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22 novembre 2007

mon coming out : le lever de rideau

Une morosité s'installe. Le blog de notre boxeur préféré connaît son premier automne. Puisque le ciel se dégage ce matin, je mets en ligne un de ces billets écrits au mois d'août en forme de carte postale, et qui me valurent d'intenses émotions. Celui-ci est inspiré de retrouvailles avec un ancien amant (l'histoire y est racontée ici), il est long (je m'en excuse), il parle de moi, évidemment. Mais Dieu, que c'est bon parfois, le narcissisme !
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WajDi, cette carte elle dit des choses du passé avec lequel j'ai rendez-vous ce soir, à travers mon Zoli, c'est bien au delà de lui une époque de ma vie, ou meme plutot, le grand tournant de ma vie.

C'est une époque bizarre que je te demande de te représenter. Ni triste, ni heureuse, á vrai dire. Turbulente comme une bourrasque dans ton cœur. Une époque où bien que déjà rendu à l'age de 31 ans, tu te mettais seulement á te découvrir de l'appétit sexuel et á t'ouvrir aux hommes. Tu ne savais pas encore comment vivre avec ça, mais tu commençais á vivre ça, concrètement. C'est ton installation à Budapest qui en avait été le déclencheur. Oh!, Budapest, tu n'y venais pas de gaieté de cœur : depuis des lustres, ton horizon á toi, c'était la Méditerranée, le monde arabe en particulier, sa langue si imagée et si chantante, la sincérité des regards et une certaine pureté de l'âme que tu avais toujours décelé chez tes amis. Au point que tu en avais abandonné les études de physique pour te plonger dans des études de langue et de civilisation arabe. Mais cette année là, en 1995, la bourse de recherche que tu avais convoitée t'ayant été subtilisée sous le nez par le gouvernement Balladur, tu avais saisi sans trop hésiter l'opportunité professionnelle qui s'était présentée à toi : travailler pour une ONG internationale, dont le siège était à Budapest. Qu'importait Budapest, du reste. C'aurait pu être Istanbul, Caracas ou Dublin. C'aurait pu être la porte à coté ou l'autre bout du monde, c'était un appel de la destinée, et avec ton amie, vous aviez convenu de la saisir et de vous organiser en conséquence : elle resterait à Paris, et vous vous retrouveriez tous les mois pour une semaine-dix jours. De temps en temps, sur ses congés, c'est elle qui te rejoindrait.
Voila, c'était tombé sur Budapest. Beurk ! A dire vrai, tu y venais à reculons. La perspective de vivre dans un de ces ex-pays du bloc socialiste, uniformément gris, tristes, pluvieux, neigeux, sans saveur et sans odeur, comme tu te les représentais, t'était pénible. Mais au fond, tu ne venais pas t'installer en tu venais prendre place dans le monde ! Les premières semaines d'automne, tout absorbé par ton nouveau tu t'enfermais chez toi le soir et perfectionnais ton anglais avec une méthode audio. Assez vite, tu pris l'habitude de fréquenter la piscine, pas celle qui se trouvait juste derrière l'apart, parce qu'elle était alors réservée aux clubs, mais celle de l'île Margueritte, Hájos Alfred, car elle était sur ton chemin vers le bureau.
75e922e7c765237f879975b3989f3d80.jpgC'est cette piscine qui est représentée sur la carte. Classée monument historique avec ses briques rouges, tu t'y arrêtais au petit matin, peu après six heures, avant d'arriver au boulot vers sept heure trente. L'hiver s'installait, et nager dans la nuit, une légère brume éclairée par les projecteurs s'élevant au dessus de l'eau, procurait des sensations totalement inédites. L'autre attrait de la chose, qui probablement te donnait l'énergie de te lever si tôt le matin, c'était la vue de ces jeunes hommes, sans pudeur, dans les vestiaires et sous les douches. Il se parlaient, se chambraient, tu n'y comprenais rien. Ils bougeaient, ondulaient, comme s'ils n'avaient pas conscience de la beauté de leur corps, comme s'ils ne s'étaient pas vu devenir des hommes, comme si leur sexe pesant, épais, demeurait en dehors du champ de leur conscience. De légères érections se manifestaient parfois sous l'effet de l'eau chaude, ils semblaient n'y prêter pas garde (ou alors, ils étaient en maîtrise totale des techniques que tu nous a exposées dans ces pages un jour...!). En toi, ce feu, ce feu que tu avais tant de fois ressenti, mais que tu avais toujours réprimé, ce feu que tu avais parfois alimenté dans des boutiques de presse, à feuilleter des magazines pornos sans jamais en acheter, mais que tu avais toujours maîtrisé, ce feu s'était mis cette fois à s'engouffrer en toi, à te gagner totalement et à te consumer. Tu étais rendu incapable de t'abstraire de ce rendez-vous matinal. Paradoxalement, la vue de leurs corps te renvoyait à l'image du tien, sans caractère, ni beau ni laid, donc laid, tout en courbes mièvres, et tu voyais aussi dans une pratique intensive de la natation le moyen de le sculpter : je scrutais chaque jour dans le miroir l'apparition de fossettes abdominales, d'excroissances musculaires, tu voyais jour après jour s'estomper ces petites poignées d'amour devenues obsédantes. Mais tu étais encore incapable de t'imaginer que la bite d'un autre, ça pouvait se toucher, que des hommes tels que ceux-ci ou d'autres, pouvaient se donner á d'autres hommes.
C'est au printemps suivant que, libéré du stress initial de ce nouveau job, et t'intéressant enfin, avec les premiers beaux jours, à la vie à la hongroise, tu découvris les bains thermaux. A ce moment- là, l'évolution a été assez rapide, évidemment tu avais été naïf au début, dans ce sens que tu étais incapable d'interpréter les regards des hommes, que tout homme de toute façon était présumé hétérosexuel, normal, quoi ! mais par le fait, tu avais fini par te faire approcher par un soixantenaire - assez bien conservé -, francophone, qui s'était mis, tandis que ton cœur battait à 150, à te caresser le sexe tendu comme un arc, tout étonné de trouver un jeune homme aussi bien disposé à son égard. Ca n'avait duré que quelques minutes. Lorsque, hésitant, tu avais porté la main vers son membre, tu l'avais trouvé flasque, tu en avais ressenti un grand dégoût, et tu avais mis fin aux attouchements. Mais le tabou s'était brisé ce jour là. Il y eut ensuite Csaba, jeune homme bien foutu mais légèrement édenté, qui vint à la maison tout heureux de se faire un Français réputé excellent amant, et avec qui tu eus ton vrai baptême. Les premières rencontres étaient furtives. Ces pédés que tu croisais n'étaient donc pas vraiment des hommes, ils n'existaient qu'à travers cette chose, qui restait si évidemment perverse.
Puis vinrent les vraies rencontres. Derrière le sexe, il commençait à y avoir des personnes, souvent quand-même avec un rapport un peu compliqué à leur homosexualité. Il y eut donc Zoli, le romantique, mais aussi Péter, le politicien, Misi, l'homme d'affaire, quelques étrangers vivant á Budapest, ou de passage en touristes, allemands, irlandais...  La plupart ont perdu leur nom et leur visage, mais peu importe, finalement. Le fait est que, de plus en plus souvent, et surtout intrinsèquement, tu vivais ton homosexualité. Mais pour autant, de moins en moins tu ne voyais comment vivre avec. A coté de cette vie secrète qui se construisait, ta vie professionnelle se développait, avec un statut public dans certains milieux, qui compliquait les choses. Quand tu étais de passage en France, tu retrouvais ta copine, et tu avais de plus en plus de mal, pas seulement à la satisfaire, mais à trouver du bonheur, de la vie simplement, à être avec elle. Continuer cette double vie était à l'évidence impossible, mais en sortir demeurait plus qu'impossible. Admettons que tu révèles au monde que tu étais gay, après tout ça commençais á pouvoir se concevoir, mais en plus de tout il fallait désormais justifier 15 années de vie dans le mensonge. L'image de toi, patiemment construite aux yeux de tous serait alors irrémédiablement à jeter aux orties. Non et non, il n'y avait pas d'issu. Souvent tu étais dans un avion, pour rentrer en France ou pour une mission quelconque, et en secret, tu priais pour qu'il survienne une catastrophe. Après tout, n'étais-ce pas le mieux qui pouvait arriver. En finir là, comme ça, disparaître en "martyre de la cause", et emporter ton secret avec toi. Oui, pendant un an et demi de double vie, à coté des plaisirs que te procuraient des dizaines de charmants Zoli, le désir profond de la mort t'accompagnait. Personne n'en sut jamais rien.
En t'en allant tout à l'heure retrouver Zoltan, imagines-toi que c'est toute cette époque qui te revient, par bouffées nostalgiques. Avec ses peines, mais sans occulter que ce n'était alors qu'un lever de rideau à une libération qui bientot serait totale.

Commentaires

J'ai eu l'impression d'être une enfant a qui on racontait une histoire, comme un conte de fées avec ce coté triste effrayant et joli qu'ils ont le plus souvent. Je suis en vrac impressionnée, troublée, touchée, admirative et j'en passe ...

Écrit par : Bougrenette | 22 novembre 2007

Relire cette "carte postale" que j'avais lu cet été, sans te connaître, maintenant que tu es devenu un ami, lui donne une toute autre saveur.
Comme tu as dû être malheureux, trop longtemps, trop seul, si désemparé face à ce toi que tu rejetais.
Et comme je suis heureuse que tes prières d'alors n'aient pas été exaucées !

Écrit par : Fiso | 22 novembre 2007

-> Bougrenette -> Merci de t'être laissé embarquer. J'en ai encore beaucoup à raconter. Garde tes yeux d'enfants pas trop loin de toi.
-> Fiso -> Pour les prières, il vaut mieux, oui. Parce que dans ces avions, je n'y étais pas seul.

Écrit par : entre2eaux | 23 novembre 2007

Très belle écriture ! Bravo !

Écrit par : Le Gay Lapin | 24 novembre 2007

-> Le Gay Lapin -> merci de ta visite. Les compliments comptent beaucoup pour ces débuts...

Écrit par : entre2eaux | 25 novembre 2007

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