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08 décembre 2007

Saiichi, un violoncelle aux yeux noisette

47cdf6e78c0d3ff1d4b3f935e5aba9a5.jpgLundi. Il m'attendais au café de l'Industrie en fin d'après-midi, il souffrait d'un lumbago.

Saiichi, je t'en ai déjà parlé ici, très brièvement. Nous ne nous étions pas revus depuis le mois d'août à Budapest, où nous nous étions fait expulser d'un établissement thermal par un surveillant zélé qui n'avait pas trouvé très convenants nos attouchements. Pourtant, nous avions tâché de nous isoler, de rester discrets, nous avions tourné plusieurs fois avant de nous décider à entreprendre un contact. Nous nous étions donc sentis piteux. Saiichi avait même été bouleversé, je crois, choqué par cette fuite pitoyable, j'étais sorti fissa en regardant mes pieds. Je m'étais laissé abuser par la facilité de ma rencontre avec Alejandro, quelques jours plus tôt, et j'éprouvais une culpabilité particulière d'avoir ainsi plongé Saiichi dans cet embarras, avec cette irruption de la honte, violente comme une perte fulgurante de l'orgueil.

J'ai retrouvé son sourire énigmatique, ses yeux noisettes, son crâne n'était plus totalement rasé, et ses cheveux en brosse, grisonnants, te disaient seules des choses de son âge.

Saiichi, c'est maintenant mon ami japonais. Il est violoncelliste, je ne l'ai encore jamais entendu jouer. Il est aussi musicologue, mais dans une vie précédente au Japon, avant de venir en France rejoindre son ami d'alors, il était mèdecin psychiatre. Il a tout quitté pour vivre librement sa vie affective et amoureuse. Sauf la musique. Aujourd'hui, il vit seul, et se débat pour rester en France : la course à la carte de séjour, l'incompréhension quand on lui remet des papiers pour trois mois seulement, qui l'obligent à travailler pour des patrons abusifs, pour simplement être sûr de sécuriser trois fiches de paye consécutives et obtenir le renouvellement de son titre de séjour. Un cercle vicieux qui l'empêche d'entreprendre des projets plus ambitieux. Je suis désolé si ça t'agace de me voir glisser de la politique dans des récits de rencontre, mais je ne peux pas taire ces absurdités révoltantes qui dénient aux gens leurs savoirs, leurs talents, leur potentiels pour en faire de la chair à expulsion... Et encore, il n'est pas métèque !

Nous étions heureux de nous retrouver, trois mois et demi après. Nous avons parlé de Budapest, une ville qu'il aime c299d54dfa6feda169a48dbca07461a1.jpgautant que moi, où il retourne souvent parce qu'il y aime, comme moi, un certain art de vivre, une sensibilité. Et la musique. Béla Bartok est son compositeur. Le seul pour lequel il soit jamais allé déposer des fleurs sur une tombe. Un maître, au sens le plus noble.

Il habitait tout près. Il m'a demandé de le raccompagner. Nous avons marché main dans la main. Je suis monté dans son 18m2, au troisième étage. Il y régnait une atmosphère agréable, saine. Son violoncelle était sorti de son coffre. Nous nous sommes étreints. Nos vêtements à terre, il est allé dans la salle de bain, et m'a demandé de l'attendre, debout, nu, au milieu de la pièce, les yeux fermés. J'entendais des bruits d'eau. Puis il est revenu et m'a attaché autour de la taile un carré de drap mouillé, ce pagne en cache-sexe traditionnel des bains de Budapest. Il en avait donc récupérés. Nos jeux interrompus là-bas allaient pouvoir continuer ici, ce soir, la honte allait être effacée !

b1b4c33c250a2e9f76c808690c3c31cd.jpgLe contact avec le froid m'a fait un temps débander. Pas lui. Il s'est étendu sur le lit, le corps lisse, fin, doux, le sexe dur. Son dos l'handicapait, à peine. Nous nous sommes longuement caressés, embrassés, il restait étendu sur le dos, j'ai eu un plaisir particulier au contact de sa peau glabre. Et dans ma main, l'un après l'autre, nous avons joui.

Il m'a dit qu'il aimait mon blog, qu'il s'était masturbé à sa lecture, il a hésité dans la façon de dire entre deux eaux en japonais, et m'a offert sa version la plus juste, futatsu no mizu no aida.

Quand je suis rentré chez moi le soir, il avait moins mal au dos. Il me l'a laissé croire.

Commentaires

"Quand le droit et l'oblique
Se rencontrent et se pincent
(comme les jambes en lotus)
Merveilleusement il y a
Demande et réponse mélangées" Maître Tozan (807-869)

Senpai

Écrit par : senpai | 09 décembre 2007

-> senpai -> Il y avait en effet quelque chose du zen dans notre rencontre. Merci d'avoir cité cette référence. J'en ajoute une, plus connue, du même Maître Tozan : "Comme en vous contemplant dans le miroir : la forme et le reflet se regardent. Vous n’êtes pas le reflet mais le reflet est vous".

Écrit par : entre2eaux | 09 décembre 2007

Bonjour,

A découvrir "Menaces d'amour", un nouveau polar dont une femme est l’héroïne sur : http://menacesdamour.centerblog.net

A bientôt,

François

Écrit par : françois | 09 décembre 2007

Je te lis, te relis, il y a une douceur, quelque chose d'a part dans tes histoires, dans tes aventures, tu donnes à tes "amours" cette étincelle qui fait que même si c'est un moment court, cela n'en reste pas moins intense et émouvant. Deux belles citations en passant, cerise sur le gâteau. J'espère que ton sourire n'a pas été si fugace que ça ;-) Je t'embrasse en passant.

Écrit par : Bougrenette | 09 décembre 2007

-> françois -> merci pour l'info, mais j'apprécie moyen les spams publicitaires. T'aurais au moins pu faire genre et faire semblant de te fendre d'un petit commentaire. Je censure pas pour cette fois.
-> Bougrenette -> tu as raison, il y faut une mise au pont : c'est la voix qui fut fugace, la banane, je l'ai gardée toute la journée. Mille merci des ces commentaires, si j'écris toujours avec plaisir, et honnêteté, je suis aussi dans le doute. Merci encore, donc, de me dire que je réussis à faire passer l'à part des gens, car je ne doute que de ça.

Écrit par : entre2eaux | 09 décembre 2007

(suite du reflet)

Dans la nuée sombre
s'ouvre le vent
Les pas ne sont-ils pas ce qui s'éloigne à la fin ?
Le violoncelle reprend en miroir ce qui fut donné

n'appartient qu'au vent.

Sampai (excuses pour la mauvaise orthographe sempai)

Écrit par : sampai | 09 décembre 2007

-> sempai -> "Le violoncelle reprend en miroir ce qui fut donné" : ne descendrais-tu pas de Maître Tozan toi-même ? Oui, les pas sont ce qui s'éloigne à la fin, et ce qui parfois revient sur d'autres traces. Merci de cette fidélité

Écrit par : entre2eaux | 10 décembre 2007

C est tres beau et tres humain ici j aime beaucoup...
je reviendrais souvent
ps:il faudra reparer le livre d or de votre artiste du dessus je n ai pas pu laisser de message ... :o)votre secret sera bien gardé...

Écrit par : tam | 11 décembre 2007

-> tam -> mille merci pour l'humain. Vous êtes le (ou la) bienvenu(e) par ici. Je signalerai à Igor le défaut sur son livre d'or

Écrit par : entre2eaux | 11 décembre 2007

Ma journée commençait maussade; et la tout va mieux apres avoir lu ton texte. Merci

Gatmi, de passage ici, mais sans doute bientot de retour

Écrit par : gatmi | 06 avril 2008

-> gatmi -> Heureux d'avoir ensoleillé ta journée. Tu peux suivre sur ces pages la suite des (més)aventures de S., qui hélas est rattrappé par les politiques migratoires de Hortefeux et Sarkozy. Reviens quand tu veux, tu es bienvenu...

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 06 avril 2008

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