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11 décembre 2007

j'ai visité la tente bédouine de Kadhafi

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Bon, j'en parle parce que c'est dans l'actualité, mais je n'en suis pas fier. Et les circonstances, si elles sont peu de chose à côté du sort des infirmières bulgares, en disent long de la réalité de ce régime.

A une certaine époque de ma vie, il m'est arrivé de cotoyer des grandes personnes. Oh! pas tant que ça, pas si souvent que ça, mais quand même. Dans le lot, il y eut des chefs d'Etat, pas tous recommandables. Par exemple, il y eut Kadhafi. J'étais responsable d'une organisation internationale de jeunesse. Notre "branche libyenne" organisait un séminaire. Pas très intéressant, autant que je me souvienne. Un truc un peu à la soviétique de la pire époque, si tu vois ce que je veux dire. Enfin bon, il avait fallu que j'y aille. Et ça avait été une aventure, parce que la Libye était alors sous embargo aérien, et il nous avait fallu y arriver par la route, depuis le Caire.8b8fd3729f379ddc7f5f0410e76855d7.jpg

Nous étions à Tripoli pour trois jours. Au soir du premier jour, toute la conférence a commencé à bruisser d'une rumeur : le Guide de la grande Jamahirya, le président Muammar Kadhafi himself, allait nous faire l'immense honneur de venir nous saluer... On ne savait pas où, on ne savait pas quand, question de sécurité. Mais il viendrait. Nos hôtes ne pouvaient pas confirmer, ni infirmer. Question de sécurité. Au matin du deuxième jour, la rumeur se précisait, il ne viendrait pas, mais des bus nous emmenneraient, on ne savait pas où, on ne savait pas quand, mais nous irions le saluer. Il fallait se tenir prêts. Question de sécurité. La journée passa sans que rien ne se passe. Puis le soir. Mais à 3 heures du matin, la nuit suivante, nos hôtes organisèrent un réveil au clairon. Il fallait se préparer, des bus allaient nous emmener. On ne pourvait pas nous dire où. Question de...

A 5 heures du matin, nous arrivions ainsi à l'aéroport de Tripoli. Il n'y avait qu'un appareil sur le tarmack. Nous fûmes rejoints par d'autres groupes, d'autres étrangers de tous pays participant à d'autres conférences. Nous étions 300 ou 400 dans cet aéroport sans activité. A toujours ne pas bien comprendre ce qui se passait. Un premier mouvement de foule nous indiquait que l'embarquement commençait. Mais tout le monde ne pourrait pas contenir dans cet appareil, il fallait patienter encore, un autre avion allait arriver pour prendre la suite du groupe. Nous avons vu décoller l'appareil et avons attendu. Il était déjà 10 heures quand nous avons vu un autre avion arriver. Notre groupe ne bruissait déjà plus de rumeur, mais de lassitude, en même temps que d'une certaine excitation curieuse. Nous nous sommes vite rendu compte qu'en guise d'autre avion, c'est le même appareil qui venait de faire une rotation pour nous récupérer, et nous emmener au coeur du désert libyen, à 1.500 km de Tripoli, là où est plantée la fameuse tente présidentielle.

1ba5f347ab480999d34f96d6039e3326.jpgIl devait être midi lorsque tous les groupes furent reconstitués dans ce désert surréaliste, entouré de militaires, et sans grande convivialité.

On vint me chercher. Je faisais partie des "personnalités" à qui serait donné l'honneur de saluer le Guide (je m'interrogeais : quid des autres, trimballés depuis l'aurore ?). On m'installa dans une file d'attente, à l'entrée de la tente, je ne connaissais pas la plupart des autres "prétendants", des dirigeants d'organisation africaines, ou arabes, ou représentants d'organisations internationales - sans doute. Quand vint mon tour, Kadhafi était assis, dans sa grande cape bédouine traditionnelle. Il fallait mettre un genoux à terre et lui baiser la main. J'ai honte de le dire, mais je l'ai fait, comme j'ai balbutié quelques mots, qui voulaient dire merci. Par sens du devoir, et respect des usages, plus soucieux alors de mon rang, c'est à dire des responsabilités que je devais assumer, que de mes convictions.

L'instant dura quelques minutes à peine. Il faisait chaud dans ce désert, nous reçumes une collation rapide, puis des bus nous rembarquèrent. Il y avait chez tous les participants de la nervosité, de la fatigue, de l'incompréhension à l'égard de ce tout ça pour ça. De retour à l'aéroport, je ne décris pas la cohue qui a présidé à l'embarquement de la première rotation, personne ne voulant rester attendre encore trois heures dans cet aéroport du désert. La police ne canalisait plus rien, Nous étions tous devenus des bêtes sauvages, assoiffés de fuite et de retour.

Voilà. je ne sais pas ce qui est le plus affligeant dans cette histoire. Si c'est cette mascarade, ce détournement des codes de l'acceuil bédouin traditionnel, l'irrespect total pour les gens, l'incapacité grotesque à voir le dérisoire dans la grandiloquence de carnaval ?

Enfin, si un blog me permet de dire, dans une même phrase, que j'ai bouffé des queues par centaines, et qu'avec cette même bouche j'ai baisé la main de Kadhafi, que j'ai trouvé mille fois plus de majesté dans chacune de ces bites que dans la seule main du tyran, parce que chacune d'elles avait été choisie, quand le baise-main à Kadhafi n'était qu'une obligation protocolaire, c'est qu'un blog permet tout.

Tiens, de t'en avoir parlé là ce soir, je me sens lavé d'une vieille honte !

Commentaires

Ca y est tout est permis!!! (sourire)
merci pour ces lectures surprenantes de tout les jours...

Écrit par : tam | 12 décembre 2007

Tout est très bien écrit mais l'avant dernier paragraphe : Waouh ! ^^

Écrit par : sixtine | 12 décembre 2007

Excellent ! j'ai découvert cet article grâce à Nicolas Jegoun (http://jegpol.blogspot.com). La fin est superbe effectivement !

Écrit par : balmeyer | 12 décembre 2007

Balmeyer,

Arrête de faire de la pub pour mon blog... et de mettre mon nom complet (surtout avec une faute... jegoun étant mon pseudo, pas mon nom).

oh!91,

J'ai parlé de ton billet dans mon twitter (pas sur mon blog, ma mère me lit... et aurait pu être choquée par la fin...).

Écrit par : Lao Tseu | 12 décembre 2007

@Lao Tseu : désolé ce n'était pas de la pub, il m'a juste semblé correct de citer la source...

Écrit par : balmeyer | 12 décembre 2007

Merde ! Je me suis gouré de pseudo... Je vais finir par être repéré.

Balmeyer,

Je plaisantais. J'aime bien la pub !

Écrit par : Nicolas J | 12 décembre 2007

Toujours entre deux eaux, le nom de ton blog est ici extraordinairement bien illustré!
Et vive la liberté d'expression

Écrit par : L'Elephant | 12 décembre 2007

-> tam -> merci de ta fidélité et de ta surprise ;
-> sixtine -> choquée ? C'est comme ça, j'ai du mal à ne pas mettre de sexe dans la politique... et réciproquement, t'inquiètes ;
-> Balmeyer -> Merci d'avoir fait le détour jusque par là ;
-> Nicolas J -> Démasqué ! mais c'est quoi un twitter, au juste ?
-> L'Eléphant -> La liberté d'expression, c'est un peu une des rares choses qui nous restent. Et en plus, c'est un truc qui ne s'use que si on ne s'en sert pas...

Écrit par : entre2eaux | 12 décembre 2007

entre2eaux,

1. Ouvre un compte sur http://twitter.com.

2. Ensuite va sur http://twitter.com/jegoun

3. Clique sur "follow it" en haut à gauche.

4. Après va sur http://twitter.com/balmeyer

5. follow it aussi.

6. Attends une heure ou deux qu'on te repère.

Écrit par : Nicolas J | 12 décembre 2007

C'est ça la liberté d'expression et du blog.Commencer un article en étant sérieux et en captivant son lectorat et après ça part en couilles.lol.
Tu as toujours l'art de nous (sur)prendre.lol

Écrit par : Christophe | 12 décembre 2007

Ceci dit, l'histoire des "bites" et de Khadafi, je trouve ça chouette, c'est baroque, c'est un peu de la grossiéreté lyrique... :) Voilou...
En tout cas, ça sonne très juste.

Écrit par : balmeyer | 12 décembre 2007

@taulier,
J'ai fait une fausse manip : mon adresse email figure dans mes commentaires, tu peux la virer.

@Christophe,
Ca ne part pas "en couilles" mais "des couilles".

Écrit par : jegoun | 12 décembre 2007

-> Nicolas alias jegoun -> ton adresse mail est effacée, et merci pour le twitter. J'ai pas encore installé, demain peut-être ? Je n'ai pas bien compris à quoi ça servait, de toute façon...
-> Christophe -> C'est pas tellement mon récit, qui part en couille, mais bien une certaine conception de la propagande, qui passe par l'instrumentalisation et le manque de considération. Je me suis senti piégé ce jour-là. Etl là, c'est comme si je lui rendais la monnaie de sa pièce ;
-> Balmeyer -> En même temps, heureusement que c'est sa main, qu'il était question d'embrasser, et pas sa bite, parce que là, c'est sûr, j'aurais décliné l'offre. Y'a des limites à l'indignité !

Écrit par : entre2eaux | 12 décembre 2007

Morte de rire les coms ...
La bise à Nico au passage :)

Écrit par : Fiso | 12 décembre 2007

J'aime beaucoup ton analyse, euh... politique. Et ton style.
Je me demande si Khadafi lit les blogs ; si c'est le cas, il ne regardera plus sa main de la même façon.

Écrit par : manu causse-plisson | 12 décembre 2007

C'est du délire ici ;-)
Bon superbe note, en deux tons, et quelques mouvements, emballé c'est pesé, c'est nickel, evidemment j'ai adoré la fin.

Écrit par : Bougrenette | 12 décembre 2007

-> Fiso -> J'ai pas besoin de transmettre, Nico l'a prise au passage, j'en suis sûr ;
-> manu -> Cette analyse n'est à la politique que ce que le baise-main est à la pronographie. Quant à sa main, va savoir si elle n'a pas l'habitude de ce genre de jeux : ça ne m'étonnerait qu'à moitié, au pays des Bédouins, la chaire peut être fraîche aussi ;
-> Bougrenette -> Remarque, si on profite pas de Kadhafi pour délirer, on se lâchera sur quoi ?

Écrit par : entre2eaux | 12 décembre 2007

Fiso,

Merci, c'est mon boulot.

Taulier,

Franchis donc le pas. Mais fais gaffe : mes followers sont des dangereux gauchistes.

Écrit par : Nicolas J | 12 décembre 2007

Même si je ne laisse pas de commentaires à chaque lecture, j'apprecie tes notes!!

alors ce paragraphe là!! j'adore!! c'est vraiment tres bien dit

j'ai bouffé des queues par centaines, et qu'avec cette même bouche j'ai baisé la main de Kadhafi, que j'ai trouvé mille fois plus de majesté dans chacune de ces bites que dans la seule main du tyran, parce que chacune d'elles avait été choisie, quand le baise-main à Kadhafi n'était qu'une obligation protocolaire

Écrit par : monette77100 | 13 décembre 2007

Khadafi, les bites ou queues bof !

Écrit par : Mère mi | 13 décembre 2007

À te lire, tout à coup, j'ai l'impression d'avoir manqué quelque chose lors de ma rencontre avec Boris Eltsine, il y a de cela bientôt vingt ans...

Écrit par : Doréus | 23 février 2011

Wouah, à lui tout seul le dernier § valait une note ! Le parallèle chocque comme les mots de Paris Match, manque plus que les photos :-)
Cela dit, quelle horreur. Je ne suis pas certaine d'avoir compris à quel type d'organisation vous apparteniez, vous participiez mais je n'aurais pas aimé en faire partie.

Écrit par : Gicerilla | 23 février 2011

-> Doréus -> Que t'a-t-il donc alors manqué ? Un baise-main ? Mais dis-moi, bientôt vingt ans... c'était avant ou après le putsch ?
-> Gicerilla -> Bah ! Dans une famille, il peut bien s'y trouver un neveu turbulent, une vieille cousine psychorigide ou un oncle par alliance délinquant, ça ne condamne pas toute la famille pour autant... L'ONG que je représentais a fait du bon travail dans l'ensemble, mais notre branche africaine n'était pas alors en mesure d'exclure son membre libyen : trop d'enjeu, et puis un contexte compliqué à l'époque, un réflexe sans doute un peu anti-américain - plutôt légitime, d'ailleurs. Bref, on avait des moutons noirs dans la famille. Je ne leur ai pas sacrifié ma lucidité. Mais je suis sûr que je n'aurais pas du non-plus me livrer à cette condescendance grotesque ! C'est peu dire que je le regrette.

Écrit par : Oh!91 | 24 février 2011

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