptionnels qui consacrent leur vie entière à la beauté, à la vérité et à la justice… Il aimait les hommes en mouvements et partageait les souffrances des hommes à genoux. De la vie il n’a eu ni richesse, ni gloire. Quelques fois sa maman l’aidait financièrement. Il vivait caché, toujours sous les menaces de mort de mouvements antihistorique et racistes qui voulaient le tuer à cause de sa prise de position déclarée pour une Algérie libre et forte, pour l’égalité de tous les hommes avec ou sans papiers. Son adresse et son téléphone était en liste rouge.
A la fac, avec un ensemble de camarades et d’amis je rêvais du temps où Sartre faisait ses discours devant les prolétaires de Boulogne Billancourt debout sur des barils, et nous trouvions ce genre de prise de position pour la classe qui souffre simplement grandiose. Nous espérions secrètement qu’un jour il nous sera donné de faire de même et d’agir pour le mieux dans une société qui ne cesse de broyer la majorité de l’humain pour encore plus d’argent dans les poches des riches. Personnellement, j’étais loin de me douter qu’un jour il me sera donné de vivre et d’accompagner bien modestement une infime partie du parcours d’un homme extraordinaire qui incarnait tout cela, et de ceci je suis éternellement reconnaissant à Robert Davezies. Ami et camarade Robert, que la Paix soit avec toi pour l’éternité, ici on ne t’oublie point et ta lutte continuera aussi longtemps que nous vivrons.
Mustapha, le 16/01/2008
Ecrit par : Mustapha | 16 janvier 2008
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