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03 janvier 2008

Dix ans déjà : comment j'ai rencontré Igor

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Au réveillon, cela a donc fait dix ans. Dix ans, jour pour jour, que nous nous nous sommes rencontrés, et dix ans, jour pour jour, que nous vivons ensemble.

C'était pour la nouvelle année 1998. J'avais convaincu deux bons copains de venir faire le réveillon à Budapest : Fathi, un grand beau garçon d'origine tunisienne, un peu ombrageux, qui avait une liaison avec une Tchèque depuis qu'il était parti faire un DEA d'économie à Pragues. Et Nicolas, pas franchement beau mais espiègle et séducteur, genre éternel célibataire.

Cette année-là, le 1er janvier tombait un jeudi. Ils étaient arrivés de Paris le 31 dans la journée, pour un grand pont de cinq jours. La soirée avait débuté dans un resto chic, avec ambiance traditionnelle, menu de choix, musique tzigane et 38fd9b3894c5559ece65c65d5e6d37cd.jpgtout le tralala : il fallait que ce réveillon ait des couleurs exotiques. Et puis nous étions allés finir la soirée dans une discothèque, le Capella, jeune, branchée et gay-friendly. Le public était mixte, s'il devait y avoir rencontre, chacun pourrait y trouver son compte. Avec un petit show trav'lo après les quatre coups de minuit.

Autant que je m'en souvienne, on s'est bien éclaté tous les trois ce soir-là, bien lâchés sur la piste de danse. Je reluquais les beaux mecs, comme d'hab. Mais c'est Fathi qui le premier s'est retrouvé à brancher une belle brune plantureuse, Anna. Puis la soirée avançant, Fathi est venu me montrer un mec, assis au bar, clope au bec, un copain de Anna dont celle-ci lui aurait dit qu'il me tournait autour depuis le début de la soirée - Ah! bon ? je ne l'avais pas remarqué, tiens.

Il était fin, comme j'aime, le cheveux court et léger, l'oeil calé au fond d'orbites prononcées, les lèvres fines et graves. Il était revêtu d'une veste en jean noir d'une autre époque, que j'aime encore mettre de temps en temps aujourd'hui pour me donner un genre rocker. Il n'était pas vraiment beau, ce n'était pas vraiment mon style, je ne l'aurais pas dragué s'il ne m'avait été signalé.

Quand je me suis avancé, il était comme pétrifié. J'ai engagé la conversation. Il parlait bien l'anglais. On ne s'entendait pas beaucoup, mes mains se sont assez vite posées sur lui, et je me suis approché pour l'embrasser. Il a eu un mouvement de recul, puis la surprise passée, après m'avoir chuchotté qu'il n'avait pas l'habitude de se laisser emballer si vite, il s'est laissé faire.

e1808ca1d9cc9d177e1f37ee1f9c38ab.jpgAu petit matin, nous sommes tous allés chez moi nous poser et discuter au calme. L'ambiance était joyeuse, Igor montrait un humour débridé, les scénarios que l'on envisageait pour organiser notre nuit le faisait rire, il traduisait les situations à Anna.

Finalement, Nicolas a pris le canapé de chez moi, Fathi et Anna ma chambre, Igor et moi sommes allés chez lui, c'était à dix minutes de voiture.

Chez Igor régnait une ambiance de fin de guerre : tous les vestiges de son début de soirée avec une dizaines de copains étaient à terre, assiettes vaguement empilées, verres renversés, cendriers débordants. Le tout dans un appartement déjà burlesque où la baignoire trônait dans la cuisine...

On a évidemment fait l'amour. Je ne l'ai pas pénétré, il avait prétexté un problème à l'anus, mais il avait une fellation de génie. On a été réveillé assez tôt par un appel d'Australie : un ex, rencontré là-bas durant ses dernières vacances d'été.

On est parti rejoindre les autres. Et nous ne nous sommes pas quittés tous les cinq jusqu'à la fin du pont. Nicolas, resté célibataire, faisait contre mauvaise fortune bon coeur. Ces journées étaient immensément joyeuses, on ne s'arrêtait pas de rire, Anna et Igor avaient des âmes d'enfant. Nous sortions à pied dans Budapest, nous partions en excursion avec ma voiture vers Szentendre ou dans la courbe du Danube.

N'auraient été ces circonstances, cette durée, cette joie, cette dynamique permise par le groupe, ma première nuit avec Igor aurait pu rester sans lendemain. Mais les choses s'étaient enchaînées ainsi. Et nous avions eu le temps avec Igor de nous connaître. Sous notre meilleur jour. Igor montrait une belle sincérité, de la fraicheur, de la spontanéité. Il aimait les voyages, il était curieux, il connaissait pour ainsi dire toute la géographie du monde.

A la fin de la première nuit, il m'a dit qu'il était malade. Je me souviens que ça ne m'a procuré aucune gêne. Au contraire, j'en ai ressenti une tendresse et un élan plus forts.

A la fin de la seconde nuit, il m'a dit qu'il n'était pas seul, qu'il venait de rencontrer quelques jours avant Noël un Italien, rentré passer Noël chez lui, et qu'il devait revoir à son retour début janvier. Ca m'a affecté mais il m'a dit aussi qu'il n'était pas très sûr de cette relation, qu'elle lui paraissait même un peu suspecte, que ce gars avait l'air trop triste, qu'il serait même du genre à être un Roumain dissimulé, comme cela arrive souvent pour dépasser les réticences des Hongrois (ça s'est d'ailleurs avéré être le cas).

A la fin de la troisième nuit, nous avons décidé de rester vivre ensemble. Une année plus tard, nous allions venir sur Paris et nous y installer, l'année d'après nous serions parmi les premiers couples à nous pacser, celle d'après nous achèterions une maison dans la grande banlieue, et puis voilà comment de fil en aiguille dix ans de vie commune se sont construites. Comment dit-on ? Pour le meilleur et pour le pire. Et là, ces vacances d'hiver, nous sommes dans le meilleur. Dix ans, ça se fête, non ?

Commentaires

C'est clair, dix ans ça n'est pas rien !

Écrit par : Olivier Autissier | 03 janvier 2008

En plus de la bonne année, bon anniversaire à tous les 2.

Écrit par : Christophe | 03 janvier 2008

j'sais pas koi dire mais fo ke j'dise un truc, c obligé.

Écrit par : wajdi | 03 janvier 2008

Vous êtes très beaux, un truc dans les regards, une chaleur dans votre maison, les dix ans sont visiblement passés d'une jolie façon, en constructions et en reconnaissance. Je dois avouer que çela fait étrange de découvrir cette rencontre ici, quand on parlait de "connaissance intime" liée au virtuelle c'est un plein dans le mille. Riche d'émotions. Je vous embrasse et je confirme ça se fête :-) dix ans c'est l'étain !

Écrit par : Bougrenette | 03 janvier 2008

-> Olivier Autissier -> Merci de ce passage ;
-> Christophe -> Merci aussi, on se voit bientôt ?
-> WajDi -> Alors, t'as trouvé ?
-> Bougrenette -> Alors je mets de l'étain dans mes pensées vers toi...

Écrit par : entre2eaux | 03 janvier 2008

Moi, j'aime bien les belles histoires d'amour, surtout quand elles sont bien racontées... bonne année à vous deux et aux lecteurs de ce blog.

Écrit par : manu causse-plisson | 03 janvier 2008

Bravo! Bravo! Bravo! Bravo!

Écrit par : Azulamine | 03 janvier 2008

Oui, c'est une belle histoire d'amour.
J'ai parfois tendance à oublier qu'elles peuvent être belles, les histoires d'amour (trop écouté les Rita et leurs histoires d'A je crois...sourire)
Merci pour ce récit qui m'a fait voir la vie en rose...

Écrit par : M. | 03 janvier 2008

Tu sais, la première fois que tu m'as raconté votre rencontre, je me suis dit : "Ce couple s'est construit malgré les difficultés (maladie) et surtout a duré, sur le long terme, alors que le mien a pété à la première difficulté, après 6 ans passés ensemble". Ca fait réfléchir sur l'engagement.
Je vous admire, tous les 2.

Écrit par : Fiso | 04 janvier 2008

Je trouve que votre histoire est belle , elle réchauffe le coeur ...
j'ai un ami qui fréquente un homme mais n'a jamais réussi à nous le dire, nous qui sommes pourtant ses amis.
Il ne sait pas que quelqu'un nous l'a dit en nous faisant promettre de ne pas lui en parler.
J'aimerais tellement qu'il le dise , pour pouvoir lui dire que je l'aime comme il est, quelque soit la personne qu'il aime , qu'il est toujours comme un frère pour moi et que je voudrais que la vie soit belle pour lui.

Écrit par : MarieM | 04 janvier 2008

-> manu causse-plisson -> Et moi j'aime bien les compliments, surtout quant ils sont aussi bien dits... merci et bonne année à toi. De la part des lecteurs de ce blog aussi ;
-> Azulamine -> T'inquiètes, on a eu nos crises, aussi, et nos mises en péril. J'en parlerai un jour. On a pas mal galéré avant d'en arriver là...
-> M. -> Ben appremment, ça se passe pas trop mal pour toi, là, non ?
-> Fiso -> Pour nous, c'est drôle, mais depuis le premier jour, entre nous c'est à la vie, à la mort. Et quand ça a vacillé, c'est ce serment initial qui nous a aidé à franchir la tempête ;
-> MarieM -> Merci de ton passage et de ton témoignage. Je crois qu'il vous en parlera quand il se sentira prêt. Le plus difficile, après être resté un moment dans le mensonge, ce n'est pas avouer son homosexualité, mais accepter de se présenter aux autres comme un menteur, un usurpateur, donc un lâche. Peut-être faut-il qu'il reçoive des signes comme quoi pour toi, voir "sortir un homme du placard", le voir franchir la barrière de l'aveu, ne signifiera pas perte de considération, mais au contraire un amour plus fort encore. S'il sent ça, peut-être se confiera-t-il...

Écrit par : entre2eaux | 04 janvier 2008

C'est mon imagination ou je suis ému ? :-)

J'aime beaucoup comme tu décris simplement ce grand hasard, cet enchainement de choses qui t'a fait partager 10 ans de vie avec quelqu'un...

Écrit par : balmeyer | 09 janvier 2008

-> balmeyer -> merci. Je me trouve tout flatté d'avoir ému un récitateur de si grand talent.

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 10 janvier 2008

Je viens de lire cette belle histoire. C'est cool et ça fait plaisir à lire. On te sent heureux et tellement mature et "en paix". Ca fait quand mm s'interroger. Bon anniversaire Mister Oh !

Écrit par : DonDiego | 04 février 2008

-> DonDiego -> ravi que tu aies retrouvé ce billet. Heureux... oui, on peut le dire, je n'ai guère de regrets. Mature... oui, sûrement, j'ai attendu longtemps, aussi, faut dire ; en paix... c'est une autre histoire, disons que la surface de mon eau ne fait pas de gros bouillons. C'est sur quoi, que ça te fait t'interroger ?

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 05 février 2008

Sur l'avenir d'un amour d'hommes, avec une vie commune. J'ai (j'avais ?) du mal à y croire. En tout cas pour moi. Un amour d'hommes, j'y crois, mais avec tant de transparence, ça me laisse perplexe, sans doute parce que ça m'effraie un peu !

Écrit par : DonDiego | 05 février 2008

-> DonDiego -> S'il tient, c'est peut-être aussi parce que dans cette transparence, nous admettons un peu d'opacité : nous travaillons notre amour au verre dépoli, et au fond ce qui compte, c'est le partage de la lumière.

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 05 février 2008

Je comprends bien et je partage ta conception d'une relation amoureuse qui dure. Par transparence, je parlais plus de transparence vis-à-vis du monde extérieur...

Écrit par : DonDiego | 06 février 2008

-> DonDiego -> Cette transparence-là, c'est la plus facile à assumer. J'ai peut-être eu de la chance d'évoluer dans des milieux tolérents ; Igor, lui, garde toujours une réserve et ne me prends pas facilement la main dans un lieu public, il est par contre tout aussi transparent auprès de ses proches...

Écrit par : Oh!91 | 06 février 2008

May be, may be... C'est peut être "juste" une question d'acceptation de soi alors ? Une révolution intérieure en somme...

Écrit par : DonDiego | 07 février 2008

J'aime bien ton image de l'amour au verre dépoli. Pour moi, la transparence totale, cela n'existe pas, c'est un fantasme. Il faut se satisfaire du verre dépoli qui laisse deviner et me parait même plus désirable. Comme dans les Bains que nous fréquentons... Je te lis régulièrement, mais je manque de temps pour réagir malgré l'envie que me procure chacun( ou presque...) de tes billets.
Tu dis être adepte de l'ombre, mais tu as aussi des envies de lumière. Sol y sombra, comme dans les arènes espagnoles, mais ici il n'y a pas de mise à mort, mais plutôt une infinie et troublante tendresse entre des inconnus.
Merci encore de ce lien que je veux protéger et prolonger.
JG

Écrit par : JG | 07 février 2008

-> DonDiego -> Dis-nous un peu, d'ailleurs, où tu en es avec toi-même. Quel problème d'acceptation de toi portes-tu en toi ? Où en es-tu avec ta sexualité, avec ta vie, avec tes relations sociales ? De quel ordre est cette révolution intérieure, dont tu pressens la nécessité ?
-> JG -> J'aime beaucoup ton message et cette tonalité. Je suis toujours sensible à la tendresse. Tu as bien perçu une certaine envie de lumière que je porte malgré tout en moi. L'ombre et la lumière... tiens, c'est étrange, ça me rappelle un débat que nous avions au sortir de l'été, sur le blog de mon pote WajDi.

Écrit par : Oh!91 | 07 février 2008

à Oh!91 : C'est beaucoup de mise en lumière que tes questions demandent là...

Écrit par : DonDiego | 08 février 2008

-> DonDiego -> c'est toi qui murmure, peut-être malgré toi, que le moment de quelque chose approche, qui te concerne au plus profond. Non ? Sers-toi de ces pages, si tu le souhaites, ou de celles de WajDi qui sont accueillantes pour cet exercice, je l'ai expérimenté bien avant d'envisager ouvrir un blog. Ou d'une adresse mail (tu connais la mienne)... A toi de voir si tu as envie de t'aventurer maintenant sur ce sentier qui t'appelle...

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 08 février 2008

V'là que Oh!91 te met au féminin, maintenant, Don Diego ...
Fais gaffe, Oh! tu pourrais bien te faire zébrer les fesses d'un Z qui veut dire ...
:p

Écrit par : Fiso | 08 février 2008

-> Fiso -> C'est corrigé, merci de m'avoir prévenu avant qu'il n'ait surgi d'au delà de la nuit.

Écrit par : Oh!91 | 08 février 2008

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