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19 novembre 2007

Ces femmes que j'ai malmenées

Alors ça, ça reste le truc qui m’intrigue vraiment : la bisexualité. Elle rentre pas dans mes cases. Quand je dis ça, attention, ça ne veut pas dire que j’y connais rien. Quatorze ans, je suis resté quatorze ans avec des meufs : deux relations. La première, elle a duré six ans. b05a9f4aeea1e31a14bcc67d871cf5b9.jpgUne Libanaise. Ma première expérience sexuelle, pour elle aussi, puis une première longue vie de couple. Je sais aujourd’hui – et au fond de moi je l’ai toujours su – que j’étais avec elle pour être en fait avec ces jeunes et beaux Libanais que la guerre crachait vers nos facs au milieu des années 80. Ils étaient sensibles, à fleur de peau, mais pétris d’un vécu qui me fascinait. Auprès d’eux, j’ai appris beaucoup de la vie, et me suis ouvert aux cultures arabes. Avec elle, je croyais me lier à eux pour toujours.

Ma deuxième expérience, c’est avec ma Bretonne : huit ans elle a duré, quand je suis venu m’installer en région parisienne. On a rompu quand je lui ai annoncé que j’avais découvert que j’étais homo et que seuls les garçons m'attiraient. Elle a souffert, mais a accepté, et au fond ça l’a soulagée parce que ça battait de l’aile depuis longtemps, surtout au lit. Du coup elle n’était plus en cause.

Evidemment mon attirance soudaine pour les garçons était une fable. C’est vrai qu'à notre rupture, mon passage à l’acte était encore récent, mais j’avais depuis tout petit fantasmé sur les mecs nus. J’avais lu dans une Encyclopédie de la vie sexuelle, que mes parents - c'était des modernes - laissaient discrètement à notre disposition, mon frère et moi, que si ce genre d’attirances existait, généralement, elles passaient. Alors j’attendais que ça passe. Et ça durait, et je souffrais. Et je m’obligeais, en me branlant, à me représenter des meufs, et chaque fois un mec s’immisçait dans ma rêverie, mais au moins, tant qu’il y avait une meuf, je pouvais me croire sur la bonne voie.

ff217c22a1013f3f3f9e0611bfa48fb8.jpgBref, il m’a fallu 15 ou 20 ans pour m’assumer, dont quatorze ans en couple… Des enfants, j’ai toujours résisté : et là, la pression a été forte à chaque fois : de l’entourage, et surtout de mes compagnes. C’est d’ailleurs cette pression qui a accéléré la fin, dans les deux cas : j’aurais eu l’impression qu’ils auraient été les enfants du mensonge. Ou qu’ils auraient rendu à tout jamais impossible ce coming out, certes tardif, mais qui tout au long de cet enfermement restait néanmoins possible tant qu’il n’y avait pas de môme. Aujourd’hui que je m’assume, que je vis en couple avec un autre homme, je regrette de n’avoir pas d’enfant. J'en reparlerai. J’aurais aimé voir grandir un p’tit bout. Lui permettre de comprendre, à travers le parcours de son propre père,  qui l’aurait aimé comme personne, toute la complexité de la vie, des sentiments, des sexualités. Fiso a écrit un beau billet (ici) sur l'homoparentalité.

Quand je dis que ça rentre pas dans mes cases, c’est peut-être là que je me plante, et que je suis prisonnier de mon vécu  à moi : je me dis, dans le bi, y’a la partie sociale, le paravent qui permet l’intégration, la socialisation, l’acceptation de soi – d’un soi faux, mais d’un soi quand même - par tous, familles et cercles divers ; et y’a la partie vraie, où y’a l’éclate, parce qu’il faut bien que le corps exulte… Boby a parfois semblé dire le contraire, mais ça reste pour moi une énigme, et je ne peux m’empêcher de penser que la bisexualité – assumée comme dans son cas, ou cachée comme dans celui de WajDi – est surtout le prétexte à conserver une branche de normalité sur laquelle s’asseoir, le résidu, en quelque sorte, d’une homophobie intériorisée, d'un conformisme de façade.

Je me suis déjà pris une volée de bois vert à ce sujet avec WajDi, donc je le lui redis par précaution : oui, tout celà n'est qu'une lecture, fausse comme toutes les lectures, induite par ma propre histoire.

 

Commentaires

Oui chacun vie sa vie sexuelle par rapport à son éducation, son passé.Certains hommes décident de rester en couple hétéro et de ne pas vivre leur attirance envers les mecs toute leru vie, d'autre font comme toi.Après là on parle de vivre son homosexcualité ce qui ets différent de la bisexualité quoi quand disent la majorité des homos.Je suis bi en couple et j'aime ma femme et au lit il n'y a pas de pb depuis le début.J'ai tjs été bi.Je prend du plaisir aussi bien avec elle qu'avec un mec.J'arrive à séparer les 2 et même d'avoir aussi bien des sentiments aumoureux pour un mec.Tout cela ne s'est pas fait en un jour certes.Le jour où je n'aurai plus de sentiment pour elle oui je partirai.Le fait de vivre ma sexualité de cette façon n'a rien à voir avec une non acceptation.Elle ne regarde que moi et pourquoi faire souffrir les siens quand tout se passent bien.Bon j'arrête là il est un peu long mon commentaire.En tout cas blog sympa.

Écrit par : Christophe | 19 novembre 2007

Très touchée d'avoir été ajouté à tes blogs préférés.
J'ai pas grand chose à dire quand au fait d'être bi ou pas, je dirais quand même que l'histoires des cases c'est étrange, la vie prouve tout les jours que ce sont des cercles qu'on essaye d'y faire entrer dans les carrés, avec une évidence ca rentre jamais. Mais je suis surement hors sujet.

Écrit par : Bougrenette | 19 novembre 2007

-> Christophe -> Merci de ta visite et bienvenue dans cet espace. Ce qui est beau, c'est la rencontre de l'autre. Dans l'autre, il y a mille et une façons de vivre sa sexualité, mille et une sexualités. Si certaines m'intriguent, j'ai cessé de croire qu'elles n'existaient pas.
-> Bougrenette -> Reconnaître les cases, juste pour en arrondir les coins. Pour en faire des ronds. J'ai aimé ton blog, parce que les mots y trouvent tous leurs sens.

Écrit par : entre2eaux | 19 novembre 2007

La bisexualité, en effet, difficile de savoir si c'est toujours une transition d'une orientation à l'autre, une période de curiosité, ou réellement un mode de vie. J'imagine que ça dépend de chacun... pour moi j'ai pas encore trouvé c'est quoi...

Contente d'être tombée sur ton blog!

Écrit par : Boum | 19 novembre 2007

-> Boum -> Merci de ta visite. Balancement entre curiosité et mode de vie, c'est peut être la bonne définition, s'il doit y en avoir une.

Écrit par : entre2eaux | 20 novembre 2007

On va bien s'entendre je milite pour que gays and lesbians puissent adopter avoir le droit d'élever un enfant comme nous les couples hétéro !
Biz biz, c'est bien de s'assumer homo, ça n'a pas dû être simple, tu connais peut être Chondre, Ron et Matoo mes pédéblogueurs chouchou ?
Biz biz

Écrit par : Fanette | 20 novembre 2007

Fanette,
Je répond à sa place : non, il ne les connaît pas mais j'ai bien l'intention de l'emmener à la prochaine soirée blogueurs ou ils font habituellement présence :)
(je comprend mieux tout à coup pourquoi Ron ne m'a pas jeté un regard à la Paris Carnet ou je l'ai croisé)

Écrit par : Fiso | 20 novembre 2007

Marrant, je lis ce blog régulièrement parce que j'en apprécie le rythme, le style, l'histoire et ce billet m'avait échappé ?!?!
Acte manqué dirait sans doute un psy ...
Oui étonnant, par ce qu'il me fait comprendre aujourd'hui et 15 ans après, que ce désir profond d'enfants l'a fait fuir. Il aimait les garçons, mais n'a jamais pu me le confier. Je le pensais coureurs de jupons, mais j'en avais pris mon parti, en réalité il était coureur de caleçons.
Il me l'a annoncé 11 ans après notre rupture. Et tu sais quoi ? Il a éclairé 10 ans de ma vie avec lui où tout m'avait échappé. J'aurais aimé qu'il me le dise au moment de la rupture, je pense que ça m'aurait aidé à me reconstruire après lui.
Je suis contente de lire ce billet, parce qu'il me fait dire que sans la pression d'enfants, on aurait pu continuer encore longtemps une relation "usurpée".
Et dire que j'avais démarré ma vie sexuelle avec des filles et que c'est lui qui m'a amené au désir d'hommes... ça me fait sourire.
Finalement il faut attendre la quarantaine, et le détour d'un blog pour éclairer les dernières zones d'ombres, j'adore.

Écrit par : féekabossée | 01 juin 2008

-> Fanette et Fiso -> Oups ! j'avais laissé vos commentaires sans réponse ? Heureusemetn que vous vous étiez parlé l'une à l'autre, parce que putain, six mois après, ça aurait l'air con que je réponde !...
-> féekabossée -> Eh bé ! ça me fait toujours drôle, un vieux billet exhumé, comme ça. Drôle, non, plaisir, plutôt, comme un retour aux sources de ce blog... Merci de ton passage et de ce commentaire. Je vois beaucoup de choses, dans ton témoignage, comme mon histoire en négatif, et puis je suis persuadé qu'à la quarantaine, on a vraiment beaucoup de choses à éclairer, à démêler, à reconstruire. Et c'est sûr que les blogs y aident... Merci encore, merci vraiment...

Écrit par : Oh!91 alias entre2eaux | 01 juin 2008

"Encyclopédie de la vie sexuelle", quatre volumes, un pour chaque tranche d'âge, bien en évidence dans la bibliothèque du salon. Et à peu près cette phrase dans le dernier, celui destiné aux "adultes" :
"un désir homosexuel et même des relations homosexuelles peuvent survenir au cours de l'adolescence, la plupart du temps ce n'est que temporaire, une transition, un essai, puis l'hétérosexualité se rétablit."

...quelque chose d'approchant. Et que j'ai gardé pendant des années en tête, les mêmes années pendant lesquelles je me branlais sur les images des quatre âges de l'homme, quatre garçons et hommes, pour montrer l'évolution physique. Le dernier était poilu, musclé, barbu : viril. Mon préféré, bien sûr.
C'est à 17 ans que je me suis décidé : "bon, j'suis homosexuel et puis voilà, je vais pas attendre 107 ans". Mais c'était en 1992, à Paris, sans doute plus facile que dans beaucoup d'ailleurs.

Merci, et bravo.
Bonne route, bon plaisir !

Écrit par : Bruno, de erwanébruno | 25 août 2008

-> Bruno -> je reconnais ces photos, je m'y suis branlé devant, moi aussi. Mais cette phrase terrible, assassine sans le savoir, elle m'a bloqué bien plus longtemps que toi, jusqu'en 1996. A Budapest, grâce à cette atmosphère des bains qui me prit par surprise...

Écrit par : olivier | 26 août 2008

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