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30 novembre 2007

Zoltan (1) l'amant romantique

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Comment j'ai retrouvé Zoltan, un de mes premiers amants...

Dans mes étés à Budapest, il y a toujours une part de pélerinage. 2007 n'a pas dérogé, ça a même été l'occasion d'une plongée troublante dans des souvenirs sensibles, liés à un certain art de vivre, et à une libération sexuelle. Un jour d'août, j'ai ainsi été rattrapé par l'un d'eux.

J'étais allé passer une nouvelle après-midi dans cette strand familiale Palatinus, déjà évoquée sur ce blog. Avec mes deux visées habituelles : nager, et m'offrir un petit extra d'ordre sexuel. Encore sur la digestion, j'avais décidé de commencer par l'extra. Sur la terrasse naturiste, nous étions quinze, tout au plus. J'observais l'état des stocks et les mouvements d'un oeil distrait. Rien de très convaincant, il faudrait prendre son temps... Assez vite pourtant un homme est arrivé, du genre que j'aime : belle carure, pas enrobé, le port droit, et une bonne gueule, quasi-familière. Il est venu s'installer presque face à moi, les genoux ramenés vers l'avant le temps de fumer une cigarette. Il me regardait, avec plus d'insistance à la vue de mon érection naissante. En quelques minutes à peine, à vrai dire le temps de sa cigarette, nous n'avions plus de doute sur nos intentions. Il a renfilé son maillot, s'est levé, je l'ai suivi, il est descendu dans la direction des douches, puis a bifurqué comme pour descendre vers les bassins, mais lentement, s'assurant que je le suivrais. Un peu décontenancé par cette déviation, je décidai de poursuivre droit sur la coursive directement vers les douches, sans le regarder. Bien m'en a pris car à peine avais-je ôté mon maillot et pris possession d'un box de douche, que je le vis arriver à son tour. Malgré un mouvement de tête insistant de ma part pour qu'il me rejoigne dans mon box, il préféra s'installer dans celui d'à coté.

d17221984881db6fe34bf736192e32fb.jpgJ'ai fait ni une ni deux, j'ai empoigné mon gel-douche, mon maillot, et l'ai rejoint. A partir de là, tout reste assez classique : caresses, baisers langoureux, aimables érections, jeux d'épée avec nos bites, baisers encore, une tendresse incroyable se dégageait de ce mec. J'étais vraiment bien. Mais assez vite, il s'est dit gêné par les regards et les déambulations autour de nous, et m'a proposé de sortir pour aller dans une piscine. Frustrant. Mais ce mec me plaisait, alors j'ai acquiescé. Une fois sortis, il me demande comment je m'appelle, quand-même (...!), se présente lui-même : Zoli, me demande si je suis touriste, ce que je confirme, me demande d'où je suis, s'étonne de mon hongrois, ce à quoi je lui réponds avoir vécu à Budapest pendant quatre ans, de1995 á 1999. Là, un éclair semble traverser son regard : c'est marrant, me dit-il : il y a onze ou douze ans, il a eu un amant français, il vivait pas très loin de l'île Marguerite, il croit bien d'ailleurs qu'il s'appelait, lui aussi...

Putain, c'était moi ! Zoli, Zoltan, cette familiarité du visage, cette tendresse. Incroyable. Oui, c'est sur, je le connaissais, nous nous étions connus. Tout était trouble malgré tout, des amants, j'en avais eu tant, dans cette ville où je me suis découvert, où je me suis libéré, où j'ai quasiment vécu mon adolescence homosexuelle. Etait-il un amant de la première époque, quand j'avais encore tout à apprendre, quand j'ignorais tout de là où j'allais ? Avait-il été un amant plus tardif, quand je sombrais dans une frénésie de sexe, mais toujours en quête de l'âme sœur ? Chez lui au contraire, les souvenirs étaient limpides : notre rencontre aux bains Kiraly, nos retrouvailles le lendemain, puis le surlendemain ce dîner au Malomtó, cette nuit entière passée chez moi... une nuit entière, ce qu'il peut y avoir de plus beau, pour lui comme pour moi, au delà de tous les coups à la petite semaine qu'on ramasse ici ou là...7de321897086c9df6a1ed2f9bfb39555.jpg

Nous avions été bien ensemble, au moment présent, j'en avais l'absolue certitude. Et plus nous parlions, plus des choses revenaient à la surface. Combien de temps nous étions nous vus ? Je ne sais plus le dire, lui non plus. Assez vite, c'est lui qui aurait mis fin á la relation. Pourquoi ? Il semble que lui était insupportable l'idée que je sois avec une femme. Ou alors c'était sur le plan sexuel, j'avais parait-il la manie de vouloir reproduire avec lui ce que je faisais avec elle. C'est lui qui le dit, mais c'est possible, j'étais novice, sans imagination, mais c'est drôle parce que j'ai bien changé alors !... mais surtout, ça faisait de moi un mec marié comme les autres : qui s'assume pas, qui aime tirer son coup, mais avec qui il n'y a pas d'avenir. Il avait donc mis fin à la relation. Pour se protéger. J'avais souffert, parce que j'avais besoin à cette époque d'être accompagné dans la découverte de moi-même, et parce que cet homme m'avait plu. Il avait souffert parce qu'il s'était attaché, et je restais dans sa tête l'inoubliable souvenir du seul amant français qu'il avait jamais eu. En apprenant que ma relation avec ma copine était finie, que je m'assumais désormais totalement, que je vivais même depuis dix ans avec un amant hongrois, il s'est défait, je l'ai vu se décomposer. Il s'est senti bête, c'en était immensément touchant. Seul encore aujourd'hui comme il y a douze ans, il porte un regard dépité sur les hommes en général, surtout ceux de son pays et de sa génération : toutes ses tentatives de vie commune ont échoué, de son fait ou d'un autre.

Et d'un coup, je l'ai vu voir en moi la grande occasion ratée de sa vie, l'occasion dérobée par un autre, mais par sa faute, parce qu'il n'avait pas voulu croire, pas voulu être patient, qu'il avait préféré se protéger quand moi pourtant j'étais prêt pour le grand amour, quand j'avais besoin du grand amour pour avoir la force de dévaster derrière moi plus de quinze ans de vie usurpée...

Notre conversation a bien duré deux heures dans les eaux tièdes de la piscine, c'était intense, des petites caresses discrètes nous maintenaient en tension. Mais je devais partir pour rejoindre mon mec chez des amis communs. Nous sommes remontés dans les douches. Ce qui s'y est alors passé est indescriptible. C'était beau, dense, intense, nous étions fermés á tous les regards, au point que je crois bien qu'il n'y en eut même pas. A la 99b4a8e9a8e06d7b3a8f674aad5bfd01.jpgfin, il me dit : ce que l'on vient de faire, ce n'est pas tirer son coup, n'est-ce-pas ? Non, ce n'était pas tirer son coup. Nous nous sommes revus, j'avais l'impression de sauter dans l'inconnu, mais je voulais replonger dans son regard et ses caresses. J'allais y aller les yeux fermés. j'en reparlerai.

(lire la suite ici)

Nage libre

Une version libre - et libertine - de la nage, dénichée avec complicité sur le blog de ma copine Fiso, qui l'y avait déposé aux premiers jours de lété... (voir ici sa version originale, et le chapelet de poèmes apportés alors par ses commentateurs-trices)

"Poésie de mon corps dans l'espace miroitant

Vaguelettes et remous sur un gouffre sans fond. 

Par à coups réguliers, mes nageoires de dentelle

Troublent la surface plane et font jaillir des gerbes.

Entre mes doigts des rubans glissent et s'envolent

Goulées d'air avalées, souffle qui s'accélère,

Fluide de la vie qui remplit

Et dilate doucement mes muscles alanguis.

Lente mouvance du corps qui flotte et qui s'enfonce

Dans la ouate nacrée et chaude.

A l'écoute des sons feutrés et chuchotés

Mes doigts cherchent dans l'air un appui, un refuge,

Cramponnée aux parois, d'un pic vertigineux, je plonge".

29 novembre 2007

Budapest (2 / plan large)

7323347879fd49a8cbed04e266a3f99a.jpgC'est une vue panoramique. Il faut que tu t'imagines sur les hauteurs de Buda, dans le quartier du château. Nous sommes dans l’été 2007. Pour y arriver, tu as traversé vite les allées pittoresques : trop surfaites, avec leurs boutiques à touristes à chaque coin, et puis tu les connais par cœur ! Tu es passé devant la Basilique Saint-Mathias, sans la visiter. Ce n'est pas qu'elle ne te plaise pas, bien au contraire, avec ses colonnes majestueuses, chaque centimètre de ses pierres peint dans des teintes chaudes, tu y as même toujours éprouvé un certain moelleux. Mais payer pour visiter une église, ça te débecte, trop dans l'air du temps. Puis tu as contourné le bastion des pécheurs, sillonné au milieu des touristes, et tu es arrivé sur le parvis d'où tu domines tout. Budapest à tes pieds.

De gauche à droite, ou du Nord au Sud : le Danube dans toute sa splendeur. Face à toi, tout droit : Pest, étal, comme à l'accoutumé, avec ses artères dessinées à la Haussmann, héritage d'un époque fastueuse. Et plus loin, dans le grand est, tu devines à perte de vue l'immense plaine de la Puszta, avec au bout, le vignoble de Tokaj, qui donne un vin unique au monde, puis l'Ukraine, l'Asie, que sais-je encore ! La lumière est claire, et on ne saurait où situer sur une carte la ligne d'horizon. Sur la rive face à toi, légèrement sur la gauche, le Parlement et son architecture presque victorienne, les flèches étirées et flamboyantes. Plus à gauche encore, là où le Danube s'élargit, l'île Marguerite gorgée de sa perspective verdoyante.6beca768ef7dd023ac261dbb7d2762c6.jpg

De là, tu mesures le formidable poumon vert qu'elle représente pour Budapest. On y devine à peine les quelques installations nautiques qu'elle abrite : la toute première piscine olympique Hájos Alfred en vieilles briques rouges (celle où, il y a de cela douze ans déjà, tu pris goût à la natation, aux sensations de glisse qu'elle procure à ton corps, au point de faire depuis, presque quotidiennement, tes deux mille mètres de longueur), la toute nouvelle installation, inaugurée lors des championnats d'Europe avec Laure Manaudou il y a un an et demi (tu gardes un souvenir ému de sa performance sur 400m, tant tu étais heureux de pouvoir l'y acclamer !). Et puis la plage, la strand, comme ils disent, où convergent les week-ends d'innombrables familles pour jouer à l'eau de mille et une façon, mais où sur la terrasse naturiste se nouent des rendez-vous d'un autre genre.

906a3ab7d53d96bc3734e07a5dc9f061.jpgTu ne pourras réprimer un franc sourire au souvenir de Alek et Teddy. C'est toujours un mystère pour toi quand, du haut de tes 42 balais, et au milieu d'un étalage plutôt affriolant, les deux plus beaux garçons jettent leur dévolu sur toi. Que s'était-il passé ? Une entrée réussie ? Un rayonnement particulier dans le sourire ? L’œil rieur qui aurait retrouvé un peu de son magnétisme ? Le petit bourrelet qui d’habitude t'obsède sous le nombril qui se serait estompé ? Enfin bon, une alchimie s'était produite, et comme par miracle, malgré un plan plutôt sympas dans les douches, qui aurait pu se suffire à lui-même, tu les avais retrouvés quelques minutes plus tard sur le quai du tramway, allant dans la même direction que toi, avec du coup la même envie de prolonger la rencontre : coup à boire, frottement de genoux, de mains, petites caresses sous la table, invitation à visiter l'appart (ça tombait bien, ton copain revoyait de vieux potes à lui en ville et en aurait pour jusqu'assez tard). Tout s'était enchaîné avec harmonie. Et ce qui s'était passé ce soir là, dans ton petit appartement du centre-ville, te resterait dans la mémoire comme un instant de légende. Je ne saurais pas trop te le raconter dans les détails et les séquences, mais ce n'était pas loin de ce que Christophe raconte .

En attardant ton regard sur l'île Margueritte, tu auras calculé sans t'en rendre compte que pour que pareille chose se produise, il faut que ce soit un dimanche d’été à Budapest, qu'il fasse beau, que ton copain n'aie pas planifié une sortie en famille, que ça tombe le jour où tu t'es rasé de prés et où t'es bien dans ton corps, bien dans ta tête... Qu'un bel Hongrois et son ami américain manifestement soucieux de son corps et de son sourire, aient envie de mettre un peu de piquant dans leur été... Bref, un plan pareil, de cette suavité_là, avec les aléas climatiques et les aléas érotiques, ça doit se réussir en moyenne tous les cinq ans. Tu n'avais plus qu'à espérer que pour tes 47 puis tes 52 balais, la légende serait encore au rendez-vous.

Pour te réconforter, tu te seras aussi dit qu'heureusement, Dieu n'a pas inventé que les grands miracles, mais aussi les petits pêchers sans conséquence, et que dans ce domaine, il a moins regardé à la dépense... A droite, vers le sud, toujours le long du Danube, au pied du pont Szabadság, le pont de la Liberté, tu observes l'Hôtel Gellért et ses fameux bains au cachet art-nouveau, tu te dis que c'est peut-être bien là que tu iras cherché le petit pêcher du jour. Ou alors aux bains Rudás, juste à côté, dont le cachet turc t'apaise tant.

27 novembre 2007

les Gitans des mers

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L’eau encore (je t’avais prévenu, Christophe) mais dans sa version destructrice…

Cet après midi, une délégation de pêcheurs thaïlandais nous rendait visite à mon travail. Invités en France par le Secours populaire, ils venaient témoigner de l’œuvre de reconstruction accomplie depuis le tsunami de 2003. Ils nous ont raconté comment leurs villages ont vécu diversement les désastres d’alors. Les communautés de pêcheurs les plus traditionnelles, aux habitations protégées par la mangrove, en réchappant pour l’essentiel, alors que les ports de pêche des petites villes voyaient leurs embarcations toutes anéanties.

30363405cfa7d04ddc3fae823a3c436a.jpgLa reconstruction a été l’occasion pour ces gens de s’interroger sur les modes de développement. Avec des choix à faire. Quelles cultures ? Quelle activité piscicole ? Un tourisme de masse, ou de luxe, qui sacrifie tout à une économie immédiate et illusoire ? Ou un tourisme raisonné, moins prodigue en argent, mais compatible avec le maintien de modes de vie traditionnels, qui protègent les enfants de la tentation de l’exode ?


Avec les aides reçues, ils ont réparé des maisons, reconstruit des bateaux, retissé des filets, mutualisant les outils et les ateliers. Ils ont mis en place des écoles où ils ré-apprennent aux jeunes génération à cultiver le palmier à sucre : c’est la plantation la plus adaptée, la plus respectueuse de la ressource en eau, celle qui fournit une base pour toute l’alimentation, mais qui avait été délaissée pour des productions moins éprouvantes et plus productives.

Wirat, nomade des mers, nous a raconté comment lui et sa communauté avaient senti arriver la vague, mais n’avaient pas été écoutés par les autres villageois, parce que, comme tous les Gitans du monde, leur savoir traditionnel était déconsidéré.

J’ai rencontré des gens simples, aujourd'hui, pauvres, analphabètes, beaux jusqu’au fond de la poitrine, et ils m’ont donné une belle leçon d’humilité et d’humanité.04e242d923e35e75b61095a9639b9b22.jpg

Eaux troubles : l’alchimie des multinationales

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Tu en as sûrement entendu parler : l’UFC-Que choisir a récemment révélé que le prix de l’eau pouvait aller du simple au double, selon que la distribution était assurée par une régie municipale, ou déléguée à une entreprise privée.
A Lyon, à la veille de la renégociation de son contrat, et de peur de perdre le marché, Veolia vient même de baisser ses tarifs de 16 % du jour au lendemain, preuve que ses marges étaient… disons : confortables.
Elles sont comme ça, nos multinationales de l’eau : elles ont acquis l’art de transformer l’eau en or. Elles prennent l’eau qui appartient à tout le monde, la distribuent à chacun, et au passage empochent le pactole. Des décennies que ça dure. Elles ont tellement amassé qu’en quinze ans, elles ont pu investir dans les media, dans les télécommunications, dans les pompes funèbres, dans les transports, dans les déchets, dans les loisirs… jusqu’à acheter un jour les studios Universal (Vivendi et Jean-Marie Messier, tu te souviens ?). La Générale des Eaux (Veolia)  et la Lyonnaise des Eaux (Suez) sont ainsi devenues des géantes planétaires.
Au passage, elles ont arrosé un peu le personnel politique. Bref, elles ont fait en sorte que non seulement le débat sur le sujet ne fasse jamais trop de vagues, mais qu’on prenne l’habitude de les encenser comme des fleurons de la réussite économique à la française…
La France est ainsi le seul pays au monde où plus de 80 % de la distribution de l’eau est entre les mains de sociétés privées. Nos services public y ont perdu du contrôle, des compétences et des savoir-faire.
On comprend pourquoi elles aimeraient bien convaincre que promouvoir l’accès de tous à l’eau (rappelons qu’un tiers de l’humanité n’a pas d’accès à l’eau potable) passe par la privatisation des services partout dans le monde. C'est un marché quasiment vierge, et potentiellement colossal.
Si le sujet t’intéresse, tu pourras consulter un site très bien documenté sur le sujet (Les eaux glacées du calcul égoïste), qui fait une large place au débat sur le prix de l’eau en France. Ou revenir vers ces pages, car j’en reparlerai…

26 novembre 2007

Budapest (1 / plan serré)

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Je te parlerai quelques fois de Budapest. J'y ai vécu pendant presque quatre ans. C'est là-bas que je me suis libéré, les attaches sont donc fortes (je l'évoque ici), et c'est une ville à aimer. J'y retourne souvent, chaque année quelques semaines, depuis maintenant huit ans, pour y retrouver les sensations de mon adolescence tardive. Et certains lieux y occupent une place à part dans mon coeur. Je t'en présente un ?

Il s'agit des bains turcs de Budapest, l'établissement Rudas en particulier, un des nombreux attraits de cette ville, de tout point de vue... Il faut t'imaginer une ambiance feutrée sous une coupole de pierre, un bassin central et quatre bassins en coin, des bruits sourds bercés d'écho, une lumière tamisée, changeante, et des corps en déambulation, ou en apesanteur, quasiment nus, une sorte de pagne en cache-sexe autour de la taille laissant les fesses á découvert ; imagines-toi la sensualité, la charge érotique qui règne en ce lieu à la fois exotique et mystérieux, chargé d'histoire...

L'accès n'y est pas mixte. Sauf deux soirées par semaine, où le maillot de bain étant de rigueur, la charge érotique en est atténuée. Le reste du temps, les journées réservées aux femmes alternent avec celles réservées aux hommes.

Cet été, j'y ai croisé Alejandro, jeune professeur d'université, Espagnol originaire des Canaries, francophone, et aujourd'hui en poste à Montréal. Nous y avons partagé, cachés derrière la porte dépolie de la cabine des douches, de simples moments de tendresse. Et Saiichi, jeune musicien-musicologue japonais, qui vit à Paris, avec qui, dérangés par un surveillant zélé, nous n'avons pu aller au bout de notre intimité. Je leur dédie ce billet. En pensant à leur peau si sensible.

 

25 novembre 2007

Nager, ma passion

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Ce texte (déjà publié en commentaire sur le blog de WajDi en septembre), je l'ai écrit comme un petit détour – à la façon de cet été – vers l’un de mes plaisirs préférés… l’eau. Dans sa version natation. J’ai attendu mes 30 ans pour m’intéresser à mon corps, pour m’y attaquer, et essayer d’en faire quelque chose. En fait, quand me sont apparus des enjeux de séduction. Et je l’ai fait – concours de circonstances - en m’initiant à la natation, puis en devenant, peu à peu, un pratiquant aguerri.

Ce que j’aime, en nageant, c’est la sensation de glisse que cela procure, sensation qui, avec le temps, au fil de tes progrès, dans la coordination des mouvements, de la puissance que tu acquières, devient ludique, intuitive, finalement jouissive. Mais c'est un long apprentissage.

Au début, tu t’y mets par la brasse, parce que c’est la nage que t’as appris à l’école, parce que la poussée croisée des jambes et des bras te permets de ressortir fréquemment la tête de l’eau, de reprendre simplement ta respiration. Quand tu t’essayes au crawl, au début, tes mouvements sont rapides, saccadés, incohérents, ils t’essoufflent : les jambes vivent leur vie, incontrôlables, et t’épuisent à ton insu. Tu es fier de tes premières longueurs, mais tu sens bien que tu perds une énergie folle dans une agitation stérile. Alors tu repars à la brasse, pour reprendre le contrôle de ton souffle. Puis tu y reviens, tu t’y essayes encore, puis encore, peu à peu, tu perçois au milieu de tes mouvements impétueux deux ou trois poussées à l’efficacité nouvelle, tu cherches à comprendre d’où elles viennent, à les cerner, à les reproduire, tu te concentres sur elles, tu commences à ressentir la chose. Tu la sens entrer en toi. Après plusieurs semaines, tu prends goût à ainsi danser le crawl dans le bassin, tu règles ta respiration, tu l’alternes, un coup à droite, un coup à gauche. Les nageurs confirmés continuent à te dépasser, leur vélocité reste un mystère, mais tu éprouves déjà des sensations de glisse qui deviennent agréables, tu deviens maître de toi et de l’eau.

Pendant 10 ans, j’ai ainsi nagé presque chaque jour crawl et brasse, découvrant avec mon corps, au fur et à mesure, les inflexions et les cambrures qui permettaient d’allonger les mouvements, les ondulations qui procuraient des sensations aériennes. A Budapest, je nageais au petit matin, dans un grand bassin extérieur, en toute saison. Et ces sensations éprouvées sous la lumière des projecteurs, quand la neige tombe et se mêle aux volutes au dessus de l’eau, restent à jamais imprimées sur ma peau. J’ai vu ainsi mon corps se transformer, au point de parvenir presque à l’aimer.

7d837e394ca6c5705c679d4261f735cd.jpgJ’ai attendu d’avoir 40 ans pour me mettre au dos crawlé, découvrir ses vertus relaxantes et équilibrantes. Et au papillon : ma fierté. Cette nage, si dure à dompter, si dévorante. L’apprentissage fut laborieux. Observer, reproduire, se noyer sous l’effort, recommencer, observer encore, éprouver, ressentir, un mouvement, puis trois, puis cinq, 10 mètres, 25 mètres, finalement 50 mètres - qui te mettaient à plat, mais tu les avais fait ! Renouveler l’exploit, une fois encore, chaque jour une fois, puis chaque jour deux fois, puis une séance entière, dédiée. Et là, tu deviens comme un seigneur du bassin, le mouvement est ample, il embrasse toute la ligne, l’eau ne peut plus rien contre toi, c’est toi qui la domines et qui domines ton corps, c’est la mer qui s’ouvre devant toi. Et ton corps connaît sa deuxième métamorphose, t’y acquières des muscles que je ne saurais pas nommer, mais tu découvres qu’ils te permettent de mettre le turbo dans toutes les autres nages.

A 42 ans, je n’ai jamais aussi bien nagé, jamais aussi vite ni avec autant de fluidité et de puissance mêlée, et je n’ai jamais autant accepté mon corps.

Il y a aussi dans l’eau une autre magie : celle de ces corps qui se côtoient, qui se frôlent, qui s’impactent parfois quand la promiscuité est trop forte, mais qui le plus souvent se caressent à peine quand, le temps d’un dépassement, ils se faufilent entre deux. Les corps sont beaux en général dans l’eau. Même quelconques, l’extension et l’apesanteur leur donnent une certaine majesté. En fait des corps chorégraphiés.

Il m’arrive souvent aujourd'hui d’être le plus rapide de ma ligne d’eau, parfois même du bassin. Sauf quand des clubs larguent leurs champions et me rappellent aussitôt à une réalité plus humble. Mais laisse moi oublier l’humilité le temps de ce billet.

Entre nageurs, dans l’eau, en se croisant les regards se croisent les premiers, et souvent se comprennent. Les contacts de62171b7c5da7e07ae4d4183bfd349d.jpgse font moins hasardeux. Parfois naît du désir. Certains recherchent ça, la piscine n’est que prétexte. Ce n’est pas mon cas, et jamais je ne déserte le bassin sans être allé au bout de mon programme. Je compte sur le hasard pour retrouver sous les douches les regards croisés sous l’eau. Ou d’autres regards.

Parfois, quand l’évidence est trop forte, comme vendredi à Roger Legall, au Sud de Paris (à une heure où l’affluence est faible et… où il n’y a pas de mômes !) dans le renfoncement des douches, les sexes se laissent aller au plaisir de la caresse sous l'eau tiède. Ce vendredi, mon compagnon (qui fut, quelques minutes avant, mon rival de bassin) était splendide, grand et athlétique, gueule de motard, regard caverneux, corps fin et sculptural, un âge sans doute proche du mien, un petit maillot orange, légèrement lâche, laissant s’échapper en le soulignant chaque muscle des jambes, de l’aine, du basin et de l’abdomen. Quand c’est comme ça, moi, je me désape tout de suite complètement, je choisis l’explicite, et laisse ma bite se dresser au ciel, à moitié caché par l’angle mort de la douche.

b620593df1595f82a384cb9ee287ce43.jpgLui, plus discrètement, face au mûr d’abord comme pour se dissimuler, s'est empoigné d’une main hésitante, et hésitant encore s’est approché de moi jusqu'à venir saisir mon sexe. Furtivement et restant à l’affût, nous nous sommes branlés l’un l’autre, tantôt concentrés sur nous-mêmes, tantôts tournés l'un vers l'autre. Et avons joui ensemble. C’était court et frénétique. Nous ne nous sommes pas échangés un mot, à peine un clin d’œil complice à la fin. Pour lui comme pour moi, pris par nos obligations, il n’aurait pas fallu que ça dure d’avantage…

Je suis comme ça, et pire que ça : même quand aucun mec ne me plait vraiment autour de moi, j’aime voir ou savoir que certains me reluquent, bandent ou se branlent, recherchent la connivence. Sans avoir vraiment conquis l’assurance totale de mon corps, je me rassure presque chaque jour à cette étable-là.

Il m’a fallu du temps, mais je me nourris aujourd’hui des regards qui se portent sur moi, des mains qui se tendent vers moi, comme je me suis nourri cet été des commentaires où certains des lecteurs de WajDi me flattaient ou me moquaient gentiment, pour finalement devenir mes amis.
 
d14e0f4bcd9f0e72209e0e4c49dc90f1.jpgC’est drôle, quand j’ai dit l’autre jour à mon mec que j’aimais nager le papillon, il m’a répondu que c’était normal, puisque j’étais exhib. J’avais jamais vu le rapport, mais ça doit être ça : je suis  exhib, j’aime provoquer – ma face sombre, à moi, sans doute.

24 novembre 2007

une semaine déjà !

Une semaine déjà. L'occasion d'un premier point. Avec ce blog, je voulais :


faire ma déclaration à Fiso : ça, s'est fait ;)

bousculer Boby tendrement : je crois que c'est bon !

me gagner les faveurs de WajDi : là ça foire complet ! Ca reste un challenge.

faire de nouvelles rencontres : il y en a déjà de belles, surtout au féminin, et ça me fait réfléchir...

lier l'intime et le politique, le public et le privé, le coup d'oeil en arrière et le regard vers l'horizon : c'est encore trop tôt pour dire si j'y réussis, mais les statistiques montrent un intérêt accru pour le politique,

vérifier mon endurance à l'écriture : ça tient ! Mais pour combien de temps ? c'est absorbant, excitant, mes nuits raccourcissent, je "recycle" plus que je n'écris... il faudra que j'en juge sur un mois, plutôt. J'ai encore de la réserve.

y trouver du plaisir et de la fierté : alors là, je suis exaucé !


Merci à toutes et à tous pour vos encouragements.

18:00 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : blog