Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

18 décembre 2007

mes amours secrètes (2) Ali

 

eff9657596504c790bd87a33b2dd320b.jpg

Voici l'une de ces parenthèses sentimentales, au coeur de mon amour pour Menem (voir là).


Il s'appelait Ali. Ce devait être en 84, ou en 85. Ali, il faisait parti de ces wagons de Libanais à qui le milliardaire Raffik Hariri - qui n'était pas encore Premier ministre du Liban dans cette période de guerre, mais préparait le terrain avec son fric - offrit des bourses pour venir étudier en France. Parmi tous ceux-là, auprès de qui Menem, ma copine Soumaya, et d'autres Libanais de Marseille un peu engagés essayaient d'apporter du réconfort, des jeunes échouèrent à la fac Saint-Charles. Apparemment, tous n'avaient pas de projets d'étude très précis, c'était le cas de Ali. Curieusement, il y avait souvent beaucoup de légèreté, chez ces jeunes, qui se manifestaient avec une exubérance toute méditerranéenne, ou parfois jouaient de leur statut de victimes de guerre. Chez Ali, il n'y avait pas ça, il était comme décalé, il renfermait une sorte de nostalgie, une indécision, il était venu là, en France, mais ne savait pas bien pourquoi. D'emblée, on sentait qu'il souhaitait repartir. Qu'il allait repartir. Il passait beaucoup de temps avec tous les autres, c'était sa communauté, f04cbaf99fc94de9e0e3dadfb82fbf19.jpgparfois au delà même des clivages, mais il était différent. Menem avait fui la guerre à ses débuts. Ali, lui, l'avait vécue. Il était du Sud, son village était occupé. Je crois qu'il ressentait comme de l'irresponsabilité à être là, et son malaise toulours mal verbalisé le rendait attachant.

Est-ce parce que j'avais perçu tout ça à travers ses grands yeux clairs, ou est-ce par mimétisme, Menem l'ayant pris lui-même sous son aile ? Toujours est-il que je me sentais attiré par ce garçon. Et plus il apparaissait évident qu'il ne resterait pas, pas plus que quelques mois, plus j'éprouvais violemment le besoin de me lier à lui. Et lui me renvoyait de l'amitié forte en retour, me confiait ses souffrances, ses faits d'arme aussi, me montrait la photo de sa copine, il me transcrivait les textes de chansons et m'aidait à les apprendre. J'avais pourtant la même retenue que j'en avais eu avec Menem, j'avais appris à rester tendu comme un arc pour ne jamais aller trop loin. Je m'interdisais certains jour de passer le voir dans sa chambre de cité-U, pour laisser croire presque à de l'indifférence, pour que la demande d'amitié semble toujours venir de lui. Nous nous voyions ainsi souvent en présence de Soumaya, ou au sein de tout leur groupe. Je ne me souviens pas avoir jamais bandé pour lui, ni ne m'être jamais branlé en pensant á lui. Encore aujourd'hui, je serais incapable de me le représenter nu. Ali, c'était un visage, un regard, un rire plus qu'un sourire, une voix.

Pour son départ, nous avions organisé une soirée à la maison. Il y avait Menem, Soumaya, deux-trois autres amis libanais. Et j'eus cette incroyable audace, toute honte bue, de lui remettre un poème écrit pour lui. Devant tout le monde, que je m'efforçais de ne pas regarder mais que je supposais stupéfait. Le lui remettant, et pendant tout le temps où il le lut, en silence, puis quand il circula de main en main, ayant l'impression que le masque était tombé,  je m'étais fermé à toutes les réactions, y en eut-il ? Peut-être que tout le monde avait compris et qu'on ne pouvait que se taire. Ali me remercia. Ce n'était pas un poème d'amour, non, je l'ai retrouvé récemment et le publierai peut-être bientôt. C'était un hommage à un "jeune homme du Sud, qui de sa sève couleur de miel éclabousse le sein des humbles".

4abadc0d7e1af886c9db894693166285.jpgVoila ce sont ces deux amours-là qui m'ont fait. L'un a duré cinq ans par épisode, l'autre a duré trois mois comme un tsunami. Avant, je n'étais rien. Pas de vie, pas d'envie, pas de choix, pas d'horizon. Et là, O. devenait Abou-Zeitoun, comme Fiso dans un autre contexte nous disait avoir été l'Africaine. D'un coté, dans la grande histoire de ma vie telle qu'elle s'est déroulée au grand jour, ces années d'empathie pour  la civilisation arabe, de pénétration fusionnelle avec cette culture et cette langue, m'ouvraient grand les portes du monde. Et se dessinait là un itinéraire qui aurait pour moi d'importants prolongements professionnels. Dans l'autre histoire, secrète, précieuse, inviolée, qui tourbillonnait silencieuse en moi, se jouait autre chose. Les efforts pour plaire tout autant que les épreuves pour échapper à la monstruosité de l'aveu façonnaient, forgeaient là dans mon être, une retenue, des inhibitions, mais aussi une façon de marcher à l'instinct, de poser des jalons pour avancer sans être vu vers des territoires cachés.

Je n'en étais pas encore rendu à mes 31 ans. Des souffrances, dues à des amours inavouables, j'en aurais d'autres : Francois-Xavier, Karim, Laurent... Elles ne seraient pas moins terribles, mais n'auraient plus la puissance constructrice de ce don total que j'avais eu avec ces deux-là.

Commentaires

Tes amours en chapitres mériteraient un livre, je le vois d'ici, couverture de cuir chaud et riche, le titre tatoué en lettres d'or qu'on peut caresser les yeux fermés. Des pages d'un beau papier que je vois recyclé avec même parfois quelques fleurs perdues au milieu, un papier épais, quand la page tourne elle prend son temps, juste pour laisser l'imagination filer un peu avant de poursuivre la lecture.

Écrit par : Bougrenette | 19 décembre 2007

-> Bougrenette -> Houlà ! ce compliment ! Je prends le cuir pour le plaisir de la caresse, et les fleurs perdues au milieu, parce que je les aime même si l'on ne m'en offre jamais (c'est bien connu, les fleurs, ça ne s'offre qu'aux filles !) Tu viendras le voir, mon sapin ?

Écrit par : entre2eaux | 20 décembre 2007

J'y compte bien et en échange je t'offrirais des fleurs. Je crois qu'on n'offre pas de fleurs aux hommes car la plupart n'en souhaite pas c'est con du coup on prive les autres de ce plaisir.

Écrit par : Bougrenette | 20 décembre 2007

Entre2eaux,
Moi j'en offre des fleurs, mais qu'à mon ami Salim, parce que je sais qu'il aodre ça. Je t'ajoute donc à ma liste ;)

Écrit par : Fiso | 20 décembre 2007

-> Bougrenette et Fiso -> c'est gentil pour les fleurs. Me les offrez quand même pas la veille de mon départ en vacances, ce serait dommage qu'elle dépérissent dans une maison vide...

Écrit par : entre2eaux | 20 décembre 2007

Les commentaires sont fermés.