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12 décembre 2007

le jour où la porte s'est fermée

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Je suis toujours à me poser la question. Tu sais, cette question lancinante : c'est quoi, au fond ? Il s'est passé quoi pour que je sois pas un mec comme les autres ? Un trauma ? Une carence ? Il m'a manqué quoi ? Cette question qui me suis - Oh! sans vraiment me torturer, rassure-toi - mais qui doit bien tarauder ma mère, quand j'y pense, depuis que je lui ai fait mon coming out.

Je n'ai évidemment pas la réponse. Dieu merci ! Ce serait grave de pouvoir établir, comme ça, une relation de cause à effet. T'es PD ? Tiens, c'est pour ci ! Ou c'est à cause de ça ! Tu imagines si de telles corrélations venaient à être mises à jour ? Comment la société s'organiserait pour banir toutes les pratiques "à risque" (quelle horreur), ou pour rechercher les gènes maudits dans les embryons...

Par contre, j'ai un événement en tête. Je le tourne depuis un moment, sans trop savoir comment l'aborder. Ce sont deux billets, publiés sur des blogs amis, qui me poussent à formuler cette histoire. D'abord un billet de WajDi, un de ses premiers paru il y a presque un an et relu récemment, où il dit la force des liens qui se créent quand des intimités sont forcées à se cotoyer, jusqu'à des formes de fusion où se scèlent des destins croisés. Et un autre de Chrisbi, qu'il a publié mardi, où il dit son rapport à la pudeur, construit dans des habitudes familiales.

J'avais six ou sept ans. Mon frère quinze mois de plus que moi. Nous habitions depuis peu dans un pavillon d'Argenteuil. Et comme tous les soirs, après manger et avant d'aller nous coucher, c'était la séquence salle de bains. Nous partagions la même chambre (j'avais le lit du haut), et depuis toujours le même bain. Au signal des parents, c'était à poil, et dans la baignoire. Mais ce soir là, au moment d'entrer dans la salle de bain, mon frère qui y était arrivé avant moi a refermé la porte derrière lui. Il m'a dit qu'il en avait marre, et que je prendrai le bain après lui.

1951b38d67fc1022dce4567e38f18573.jpgJe n'ai rien compris. J'ai du brailler, je ne me souviens pas bien de ce qui a pu se passer d'autre. J'imagine a posteriori ma mère me demander de laisser mon frère tranquille, que c'était pas grave, que j'avais qu'à attendre 5 minutes, et que au fond, c'était pareil. Personne ne voyait ce qui se passait au fond de moi ce soir-là. Mon frère, lui, pétitionnait en quelque sorte, affirmait son droit à l'intimité. Mais ça me dépassait. D'un coup, à un âge où je ne pouvais pas le comprendre, un tabou se mettait en place : celui de la nudité.  Alors que pendant 6 ans nous étions tous les soirs ensemble à jouer à l'eau dans la même baignoire, et que je n'avais jamais connu que ça, mon propre frère - il avait sept ou huit ans -  là, va savoir pourquoi, je n'avais plus le droit de le voir nu.

Là, sans explication, sans préparation, une chose devenait honteuse. Je ne peux pas dire que ç'ait été à proprement parler un traumatisme. Mais il s'est passé en moi une chose profonde ce soir-là, une chose bizarre a commencé à se mettre en place, comme une quête, une attirance, et je ne peux pas m'empêcher de penser que mes fantasmes de jeune enfant, faits d'autres enfants nus, d'autres petits garçons comme nous, résultent en partie de cette quête.

La nudité qui n'était  rien, qui n'était dans mes yeux que la vie normale, un moment de la journée, un rite du quotidien, le prélude au sommeil, la nudité, d'un coup, devenait un objet. Un objet bizarre, concret, palpable, qu'on pouvait cacher, qu'on devait cacher. Qu'on pouvait donc aussi chercher, rechercher, chérir. Ce qui n'était rien devenait tout. Depuis ce soir-là, je n'ai jamais revu mon frère nu. Il a 44 ans.

Commentaires

L important c est d aimer peut importe que ce soit
son pareil ou son opposé si on est heureux...
D ailleurs sait on pourquoi on aime?
On aime parceque c est lui ou elle sans pouvoir dire vraiment pourquoi alors soit heureux comme tu es et les gens vous aimeront comme vous etes...
Vouloir changer son autre c est l aimer deja un peu moins...

Écrit par : tam | 13 décembre 2007

ça fait ça chez tous les enfants
plus ou moins brusquement
mais c'est en effet du jour au lendemain
sans que personne n'ai rien dit ni fait
il y a un moment où l'enfant a besoin d'intimité
j'ai trois grands et je l'ai constaté pour chacun d'eux
ne pas le respecter aurait été faire violence
mais ça n'a marqué personne je crois
enfin je ne sais pas

Écrit par : frisaplat | 13 décembre 2007

Ce n'est qu'un fait banal que tu racontes là.
Pourquoi y attaches-tu une telle importance? ce fameux tabou de la nudité dont tu parles, c'est tt à fait normal de le ressentir quand on est gamin, on doit l'integrer , le respecter. Et là il me semble qu'il ne s'agit pas d'avoir eu le droit de "le" voir nu puis tt à coup de ne plus y avoir droit . En parlant de droit , c'est comme si ça venait du divin (ou de la mère et du père ) et que tt à coup on t'en empêchait (sans explications)
ce sont des situations naturelles sur lesquelles on s'est certainement tous interrogés dans une fratrie et là il me semble que tu lies beaucoup de choses entre elles, la nudité, situation normale? pour qui? le prélude au sommeil? Un rite?
excuses moi pour ce long com. sur cette note qui m'a touchée
parce qu'effectivement se mettre nu & à nu
ce n'est pas la même chose.

Écrit par : if6 | 13 décembre 2007

Au risque de me répéter je suis un peu, beaucoup d'accord aved if6. Tu attaches effectivement de l'importance là où à mon sens il n'y en a pas. Sans dévoiler l'intimité de mes enfants, j'ai connu la même chose. Je crois qu'il y a deux genres d'individu, du moins dans ton exemple à prendre en compte, les pudiques et les impudiques. Cela ne se commande pas. C'est un état de fait que l'on doit respecter. Moi à mon époque j'ai connu le baquet (pas de salle de bains) au milieu de la cuisine où j'étais étrillée devant ceusx qui étaient là, je n'en garde pas un souvenir ému. Je pense que ton frère s'est trouvé trop "grand" pour qu'on le voie nu. C'était sa nudité, elle lui appartenait. A présent, expliquer le pourquoi du comment concernant l'homosexualité, je ne m"'y risquerais pas. D'autres ont essayé et n'ont pas la réponse, alors......
Peut être quand fouillant dans tes souvenirs tu auras la solution. Mais en as tu envie, est ce un besoin pour toi, cela changera t'il ta vie ? toi seul connait la réponse.

Écrit par : Mere mi | 13 décembre 2007

Ce que c'est de passer de la nudité à l'intimité...

Écrit par : L'Elephant | 13 décembre 2007

-> tam -> T'inquiètes, je m'aime, comme je suis, je m'accepte. Je ne voudrais même pas faire le chemin à l'envers. J'ai résolu ça il y a longtemps. Et depuis, je n'ai jamais été déçu de l'amour que j'ai reçu.
-> frisaplat -> Je n'en veux à personne, et surtout pas à mes parents. Je crois qu'il fallait en effet respecter la pudeur de mon frère. Elle m'a simplement pris au dépourvu. Merce de ta visite et de ta participation.
-> if6 et Mère Mi -> Je n'accorde pas tant d'importance que ça à cet événement. Je m'interroges en fait sur pourquoi j'en ai un tel souvenir, alors que je n'avais que 6 ans. Ca veut bien dire que ça m'a marqué. Ces sentiments que j'exprime sont une tentative de reconstitution. Quant à mon homosexualité, j'ai en théorie renoncé à m'interroger, mais vous voyez, ça me rattrappe toujours... Bises

Écrit par : entre2eaux | 13 décembre 2007

-> L'Eléphant -> Il y a un monde, en effet.

Écrit par : entre2eaux | 13 décembre 2007

Moi, ce n'est pas tellement cette scène qui me fait réagir, mais plutôt les mots "... je ne suis pas un homme comme les autres".

Bin si, à mon avis. Qui tu aimes et ce que tu aimes ne change rien à ça.

Enfin moi, ce que j'en dis, hein...

Écrit par : manu causse-plisson | 14 décembre 2007

Les souvenirs d'enfant prennent souvent leur source sur des instants étranges, on se souvient de choses et pas d'autres, je dirais moi (mais si je le dis aujourd hui je l'aurais peut être pas dit hier) , que tu as simplement le regret de ce moment partagé, de cette complicité qui n'était rien qu'à vous deux.
Et je rejoins totalement manu causse-plisson sur son avis qui en dit beaucoup.

Écrit par : Bougrenette | 14 décembre 2007

-> manu -> encore une fois, la scène est anodine, il est puéril de l'avoir évoquée. Et pourtant de l'avoir fait m'interpelle. Je crois que malgrè moi, je cherche, comme une explication. C'est vain, on est d'accord. Et je me considère comme normal, tu peux pas savoir à quel point (dans le billet, c'est une figure de style). Et sans complexe, en plus. j'assume tout, et avec ce blog, plus encore. Or ce souvenir est là, et j'ai eu besoin de le livrer. Et je crois que ce désir parle de choses intériorisées qui me rendent schizophrène : genre, je suis normal, mail il s'est passé quoi ? Et parlant de moi, je parle pour beaucoup d'homos, en fait, et je pose une question à la société : l'homosexualité est acceptée - de plus en plus, c'est un fait. Mais y est-on préparé ? Au moment où moi, enfant, je me découvre différent, puis-je dire avoir été confronté à des modèles, à des figures, à des situation, qui me permettent de le banaliser, de l'accepter d'emblée ? Evidemment, la réponse est non. Ni la société, ni le cercle familial en général, ni l'école ou les manuels scolaires ne "banalisent" l'homosexualité". Dans tous les cas, se découvrant, l'enfant doit tout reconstruire. Et selon là où il est, et son milieu, c'est plus ou moins facile.... Hou là là, excuses-moi pour cette longue digression. C'est un sujet en soi, en fait. J'en reparlerai dans un billet peut-être. Merci de passer en tout cas.
-> Bougrenette -> C'est ça, ce qui me reste au fond, c'est le regret qu'une pudeur excessive ait empêché mon frère d'être aussi mon ami proche, mon confident, quelqu'un qui m'aurait accompagné dans ces moments. Et tu as raison, l'avis de manu en dit beaucoup sur qui il est (et son blog est un petit bonheur quotidien).

Écrit par : entre2eaux | 14 décembre 2007

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