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16 novembre 2007

WajDi, hommage au guerrier

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D'abord, rendre à César ce qui lui appartient. C'est par ce WajDi-là, écrit comme ça avec un grand double V et un grand D, que tout a commencé. Moitié guerrier, moitié valet, j'étais tombé sur son blog par hasard fin mai. Encore assommé par le résultat désastreux des élections présidentielles, j'errais au petit matin, un samedi ou un dimanche, sur internet, à la recherche - c'est pas très glorieux - de photos de "mecs nus dans les vestiaires" (c’est pas un vice tellement pire qu’un autre !), et Google m'avait orienté sur lui ; un jeune boxeur, rebeu des cités à l'intelligence vive, partageant dans l'anonymat d'un blog les facettes complexes de sa personnalité et de sa sexualité.
J'avais d'abord eu une agréable surprise, comme celle que l’on a quand on croise le regard d'un mec débonnaire, souriant, qui s’offre le luxe d’une œillade : alors j'ai eu l'envie de me retourner pour voir si y’avait plus à en tirer…

Et puis peu à peu cette nécessité s'était imposée : y revenir, y revenir encore, jusqu'à me découvrir accroc à son blog - ou pire : amoureux du bonhomme ! Je m'étais rassuré, me disant que c'était normal, qu'il y avait du suspens dans ses histoires, que ses plans avec un certain Jason, un Cyprien ou un Yohan étaient encore en plein processus... Mais assez vite, après quelques visites, je m'étais rendu compte que le récit des plans sexe, ce n'était plus vraiment ce que je cherchais : ses conquêtes comptaient peu en fait, ni ses stratégies pour les réaliser.

"Au risque de flatter ton narcissisme". C'est sous ce titre provocateur que le 9 juin, je lui adressais un premier commentaire :
"Le sentier où tu nous emmènes, c’est bien celui qui mène à toi, cette impression que l’on va arriver, que l’on doit arriver au bout du bout de toi. Au risque que cela t’échappe. Ton écriture est belle d’une générosité totale, pleine d’intimité, d’impudeur - et tu le comprends, ce n’est pas de sexe dont je parle."

Sincère pour sincère, à chacune de mes visites, il y avait une petite branlette, évidemment – histoire de croire l’espace de quelques soubresauts que j’avais bien accédé à la réalité de l’amitié où il se proposait de hisser ses lecteurs. Et puis derrière, la lecture patiente de pages nouvelles, ou de pages anciennes, était comme la caresse qui se prolonge à un amant que l’on a pris ou qui vous a pris. "Tu nous laisses, je lui écrivais ce jour-là, dans l’état où nous laissent les bons livres, ou les grands films, quand on a la rage de quitter des gens qu’on a aimé tant on s’y est identifié, même quand leur histoire est dure et leur univers cruel."


Des commentateurs comparaient notre boxeur à Jean Genet, ça me parlait. Alors, un peu présomptueux, j'ajoutais : "Ce qui est puissant chez Jean Genet, c’est cette façon de nous introduire avec puissance dans des lieux mal-famés, les bas-fonds des villes portuaires, le monde carcéral, de nous les faire aimer parce que les personnage y ont, dans leur crue réalité, dans leur cruauté même, une immense part d’humanité. Dès le premier jour, j’ai pensé moi aussi à Genet en te lisant. Une simplicité introspective et à l’affût, une distanciation, un regard à la fois suave et politique. Querelle de Brest, bien sûr, pour ajouter à la liste de tes références, mais surtout, surtout, le Captif amoureux : une épopée, qui de la cause palestinienne à la révolte des Panthères noires, aborde la réalité politique du monde avec un regard toujours charnel sur les hommes. J’aime comment tu embrasses toi aussi, parfois d’un simple balayage du regard comme dans l’appartement de Jason, le politique et le sexe."


Je découvrais avec lui une autre forme d’équilibre, de présence, et donc de force, où la pratique de la boxe jouait comme une autre affirmation de soi.

Je trouvais drôle d’intervenir ainsi dans son histoire. C’était intrusif, peut-être déplacé. Mais ça m'avait brûlé, alors je l'avais fait. Et ce jour-là, ce 9 juin, en déposant pour la première fois un commentaire sur un blog, j'avais mis le doigt dans une chose qui allait s'emballer, m'emporter, jusqu'à l'ouverture de mon propre blog. Voilà, Seigneur WajDi, Maître guerrier, justice est faite à César.

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